Est maître celui qui sert aux autres. Pas celui qui se sert des autres, vulgaire gourou ayant découvert le moyen de changer la
connerie en or. Encore moins celui qui sert les autres, simple réincarnation d’un rouleau de papier hygiénique. Qui cherche à apprendre sans désirer comprendre mérite de ne pas savoir, seul qui
tente de découvrir peut enseigner.
C’est en se rencontrant, en se confrontant, en s’opposant... en copulant entre elles que les idées sont fécondes.
Onctueux dans la bouche, le mépris devient un poison pour l’esprit.
L’intellectuel réfléchit sur ses propres sécrétions cérébrales, c’est un coprosophe, proche parent du coprophage. Il peut récupérer une vieille idée mâchonnée, il sait la mastiquer un instant en feignant de lui trouver du goût, avant de la refiler à un de ses clones. Fascinant jeu de miroirs se distrayant de renvoyer leurs propres reflets, incapables de réaliser que ce n’est que vide.
Si, dans le désert, la certitude que le soleil se lèvera à nouveau est douloureuse, l’espoir qu’il puisse ne pas revenir est plus angoissant encore. Affronter une situation pénible, mais connue est moins inquiétant que faire face à une situation qui serait... qui pourrait être...
Comment savoir sans l’accepter, sans que le génie prenne le bras de l’intelligence pour l’aider à traverser la rue ?
Prêt ?
On y va...
Est clair ce qui nécessite la compréhension, est simple ce qui se suffit d’être appris. La clarté effraie le simple d’esprit promis à s’asseoir à la droite du néant.
Ce siège n’est pas à ma taille.
Tant d’idéologies, d’idées au logis, tant de doctrines, tant de cachets pour assoupir l’esprit vagissant. Tant de leçons à
réciter en chapelet pour confiner la flamme de la vie au point d’oublier qu’elle existe.
Une phrase gonflée de certitudes est souvent vide de signification.
Penser suppose d'accepter que croisse son ignorance.
Penser, accepter de se mettre en danger, osciller entre le doute, père de l’échec, et la certitude, fossoyeur de l’imagination. Qui refuse d’avancer tombe de ce dernier côté, posant sur son visage le sourire béat du vide. Croire que c’est possible, que la réalité ne s’effacera pas d’un pas de plus fait en avant, insuffle la force de progresser. Douter amène à regarder derrière soi le troupeau paissant en une apparente sérénité. L’hésitation distille un poison rongeant l’esprit jusqu’à l’intégrisme. Une seule vérité peut exister, qui la refuse, n’étant pas réel, ne peut pas vivre.
La certitude contre l’espoir.
Ecoutons Confucius affirmer que l’expérience est une lanterne que l’on porte dans le dos et qui n’éclaire que le chemin déjà parcouru, comprenons qu’à regarder en arrière l’on ne se voit pas marcher dans l’ombre la plus trompeuse: la nôtre. L’expérience est un désert semé de souvenirs qui ne conduisent nulle part, pas un limon fertile.

