Neo – 1989 – traduction et présentation de Robert Benayoun – Introduction de Jacques Bergier.

La procession qui s'annonce est celle des damnés, des exclus, des données que la science jugea bon d'exclure. Charles Fort décide de prendre la tête des renseignements blafards qu'il aura exhumé. Maudits livides, de flamme ou pourris.
Des cadavres, momies ou squelettes grinçants et trébuchants, des géants déambuleront, des théorèmes marcheront comme Euclide en côtoyant l'esprit de l'anarchie. Se glisseront de petites catins. Se mélangeront clowns et respectables, assassins, puanteurs et superstitions déchaînées, ombres et malices, caprices et amabilités. Le naïf, le pédant, le bizarre, le grotesque et le sincère, l'hypocrite, le profond et le puéril confronteront le coup de poignard, le rire et les mains jointes de la bienséance.
Les damnés sont les exclus, certes, mais aussi ceux qui excluront car l'existence est alternance d'enfers et de paradis comme le salut précède la perdition. Et inversement !
Il n'y a pas de différences positives affirme l'auteur, que toutes choses sont comme l’insecte et la souris au cœur de leur fromage. Insecte et souris, rien de plus dissemblables que ces deux êtres. Ils y restent avant de devenir des transmutations de fromages. Nous sommes tous des insectes et des souris et seulement différentes expression d'un grand fromage universel.
Sans différences positives il est impossible de définir quoi que ce soit comme positivement différent d'autre chose.

L'existence est un courant, une onde ou un passage de la négativité à la positivité et l'intermédiaire entre les deux.
La beauté est ce qui sembla complet. L'incomplet ou le mutilé est totalement laid. Une main est belle, sur un champ de bataille elle ne l'est plus.
La stabilité est l'indéplaçable, l'inaltérable, le sincère. Mais toutes les apparences ne sont que réaction à autre chose.
Indépendance et individualité sont ce auprès de quoi n'existe rien d'autre.
La Vérité est l'Universel. La Réalité est ce qui ne se confond pas en quelque chose d'autre.
Charles peut se présente comme un intermédiariste. Rien n'est réel, mais rien n'est irréel et les phénomènes sont des approximations d'une part ou de l'autre entre la réalité et l'irréalité.
Tout serait bien, tout serait formidable, dit non sans ironie CF, si les damnés voulaient le rester !

Ainsi Charles Fort présente-t-il, à sa manière, son œuvre, fruits de milliers d'heures passées à parcourir les publications de son temps pour recueillir cette somme de faits étranges, inexpliqués, paranormaux souvent : pluies de grenouilles, apparitions de crocodiles sur les côtes anglaises, chute lente de météorites ultra-légères, vestiges archéologiques lilliputiens, observations d'ovni, poltergeists stratosphériques, banquises aériennes... tout en proposant des explications originales et personnelles tout en affirmant qu'il est impossible de prouver quoi que ce soit.
À la sortie de son premier ses hypothèses parurent pertinentes pour certains, ineptes pour les autres. Peu à peu ses parutions attirent l'attention d'écrivains de science-fiction jusqu'à ce que son troisième livre paraisse en feuilleton dans la revue Astounding Stories. Dans ce recueil il invente le mot téléportation, comme un pouvoir oublié pouvant refaire surface.
Il aurait même influencé H. P. Lovecraft qui le cite dans deux de ses nouvelles. Le Mélanicus de Fort ressemblant au Cthulhu de HPL.
Aujourd'hui ses théories passent pour des provocations mais sa vision d'une science pouvant, devant, se remettre en cause continuellement, est la morale de son travail.

