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20 juillet 2019 6 20 /07 /juillet /2019 08:00

Serge Brussolo – Denoël – 1993 

Qui aurait vu dans l'alignement des consignes automatiques un cimetière vertical ? Lui le voyait ainsi, en souvenir de vacances où il avait visité un funérarium où les cercueils étaient placés comme des caisses dans un entrepôt.

Dans le casier 89 dormait un vieux cartable sentant le moisi, le mégot et la craie. Il ressemblait à une vache triste, fatiguée et attendait qu'un curieux vienne voir de plus près. le préposé hésitait, devinant dans cette invitation quelque chose de malsain.

Et pour cause, l'enveloppe de cuir contenait une douzaine de mains coupées proprement à hauteur du poignet et rangées verticalement comme les copies d'un professeur de latin. Quand les policiers les étalèrent ils découvrirent sur chacune une notation : Bien... Médiocre... Très bien... 10 appartenaient à des femmes et leurs empreintes ne fournirent aucune indication.

La curiosité populaire fut excitée un moment puis, devant l'absence de nouvelles elle se tassa et l'affaire fut oubliée.

Marie avait 22 ans et se sentait en fuite sans savoir à quoi elle voulait échapper. Parfois elle se demandait si elle n'était pas une amnésique qui aurait oublié qu'elle avait perdu la mémoire. Elle regardait souvent derrière elle, surveillait les alentours, évitait les échafaudages et souffrait de ne pas savoir interpréter les choses. Sa mère savait lire les signes, décoder les présages. Marie n'avait jamais voulu apprendre, elle avait peur.

Quand Marie était trop mal elle pliait bagage. Facile : ses affaires tenaient dans un vieux sac à dos. Depuis 3 semaines elle travaillait à la fête foraine, elle n'y avait qu'une amie, Gina. Sa capacité à attendre, immobile, plaisait au père Zoume, le propriétaire de la loterie, qui trouvait qu'une fille attirait le chaland. Elle aimait le bruit, le mouvement, le changement régulier de lieu.

Un soir un homme arriva, bedonnant, sa casquette enfoncée au ras des sourcils. Il joua, gagna, rejoua, gagna encore... Marie pensait que ce n'était pas naturel. Elle avait raison.

C'est pas sorcier de gagner. Avec un bon horoscope et quand on connaît ses chiffres de chances on peut faire sauter la roulette du casino. Moi, si je voulais... dit-il avant de partir chargé de ses lots.

Un matin elle l'aperçut dans un bar comptant ses tickets de tiercé et lui lança : Alors, toujours en chance ?

Il lui parla alors d'un abonnement horoscope qui lui donne ses bons jours, les mauvais, les bons chiffres, les dates où ne pas sortir. Elle voulut en savoir plus mais il ne dit rien.

Elle parla à Gina de sa rencontre, et celle-ci lui avoua qu'elle trouvait crédible cette histoire d'horoscope.

Régulièrement Marie parlait à sa mère, lui racontait sa vie. Qu'elle soit morte depuis deux ans était sans importance.

Un jour elle reçut une lettre qui ressemblait à une convocation de la Sécu. En fait elle venait d'un organisme s'étant donné pour mission de réparer les torts que le destin aveugle put lui causer. Si la proposition lui méconvenait qu'elle la brule. La missive parlait d'avenir, de son angoisse intolérable. Aujourd'hui vous n’êtes plus seule. On lui demandait d'enduire ses mains d'encre afin d'en poser l'empreinte sur une feuille au dos de laquelle elle indiquerait divers détails de sa vie, de ses ambitions. Plus une somme d'argent, en billets, qu'elle aurait froissé 3 minutes entre ses mains pour les imprégner de fluide. La lettre affirmait que sa vie allait changer, que le destin ne lui distribuerais plus que de bonnes cartes.

L'ayant lue elle hésita sur ce qu'elle devait faire.

Le lendemain elle décida, trouva l'argent et envoya ce qu'on lui demandait à l'adresse indiquée :

S.O.S HOROSCOPE

« La route obscure »

10, place Verneuve 75018 Paris

Elle décida de rentrer chez elle. Une espèce de grenier au parquet hérissé d'échardes sans électricité ni eau courante.

Au troisième jour elle reçut une grande lettre blanche lui donnant le comportement à adopter. 3 jours encore et un autre courrier arriva, rouge, qui la prévenait d'une menace qui approchait... Elle reconnut Guido un de ses employeurs de la foire à qui elle avait ''emprunté'' de l'argent. Il la suivit jusque chez elle et la prévint de ce qu'il allait lui faire. Marie était terrorisée et cela faisait partie de la ''punition''. Elle attendit, cherchait une solution, la nuit passa et le lendemain elle entendit des pas résonner dans l'escalier, s'arrêter devant sa porte. Un homme l'informa d'une lettre en express. Comme elle ne répondait pas il la glissa sous la porte.

La lisant elle n'y croyait pas, la menace était écartée. Par la radio elle apprit la mort de Guido, tué en pleine rue. Une rixe de poivrots semblait-il. Bizarrement elle se sentit coupable.

Le destin de Marie avait-il vraiment changé, en mieux, qu'était cet organisme qui le lui promettait. Quand au lien avec les mains trouvées dans la consigne faites confiance à Serge Brussolo pour en avoir trouvé un auquel vous ne vous attendiez pas.

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