Mille jours et mille nuits ont déjà disparus
Dans le gouffre du temps qui se repait de tout ;
Ou devrais-je avouer que je ne connais plus
Que l'obscur et le froid, que le je, plus le nous.
Tant d'heures à t'espérer, à vouloir l'impossible,
Un souffle accéléré, des griffes sur le sol ;
Quelques wafs impatients, jamais un d'irascible,
Du bruit derrière la porte et mon cœur qui s'affole.
Tu n'aurais pas voulu que je reste ainsi, triste,
En contemplant le temps comme le fait du bourreau
Un condamné voué à rester sur la piste.
Tissant le linceul du présent avec des mots.
À quoi sert donc le vent, il ne te trouve plus,
Le monde est un jardin qui désormais l'ennui,
Il veut te caresser, te cherche dans les rues,
Hurlant pour t'appeler, voilant ses pleurs de pluie.
La neige a disparu, tu aimais t'y rouler,
En mordre les flocons, les blancheurs confondues,
Tu courais, t'amusais, et moi je t'observais,
Heureux d'être avec toi, effleurant l'absolu.
Y a-t-il un ailleurs pour nous y retrouver,
Enfer ou Paradis, les limbes éternelles,
Des rues allant sans fin pour nous y promener,
Sans le moindre importun, juste nous et le ciel.
J'aime à imaginer qu'au moment de ma mort
Tes aboiements joyeux viendront pour m'accueillir.
Je fermerai les yeux, sans regret ni remord.
Croire en ce seul instant avoir vaincu le pire.

