Quand il rouvrit les yeux ce fut pour n'apercevoir, à travers la pénombre, que les formes floues d'un environnement qu'il savait connaître sans qu'il put trouver le souvenir adéquat. Un bruit attira son attention mais si loin, perdu dans d'étranges échos en cascade, qu'il ne sut en déterminer la provenance. Difficilement il se mit debout, ses jambes étaient raides, son corps était glacé.
Debout il tenta de faire appel à sa mémoire, quel était cet endroit, pourquoi y était-il ? Des bribes d'images revenaient, se succédant sans qu'il en apprenne quoi que ce soit. Des formes passant, des mots dans ses oreilles murmurés ou hurlés par d'innombrables voix. Autant d'appels qu'il savait pouvoir comprendre sans que rien ne vienne soulever le drap opaque jeté sur sa mémoire.
Petit à petit cependant l'obscurité recula, il se découvrit sur une scène face à une salle circulaire à plusieurs niveaux encore prise dans l'ombre. En revanche il discernait clairement le décor derrière lui, le lit sur lequel il était et cette salle, d'un château sans doute, sans qu'il s'étonnât qu'elle parut si grande, à la taille de la réalité, rien à voir avec les trompes l’œil théâtraux.
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Des mouvements lui apprirent qu'il n'était plus, si tant est qu'il l'ait jamais été, seul. Une bougie apparût, s'allumant seule, puis une autre, et une suivante, jusqu'à ce qu'il y en eut suffisamment pour qu'il distinguât une foule devant lui, comme sur les places assises et couvertes. Des regards tournés vers lui sans qu'il voit mieux qu'obscurité à la place des yeux. Cet endroit était à lui, était lui, il l'avait arpenté si souvent. Il se souvenait maintenant, ces vers qui coulaient de lui venant sans qu'il ait jamais su d'où, et ce souffle qui emportait son imagination sans qu'il put lui résister.
Dans son dos des pas raisonnèrent, se retournant il découvrit des hommes et des femmes venant vers lui, vêtus des costumes qu'il avait dessinés pour eux mais dont les visages étaient pâles et inexpressifs. De près il lui apparurent creusés par le temps et l'oubli ; leurs tenues étaient terreuses et parfois tâchées de sang. Une forme se détacha du groupe, blonde dont les cheveux semblaient encore trempés. Diaphane comme le sont les regrets dont on ne parvient pas à avoir honte.
Il la reconnut, sourit, comprit qui il était, seul mais aussi tout ceux qui l'entouraient, le regardaient, l'attendaient...

