Ce matin le réveil n'a pas sonné, la nature faisant mal les choses j'ouvris les yeux fort en retard. Saloperie ! dis-je à l'adresse de l'appareil qui clignotait, signe qu'une panne de courant était intervenue pour fausser son fonctionnement. En douceur je le saisis et le jetai contre le mur. Traumatisé par sa chute il sonna en roulant sur le sol. Voulant shooter je le ratai et heurtai le pied du lit. La douleur irradia jusqu'à mon cerveau, qui fit cul-de-sac, et s'y installa un bon moment.
La journée commence bien, pensais-je alors que, m'appuyant contre la commode je glissai, faisant basculer le meuble et les photos de rhododendron qu'il supportait. Souvenir de ma jeunesse, quand ces plantes existaient encore, avant que le cataclysme n'intervienne et les fasse disparaître.
Pour le petit déj', plus d'huile d'olive, plus d'olive non plus, elles aussi avaient disparu, ni de sirop d'orgeat, mais un liquide protéique nourrissant dans lequel je pris mon bain avant de le boire, les ressources naturelles, rares, étaient à préserver.
Je me souvins de ce jour de décembre 2012, le 21. J'étais au travail, m'y ennuyai, et pour tromper ma lassitude sorti de ma poche mon achat de la veille.
Tu va voir, m'avais assuré mon dealer, c'est de la bonne, de la super héroïne, avec ça dans le sang la chasse au neurone est ouverte, effet garanti, définitif, de la nécroïne, une nouveauté.
C'était vrai ! Tout devint petit, trop, pour moi, et ce job minable indigne de mon talent. Trop de frustrations devaient se payer. D'une main je coupai les alertes automatiques, surveillances mécaniques et sécurités électroniques. De l'autre je poussai tous les réacteurs de la centrale ; ils s'affolèrent, la température monta, les murs fondirent et les radiations couvrirent le monde, rongèrent corps et âmes, ravinèrent les sols et pressèrent les volcans jusqu'à éruption complète.
La terre hurla sa colère dans un gémissement émis par 7 milliards de bouches, il finit dans un soupir, de soulagement.
Un soupir de... de... La super héroïne ne fait plus effet. Dommage ! j'aurais trouvé une meilleure fin.

