La lumière, la foule, tant d'éclairs et de cris, devant moi la sortie, une fois de plus il
me faut courir, j'allais dire : fuir ! Ne plus m'arrêter jamais, ne plus ressentir cet angoissant plaisir face à un public voyant à travers moi l'image d'un passé dont je suis de moins en moins
sûr qu'il ait été mien. Jamais je ne voulus être ce que je devins, sans doute était-ce l'expression d'une volonté plus grande que la mienne qui me fit incarner une époque, sans doute fallait-il
quelqu'un pour cela, en concevoir des regrets serait inutile, j'ai connu tant de grands moment, goûté à la gloire au point d'être fait roi... alors que toujours je répondis qu'il n'y en avait
qu'Un !
Jeune j'avais des idoles, j'ignorais devoir en devenir une, si grande que dans son ombre j'eus du mal à savoir encore qui j'étais. D'une baraque en planche à un pseudo palais paré d'or le chemin
parut bref mais je crois que c'est dans la première que je fus le plus heureux !

Ni rumeur, ni bruit, ce silence me fait du bien maintenant que je sais ce qu'il est ; si j'abandonne une vie
dans la lumière c'est vers une autre clarté que je me dirige, j'y retrouverais mes parents et ce frère dont je ressentis tant l'absence que j'en cherchai un simulacre dans des centaines de
regards. Je lui parlai tant ces dernières années, les vivants qui m'entouraient, qui m'assiégeaient devrais-je dire, étaient bien moins proches. Non que je leur en fasse reproche, ils n'eurent
sur moi que le pouvoir que je leur laissai. De même que ces compagnes multicolores que j'absorbai quotidiennement connaissant leurs effets, après tout vivre est-il si important quand on ne
parvient plus à savoir qui l'on est ?
Encensé et trahi, moqué ou béni, peu de choses finalement dans ma vie diffèrent de celle de n'importe qui, si ce n'est l'œil de l'actualité porté sur moi.
Je regrette la peine de ceux qui m'aimaient sincèrement, il y en avait beaucoup et l'ultime bonheur de ma vie fut de leur en apporter, je m'y abreuvai autant que je pus sans étancher ma soif, c'était impossible.
J'aurais tant à dire, je voulus le faire mais n'en eut pas le temps, je gage que beaucoup
parleront, écriront, vendront même ce dont ils ne furent jamais propriétaires. Quelle importance maintenant, à quoi bon être cruel envers ceux qui vivent, sans le savoir, en prison
?

Ce n'est pas sur ce mot que je voudrais conclure, peut-être chantonner, une dernière fois
: Love me...

