Ce fruit qui tombe est-il un rêve qui commence ou un songe qui
se termine ? Moi qui ai tant observé le ciel pour tenter d'en comprendre les lois me voilà dans une obscurité dont je sais qu'elle n'est qu'un instant entre la lumière que je connus et la Clarté
à laquelle j'aspire. Mais est-ce Elle vers Laquelle je vais, mes actes plaident-ils en ma faveur ou à l'inverse ma curiosité fut-elle pécheresse de me pousser à comprendre les phénomènes de la
nature sans que jamais pourtant je ne sois tenté d'aller au-delà pour en déterminer des causes dont je sais qu'elles ne sont qu'œuvre divine.
Toutes mes recherches me furent inspirées et ne peuvent être d'inspiration diabolique, au moins suis-je sûr de cela, les géants sur les épaules desquels je montais furent mes prédécesseurs, ainsi puis-je penser et espérer que d'autres après moi utilisant de mes recherches portent leurs regards plus loin que je ne sus ou pus le faire. Au long de mon existence je voulus être le premier, être celui qui ! Mais je sais que je ne fis que prendre un témoin qu'il me fallut tendre à un avenir dont je peux espérer pourtant qu'il conserve trace de mon travail quelque infinitésimal qu'il put être.
Je comprends que je suis là, le temps d'un souffle, pour un dernier regard sur ce que je
fis, ensuite, et ensuite seulement il me sera permis de continuer vers... ce qui m'attend.

La science fut la seule compagne de ma vie même si je ne peux m'empêcher de penser que si mon union avec Mademoiselle Storey s'était concrétisée ma vie eut été bien
différente. La Providence sut intervenir avec discernement et m'orienter de façon à optimiser l'emploi des talents qu'Elle m'avait donné. J'ai eu des jalousies, des concurrences et rivalités, des
secrets que le futur révélera, s'il le souhaite, ma malle est cachée derrière mes réussites, je regrette seulement de n'avoir pas eu le temps mais... Non ! Regretter est vain, le temps et les
circonstances se moquent de mes désirs, autant donc accepter ce que je ne puis modifier.
J'ai eu ma part de moments de joie et de périodes de détresse, mais retrouver ma mère et connaître mon père sont des envies dont je ne peux nier qu'elles me bouleversent. Toujours je voulus faire au mieux, servir le roi était mon devoir et si pour cela je dus confondre et faire exécuter plusieurs contrefacteurs ce fut en accord avec la loi et je n'en éprouve nul remord.
Tant de forces sont en jeu que j'ai entrevues et tenté de définir avec de si petits moyens
qu'ils semblent dérisoires, et pourtant, là, devant moi, devant nous, des équations paraissent pouvoir tracer le portrait de la Cré... mais, par la grâce de Dieu, j'en fus incapable. Quelqu'un le
sera-t-il un jour, je suis heureux de savoir qu'alors je ne serai plus là pour le voir.
La transformation des corps en lumière et de la lumière en corps est très conforme au
cours de la nature, qui semble se complaire aux transmutations.



