Quoi de plus serein que cette forêt, les arbres ne se découpent pas en silhouettes
menaçantes sur un ciel sombre, au contraire, ils tendent leurs bras feuillus pour accueillir les visiteurs.
Suivons cette jeune fille, elle réside à proximité avec ses parents et son jeune frère, un
lotissement vient d'être construit et cette famille est la première installée, ainsi l'adolescente emprunte-t-elle un chemin inutilisé depuis des décennies.
Dans la région on ne sait plus pourquoi on évite cet endroit, l'habitude est ancienne et nul ne s'interroge à son sujet. Quoi qu'il en soit les arrivants ignorent cela et le ciel bleu, la douceur de l'air, sont des invitations à explorer un environnement inconnu.
Elle marche, tranquille, regarde autour d'elle espérant surprendre un animal, un écureuil par exemple mais nul museau curieux n'apparaît ni bruit de pattes ne se fait entendre. Plus loin sans doute.
Elle s'enfonce donc de plus en plus sans regard en arrière, quand une voix l'appelle par son prénom, elle s'arrête et regarde autour d'elle.
Personne ! Pourtant elle n'a pas rêvé, même si elle n'a pas reconnu la voix elle a bien entendu son prénom.
Le silence est tel qu'on entendrait le bruit d'une feuille froissée, d'une branche sur laquelle un pied se pose et brise.
Elle secoue la tête et engueule son imagination. L'air s'est rafraichi, la forêt est plus dense. Elle ne s'étonne pas encore de l'absence de chants d'oiseaux ou d'insectes comme si dans ce bois la vie se limitait aux arbres dont les branches basses l'obligeaient à se courber. Des branches proches, caressantes, curieuses...
Elle s'arrête, cette fois elle est sûre d'avoir entendu. Mais bien qu'elle tende l'oreille
et observe alentour aucune présence ne se manifeste.
Elle est seule, perdue au cœur de ce bois.
La voix revient, venant d'une direction précise, elle s'approche, la voix recule elle
continue, la voix s'éloigne, elle imagine une amie voulant s'amuser comme elles le faisaient parfois, à d'autres jeux. Elle suit ce murmure qui l'entraîne sans qu'elle en ait conscience là où la
lumière est diffuse, où les arbres sont serrés, là où elle sera enfermée pour n'en plus jamais sortir. Elle s'arrête en constatant sa situation, une nouvelle fois la voix résonne mais est-ce la
même, avant elle était douce maintenant elle est rauque, sombre, dure comme une menace, elle ne parle plus, elle rit. La forêt respire plus vite, les branches bruissent en se penchant sur elle,
affamées...
Le jour disparaît, dans l'obscurité elle est dans un autre monde.
Personne n'entend ses cris ni ne voit le feuillage se refermer sur elle.
Un oiseau se pose sur une branche d'un arbre de ce bois, les animaux l'évitaient depuis si longtemps, il le fait et rien ne se passe. Dans sa mémoire il y avait l'interdit d'approcher mais son instinct l'avertit qu'il le pouvait de nouveau, d'autres proies sont disponibles.
Un garçonnet marche sur le chemin, sa sœur est passée par là, il veut la rattraper pour jouer avec elle.
il sourit en entendant une voix, c'est sûrement celle de sa sœur.
Il se trompe !
Déjà de nouvelles familles arrivent. N'insistez pas, je ne vous donnerai pas le nom de ce
lotissement.

