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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 06:15
                                                          Un étrange plaisir (1/2)


          Non ? Intéressant, je comprends votre intérêt à mon égard, vous n'aimez pas l'acte, mais êtes intéressé par l'acteur, c'est le portrait psychologique qui vous intéresse, et le fait que je vous ai dit que j'aimais tuer a dû retenir votre attention, vous devez me prendre pour un malade ou un frustré, vous dites non mais je sens bien que j'ai mis le doigt sur un point sensible. N'ayez pas honte de ce que vous pensez d'abord parce que c'est votre avis et que votre devoir est de le défendre ensuite et surtout parce qu'il n'est pas faux je vous avoue que je me suis posé parfois la question, tuer fut pendant de longues années une jouissance que je ne vous décrirais pas, à votre âge on peut encore comprendre ce que ce mot veut dire, c'est en vieillissant qu'on l'oublie, vous le verrez bien assez tôt pour que je vous fasse grâce de mes remarques moralisatrice je ne suis pas là pour cela mais pour tenter de vous expliquer d'où peut provenir le plaisir que je ressens car plaisir il y a je puis vous le répéter autant qu'il vous plaira sans me contredire ni changer d'avis.
          Compensation de ma faible intelligence probablement, je sais, on dit le contraire mais c'est que j'ai développé une capacité mimétique qui me fut autant utile dans les salons que les jungles, les dangers de ces dernières étant moins pernicieux que les autres. Faites comme vos voisins et vous verrez comme ils vous jugeront bien, déviez de cette autoroute à une seule voie et les commentaires mesquins et désobligeants iront bon train dans votre dos. C'est la vie et ni vous ni moi n'y pouvons changer quoi que ce soit, ce n'est pas notre rôle, profitons-en autant que possible, mais j'en reviens à moi, à cette certitude d'être peu intelligent, la seule manière de me valoriser était de faire ce que peu de civilisés oseraient faire, me trouver face à la mort dans ce qu'elle a de plus beau, une forme vivante et chaude, palpitante, rugissante, aux crocs et griffes acérées, aux muscles puissants, à l'intelligence instinctive sans cette perversité, cette capacité d'agir froidement, qui est l'apanage de l'être humain et qui fait de lui la pire créatures vivantes, la pire de toutes, j'ose le dire et j'en suis l'incarnation aucun animal fut-il de mon espèce, n'a pu me résister; aucun; et je prenais plaisir à voir dans son regard la peur qui était le reflet de mon plaisir.

          Vous même vous auriez peur, je le comprends, c'est logique, moi je n'ai jamais eu peur, jamais ; on dit parfois que ceux qui sont ainsi sont fous ou inconscients, je ne suis pas ce dernier alors déduisez vous même ce que je suis, vous y parviendrez. Je suis fou mais mon aliénation à trouvé à s'exprimer, j'aurais pu faire comme d'autres, tuer par procuration j'ai connu quelqu'un qui agissait comme cela, un écrivain qui passait des heures à décrire une agonie et le pire était qu'il en jouissait, pas seulement en se plaçant du côté du bourreau mais aussi en étant la victime il prenait plaisir de la mort donnée et de la mort reçue. Le comble du sadomasochisme vous ne trouvez pas ?

          Je me demande si vous suivez mes divagations, il vous faudrait le rencontrer, il vous recevrait s'il est toujours en vie ce qui doit être le cas, je vous donnerais son nom et son adresse, le premier ne vous dira rien il n'a jamais pu être édité sérieusement, cela viendra après sa mort, comme toujours et la seconde est l'emplacement d'un vieil immeuble où survivent peu de gens et où lui trouve l'inspiration , une bâtisse aux planchers qui craquent continuellement et à l'escalier de bois raide comme une falaise il pourrait vous en dire des choses lui, pires que ce que moi je puis vous avouer à cette différence que lui n'a jamais vraiment vécu, il existe au travers de ses personnages , moi au travers de mes actes et de mes victimes.

          Il me semble que je suis sorti encore une fois du sujet, j'en suis contrit et plein de regrets, vous ne me le faites pas remarquer, ce que je vous dis vous intéresse, je le sais et plus que ce que je peux vous montrer qui au fond n'est jamais qu'un étalage de choses mortes et sans intérêt, c'est vous le chasseur et moi la proie, c'est une sensation intéressante, vos yeux sont les canons jumelés d'un fusil braqué sur moi mais pas pour tirer au contraire pour voir, aspirer, comprendre, comme si c'était possible.

          Je suis fou vous ai-je dit, si je vous l'ai dit c'est que je ne le suis pas, ou alors je le suis et le dit pour qu'on ne le croit pas et me prenne au contraire pour quelqu'un de sain d'esprit, logique, bref passons sur ce détail vous vous ferez l'opinion que vous voudrez, vous me la direz, avant de partir...

          Vous me raconterez ce que vous pensez de moi, le portait ne manquera pas d'être plaisant. Je vous parlais du plaisir de tuer, bouleversant et intense mais on finit par s'en lasser, comme de tout, l'homme est un enfant qui se fatigue de ses jouets et de ses désirs pour tenter d'en découvrir de nouveaux qu'il pourra dominer et briser à son gré, c'est une créature soumise à une malédiction dont on peut, avec du temps, savourer la nocivité.

          L'homme justement, parlons en un peu, après tant d'années passés à chasser j'ai fait la guerre, tué, sur un terrain qui me convenait loin de cet endroit aux murs épais et aux silences éloquents ou de ces villes qui sont l'orgueil de notre civilisation, la-bas, si près par l'avion si loin par l'esprit, j'ai tué mon semblable et le plaisir était aussi grand, des hommes, des ennemis, je vous en ai déjà touché un mot brièvement tout à l'heure en vous disant que les seconds ne sont plus des premiers, je mentais, si je prenais un tel plaisir c'était parce que l'autre est aussi l'un. La guerre s'est terminée, les crises ont toujours une fin, temporaire, ne l'oublions pas. L'homme est une créature qui aime tuer, j'en suis l'incarnation.

          Que dites-vous, vous vous sentez bizarre, léger, c'est un effet de la boisson bue tout à l'heure, son action est parfois surprenante quand on ne s'y attend pas, rassurez-vous bientôt vous ne vous en plaindrez plus, plus du tout, tout ira parfaitement bien.

          La guerre terminée j'ai repris mes activités, elles n'avaient plus le même goût, j'avais trouvé une proie nouvelle et détecté dans les autres animaux une grandeur que j'avais honte d'avilir. Tenez, nous voilà au terme de la galerie, ce n'est pas fini, si vous voulez bien ouvrir cette porte, vous trouverez une autre pièce où d'autres trophées se trouvent, plus intéressant pour vous, voilà, ouvrez, vous vous sentez bien, parfait, entrez donc, refermez, allumez, maintenant regardez, n'est-ce pas intéressant, je note avec plaisir que vous n'êtes pas surpris, vous avez compris depuis longtemps que, après avoir testé l'homo sapiens, je ne pouvais plus prendre de plaisir qu'avec lui.
          Vous voyez j'ai presque tous les genres, quasi toutes les ethnies, il me manque quelqu'un comme vous, vous comprenez pourquoi j'avais besoin de votre photo et de discrétion, je vous avais dit que tout irait bientôt pour le mieux, la drogue que vous avez ingérée n'a pas lésé votre physique bientôt vous pourrez courir, tout votre saoul vous êtes jeune et endurant ; rassurez-vous les murs sont hauts et derrière il y a des gardes très compétents, ils sont là pour que personne ne puisse entrer mais aussi sortir, n'est-ce pas une amusante situation ? Vous allez jouer un rôle important, celui du chassé, voilà avec quoi je vais vous tuer, c'est un arc, je préfère, question de discrétion, ensuite je vous donnerais à mes chiens, une meute superbe et très bien dressée, à retrouver les humains, et obéissants ils attendent que j'ai blessé la proie pour la dévorer après que j'en donne l'autorisation, tenez voilà la porte qui donne sur un escalier qui va vous mener à la sortie, je vais prendre le temps de m'habiller et de m'équiper vous avez celui de prendre de l'avance pour vous cacher.

          Vous hésitez, je vous comprends, la situation est imprévue n'est-ce pas, mais dépêchez-vous sinon ce sera du temps de vie perdu voilà vous vous dirigez vers la porte, vous partez, allez courrez, courrez !


          Maintenant je suis seul, c'est le meilleur moment, je me prépare, encore une fois, celui là est plus intelligent que les autres, ce n'en sera que mieux, parfait, je suis sûr qu'il prendra aussi du plaisir dans cette chasse, le plaisir de la proie, le plus étrange de tous, il me faudra y goûter, un jour... "

 

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