Pour la Science N°90
Dévier un astéroïde en 2022 !
Des rumeurs courent pendant l'été 2015 qu'un astéroïde pouvait heurter la Terre entre le 15 et le 28 septembre, au Mexique ou en Amérique du Sud. Visiblement, et heureusement, il ne s'est rien passé mais la Nasa dut publier un communiqué pour démentir cette prédiction, précisant que la probabilité que notre planète connaisse un tel incident au cours du prochain siècle était inférieure à 0,01 %.

Néanmoins le risque existe et chaque année la Terre reçoit plusieurs dizaines de milliers de tonnes de matière venue des confins du Système solaire. Pourtant une catastrophe comme celle du 30 juin 1908 survenue près de la rivière Toungouska en Sibérie reste possible. Ce jour là une déflagration détruisit la forêt sur plus de 20 kms et le souffle causa des dégâts sur plus de 100 kms, le bruit fut entendu jusqu'à 1500 kms.
Que pourrions-nous faire maintenant si un tel risque se présentait ? Y répondre est un des objectifs de la mission AIDA (Asteroid impact & deflection assessment), conduite en collaboration avec l'Agence spatiale européenne et la Nasa.

Première obligation : connaître l'ennemi. Les astéroïdes sont les restes des briques qui formèrent les planètes sans pouvoir s'agglomérer pour en engendrer une. La plupart n'ont pas été altéré par des processus thermiques extrêmes, gardant leur composition primordiale, formant ainsi une source d'information précieuse pour comprendre l'histoire du Système solaire et de notre planète. Certains évoluent sur des trajectoires croisant celle de la Terre et présentant un risque de heurter celle-ci.
Les météorites présentent une grande diversité, Mathilde est une petite montagne noire comme du charbon ; Kleopatra est le vestige d'un cœur métallique ; Cérès et Vesta sont les deux plus gros connus. Certains reçurent la visite de missions spatiales : Éros et Itokawa, sans que leurs caractéristiques observées soient comprises. Certaines de ces objets sont des systèmes binaires, un gros objet en conserve un plus petit en guise de satellite. Ainsi leur diversité peut aider à comprendre les étapes de formations des planètes de notre Système.
La mission AIM, composante européenne de la mission AIDA, a pour objectif de rendre visite et de caractériser la surface, la sous-surface et la structure interne d'un petit astéroïde. La cible choisie est Didymos, et son ''satellite'' Didymoon, dont la trajectoire croise celle de la Terre. Son diamètre est de 775 mètres. Cette expédition devrait accroître notre connaissance des propriétés physiques d'un astéroïde.
Reste à modéliser les méthodes et moyens de déviation d'un tel corps. La mission AIDA est donc d'observer les effets du projectif artificiel américain DART, de 300 kgs, avec la surface de Didymoon, de mesurer les effets de l'impact puis la déviation produite. Les lancements sont prévus pour 2020, la rencontre pour l'automne 2022. Pourquoi viser Didymoon ? Parce que sa vitesse est faible ce qui facilitera la mesure des effets du choc.
Autre utilité de cette collision : en connaître les effets pourrait aider à comprendre la formation des planètes, la plupart auraient été façonnées ainsi. Leur modélisation mathématique ne permet pas d'en connaître toutes les conséquences. AIM recueillera les conditions initiales de l'impact, ses résultats, la taille du cratère, la morphologie de celui-ci ainsi que la production d'éjecta et ses propriétés. Ces connaissances sont indispensables pour concevoir le moyen efficace de dévier un astéroïde si le besoin se présentait.
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Cette expérience permettra de vérifier nos modèles à plus grande échelle que celle du laboratoire mais bien inférieure à celle des impacts réels qui eurent lieu durant l'histoire du Système solaire. Le but étant d'éviter un scénario catastrophe sans avoir à envoyer qui que ce soit, avec la certitude de ne pas en revenir !


