Je me sais seul debout dans un monde écarlate,
Hagard et titubant face au soleil levant,
Résonnent encore en moi les bombes qui éclatent,
Et des odeurs honteuses apportées par le vent.
Tout est flou, imprécis, mais est-ce le brouillard,
Ou mes yeux épuisés d'avoir vu trop d'horreurs,
Auraient-ils renoncés, se tournant vers nulle-part,
Pour effacer le jour et oublier la peur ?
J'étais un numéro, un simple matricule,
Perdu parmi cent mille, dressés en chiens savants,
Étreignant un fusil, moderne et sans recul,
Et dans le dos la main me poussant en avant.
Des cris, du bruit, je cours, mon cœur bat la chamade,
La boue sur mon visage et l'effroi qui m'englue,
Autour de moi j'entends tomber mes camarades,
La chaleur m'asphyxie, par dieu je n'en puis plus.
D'un coup la nuit se fit, l'oubli m'a recouvert,
La paix pour un instant, un rêve m'envahit,
Si j'étais le dernier humain de l'univers ?
Amusante vision, malgré moi je souris.
La brume a disparu et je sais où je suis,
Pourquoi tout est carmin, ce parfum que je sens,
On m'a décrit ce lieu quand j'étais tout enfant.
Au fond je suis content d'être mort moi aussi !

