Un glissement, un choc, presque un chuintement,
Dans une mer de peur, plus un gémissement !
Mon moment préféré, un silence si acide,
Qu'il diluerait le temps pour ne laisser que vide.
Foison de souvenirs, de vies que j'ai croisées,
Chacune pour un instant qu'elle n'oubliera jamais !
Quand le bois et l'acier sont unis par l'humain,
C'est généralement pour un effet malsain.
De cette volonté je suis l'incarnation,
A l'instar du requin ma forme est perfection !
Prédatrice innocente j'ai rendu la justice,
Au sens ou le trop plein vers la sortie se hisse.
J'entends les pas traînants du condamné qui vient.
Il fait froid ce matin, c'est un vrai temps de chien,
Mais il pourra trembler, incriminant Chronos,
Alors que sa terreur est présente en chaque os.
On le jette sur moi, son coeur voudrait hurler,
Son cou emprisonné, ma gueule est refermée.
La cour est inondée d'un sang qui déjà sèche.
Combien y en eut-il sur ces pavés trop rêches ?
Il fut un temps, jadis, où beaucoup je servis,
Pour éteindre une idée je moissonnai les vies.
Tel n'était pas mon but, venue de l'humanisme ;
Mon talent dévoyé, j'ai servi mille ismes !
Mon usage s'éteint, c'est un progrès dit-on,
Le sapiens évolue... Je sais qu'il reste con !
Entre ce qu'il se veut et sa réalité,
L'abysse au fil du temps ne fit que se creuser.
Sur moi s'est déposé un linceul de poussière,
Autrefois s'est perdu et demain pousse hier.
J'oeuvrai l'aube venant, quand sonnaient les matines,
Le brouillard me vêtait de soie et de murmures,
Ma bouche préparait en baiser la morsure.
Qui sait quand reviendra le chant des guillotines...

