Vieille question s'il en est puisque
déjà Aristote la pose dans son
célèbre Problème XXX, appelé aussi l'Homme de génie et la
mélancolie, par mélancolie Aristote parle de cette tristesse songeuse attachée à l'image de l'artiste illustrée à
la Renaissance puis dans le spleen des romantiques. Il remarque surtout le lien qui semble unir créativité et variations de l'humeur, Diderot
pourra plus tard dire que le génie est proche de la folie, en effet le créateur est souvent caractériel, instable, obsédé par une œuvre qui semble naître d'un savant mélange de la difficulté
d'être et d'un principe énergétique constitutionnel, celui-là même qui a animé tous les créateurs d'univers, les aventuriers de l'impossible, poètes, mages, prophètes, peintres, inventeurs,
musiciens...
L'exaltation créatrice est proche de la mélancolie, sœur de la dépression, fille de la manie et proche parente de la folie quand l'œuvre ne parvient plus à contenir tous les affects.
Cette lecture nouvelle des destinées hors du commun livre des conclusions surprenantes : les créateurs usant des arts du langage - poésie, littérature - et ceux des arts non verbaux - plastique et musicaux. Les premiers connaissant une grande proximité avec les troubles mentaux, les liens avec la folie et la dépression sont peu fréquents chez les seconds. Constatons avec surprise que rares sont les peintres ou musiciens classiques portant un pseudonyme.
L'auteur pose la question : La littérature toucherait-elle à un fruit défendu, ou bien l'œil et l'oreille protégeraient-ils de la folie ?
J'avoue avoir une mauvaise vue et une audition parfois déficiente, mais c'est un hasard...
C'est le daimon de Socrate qui servira de modèle à la psychiatrie du XIX siècle pour argumenter son discours sur la proximité du génie et de la folie, cette voix intérieur, un génie familier pour la société grecque qui croit à l'existence des dieux et des démons, c'est une muse capable d'inspiration pour le philosophe et le poète, c'est une hallucination auditive pour la psychiatrie classificatoire.
Diderot comme Kant souligneront que le génie est un don de la nature qui élève au-dessus de ses contemporains. L'homme de génie voit si rapidement, dira le premier, que c'est presque sans regarder.
Étymologiquement le follis latin est tout d'abord un "soufflet pour le feu" mais rapidement le fol est un malade mental, en 1694, le Dictionnaire de l'Académie nous dit que le fol est celui "qui a perdu le sens, l'esprit, qui est tombé en démence". L'aliénation, elle, vient du latin alienus (autre) et signifie devenir autre.
Impossible, et vain, de résumer un tel livre en quelques phrases, l'auteur traverse l'histoire et explore les liens existant entre deux états parfois complémentaires mais parfois seulement, la psychiatrie et la neurologie explorent, cherchent mais ne peuvent, pour l'heure, tout expliquer. Nous cherchons la source du génie, ce facteur humain qui permet à certains d'être différents de ses contemporains, qui permet ou qui contraint, mais cette dernière remarque est personnelle. De Socrate à Rimbaud nous cheminons avec quelques personnalités dont l'histoire, non sans raison, elle, retint le nom sauf celui du premier homme qui réussit à se dégager des primates et dont nous sommes, tous, les descendants !
Notre époque veut comprendre, résoudre, réduire et, ceci a-t-il un lien avec cela, j'ai beau regarder autour de moi je ne vois pas un seul génie à l'horizon.
Il est vrai que j'évite les miroirs !

