Bonjour James
C'est difficilement que je vous ai écrit, vous savez que ce n'est pas mon activité préférée, je préfère m'amuser, sauter, vivre mille et mille aventures, courant après le temps avec l'espoir qu'il va s'arrêter. Je sais que c'est illusoire mais ce que je sais surtout c'est que là est votre souhait. Moi je ne suis pas réel et si je prends le temps d'écrire ces quelques lignes c'est que s'est ouvert une parenthèse dans mon existence. Vous noterez que je ne dis pas vie, ce mot ne peut pas me convenir.
Dans quelques minutes je retrouverai mon état normal, mes habitudes, mes amis et ennemis puisque j'en ai aussi, en particulier le capitaine Crochet, mais est-il vraiment un adversaire, à Neverland les choses ne sont pas aussi simples qu'elles le paraissent, les couleurs comme les êtres s'emmêlent et chacun semble dépendre des autres comme un rouage ne saurait exister seul dans un mécanisme compliqué, un mécanisme dont vous êtes l'auteur tout en en étant un élément parmi d'autres.
Ne croyez pas que je vous en veuille de vivre ainsi, emporté par un manège que je ne maîtrise pas, au moins le temps pour moi est-il l'illusion qu'il n'est pas pour vous, à l'inverse d'un certain portrait c'est vous qui vieillissez "en vrai", et moi qui reste un enfant, pour l'éternité, incarnant le rêve de tant qui, lisant mes aventures, peuvent imaginer que rien ne changera et que demain sera à l'image du jour qui finit, sans ignorer toutefois que si cela était vrai ce serait la pire des malédictions, ce que moi je peux connaître serait insupportable dans la réalité et vous le savez aussi bien que moi. Je peux exister sur scène, dans un livre ou sur un écran mais pas dans un réel qui ressemblerait à la folie.
Je laisse à d'autre le loisir de se pencher sur vos motivations, étant votre marionnette je ne peux vous comprendre, seulement vous apercevoir en levant les yeux, tout là haut, dans les cintres de la création. Je qualifie même un comportement psychologique particulier, ainsi puis-je penser que je représente cette affection chez vous et qu'en me façonnant vous vous soigniez afin d'affronter une vie qui avait peu pour vous plaire mais que vous ne pouviez fuir sinon par un acte définitif.
Qui sait ce que je représente également pour l'auteur de ces lignes, le hasard n'existe pas dans l'esprit si parfois ses mécanismes sont difficilement compréhensibles, il choisit de m'utiliser et cela ne saurait être innocent, j'espère qu'il disposera de plus de lucidité que moi, et, peut-être, que vous.
Mais la parenthèse se referme déjà, j'ai récupéré mon ombre, je vais retrouver Wendy, la fée Clochette...
Dois-je vous dire a bientôt ?
Peter

