Ainsi c'était bien le destin qui frappait à ma porte dans ces notes qui
résonnèrent si fort en moi que le monde entier s'en fit l'écho. Enfin je connais la paix mais sans doute ma vie fut-elle le prix de ce génie qui m'habitait sinon comment expliquer que ma tête fut
emplie de tant de notes alors que mes oreilles se refusaient à les accepter. Ce destin fut ironique mais de là où je suis maintenant je suis heureux qu'il ait été ainsi, d'avoir su puiser en lui
une force dont la normalité m'eut privé en m'indiquant le chemin de la facilité. Je la laisse volontiers à tant qui s'en satisfont. Je sais de quelle ombre je viens et quelle lumière m'attend, ce
sont là mes derniers mots à un monde qui, je le sais, me donnera la place qui me fut assignée. Je ne sais quelle est la vraie nature de l'éternité qui m'attend, mais qu'importe, nulle bagatelle,
nulle variation, une continuité sans fin d'harmonies, voilà, j'en suis convaincu ce vers quoi je vais.
Avais-je plusieurs têtes, plusieurs cœurs, plusieurs âmes ainsi que mon professeur me le
dit ? Je veux bien le croire maintenant qu'il m'est permis de regarder ma vie avant de m'en détourner pour aller vers L'autre. Tous m'entraînèrent, me portèrent sur des chemins qui furent certes
riches en difficultés mais aussi nourrissant pour l'œuvre que je laisse derrière moi. Inachevée sans doute mais qu'elle œuvre digne de ce nom peut-elle l'être ?
J'avoue avoir été tenté par la mort, je la voyais comme seule consolatrice pouvant venir à
moi qui ne put en rencontrer d'autres
durablement mais je
puis dire que nous, êtres limités à l’esprit infini, sommes uniquement nés pour la joie et pour la souffrance. Et on pourrait presque dire que les plus éminents s'emparent de la joie par la
souffrance ! Si je fus incompris je ne peux en faire reproche à quiconque puisque ce qui fut ne saurait être changé par la rancœur. Sans doute est-ce ma
faute qui me fit privilégier mon travail au détriment de toute autre activité. J’ai dû m’isoler de bonne heure, vivre en solitaire, loin du monde. Si jamais vous lisez ceci un jour, alors pensez que vous n’avez
pas été justes avec moi, et que le malheureux se console en trouvant quelqu’un qui lui ressemble et qui, malgré tous les obstacles de la Nature, a tout fait cependant pour être admis au rang des
artistes et des hommes de valeur.

M'inspirant du passé je parlais à l'avenir, quelle meilleure consolation peut-il exister
?

