Rouler est un plaisir que j'expérimente rarement. Il faut que le stress soit si fort que ce soit le seul moyen pour moi de m'en débarrasser. Quand la solitude devient pénible, à moins que ce ne soit l'inverse et que fréquenter trop de gens soit insupportable.
Alors j'attends le soir, mais pas trop tard, et plutôt que sortir, boire un verre, ou les deux à la fois, j'éprouve le désir de m'en aller. Sans direction précise, je n'ai pas de but, géographique, seulement éprouver la maîtrise de mon véhicule, m'imaginer capable de parcourir le monde pour ne jamais revenir. Moderne chevalier maîtrisant quelques dizaines de chevaux, à moins que ce ne soit quelques centaines, ce n'est pas important.
Sortir de la ville d'abord, m'éloigner en cherchant où je ne suis pas encore allé. J'aime la découverte, ces lieux avec un ''petit quelque chose'' qui retient mon attention.
Mais ce qui me plait le plus ce sont les rencontres possibles, les jeunes, ou moins jeunes, gens qui font de l'auto-stop. Tous ne font pas appel à ces applications modernes permettant de trouver un chauffeur et des compagnons de voyages pour se rendre quelque part, fusse pour quelques kilomètres seulement. Je m'arrête, m'enquis de la destination de la personne, propose de l'avancer si celle-ci va trop loin. Je dois penser qu'il me faudra rentrer. Rouler ainsi permet de discuter, de faire connaissance serait exagéré, mais certaines personnes n'hésitent pas à raconter leur vie.
Souvent je conduis la personne à l'endroit souhaité, nous nous séparons alors sans plus de façon, mais parfois je sens qu'un lien autre se présente, une relation qui s'ouvre sur une proximité plus grande. Je lui propose alors de faire un détour et pour sceller cet accord d'ouvrir une des bières que fort opportunément j'ai déposé sur la banquette arrière. Bien sûr moi je ne bois pas, je conduis.
Que ces boissons soient droguées est une raison supplémentaire de ne pas en consommer. Une fois mon passager endormi, un coin tranquille nous permet de faire mieux connaissance. Bien que d'une façon qu'il n'imaginait sûrement pas.
Je rentre quelques heures plus tard, apaisé. Sachant pourtant que le même besoin me reprendra quelques jours, ou semaines, plus tard. Mais l'attente fait partie du plaisir.
N'est-ce pas ?

