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13 juin 2009 6 13 /06 /juin /2009 05:32

 

Messieurs,


Vous souvenez-vous de moi, j'ose espérer que oui, ne suis-je pas, parmi d'autres, à l'origine de votre fortune et de la survivance de votre nom dans l'Histoire ? Je pourrais vous parler de certaines de mes consœurs qui font partie de l'espèce de harem que vous, mais pas vous seuls, avez constitué au fil du temps. Bien d'autres profitèrent de nous, cumulant avantages et bénéfices. Mais c'est dans la nature humaine que d'agir ainsi et nous sommes faites pour cela, pour exprimer derrière l'apparence des désirs et des pulsions dont vous avez honte, à juste raison ou non, cela m'importe peu, porteuse des bas instincts d'une époque plus hypocrite que celle d'aujourd'hui.

Il y aurait tant à dire d'une tache de sang sur la neige, de la mort de ma mère lors de ma naissance faisant porter sur moi une culpabilité dont je ne saurais jamais me défaire.

Le pire est peut-être que vous me fîtes conduire dans la forêt par un chasseur, je hais ces gens, sur ordre de ma marâtre, dont je veux bien croire que la fin de son nom justifiait le pouvoir qu'elle avait sur mon homme de père, si peu présent qu'il semble n'avoir été là qu'au moment de ma conception...

7 ans, c'était mon âge à cet instant, celui de raison dit-on, si jeune peut-on vraiment se sentir plus belle qu'une adulte ? Les obscurs désirs masculins étaient à l'œuvre dans un inconscient dont à l'époque vous deviez même ignorer l'existence, j'en suis l'émanation et de ce poste d'observation j'ai une vue plongeante sur vos racines psychiques et la matière dans laquelle elles plongent.

Croyez-vous que cet individu ait été seulement ému de ma beauté pour me laisser partir en songeant que j'allais être dévorée, comme si l'animalité pouvait me détruire, sans doute la confondiez-vous avez la bestialité ! En votre temps les interdits étaient lourds, aujourd'hui vous pourriez être plus explicite sur ce que me demanda cet homme pour me laisser partir... Vous m'avez fait errer dans les bois, je devine quels sentiments vous animèrent en imaginant la peur que je ressentis. Jusqu'à ce que je tombe sur cette petite maison, ces sept assiettes, verres, lits, et tout le reste. Ce nombre qui revient est-il le fait du hasard ? Pensiez-vous que sept petits hommes n'en vaillent pas un seul, voire davantage ? Grossière erreur de jugement de votre part mais je sais que vous pouvez vous mentir à vous-même.

Je dus faire le ménage, le repassage, les tâches ménagères, ce qu'une femme de votre époque devait faire, officiellement, le reste vous ne l'évoquez pas davantage que vous ne deviez le faire dans la réalité.

Mais cela ne suffisait pas, ma belle-mère eut vent de ma survie par le biais de son petit miroir, aujourd'hui ce serait par Google, les choses changent en apparences, mais dans le fond elles perdurent, sinon vous, et quelques autres, comme nous, seriez oubliés depuis longtemps.

Trois fois elle parvint à m'occire, trois fois ! Franchement pensez-vous que je sois conne à ce point ? Un lacet, un peigne, et, pour finir, une pomme, ce sont vos lecteurs qui en sont de croire de telles sornettes !

Et pour finir mon enfermement dans un cercueil de cristal afin que tous me voient puisque ma beauté ne se fanait pas, les nabots étaient-ils donc si benêts de n'en point s'en étonner et chercher à en savoir plus ?



Je gage que le Prince Charmant n'était que votre avatar pour profiter de moi. Encore fallait-il qu'un incident me ramène à la vie, la chute du cercueil me faisant tousser et rejeter le morceau de pomme coincé dans ma gorge. Je ne vous dis pas bravo pour l'imagination, de nos jours... mais nos ne convient pas, vous, qui avez vécu, êtes morts depuis longtemps, alors que moi, de ne point vivre ne peut mourir, être oubliée, peut-être, mais, voyez, je reviens à la vie sous la plume, numérique, d'un auteur du vingt et unième siècle.


J'espère qu'il réécrira mon histoire, à sa façon. J'en suis toute... émue rien que d'y penser.

Mais, ainsi qu'il convient pour un conte, la fin que vous rédigeâtes me convient, croyez-moi j'étais en joie de voir cette salope qui avait cru me dévorer danser dans des sabots de fer rougis jusqu'à ce qu'elle crève devant moi.
Je ne vous parle pas de la nuit de noces que je connus ensuite, cela vous choquerait.


Finalement force m'est faite de vous remercier, et, en votre nom j'en suis sûre, je me souhaite encore un long chemin.



                                                                                                                BN

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