Je me rappelle de ma chambre... j'y ai passé mon enfance et celle-ci n'avait rien d'extraordinaire, ni rien qui fut déplaisant pour autant. Banale est le terme adéquat. Combien d'années y ai-je passé ? Je ne saurais le dire aujourd'hui, et peu importe. Les plus belles de ma vie, celles de l'insouciance, de la facilité, avec mes parents et mon frère. Nous nous entendions tous bien, tous.
À l'école tout allait bien, ou presque, dans notre milieu c'était comme ça. Sitôt l'école finie les travaux des champs nous attendaient, nous aidions nos parents comme nous pouvions, et cela nous endurci, sauf mon plus jeune frère dont la constitution n'était pas assez forte pour supporter ces contraintes.
Mais qui s'en souciait ? Perdre un enfant sur quatre n'était pas anormal, à l'époque.
Bref, rien qui vaille la peine d'être raconté, de passer à la postérité. L'intéressant est ce qui est arrivé ensuite. De ma chambre, j'avais vue sur un bel arbre situé au milieu d'un grand champ, je le regardais souvent, c'était presque un ami. Une nuit je fus réveillé en sursaut, des bruits, des cris. Je vis des lumières tremblantes. Me levant, regardant, discrètement, je vis dans le champ des hommes qui en tenaient un autre qui se débattait. Les voix me parvenaient sans que je saisisse les paroles prononcées, je devinais pourtant qu'il s'agissait de menaces et l'homme seul manifestait sa terreur. Restant dans l'ombre sans penser à mes parents je contemplais fasciné ce qui se passait. Un individu contre beaucoup ne peut rien, et celui-ci finit accroché à l'arbre, une corde au cou, gesticulant beaucoup, puis moins, puis plus du tout. J'étais paralysé, et je ne sais plus quand je retournai au lit.
Au matin ces images me semblaient venir d'un rêve, lentement je me levais, allais à la fenêtre, regardais.
Le pendu était toujours là, son corps oscillant sous le vent tel le battant d'une horloge qui n'aurait plus d'aiguilles.
Mes parents n'ont rien dit de cet ''incident'', je ne demandais rien et les années passèrent. Notre situation familiale n'évolua pas beaucoup mais je grandis, devint un homme, et comme j'aspirais à une autre vie je fis quelques erreurs.
Celle-ci me menèrent au tribunal, j'y fus condamné, rapidement, puis en prison, où je rédige ces lignes en forme de testament.
J'ai toujours une fenêtre, celle-ci a des barreaux, par elle je peux voir, sous un angle différent, l'arbre de mon enfance.
Demain c'est moi qui y serais pendu.

