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INEXISTENCE
Cela faisait bien deux heures que je tournais en rond dans ce maudit quartier de la vielle ville de Banthe et je craignais fort de m’être complètement égaré d’autant plus que depuis ces deux heures il me semblait bien n’être jamais passé deux fois au même endroit.
Cette maudite journée avait pourtant très bien commencé, j’étais parti de chez moi le matin pour aller au mariage de ma sœur, le soleil était au rendez-vous, la journée s'annonçait belle. Étant parti un peu plus tôt qu’il eut fallu je décidai de passer par les vieux quartiers de la ville, quartiers où je n’avais jamais mis les pieds et où je me sentais irrésistiblement attiré aujourd’hui sans d’ailleurs que je sache pourquoi.
Ainsi donc je cheminai rapidement à travers les rues désertes, quand passant devant une église je me rappelais soudain que j’étais fils unique et que, par conséquent je ne pouvais avoir de sœur et encore moins, bien sûr, aller à son mariage.
Le fait, sur le moment me laissa sans voix, ce qui, au volant d’une voiture, n’a guère d’importance, et me laissa également sans réaction, ce qui est tout de même plus dangereux.. Je dus sacrifier mon aile avant gauche (pas la mienne bien entendu, celle de la voiture) à une espèce de grand réverbère qui devait se venger ainsi des souillures sur lui commises par les chiens du voisinage. Quoi qu’il en fut je décidai de ne pas perdre cette belle journée et continuai ma promenade.
Après moult virages et autant (au moins) de lignes droites je m’étonnai de ne rencontrer personne, ce qui ne me dérangeait point, étant d’un naturel casanier, mais surtout de ne pas être sorti de la ville, ce qui me troubla, je décidai donc de m’en retourner chez moi.
En fait je ne pus retourner nulle part.
La nuit commençait à tomber entraînant avec elle quelques gouttes de pluie qui bien vite se mirent à tomber avec de plus en plus de violence et en rangs de plus en plus serrés.
Je commençais sérieusement à désespérer quand je vis devant moi une grande vitrine sale sur laquelle était inscrit le mot CAFÉ ! Je poussai d’abord un soupir de soulagement et ensuite, après avoir arrête ma voiture, et plus difficilement, la porte de l’estaminet. En s’ouvrant la porte fit tinter quelques tuyaux de fer qui devaient servir de sonnette, l’un d’eux d’ailleurs se décrocha et me manqua le visage de peu.
L’établissement était sombre, seules brillaient par-ci, par-là, quelques vieilles lampes à pétroles du siècle dernier.
Je dus appeler à moins reprises avant de voir s’approcher de moi un vieillard qui devait être le tenancier de l’étrange établissement
- Que désirez-vous ? Me demanda-t-il d’une voix aussi faible que ses lampes.
Après lui avoir soumis ma requête qu’il agréa je m’en allai m’asseoir à une table, celle se trouvant le plus près de la vitrine afin que je puisse voir quand la pluie s’arrêterait si toutefois elle décidait de s’arrêter un jour, ce dont j’étais de moins en moins sûr.
Je m’aperçus rapidement que le vieillard me dévisageait, ses yeux semblaient me langer une supplique muette, je lui fis signe de s’asseoir ce qu’il fit avec empressement, c’est à dire qu’il mit au moins 3 minutes pour venir s’asseoir.
Je dus me décider à engager moi-même la conversation, j’en profitais pour lui poser la question qui commençait à me tarabuster l’esprit.
- Il n’y a pas grand monde, lui dis-je.
- En effet, mais il vient quand même quelques personnes de temps à autres.
- Le quartier n’est pourtant pas inhabité.
- Oui et non fut sa réponse laconique, après quoi il m’expliqua :
Ce n’est pas le quartier qui est désert, c’est l’établissement où vous vous trouvez qui n’existe pas, alors forcément les clients sont plutôt rares, ce qui ne me gêne pas car je n’existe pas non plus.
- Vous n’existez pas, et pourtant je vous vois, lui dis-je.
Je craignais sa réponse.
J’avais raison.
- Vous n’existez pas non plus, fut-elle !
Je me dis en aparté et en français pour me comprendre :
- En effet, cela explique tout !
A dire la vérité j’étais soulagé. Et nous continuâmes à discuter ainsi, de rien et du reste, nous continuons encore, et ce n’est pas fini.

