Partout, réalité, sans quoi rien ne peut être,
Tout existe par moi, le rêve et le paraître.
Concret, imaginaire ou les deux assemblés,
Je tisse les pensées, les songes et les objets.
Où est la différence et qui peut la nommer,
Qui ose me défier ne fait que s’incliner.
La minute qui va, le moment qui s’enfuit,
L’instant déjà fini, demain qui se construit.
Spectateur, théâtre, la vie se voit finir,
La conscience effrayée voudrait me contenir,
Sent sa fragilité par mon omniprésence,
Essaie de m’adorer, d’acheter mon absence.
Prier pour m’arrêter? Je n’ai pas ce pouvoir,
Certain de perdurer je ne sais pas vouloir.
L’aube appelle la nuit et le courant t’emmène,
Immerge-toi en lui, devine où il te mène.
Déjà je suis passé, le visage est ridé,
Ton dos n’est que douleur, essaie de t’allonger.
Tes yeux se fermeront, je ramperai sur toi.
Dissolvant âme et corps, nous n’avons pas le choix.
Adversaire et ami, je fais peur et rassure,
On me voit comme on peut, à mes yeux nul n’est pur,
Ne saurait m’échapper moi qui suis la limite,
Permettant, détruisant, sachant glisser si vite.
On veut me contenir, me réduire en seconde,
L’ose le délirant, prisonnier hors du monde.
Tu crois que le mot dit ce que je suis vraiment,
Pas de jeu, de vision, ni espoir ni tourment.
Irréel, incréé, me chercher c’est me fuir,
Constant et éternel, m’oublier c’est se nuire.
Suis-je né ? Qu’est la fin ? Ces mots ne sont pas miens,
Curiosité d’humain redoutant d’être rien,
Cherchant à l’accepter, tremblant de ce moment,
D’enfin ouvrir les yeux et vaincre le néant.
Etre lucide effraie, c’est là ce que tu veux,
Justifier ton recul, dire que tu ne peux,
Viens à moi, je suis toi, futur, hier et présent,
Dans jamais et toujours, partout, je suis le Temps.

