Combien ont cru que je n'aimais que tuer,
Que j'avais pour but d'aligner les cadavres
pour dessiner la voie vers l'éternité.
Vaincre la vie pour faire du néant mon havre.
Quelle erreur c'est là ! Mais je peux les comprendre,
Se fiant aux apparences c'était vraisemblable.
La vérité est ailleurs mais se méprendre
M'arriva aussi, au début il me semble.
Je voyais l'avenir en chasse incessante,
Passant sans m'arrêter d'un corps à un autre,
N'ayant à l'esprit qu'une idée qui me hante :
Être de la mort, un disciple, un apôtre.
Le temps m'amena à plus de réflexion
Pour conclure enfin que je me fourvoyais.
Demain n'était pas ma vrai destination,
J'espérais avancer, hier m'appelait.
Avant de partir je retournai le corps,
Penché en avant j'observais le visage,
Cherchais dans ses yeux ouverts face au décor
L'ombre de l'au-delà, un sombre passage.
Je compris quand je découvris ma victime,
Son aspect m'évoqua une vieille photo,
On m'y voyait enfant au bord d'un abîme
À côté d'un homme qui me tournait le dos.
J'ignorais alors de qui il s'agissait,
Plus tard j'appris que c'était mon géniteur
Et d'autres détails que je garde secrets
Par lesquels je compris mon goût pour l'horreur.
Je m'étais perdu, conduit dans l'inconnu,
Tel le Petit Poucet, à l'ogre promis.
Sauf que j'étais les deux, en suis revenu
Grâce aux cailloux obscurs semés par la nuit.
Il me fallait redécouvrir mon passé.
Maintenant j'ai compris, je sais d'où je viens,
Ce que je dois faire et où je dois aller.
Aurais-je terminé, fais ce qui est bien ?
Serais-je libéré en tuant mon père ?
Question sans objet avant d'avoir agit.
Il pleut, et ce matin je gagne ou je perds,
La pièce va retomber, la mort ou la vie ?

