Bucéphale attendait sur le quai de la gare, il piaffa en remuant la tête pour saluer le chat qui s'éloignait. Enfin pensa-t-il, ce minet commençait à le gonfler grave, impossible d'aller au tord-boyaux s'en jeter un derrière la crinière, avant d'inviter à danser la patronne, non qu'elle fut une jument mais ses dents et sa croupe pouvaient faire illusion après une douzaine de calissons épicés avec ces herbes qui font rire les humains sans qu'on eut besoin de les chatouiller. C'était un intermède, comme un mirage en lequel croire le temps de soulager ses frustrations sur le rivage du quotidien. Le persan revenu Bucéphale savait qu'il irait au trou, ça lui ferait une belle jambe, il s'y reposerait, sabots croisés sur le ventre, ou serait contraint de curer les douves. Un jour, c'était sûr, il balancerait une ruade dans le museau du félin et le regarderait valdinguer par la fenêtre en miaulant, alors il regretterait de n'avoir pas de bras pour lui en faire un, d'honneur !

