La dernière, la dernière…
Vais-je, enfin, en être débarrassé, enfin pouvoir marcher, seul, pouvoir penser librement quand cette chose sera loin de moi ?
Tout fut de ma faute, tout, j'aurais dû agir... On m'avait averti. Mes oreilles n'entendaient que les mots suivant mon désir, et puis, les faits confirmèrent ce que l'on m'avait dit, une fois la porte passée, reculer coûte cher, si cher, si chair…
C'était une curiosité d'enfant, un savoir sur lequel je suis tombé par hasard, ou presque… Il le voulût, orienta mes regards, dirigeant mes mains, me poussant sur cette voie sans que je puisse entendre la voix de la raison ni les avertissements qui m'étaient dispensés. Moi ? Me faire avoir ? Impossible ! Je me sentais si puissant, riche de possibilités, j'étais assuré d'aboutir là où tous se seraient égarés.
Et je me suis perdu sur le chemin des ténèbres, renoncer était interdit. Un manège une fois parti s'arrête le tour achevé.
Ce sera bientôt le cas, bientôt je serais libre, bientôt…
Une victime de plus est-ce que cela compte ?
J'ai tué six fois pour nourrir la puissance que j'avais conviée pour me venger, dépasser les autres... J'ai pris la voie s'enfonçant dans l'obscur, goûté au sang, savouré la mort. Un septième sacrifice et le démon aura son dû.
Personne ne croirait ce que je fis ; le psy auquel j'en parlait m'affirma que tout était dans ma tête, le diable ne venait jamais d'ailleurs, je voulais m'en convaincre pour m'autoriser à tuer et libérer une sauvagerie douloureuse. Il me dit que j'étais seul responsable mais qu'il pouvait m'aider, rien n'était perdu.
Le secret médical le muselle mais j'ai compris sa réaction, son système veut effacer la religion, elle s'y superpose sans rien expliquer, refusant de voir ce qui se terre dans les ténèbres. Je sais ! Il dirait que je délire, faux, je sais, j'ai vu !
J'ai vu danser les démons, ils prirent mes mains pour tuer, pour détruire, j'ai vu leur violence sur les murs en lettres de sang, sur le sol en corps désarticulés par une force supérieure à celle que j’eus jamais. Je suis pris par ces choses, prix…
Prie !
On me l'a dit aussi, un conseil donné par quelqu'un trouvant plus facile d'abandonner que résister. Moi j'ai lutté, je continue et rien ne m'arrêtera avant que j'ai tué pour la dernière fois, pour le salut de mon âme. Ces victimes ne paieront pas, l'Enfer n'est pas pour elles. Et je n'aurais pas le droit de me défendre, de faire ce que je peux pour m'en sortir ?
Cela me sera compté, mes crimes, mes erreurs, mes errements, le plus important est de sauver mon âme, elle sera bientôt libre, bientôt loin des contacts avilissants qui me procurèrent tant de plaisirs, elle se lavera dans le sang de l'innocence.
Un dernier crime, être libre, libre…
Mon fils… Il comprendra, je vais lui expliquer, pour sauver son père que ne ferait-il pas ?
L'arme est dans ma main, j'ignore ces ricanements dans ma tête, ces illusions souriantes autour de moi, je vais vaincre, me libérer des agressions démoniaques. Le Purgatoire ne m'effraie pas. Il aura une fin, je le traverserai, ensuite j'aurais mérité moi aussi, la vie éternelle.
Il dort… il dort… il est si beau, si…
Je sais qu'il accepte, m'approuve, je le sais.
Une septième fois… une sept…

