Je suis un vide ampli d'échos étranges,
De cris, de pleurs, de hurlements obscènes
Que longtemps je pris pour les rires des anges,
Spectateurs de choix voyant dans l'arène
le combat piteux d'une âme imbécile
Luttant avec des mots contre la nuit.
Avant de rejeter l'être docile
Que j'étais, d'être un agneau qui fuit.
J'ai levé la tête, vu sur les gradins,
Spectres et démons qui me regardaient,
Moqueurs, attentifs, jouisseurs et malsains,
Vampire obsédés, éternels damnés.
Pourquoi écouter encore des désirs
Qui coutaient si cher, rapportaient si peu ?
Ces êtres engendrés par mon délire,
Voilant le néant de sombres adieux.
Fermer les yeux pour comprendre où je suis.
Au centre de rien, pas plus qu'une absence,
Un oubli du temps, un gouffre sans bruit,
D'où ne peut surgir qu'un triste silence.
Ses fils tranchés, le pantin immobile,
Sait qu'il est trop tard pour se repentir.
Nul ne peut l'animer, il est une île
Sur une scène où rien ne peut mourir.
Je suis... mais ces mots ne veulent rien dire,
Un mensonge essayant de s'incarner.
Le destin sachant qu'il n'est d'avenir
Que par la destruction du sablier.
Combattre une illusion est un jeu vain,
Pour oublier le temps, vaincre le sort,
Hier est vaincu sans que vienne demain.
Je ne suis pas vivant, sans être mort !

