Le nuage est venu, silencieux comme une ombre,
Indistinct, nébuleux, ressemblant à la brume
Qui vient après la pluie sur un sol chaud et sombre
Et que l'humidité remonte du bitume.
Il est entré partout, envahissant les rues,
Les maisons, les placards, des caves aux greniers,
Profitant tout autant des larges avenues
Que des cagibis, couloirs et lieux oubliés.
Un châtiment divin dirent les superstitieux
N'ayant d'explication que la moins vraisemblable ;
S'il existait un truc ressemblant à un dieu
Regarderait-il ces animaux méprisables ?
Comme une ambre d'opale retenant ses victimes
Il est collectionneur tout autant que miroir,
Retenant les esprits pour leur montrer leurs crimes,
Afin de ne garder que les moins dérisoires.
Il est venu vers moi, espérant m'emporter,
Me montrant mes démons, croyant que j'aurais peur.
Aucun n'eut ce pouvoir, car savoir m'effrayer
N'appartient à personne. Je suis né dans l'horreur.
Que va abandonner le nuage en partant ?
Un monde désolé où j'aurai survécu,
Des corps éparpillés, cadavres ou ossements,
Humains et animaux à jamais disparu ?
Ou va-t-il m'emmener en un ailleurs terrible
Ressemblant au néant que toujours j'ai cherché ?
Un endroit silencieux, sans tourment indicible,
Ni pensée superflu, juste moi et la paix.

