Dix mille bedonnants dans leurs palais de pierre,
Se partageaient gaiment un succulent fromage.
Le populo, entre faim et chômage,
Exprimait dans la rue sa colère :
"Holà les enrichieurs, tas de saligauds,
Vous êtes donc pourris ! Tous des collabos.
C'est certain qu'avec vos mensonges,
Ce ne sont pas les regrets qui vous rongent,
Vous êtes la honte de notre société."
En entendant ces cris les profiteurs agités,
S'approchent des micros et caméras dressés,
Cyniques et souriants devant leurs employés.
"Nous avons entendus vos tracas, vos soucis,
Et nous vous assurons que nous avons compris.
Nous ferons ce qu'il faut pour que tous vous restiez,
Tranquilles et repus dans la médiocrité.
Quelques mots cependant pour le plus excité :
Tu donnes des leçons, voudrais nous éreinter,
Nous savons quelles raisons te poussent à t'exprimer,
Si tu veux te gaver viens donc en profiter."
J'ai fait le maximum pour les déshérités,
Ils ne m'ont rien rendu, je peux bien m'échapper.
Tant de tours j'ai raté, et si c'était le mien ?
Qui veut noyer sa rage l'accuse d'être un chien !

