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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 07:00



ceci-n-est-pas-une-pipe-01.jpg
Je ne pouvais pas laisser passer ce rapprochement...
Pour donner mon avis, je doute de l'impact de cette campagne publicitaire...
Mais, go !


 

                                  04
 

- Celle...

- Hiroshima je pense. Je ? Un je qui n'est pas moi, ou est-ce l'inverse. La bombe arrive j’attends, j’ai envie d’être détruit, que cesse une attente qui semblait sans fin, la malédiction absolue.

- Ou une bénédiction ?

- La certitude du lendemain n'en est pas une. Ce je/moi observe le ciel, il veut disparaître, laisser de lui une ombre jetée sur le mur par une puissance surhumaine ? Le soleil explose, il le voit au ralenti, se sent éparpillé, son esprit se désagrège, il meurt.

- Pas pour longtemps.

- Lui si, pas la force qui le tenait. Il ne l'espérait pas, seulement ne plus être son esclave.

- Esclave ?

- Le terme est impropre, c’est une symbiose, l’avenir m’aidera à être plus clair. Je sens les éléments constitutif de mon… de ma coquille, amusante comparaison, se séparer mais ils forment un tout indestructible, simple question de temps pour qu’elle se reforme... Étrange, je m’approche, elle se laisse faire. Présence, puissance, une force brute, sauvage.

- On dirait une possession démoniaque ?

- Explication humanisée ! C’est autre chose, un besoin d’émotion pour ne faire qu’un avec l’habitant temporaire.

- Et quelle plus grande émotion que la mort n’est-ce pas ?

Le policier réfléchit, l’écrivain en miroir, ou le contraire. Émotion dit l’un, mort, dit l’autre, l’une est l’autre, ressentir et constater que l’émotion est une porte choisissant qui l'ouvre, qui veut la forcer affronte l’irréalité, l’imagination pallie la frustration en apportant à l’esprit un calmant basique : la violence, disponible à profusion au cœur de toutes les âmes.

- Vous réfléchissez commissaire ?

- À vos paroles. Mourir, ai-je eu peur ? Non, la mort est une complice, une émotion, un affect, une explosion intérieure. Un cri qui résonne depuis la naissance, un cri qui est l’univers, qui EST !

- Je comprends.

- Alors cela suffit, partageons cela professeur, voulez-vous ?

Le policier se laisse aller, épuisé, dans son lit, ses yeux contemplent le plafond blanc parsemé de crottes de mouches, mais il est ailleurs, en un spectacle indicible. L’esprit est bien fait qui ne voit que ce qu’il peut, qui interprète le reste en le masquant de quelques concepts primitifs.

Il ferme les yeux, un frisson le secoue, ses poings se ferment, ses yeux s’embuent. C’est vite passé, un soupir, le premier.

- L’émotion professeur. Le corps l’exprime comme il peut, laissons lui ce pouvoir, écoutons-le sans le contenir en des comportements ridicules.

Le professeur opine.


Et l’écrivain ?

Il lit, il suit. Ce policier est l’ombre qui le devance, qui ouvre la voie devant ses pieds, son esprit en éclaireur.


- Émotion, conséquence. Ce que nous nommons ainsi est une onde de choc, une souffrance.

- Un test ?

- L’esprit ressent quelque chose et s’ouvre ou se ferme.

- La majorité refuse une émotion, sentant qu’elle est un raz de marée qui ne laissera derrière lui rien d’intact.

- Il ne peut détruire que ce qui est destructible, donc inutile.

- Finement raisonné mon cher Morton.

- Merci commissaire.

Ils se sourirent, complices.

- La violence en réponse, l’instinct commande. Normal, il est nécessaire à la Vie de produire une grande quantité d'être pour que s'en extraient ceux qui lui seront utiles.

- Une mutation ?

- Un pas en avant mais quel rapport avec ce que j’ai ressenti ?

- Y en a-t-il un ?

- Tout se tient, le tout est cohérent.

- Pouvez-vous comprendre ?

- Non, mais j’en ai envie. Tare humaine que de vouloir réduire la nature.

- Vous êtes humain.

- Oui, encore… Plus… Moins… Une question sans réponse, pour l’heure. J’ai dit cri car ce fut comme contempler ce qui existe depuis toujours. J'ai crié, de surprise, oublié la réalité le temps que le poignard d’argent me tue, que je meurs, que le feu se déclenche et que je…

- Ressuscite !

- Revienne. Je, plus...

- Il y a là un mystère à creuser.

- Pour le déterrer ?

Le policier éclate de rire, la santé revient, du reste il récupère très vite. Aussi anormalement qu’il avait dépéri. En quelques minutes il s’était retrouvé dans un état de faiblesse ne pouvant être atteint qu’en des semaines de privation. Signe qu’un effort hors du commun lui avait été demandé, que son corps l’avait payé et le surmontait.

- Où allons-nous commissaire ?

- Si je le savais, si je le savais…

- Vous en avez une idée.

- Mille, la bonne viendra en son temps. J’ai plongé les yeux dans un tel abîme que le retrouver me donnerait envie de fuir.

- Est-ce encore possible ?

- Non. Ce qui m’attend a dépassé la mort, ne connaître de fin que celle de la Création. Voyez à quel point je suis fatigué, je peux le dire simplement sans penser que je suis fou, sans ressentir l’effroi venant de cette immensité. Cela viendra ! Je vais trembler, crier, pleurer en regardant le ciel. J’aurais envie de le haïr, de le détruire, m’interrogerai sans réponse. D’une part par ce qu’il n’y a personne, au sens ou nous l’entendons, ensuite parce qu’il n’y a pas de réponse. Ce serait attendre du futur ce qui n’est pas encore formé, ce qui n’est qu’un possible.

- Un probable.

- Est-ce suffisant pour déterminer ce qui arrivera ?

- Dès lors qu’il y a certitude, ce qui vient n’a plus d’intérêt. Le soleil entre par la fenêtre, le ciel est d’un bleu intense, un mur, une prison, fermons les yeux pour voir par delà.

- Cette prison est si belle.

- C’est sa force, avoir envie d’y rester. Percevoir un univers immense et grouillant effraie et incite à s’enfermer, à se saisir de sa peur comme d’un matériau pour bâtir la cellule la plus petite possible. L’intelligence perçoit l’ailleurs, elle le craint. Tout accepter est facile, quand le refus est grand, quand se ligue contre soi des forces que l’on sait décidées, le jeu devient intéressant. Pouvoir tout perdre donne la mesure du gain possible. Motivant pour puiser en soi la force pour renverser le barrage.

- La clé de l’évolution. Des étapes, des barrières, un mur construit par la terreur qui devient motivant plus qu’interdisant.


Il s’inquiète de ce qu’il écrit, non que ce soit nouveau mais ainsi cela prend une autre forme, une nouvelle force, un goût de réalité qui lui fait peur.

Peur ?

Est-ce bon signe ?

La mort fut… fut ? Curieux temps pour en parler. Il ne l'’a pas connu comme son personnage mais en a croisé le regard, en senti l'étreinte, l’âcreté d’un baiser sans lèvre, pire qu’une morsure.

Une émotion que les mots ne traduiront jamais. Il se souvient de ce qui s’est passé, l’épreuve du commissaire est basée sur son vécu, réel ou non,

Apparent ?

Non, le vrai est ailleurs, mais pas si loin.

Émotion qu’il voudrait éprouver à travers son personnage. Mourir semble terrifiant comme un signe. Une bombe atomique est d’abord une lumière, cette émotion, vient le bruit, sensation autrement plus physique, puis le souffle qui arrache tout sur son passage. Voilà l’utilité de cette image. Cet homme attendant l'explosion est une représentation, une indication.

Et c’est loin d’être fini !

Ce qui n’arrivera jamais.

Quoi que… Comme disais je ne sais plus qui, l’éternité c’est long, surtout vers la fin.


-Vous êtes loin commissaire.

- J’organise. Tant d’événements se sont produits ces dernières semaines. Les pièces d’un puzzle immense se mettent en place. L’image est floue, ma vue défaillante, ou ma volonté ?

- Cela viendra.

- Tout se tient, c’est logique, tout est cohérent, un événement en entraîne un autre, la chaîne ainsi ne s’arrête jamais.

- Pourquoi ne pas vous reposer ?

- Je ne peux pas. Une telle énergie passe par moi. Des images, des vies, des souvenirs rodent, des leçons, des moments de vie.

- Utile ?

- La vie d’autrui est vide d’enseignement.

- Que retenir alors de ces images ?

- Un spectacle, le plaisir, simplement le plaisir, foin de l’utilité.

- Tout est si calme.

- Pour peu de temps.

- Oui, vous allez être entouré, encerclé, assiégé. Le bas de l’immeuble est entouré de policiers. Tant d’événements étranges se sont produits, ce qui vous est arrivé, la nouvelle de l’absence de survivant, votre retour à la vie. L’explication est à peine plausible.

- La vérité.

- Pour une fois.

Ils rirent devant la curiosité de la situation. L'incroyable était vrai.

Ironique, non ?


Il ne sait pas.

Ironique vérité ? En quoi, lui, doit-il croire ?

Ses textes ? Fiction, délire ! L’évidence corrobore ce diagnostique.

La vérité est-elle accessible par une intelligence ?

La sienne ?

Ne serait-ce pas malédiction ? Promesse de solitude ? Ses personnages sont là, pas aussi complices qu’il le voudrait, c’est mieux que rien pourtant, qui sait si un jour, dans la réalité ne trouvera-t-il pas l’âme sœur qu’il cherche ?

S’ouvrir, s’offrir, souffrir !

L’espoir est vain, il le sait mieux que personne.

Personne…

Laisser venir les mots, ses héros défrichent, expriment. Ils sont lui et la puissance que le commissaire ressent est celle de son créateur.

Il retient la majuscule, sa vanité est insuffisante pour qu’il se laisse aller.

Il en sourit le bougre.


- Que direz –vous ?

- Ce que nous avons prévu.

- À la suite d’événements exceptionnels votre résurrection apparaît logique, comme si tout n’avait concouru qu’à ce but. Une thèse soutenue par certains. Les corps volatilisée, les pierres vitrifiées, un déchaînement d'énergie incompréhensible sinon en référence à ce que vous savez.

- Laissons passer le temps. Nous ferons appel à l’intelligence qui refusera ce qui s’est passé.


La réalité est-elle toujours incroyable ?

Est-il aussi fou qu’il le dit, qu’il le joue ? La société se dédouane ainsi de ce qu’il pourrait dire. Une fragilité, une force aussi. Il peut se laisser aller, l'étiquette "démence" détourne l’attention du contenu. S’y accrocher, affirmer qu’il a compris ce que tant cherchent serait vain, se contenter de dire ce qu’il ressent, admettre que son imagination confine au délire. Qu’importe, a-t-il besoin de ceux qui ne lui apportèrent que déceptions, peur ou peine ? Il n’est plus seul, ces parcelles de lui-même vivant sur le papier sont des amis plus réels que ceux du monde des vivants.

Croit-il ses paroles ?

Une construction mentale, la voir immense n’est pas folie, au contraire, c’est humain d’avoir de l’ambition. La sienne ignore l'admiration.

Attendre est vain, être ouvert mais ne pas tendre les bras inutilement. Et si personne ne vient, tant pis. Il lui reste son monde de papier, ce n’est pas l’éternité mais ça n’en est pas si loin. Paraphrasant un auteur connu il peut se décrire comme posthume, sa postérité attendant sa disparition pour s’imposer. Trop à dire, à écrire, à jeter en mots, laissant de côté l’envie folle de perfection, de générer une œuvre sans faille, globale jusqu’à l’indicible, si belle qu’elle n’aurait plus de sens. Il en est loin, ce désir est l’expression de sa peur d’avancer. Désirer l’idéal est le meilleur moyen de ne rien trouver, c’est partir vaincu d’avance.

Ce qu’il sait faire, avec plus que du talent.

Réalité ?

A-t-il besoin d’y croire ?

Surtout pas, la folie ne serait pas loin.

Observer, s’amuser de ce qui vient, penser que pour certains ce pourrait être davantage qu’un délassement. Un jour il se prendra au jeu, quand il ne restera de lui qu’une impression perdue, qu’un corps apaisé.

Ce qu’il attend ?

Il suppose que c’est ce qui surviendra plutôt qu’une vie normale, banale, celle-là lui tendit les bras, il eut le réflexe de reculer, de revenir à ce qui fait sa spécificité et tant pis pour la facture.

Et ensuite ?

Des murs blancs, doux, complices et protecteurs auxquels il confierait ses secrets les plus intimes, des heures à se balancer sur une chaise en répétant les mêmes mots, il se voit marchant en suivant des rituels compliqués mais rassurants, là est l’avant-goût de l’éternité, l’impression que le temps n’existe plus, que le présent même est cette ombre qu’il recherche comme la mère dont il n’aurait jamais dû sortir.

L’émotion violente ouvrit en lui une porte sur l’ailleurs encore entre baillée. Il laissât venir ce qui attendait derrière, d’abord lentement, puis jusqu’à sentir son esprit exploser et…

Non !

À l’image du commissaire il sait la fuite impossible.

Veut-il insinuer que ce possible de folie ne surviendra jamais, que le délire ne sera jamais vainqueur, qu’il a touché de si près la réalité que jamais il ne pourra s’en éloigner comme il le fit ? Car il le fit, tant que ne resta entre eux un fil ténu, d’or, ductile, capable de s’étirer sans se rompre.

Un asile seul serait promesse de paix ?

Il ferme les yeux, ne pleure pas sur lui-même, la preuve est faite, la démence fut complice, protectrice, matrice.

Il a tant aimé ces impressions d’être disloqué, au fond il savait que jamais il ne céderait. Son esprit est dense jusqu’à l’inexprimable, confronté à tant de souffrances il ne s’est pas protégé en s’emmurant mais en consumant ce qui en soi était superflu, de l’épreuve naît la qualité, apparaît la vérité et s’impose l’évidence de la vie.

Jolies formules, il est fier de ses capacités à écrire de jolies choses. Ce n’est pas toujours le cas, il arrive qu’il passe à côté, qu’il veuille trop réfléchir, trop dominer, laisser aller le talent est le mieux.


Le jardin est fermé, déserté, vide, les murs s’effritent sous les assauts d’un vent chaud. Dommage, c’eut été un endroit qu’il aurait retrouvé avec plaisir, pouvoir s’éloigner, conserver cette porte de sortie.

Ne lui en reste-t-il plus ?

Alors… Non, pas celle-là, c’est celle du rêve qu’il a toujours fui, ce n’est pas maintenant qu’elle va survenir.


- Encore vos pensées commissaire ?

- Oui… J’aimerais les sortir de moi, les regarder… Mais je ne peux qu’y penser, qu’y rêver, cela ne se peut, en moi il y a tant de souvenirs, d’images, tant d'existences accumulées, chacune n’est qu’un grain de sable pour former le plus grand désert possible, désert de vies vécues autant que de rêvées. Comment céder à cette tentation ici, un hôpital, même pas psychiatrique, si nous disions ce que nous savons nous aurions droit à de belles cellules et à de jolies chemises aux manches s’attachant dans le dos. Décor banal, fonctionnel, l’uniformité est plus simple, pas plus efficace.

- Ailleurs des efforts sont faits pour humaniser les hôpitaux.

- Belle antinomie.

- Sans doute, nécessité fait loi.

- Oui… Je pense qu’il ne vont pas me garder longtemps, c’est… Je ne sais pas mais quelqu’un paye et je gage qu’il aimerait que ça dure peu. Je me sens aussi bien que possible, et mieux si affinités.

- On ne dirait pas que vous venez de mourir.

- Moi-même j’en doute.

- L’impression va s’effacer ?

- S’estomper au contact des autres. Le temps a pour moi une valeur différente de celle qu’il a pour les autres, tout est en fonction, tout s’organise, j’ai à laisser faire.

- Vous me tiendrez au courant ?

- Je compte sur vous professeur, vous êtes le seul à qui je puisse parler.

- Je n’ai pas vaincu la mort moi.

- C’est elle qui m’a vaincu. Qui sait ce qui peut vous arriver.

- Faut-il vendre mon âme pour obtenir un bonus de quelque siècles ?

- Elle vaut quelques millénaires.

- C’est gentil de reconnaître mes mérites.

- Ma meilleure offre, si vous ne l’acceptez pas je vais la retirer.

Les éclats de leurs rires étonnèrent les policiers de faction devant la porte.


Le ciel est bleu comme une prison, comme une cage, au-delà, et au-delà seulement, se trouvent les ténèbres de l’infini.


Si proches…


                                       § § § §


Nuit, nuits, il, ils ne dorment pas, il…

Le policier sourit, il va devoir quitter l'hôpital, dans le regard des spécialistes il a lu l’incompréhension, et sa sœur : la crainte. L’enquête a commencée, difficile, dans la vague des événements elle se perdra, se tarira, et si les spéculations continuent, peu lui importera.


La fenêtre laisse un rectangle obscur, il pourrait se lever, l’ouvrir, sortir et courir vers l’univers, n’être qu’une pensée, une âme dans l’immensité.

Dans quel but ? Pourquoi lever les yeux, regarder au loin, tenter de deviner ce qui nous attend ?

Il ne dispose pas de ce pouvoir, pas vraiment, cette impression relève plus du souvenir que d’autre chose, comme si si ce qui l’entourait… Les mots sont difficiles, comment les contraindre ? Ce qu’il ressent vient de l’univers, plus qu’un cri, un ordre, un désir, une raison d’être.


L’écrivain apprécie cette tache de lumière donnant l’impression que sa chambre est d’une obscurité illimitée, c’est lui qui voudrait disparaître dans l’ailleurs, mais il ne pourrait guère que retrouver son point de départ.

Allongé, les yeux dans le vague, l’esprit cherchant à quoi ou qui se raccrocher. Dans le passé il aurait trouvé, un joli visage, une situation qu’il vivait par avance, désormais la réalité a un nouvel aspect, un goût plus réel, difficile à supporter pour qui le découvre un peu tard.

Trop tard ?

Il n’est, naît, jamais trop tard et l’enseignement qu’il recevra de son personnage n’est pas celui qu’il attend.

Surprise !

Bonne ?


Il écoute, tout est si calme, comme si le monde avait disparu, comme si les activités humaines n’avaient jamais été qu’une illusion.


A quoi bon persister à jouer, à tendre les bras comme il le fait dans la nuit pour espérer trouver un mur trop doux ? Il ne rencontre que ceux qu’il connaît, les siens, comme avant, comme toujours, non une cage, un ventre, mélange d’assurance de mort et de promesse de vie. Mourir et laisser derrière soi ce à quoi il s’accroche, rouvrir les yeux pour découvrir…


Personne ! Le rêve n’est plus possible. La peur est moins puissante, sa force qui a crue assez pour s'en débarrasser.

Les mots sont complices, ses pages sont les murs à l’ombre desquels il vécut, feignant de s'y sentir bien, il sent qu’il y a une autre face, un versant en pleine lumière. Là ? Le soleil a tourné, va-t-il être détruit ?

Il n’est pas le vampire qu’il souhaite, il n’est pas un rêve, plus un rêveur.

Un créateur ?

La différence entre les deux est ténue, le second assume son œuvre, ne se contente pas d’accumuler les pages, satisfait de sa production comme si la quantité finissait par acquérir d’elle-même une valeur.

Il ne dispose pas du pouvoir de reculer dans le temps, seulement de la capacité à avancer vers cette construction qu’il devine, silhouette obscure qu’elle se découpe sur fond de nuit.

Ce n’est pas la première fois qu'il voit cette image mais peut-être va-t-il en saisir le sens, la regarder autrement, la solution est là, pas seulement se laisser porter, mettant ses pieds dans de vieilles empreintes lisses d’être utilisées, donner à son monde la lumière qu’il mérite.

Et lui ?

Mérite-t-il ?

Il le souhaite, malgré lui il attend, que ses bras étreignent l’absence, persuadé qu’il attendait pour rien, qu’il n’embrasserait que la mort ? La folie n’est plus promesse, il l’a voulue, possédé, consumé jusqu’à n’en rien laisser derrière lui. Il devrait être fier, de quoi, à quel titre ? Il n’a rien voulu, exploitant des aptitudes qu’il recèle sans les avoir désirées, sa plus grande qualité est de savoir endurer, dents serrées, yeux ouverts, d’accepter sans se raidir. Eut-il engagé le combat qu’il l’aurait perdu, au contraire il utilisa la force de l’adversaire… Un adversaire ? Un test, quelque chose officiant sans se poser de question. Faut-il en vouloir au bourreau sans âme obéissant à son destin sans avoir à le comprendre ? Le destin possède-t-il le recul pour savoir ce qu’il fait et sa destination ?

Non, l’homme et son reflet, le créateur et l’œuvre savent qu’il n’y a pas de réponse accessible pour eux, si tant est qu’elle existe quelque part.

Sera-t-elle là un jour ? A-t-elle place ailleurs que dans son esprit ?

Folie !


Le commissaire se souvient. La mémoire lui revient alors qu’il ne l’attendait plus, le passé, un amour fou, une si jeune femme, si belle, ayant sacrifié son esprit pour lui. Elle n’est pas morte, c’est pire, elle attend… Non, elle n’est plus qu’un un corps assis ou couché selon la position qu’on lui donne, elle qui eut la plus belle des apparences la plus fragile des âmes, qui voulut aimer, se donner et se laissa emporter par une force qu’elle ne put contenir.

Est-ce si ancien que ça ?

C’était… C’est toujours. Il avait espéré une impossible réalité. la retrouver consciente, comme avant, comme jamais. Aimer fut un mirage, être aimé une impression, un moment d’oubli, sa vraie folie fut dans cet espoir qui ne se réalisera jamais, aucun génie n’ayant ce pouvoir, même pas lui.

Même dans le rêve il ne désire plus être aimé, un peu de mort glisse en lui, un peu de vie, de vide, un creux demandant à s’emplir de quelque chose d’autre, espoir, illusion d’un temps perçu autrement, espéré sans visage pour ainsi accepter qu’il en ait un.

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 07:00
Qui regarde l'abîme... 02 
 

                              03
 

L’enfance l’encourage, la vie se fait douce, pourquoi craindre encore ?

Il reprend son chemin, l’étrange l’accompagne, un sourire complice.

Qui mettra la main sur son bras la prochaine fois, de qu(o)i a-t-il besoin ?


La folie ?

Non ! Elle fut proche, amicale, s’ouvrant pour qu’il oublie, qu’il endure. La mort alors ? Pas encore. Il l’espérait, la vie vint à sa rencontre.

L’Am… Un rêve qu’il fuit pensant ne trouver en lui qu’alibi pour ne plus avancer, pour n'exister qu’en reflet pour l’autre. Jamais il ne rencontrera celle dans le regard de laquelle il existerait vraiment.

Jamais ?

Il sourit et les passants s’étonnent, en pleine rue c'est inquiétant. C’est quelqu’un qui pense, qui paraît présent mais se trouve ailleurs arpentant un territoire qu’il ne verront jamais.

Où est le mépris qu’il ressentait, son désir de les exterminer pour être, enfin, seul, pour s’ébattre dans son royaume d’enfant ayant réalisé ses vœux ?

Même le papier n’est plus la porte sur cet ailleurs, il est devenu un implacable miroir.

Il s’arrête, tourne le dos au soleil, la lumière jette sur le sol une ombre si noire qu’il a le désir immédiat de lui tendre les bras.

Non ! Jeu ! Élan qui le jetterait vers nulle part.

Ainsi il voulu n’être que cela, surface dense mais si fragile qu’un nuage peut l’effacer. Il désirait cela, ombre dans un monde de ténèbres, il sait qu’il vit dans un univers ou triomphera l’obscurité, en soi pourtant survit une petite lumière, une braise,, le goût d’un défi sans espoir autre que d’être, sans attendre un avenir n’existant pas encore.

N’être que présent, rêve ou cauchemar ?

L’ombre ne lui parlera pas, d’elle, ni ne l'aidera. À quoi bon gaspiller un temps compté ? Elle est indication, le piège indiquant le bon chemin.

Lequel ?

Demi-tour, pas question d’ouvrir les yeux, se laisser envahir, respirer, ses cellule s’agitent, s’ouvrent, satisfaites d’avoir été entendues.

Rouvrant les paupières il croise un visage fané, vieille curieuse, vampire du moindre spectacle pour oublier sa médiocrité. Sourire désarmant, elle recule, il fait un pas vers elle, elle s’effraie, il sourit et repart à nouveau, retrouvant ses pensées là où il les avait laissés, fidèles.

Un parc établi dans les contreforts d’un massif montagneux, pentu, plusieurs étages, un bassin, enfant il venait souvent ici, un retour pour un adieu à l’enfant qui s’y amusait et qu’il ne retrouvera jamais. Bien des chose ont changées, tout s’use, bientôt il ne restera rien du décor qu’il connut, resteront les souvenirs au fond de sa mémoire jusqu’à ce qu’il n’en reste rien. Être vide, offert, du passé faisons table rase.

Comme si c’était possible !

Il monte, cherche dans les arbres les traces des écureuils qu’il sait y vivre, des oiseaux, leurs chants sont là mais d’écureuils point, tant pis. Reste un banc, mélange d'époques, le vieux se souvenant ou le jeune anticipant ?

Qu’importe, il n’est plus le jeune qu’il fut, pas encore un vieillard. Nul n’a la certitude du lendemain, et c’est bien ainsi.

Angle des remparts, de là aussi il faillit se jeter, l’abîme devant ses yeux est plus réel que celui du pont, trop couvert de végétaux pour que sa chute eusse été mortelle. Les endroits ne manquent pourtant pas pour qui veut mettre fin à ses jours. Attendre le passage d’un camion, lacer sa chaussure pour au dernier moment poser sa tête sur la route.

Il avait pensé à cela, son crâne aurait éclaté tel un fruit trop mur, pour reprendre une image classique. Mourir à genoux lui aurait déplu.

Mourir cela viendra, le défi est de supporter un jour de plus et de le projeter sur le papier.

- Pourquoi pas ?

- Pardon ?

- Excusez-moi, je parlais tout seul.

À haute voix, cela ne lui était pas arrivé depuis longtemps. Vivre en soi fait oublier les autres et leur inaptitude à le comprendre, l'anormal effraie.

Et lui, se fait-il peur ?

Pas autant qu’il le voulait, quand à faire peur aux autres… Un temps il désirât rédiger des textes choquants mais l'inquiétant n'est pas horrible. L’atroce peut être dégoûtant sans être effrayant. Son désir serait d’entrer dans l’esprit du lecteur, d’y solliciter des désirs dégradants afin que le lecteur s’interroge sur ses pensées, ses envies. Il repousserait sa responsabilité maudissant l’écrivain l'ayant troublé. combien assumeraient des émois venant d’un intérieur dont ils ne voulaient rien connaître.

Que sait-il de son propre intérieur, et, propre, est-il le terme convenable ?

Plus qu’il le souhaiterait, s’il regarde sous l’amoncellement de cadavres, derrière les descriptions de tortures infâmes, s’il écarte les monstres qui gigotent il trouvera un spectacle plus terrifiant d’être moins effrayant. Pas d’atrocités, le contraire, ce qui pour lui est le visage même de la peur.

Un si joli visage.

Promettant sans tenir.

Pas si terrifiant que cela par conséquent.

Lequel fait miroir à la lâcheté de l’autre ?


Et réciproquement !


                                               § § § §


La ville s’étend devant lui, au loin les montagnes l’encerclent. Est-il temps de changer, de regarder le monde d’un autre point de vue ?

Repartir, retrouver ses délires, espérer le pire, le décrire, en sourire.


Il se distrait de jouer sur les mots, bientôt il retrouvera son décor pour plonger en soi, une fois déjà il agit ainsi, s’efforçant, avec talent, de perdre le plus de temps possible, cela recommence, ce n’est pas différent et la fuite n’est plus permise. Le temps de retrouver ses forces, de se soulager du superflu. Aucun cauchemar ne viendra à son secours, devant lui une nouvelle forteresse se découpe sur fond de ciel, le gouffre est toujours là mais le danger est ailleurs.

Sous quelle forme ?

La plus belle possible, tendre succube qui, buvant, son sang en mourrait.

Son reflet ?

S’il évite les miroirs c’est par peur de lire sur son visage qu’un esprit l’attend, l’espère. Le temps est venu qui l’observe et lui tend les bras. Inutile d’attendre une apparition qui lui prendrait la main pour le conduire où il veut aller. Il détient la force d’avancer, le pouvoir de rêver en jetant sur le papier un monde digne d’exister.

Les larmes ?

Non, pleurer serait tricher, s’accrocher à une émotion fugace, il la retrouvera en son temps, émotion positive qu’il sera capable d’accueillir.

Elle ?

Connaît-il son visage, son nom ? Aura-t-elle le regard qu’il attend ou deux gouffres sombres ? Son sourire sera-t-il nu, promesse de morsures.

De mort sure ?

De vie sûre !

Ce qui l’effraie et le tente.


Redescendre, retrouver le monde qui l’attend, s’installer devant sa machine, ouvrir les yeux sur l’ailleurs, sur l’intérieur, ne pas s’interdire le monde, ne pas tout oublier.

Être !

C’est si simple. Laisser la coquille s’effriter, abandonner la chrysalide. S’il s’en savait incapable il essaierait déjà, la promesse de réussir fait plus peur que la certitude d’un échec qui figerait le temps, le laissant au bas de l’escalier par refus de monter la première marche. Il en a tant gravi déjà, vers le bas, ainsi il avança, plus qu’il le pense, moins qu’il le peut !


Qu’il le doit !

Non pour Elle, non pour l’autre mais pour soi.

Pour moi ?

Je…


                                               § § § §


Un cri, un seul, un hurlement prenant sa source à l’aube des temps, espoir de plus encore. Rugissement sans limite, prédateur en quête d’écho, d’un esprit capable de l’entendre, de l’accueillir, de l’accepter sans en mourir.

Il écoute, entend, ouvre la bouche à son tour mais il est trop tard, le froid est trop vif, la violence trop soudaine pour que file plus qu’une plainte, mieux qu’un soupir, formant sur ses lèvres une grimace ironique.

À genoux, les yeux vitreux, curieuse sensation, plutôt que se vider une force afflue enfin capable de regrouper les innombrables pièces du puzzle.

Il s’écroule face contre terre, personne ne bouge, les fils se détendent, ils lèvent les yeux, voudraient comprendre, mais c’est au-delà de leurs aptitudes, ils firent ce pour quoi ils furent créés, désormais leur utilité étant nulle il ne leur reste qu’à s’effondrer.


Est-ce cela la mort ? Il sait sa blessure définitive, une lame dans le cœur ignore le pardon, elle est le point final attendu, espéré pour s’interroger sur ce qui lui arrive. Mourir ne peut être aussi simple, ces images, ces impressions, ce cri, né avec l’univers et dont chaque cellule se fait l'écho. Il a envie de répondre, de contrôler ses pensées, pouvoir le faire fut sa vanité la plus grande. Il voulu ou cru vouloir, il…

Île… Être au milieu de rien, de tout, totalité d’une réalité hors de ses perceptions, extérieur introuvable, intérieure qui l’appelle. Le rendez-vous était pris depuis toujours, il l’attendait, l’imaginait. Se préparait, méditait pour… Cela n’a pas de sens, ces artifices n’ont d’autres buts que tricher avec soi, que se farder pour rater le rendez-vous.

Tant d’images reviennent, un fleuve dont sa vie n’est qu’une gouttelette.

Ce puits, l’homme qu’il y laissa, les autres qu’il exécuta. Combien de cadavres jusqu’à ce que la mort lui tende les bras ? Pourquoi au dernier moment s’est-elle écartée pour laisser place à ce qui semble être la vie ?

Semble... Le doute lui fait du bien.


Mourir n’est que cela. D’avoir tant vu de corps lui donna une fausse idée de cet instant, un être vivant imagine le couloir menant à la lumière, franchir le pas est nécessaire pour apprécier la noirceur, pour sentir la dissolution ultime commencer… Ce stade atteint le retour est impossible.


Et lui ?

Est-il vraiment allé plus loin que les autres, ces presque défunts dont les récits se ressemblent ? Pas de couloir pour lui, d’impression d’aller vers la lumière. Pas de coma, le choc d’une lame frappant son cœur, le déchirant, l’arrêt brutal de ce muscle si important alors que le cerveau fonctionne encore, qu’il lui reste quelques secondes de vie. Ce moment entre la cessation de fonctionnement de deux organes. Ce serait simple de pouvoir tout ramener à la physiologie, dire que les impressions visuelles viennent de l'anoxie des zones cérébrales dédiées. Le corps préserve l’esprit jusqu’au dernier moment espérant que les choses s’arrangeront.

Il est allé loin, vite, destin tracé, chemin balisé, seul l’heure du départ était inconnue.

Pour aller où ? Le comprendra-t-il seulement ? Le ressentir, enregistrer ce qu’il peut, rester ouvert aux émotions, aux impressions, plus qu’à leur traduction en images. Voir ne suffit pas, c’est éviter, c’est rester extérieur, comment voir ce en quoi l’on se trouve ? Qui regarde est spectateur. Lui est autre, pas plus, pas mieux, mais saisi par une force qu’il ne put éviter. Fut-il surpris... Nul besoin de tout comprendre, de tout savoir, c'est une évidence intérieure qui propose une seule réponse.

Il n’a pas refusé, donc il accepta, ainsi, ergoteur, il joue sur les mots.

Cri n’est pas le terme, c'est une onde, un souffle, il ne possède pas de terme pour définir cela, dans quelle langue, il faudrait qu’un peuple eut cette expérience et la force de l’exprimer, l’intelligence de la réduire en une formule compréhensible pour qui ne l’aurait pas vécue, analogie impossible. Il est loisible d’imaginer ce que l’on ignore mais l’affronter est différent. Un aveugle de naissance se fait une idée des couleurs, recouvrant la vue par quelque opération il avoue sa surprise. Qui rêve la vie est surpris de la rencontrer alors que la mort lui était familière.

Il plonge au cœur de son être, des milliards de voix forment un chœur entonnant une mélodie dont il ressent les vibrations sans comprendre les paroles. Expliquer est au-dessus de ses moyens, un autre, plus tard, ailleurs, aura le génie qui lui manque.

Il ne mourra pas vraiment, ce qui est en lui ne se laissera pas interrompre par si peu, au contraire, c’est le moyen de libérer ses aptitudes. Parfois la facilité est un piège, le talent un engrenage menant à la médiocrité, les difficultés amènent à puiser en soi le meilleur. Quoi de plus violent que croiser sa mort, que d’apprécier cette impression d’être face à la fin de tout pour se découvrir désireux de passer outre, d’aller par delà ?

Aller vers la mort pour vivre, en l’affaire point de dupe, un reste de lâcheté, c’est tout.

C’est trop ?


Au fond du puits ses yeux observent un océan multicolore, visions phénoménales de la Création, exprimable, peut-être, sous forme d’équations mais que les mots ne peuvent restituer. Des forces d’un temps impitoyable, d’un présent façonnant l’univers, oubliant le passé sans songer à l’avenir, être présent, voilà ce qu’il devait comprendre.

Pourquoi lui ?

L’héritage, le prix du passé, confluence d’événements qui le placèrent à un endroit précis. Il fallait une conscience disposant de certaines qualités, que ce soit la sienne est secondaire, en ce lieu les noms importent peu, lui-même a oublié le sien. En eut-il un jamais ?

Celui qu’il aurait dû posséder pourrit dans sa fosse, momie desséchée d’un possible qui se fit guide malgré lui. Le destin place ses pions, joue ses pièces, organisant sans préméditation une réalisation que la conscience n’emplit qu’en l’instant de sa naissance.

Il est regard, conscience, désir d’être trop, de se perdre, de contenir tout ce qui vient, tout ce qui passe à portée de pensée. Heureusement il retiendra peu, le plus important, il ouvrira la porte pour un autre qui, bénéficiant de son expérience, ira plus loin. Cela le désole, l’ambition le dispute à la vanité, tout réussir, tout pouvoir, l’imposer, et supporter.

Un mort ne pleure plus, fut-ce de dépit.

L’extérieur n’est plus, son regard englobe autre chose, assiste à ce que la vie recèle d’enregistrement d’elle-même. Comment l’exprimer ? Regarder se lever l’Aube des temps au cœur de la plus infime cellule. D’une seule il est impossible de tirer quoi que ce soit mais quand toutes s’expriment alors la conscience peut l’entendre.

Eut-il le choix ? Acceptant ce voyage il en supporte les conséquences, les responsabilités, levant les yeux il ne verrait aucun fil, il tient debout seul, son esprit fait face aux vents de la réalité.

Voile se dilatant jusqu’à englober l’infini, dépassant l’éternité. C’est ce qu’il sent en lui, délirant il penserait l’atteindre, la posséder, conscient, maintenant, il sait ne pouvoir que l’effleurer. Le mur de l’expression est trop haut, l’éternité se meut dans l’ombre, là où vont les fous osant malgré eux. Il avança en titubant, à genoux parfois, priant pour que tout cesse, ne renonçant jamais.

Il sait ce qu’il touche, il sait que le comprendra vraiment qui suivra son chemin, mettant les pieds dans ses pas jusqu’à le dépasser, de paix réelle il n’en aura qu’en cet instant, heureux de la destinée accomplie, apte à se dissoudre pour avoir touché la vie.

Tant de mots possibles, ils ne préciseraient rien.

Le plus difficile c’est maintenant, rouvrir les yeux, sur ce point il partage quelque chose avec ceux qui frôlèrent la mort quoi que lui ait la sensation de frôler la vie, ce moment de doute, fugace mais si violent que rien ne peut l’effacer. Revenir ou rester ?

Faux choix, facile après coup d’affirmer avoir voulu ce qui s’est passé, lui sait qu’il n’en est rien, revient qui doit, qui n’a fait le voyage assez loin pour n’en point revenir, que ceux qui restèrent spectateurs.


Le cri lui fait fermer les yeux, douter, mais non, il est bien de retour dans le réel, il fut poussé par les policier certains de transporter un cadavre.

Parler, expliquer, sa bouche ne peut s’ouvrir tant son état de fatigue est complet. Mourir fatigue son homme, tout juste peut-il esquisser une grimace qu'un seul comprend. Leurs regards se trouvent, cela suffit.

- Le médecin affirmait que le poignard vous avez traversé le cœur.

Le professeur Morton intervint : Il aura mal vu, dans l’affolement nous comprenons son erreur, à moins que ce ne soit vous qui ayez fait une confusion entre le commissaire et les autres victimes, quand je dis autres c’est une façon de parler, vous ne savez pas à quel point cet homme a de la chance et des réflexes hors du commun. La lame la lame a dû heurter une côte, normal dans la confusion de croire qu’elle avait frappé le muscle cardiaque. Il n’en est rien.

Les policiers opinent, voulant être convaincus. Quand ils s’approchèrent du policier français ils étaient sûrs de son décès, non seulement on venait de le leur dire mais la tenue du corps, sa couleur, son manque de répondant, sa blessure, tout indiquait qu’il était décédé, visiblement il n’en était rien, la seule explication logique était la précipitation et un diagnostic erroné.

La seule ?

Mais l’autre…

Le commissaire fut promptement chargé dans une ambulance en direction de l’hôpital le plus proche, son ami à côté de lui, silence seulement troublé par les hurlements de la sirène et le grésillement de la radio.

Le regard du scientifique demandait, celui du policier Prométhée une réponse.

Une réponse, si elle existait, serait source de nouvelles interrogations ?

Ainsi se reconnaît la vraie réponse, celle qui dit tout est mortelle, celle qui incite à s’interroger davantage est vitalité.

Bénédiction ou malédiction ?


La villa est investie par des dizaines d’hommes en armes, les journalistes sont encore plus nombreux, il faut dire qu’à le suite de tout ce qui venait de se passer la découverte de ce qui semblait une secte terrifiante tombait à point. Chacun trouverait à dire, d’aucuns pour stigmatiser la civilisation s’éloignant de ses vraies valeurs, d’autres pour souligner qu’il était vain de prier le ciel puisque rien, de bon, ne pouvait en venir. Les reporters se battaient pour avoir la meilleure place, rester hors du cordon défini par la police tout en montrant la maison. Le ciel était empli des rugissements d’hélicoptères, sauf ceux qui avaient suivi l’ambulance. Ainsi quelqu’un était encore vivant. Tant mieux, le temps gonflait le mystère et exciterait la curiosité des téléspectateurs, le premier réussissant à l’interviewer aurait droit à un chèque rondelet.

Celui-là n’était pas encore né.


Le survivant en question lui se laissait trimbaler, il put même sourire.

                                  ____________________


Il regarde ces pages. Était-ce les mots qu’il avait en tête ? Écrire consiste à s’éloigner le moins possible du chef d’œuvre initial, chaque phrase étant un pas dans la mauvaise direction, le meilleur livre reste à écrire.

Personne ne crée rien, récrivant ce qui le fut déjà, en mieux.

Et lui ?

Il sait ce qu’il vaut sans désir de faire mieux ; le pouvoir peut-être, les capacités sans doute, manque la volonté, la force de vie suffisante…

La force de vie ? Celle promise par ce policier ? Il l’avait laissé pour mort, tout le monde l’avait cru, voilà qu’il le ramène à la vie. C’était attendu, depuis si longtemps qu’une vie entière aurait pu s’écouler sans qu’il en fasse rien qu’en tirer des lamentations sur son incapacité.

C’est lui qui revit, se sent fourmillant d’un sang retrouvant comment circuler, d’une vitalité oubliée mais pas absente.

Il ferme les yeux, le commissaire en fait autant, complices.

Amis ?

Mieux, semblables, et pour cause !


                                               § § § §


Comment dire, pense le policier, comment comprendre pense l’écrivain ? les doutes se mêlent, se cherchent; s’unissant être plus compréhensibles. Le premier n’est pas réel, le second a des doutes, espère que ce soit l’inverse, ce personnage fut écrivain lui aussi ? N’a-t-il pas dans ses tiroirs des romans qu’il a, lui, rédigés ? Fiction et réalité cherchent à ne plus faire qu’un, promesse d’une folie qui n’apaiserait rien.

Le policier voudrait se souvenir de ce voyage, une fenêtre s’est ouverte, son regard a embrassé la Création depuis l’Origine, c’est plus qu’il ne peut accepter, qu’il ne peut contenir, un savoir au-delà de ses limites.

Les deux hommes se regardent, l’écrivain sait que personne n’est là pour l’écouter, reste le papier pour dialoguer avec lui-même.

- Tout est dans ma tête, tout, trop pour se dire en une vie.

- Alors ne le dites pas, ne dites rien si aucun mot n’est exprimable.

- Le croiriez-vous ?

- Nous avons vécu des aventures introuvables dans une série télévisée.

- Le meilleur moyen de cacher une vérité professeur, vous le savez, c’est de la présenter d’une façon ridicule en certifiant qu’elle est bien réelle.

- Vous savez que je peux tout comprendre.

- Tout accepter ?

- Pas plus que le maximum.

- Cela paraît si simple, une certitude basée sur rien.

- Rien ?

- Sur la mort, ma mort. Vous savez que je fus tué. La lame me perça le cœur, nul n'aurait survécu à ce coup, et ensuite le feu qui a tout vitrifié, vaporisé les participants. Je n’ai pas survécu cependant je suis là et le JE est le même que celui qu’il fut, que celui que vous connaissez, le même et pourtant autre, pas différent, plus. Un petit JE dans un JE plus vaste.

- J’ai vu trop de cadavres pour ne pouvoir en reconnaître un. Vous étiez aussi mort que possible et les policiers jureraient cela s’ils n’avaient pas peur de passer, eux, pour des fous. On ne revient pas de la mort. Il est courant de l’approcher, de faire une NDE, articles et témoignages sont édifiants à ce propos. Ressusciter tient du miracle.

- Je doute qu’il y ait là-dessous quelque divine intervention.

- Alors qui ou quoi ?

- Si je pouvais répondre… Tout cela était, sinon prémédité, du moins logique, ceux qui m’attendaient ignoraient qu’ils mourraient, j’étais un sacrifice à des puissances qu’ils percevaient sans les comprendre. Nous fûmes des pantins entre des mains s’activant pour que la rencontre ait lieu le jour dit à l’endroit prévu. Une force immense m’envahit avant que le poignard ne frappe. Un terme élégant alors qu’il m'est impossible de le définir. Un savoir sans limite quasi inaccessible.

- Jamais ?

- Le mot n’est pas bon. C’est comme si une coquille s’était refermée sur moi. Vous connaissez le Bernard l’ermite qui "emprunte" une carapace. Quelque chose me saisissant pour emprunter une âme, un réflexe.

- C’est peu clair, vous aviez raison.

- J’ai toujours raison. Une image me revient, il y en aura d’autres, beaucoup. Une lumière, une explosion, un désir absolu de disparaître, une fournaise intense, un soulagement fugace, et vain puisque je suis là.

- Vous pouvez en dire plus ?

- Une ville, des gens vont et viennent, ils me regardent, se demandent qui je suis. Je détonne, visages asiatiques, je reconnais du japonais. J’attends en regardant le ciel, en écoutant, rien encore, et puis dans le lointain le bruit d’un avion. Des sirènes s'activent, les gens courent. Les canons font leur office, inutilement. L’avion largue sa bombe.

- Sa ?

- Oui.

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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 07:00

Qui regarde l'abîme... 01 
 

                                                  02


Folie, une main dans la sienne pour lui faire faire un détour. L’abîme est attrayant mais qui s'y jette n’en revient pas, la tentation est forte d’aller plus loin, plus vite, l’évidence d’une force en soi pouvant braver tous les périls. Elle fut la rampe lui permettant d’avancer, d’observer la paroi de l’autre côté ou d’imaginer qu’il y en avait une, avant de jeter son regard plus loin, plus bas, au plus profond de ténèbres grouillant des formes les plus belles de la création.

Elle fut la drogue, montrant le plaisir avant de réclamer sa livre de chair, plus qu’une amie, mieux qu’une mère, le génie qui le dirigeait !

Il s’est penché, s'est laissé envahir, absorbé, digéré, recréé...

Au-dehors le jour levé, les yeux clos, il dort et ses lèvres esquissent un infime sourire que l’ombre et la folie seules peuvent comprendre.

Ses meilleures amies.


A ce jour, demain…

                                       § § § §


Des murs et dans leur ombre l’impression d'être capable d'affronter le tunnel de ténèbres si profondes qu’il crut n'en jamais sortir. Et si tout cela n’était qu’un rêve, la réalité une illusion engendrée par un esprit incapable d'admettre la réalité, construisant un monde pour ne pas affronter…

Mais pour ne pas affronter quoi ?

Il se souvient. Les mots qui dansent, les images qui se succèdent, alors qu’il ne parvient pas à trouver le sommeil, une émotion imprévue lui remet en mémoire ce qu’il avait oublier. Mot... ment, l’ombre amicale le happe alors qu’il espérait la paix, un cadre dans lequel rien ne l’atteindrait.


Décor, un parc entre de hauts murs pour contrecarrer d'improbables désirs d’évasions, fait par, et pour, lui, protection contre l’extérieur mais piège intérieur, l’abîme était en lui et il ne l’avait pas encore compris.

A-t-il compris maintenant ?

Pas sûr, sinon pourquoi ces larmes, cette émotion qu’il voulait vaincre, se nourrir d’espoir, effacer ce passé. Il n’en est rien, ce qui l’attend est pire - encore ce mot - que ce qu’il connût ; un pire au visage différent, aux bras qui se tendent, au cœur qui aime.

Le pire du pire du pire.

Puissance mille !


L’ombre des murs, ventre protecteur après une rencontre avec un fantôme, créature vêtue de mots mais alimentée par une émotion comme il se pensait incapable d’en éprouver. Larmes, lumière violente et ténèbres indicibles, entre Paradis et Enfer, fil ténu d’une volonté qu’il ne parvient pas à comprendre. Comme si son voyage avait un but. Il sait qu’il n’a valeur que d’être et que l’éternité est un but terrifiant d'accessibilité.

Est-ce une raison pour ne pas avancer ?

L’ombre des murs en lui, hauts à toucher le ciel, si fragiles qu’une pensée les effacerait.


Pourquoi ?

À cette question jamais il ne trouva de réponse. Pourquoi cette vie, cette peur, ces angoisses, cette souffrance ? Et s'il pouvait répondre... C’est le plus terrifiant, l’aspect même de la vie.

Vie ! Une majuscule, pion levant les yeux il revoit les fils, vieille idée, et plus haut, un manipulateur qui ne se sait pas manipulé, et plus haut…

Sans fin ?

Éternité ? Cycle, cercle, de loin ne dirait-on pas un zéro ?

Le destin l’attend. Penser qu’il fut choisi parmi tous lui fait du bien, il n’y croit qu’à moitié mais se plait d'être un relais pris à "il ne sait qui", à remettre "en mains propres", simple maillon il n’est plus seul.

L’ombre est offrande, elle est la chance de se trouver, le pouvoir de se confronter à soi pour évoluer, pour avancer, pour ouvrir les yeux.


Tant de mots, de phrases, de pages empilées sur lesquelles il n’aimait pas revenir, l’important n’était pas là, pas dans la forme mais dans le fond, dans le sens, à découvrir pour le transmettre. Masque d’une vérité à éplucher en supposant une autre peau dessous qu'un autre saura ôter si lui remplit sa mission comme le fit son prédécesseur, peu importe le nom, le visage, qu’un esprit accomplisse sa mission suffit, inutile d’en savoir plus, les maillons se suivent, se tiennent et forment un tout cohérent, aucun n’aura jamais le pouvoir de savoir à quoi ils serviront.

Aucun ?

Le mot le fait sourire. Vanité entend-t-il en écho, mais pourquoi pas lui, tant pis si d'autres firent le même rêve, pourquoi ne serait-il pas le premier à y parvenir, à ouvrir les yeux. Pourquoi ne serait-il pas l'ultime.

Qui peut affirmer qu’il se trompe ? Prophète d’une réalité indicible...

L’ombre des murs fut initiatique, feu glacial intérieur qui le consume encore, un feu ne détruisant que cet inutile auquel il se raccroche.

Il a du mal à accepter le pouvoir de supporter sa responsabilité, tant s'en parèrent qui ne firent que la voler, lui seul en perçoit le sens.

Nouveau test ?

Où est la rage qu’il ressentait au point de craindre sortir, d’éviter les lieux publics. Prémisses d’une violence salvatrice.

Il voudrait dormir, rêver, être spectateur de son destin. Les murs sont toujours là, les oubliant il accrut sa souffrance pour retrouver un jardin sombre, un arbre immense ayant absorbé la vie autour de lui, symbole du passé, d'une vie à considérer dans sa totalité, il n’est de faîte si haut qu’il ne tienne sur des racines d’autant plus profondes. Il sait cela et se le dire lui fait du bien, époussette des évidences qui ne pouvaient disparaître.

Seul ?

Par rapport à l’extérieur, mais, en soi, y aurait-il là… un nouveau piège ?

Le doute est un cruel complice. Il sait la vérité, l’autre est loin, sur son chemin il ne peut qu’avancer seul, ne rien attendre, ne rien espérer.


Qu’écrivit-il après cette histoire dans un asile, à l'Ombre des Murs ? Cela fait si longtemps, à croire que c’est le délai dont il a besoin pour faire un pas. Tant n'en font aucun, idolâtrant un présent, un confort momifiant.

Il rouvre les yeux, calme, presque serein, l’angoisse ne disparaîtra jamais, la solitude est son lot, le vide aspire les mondes qu’il contient. Les larmes ne coulent plus de cette certitude, fut ou temps où il n’aurait pas supporté cette logique. Ainsi le temps fit son œuvre, ainsi brûlèrent en lui les illusions de partage, d’amitié, et plus si affinité.

Plus ?

L’amour ne fut qu’un songe ?

Amour ou rêve ?

La réponse s’impose comme un soulagement, ne plus espérer une main qui finirait par se retirer, un regard par se détourner, même celui auquel il crut plus que tout…

Il crut s’y fier pour l’Être.


Pas de trace dans les paumes, sur les pieds, mais sur le cœur, sur l’esprit, sur l’âge aussi, si profondes qu’il les espère saignant à jamais, d’elles il puisera une force autre qu'une sauvagerie nourrie d’instincts.

Compréhension n’est pas affaiblissement, au contraire.

Dix ans avant une nouvelle étape ?

Pourquoi pas ?

N’a-t-il pas la chance, ou la malchance, d’avoir du temps pour écouter ces voix venant du fond des âges, des racines les plus profondes ? les entendre n'est rien, les comprendre est bien plus violent, plus nourrissant. Il se sait indestructible, sinon par la mort elle-même, qu’il ne craint pas ou plus. En croiser le regard fut utile, le temps pour l’accepter aussi.

Presque dix ans, à quelques mois près, comme si à cet âge-là il avait regardé par une porte entrouverte ou s'était souvenu de l'avoir fait auparavant sans pouvoir, encore une fois admettre ce qu'il avait découvert, refermant sa mémoire, l’abîme l'eût effrayé, constater tant damné devant soi l’aurait incité à choisir une autre voie, il est au milieu du gué. La vie est à sens unique. Inique ? Aussi ! Il se renierait de chercher la route de la normalité et gaspillerait les presque vingt années qui se sont écoulées. La trahison serait totale et le gain nul, sinon de satisfaire des désirs étrangers, des désirs de lâcheté.

Lâches tes…


Il regarde le plafond, mousse singeant un capitonnage, jamais il ne partira d’ici, son esprit est autant en prison qu’assuré de pouvoir revenir en un lieu rassurant dont l’inconfort est une motivation.

L’abîme est souriant maintenant, il peut se pencher, regarder de l’autre côté cette curieuse construction qui est… Qui est lui ? Plus, trop, tout, somme des délires et des espoirs d’un esprit voulant survivre. Le vide est surmontable, il le sait mieux que personne puisque, osant s’y avancer, il sentit sous ses pieds une solidité qui fut toujours présente, s’éloignant pour effrayer celui qui ne sait que croire sans jamais espérer.

Les mots l’amusent, complices, vampires dansant sur le mur pour former sans cesse de nouvelles phrases. C’est le passé, le ciel n’est pas si loin, du plus beau noir, à moins qu’il ne soit bleu ?

Ou les deux.

Ou l’hideux !

Amour où rêve...


Ce sera un beau jour, avant une belle nuit, avant de nouveaux doutes, avant de se débarrasser de ses hésitations. Il y parviendra, s’arrêtera pour souffler, confiant cependant que, même s’il ne va nulle part, son voyage sera utile, il a trop avancé pour renoncer.


Le souffle de l’abîme est tiède, miroir empli de peurs, d'angoisses, sa lâcheté et le vide qu’il recèle. L'ombre recèle ce que l'on craint le plus. Tentation peluche dont il ignore si elle existe ailleurs qu'en sa mémoire. Que trouvera-t-il en bas de ce gouffre de papier ?

Un regard sans limite, inconnu du réel, celui de la vie ou de la mort ?

Jamais a un goût amer pour qui en sait le sens, glacé et torturant, coupant et nourrissant, terrifiant et motivant. Le déplaisant souvent se révèle plus utile que ce qui parut amical mais n'était qu'un mirage.


Il ferme les yeux, sa respiration se calme, rêver est vain. Il voit derrière son masque, derrière l’écran sur lequel s’agitent ces spectres flous.


Il dort, souriant qu’en un lieu la mort même put mourir !


                                       § § § §

- Mort, est-ce toi ?

Il tend les bras, espère, rêve ou cauchemar, les deux sont difficiles à différencier. De quel côté se trouve-t-il, lui qui croit de l’un pouvoir observer l’autre jusqu’à découvrir…

- Tu ne réponds pas, tu ne peux pas, tu ne sais pas, ai-je le pouvoir de te forcer, de… Illusion, je ne parle qu’aux murs, blancs, comme ce papier qui fut mon plus fidèle compagnon, si proche que seul il pouvait me trahir, m’emporter au cœur des souvenirs et se retirer laissant dans ma main une impression d'absence. Mort es-tu muette, toi l’espoir de celui qui n’a plus rien, la certitude de celui qui sait qu’il va tout perdre. Je t’ai tant espéré, tant appelé. Que dis-tu ? Je faisais semblant ! Tu es une amie puisque tu te reculas quand je voulus me jeter dans tes bras, à l’inverse d’autres qui étaient là quand elles n’auraient pas dues et me laissèrent au cœur d'un marais sans limites que celles de ma propre terreur… Je me mens, il a, il est… Des mots, des envies, dépits, rancœur fermentant en une haine a peine dissipée par le temps.

Peut-on promettre l’amour, de la vie, l’amour tout court ?


Les pensées l’emportent, sensation de pouvoir qu’aucun mot ne peut réduire, qu’aucune pensée même ne saurait définir.

À quoi bon essayer ?

- Mort tu seras là un jour, j’aurais mal au ventre comme avant un rendez-vous important mais ferais comme si de rien n’était, soulagé d’avoir terminé mon chemin si la sensation du devoir accompli me soutient.

- Tu n’es pas le bourreau que l’on pense. Je me laisse déchirer par les émotions, façonnant par les mots mes impressions pour leur survivre. Elles me dévore pour s’incarner, j’espère que le résultat vaudra la peine subie, la souffrance acceptée.

Faute de pouvoir faire autrement.


Il s'agite sur son lit, son visage exprime ce qu’il ressent, conscient, il en aurait peur, libre, ne redoutant aucun regard face auquel il aurait honte, regard qui prit tout, l'absorbant puis, repu, s’éloignant, laissant son esprit hébété, ayant perdu l'espoir qu’il possédait.

Si peu.

Un mal pour un bien, moquerie du réel, plutôt le papier, les mots, pour s’y jeter, non s’y perdre mais s’y trouver, non s’y noyer mais en renaître. Papillon promis à une nouvelle existence, courte peut-être.. N'en est-il pas un dont l’existence pourrait dépasser les autres, si l’esprit qui naît, agite ses ailes, n’aspire pas, au début, à retrouver son cocon, le calme et la température qui y régnaient.

Le cocon s’est délité, il veut préserver des traces du passé, n’importe quoi... Impossible, le temps est à sens contraint, rêver est superflu.

- Mort tu es en moi, tu y a laissé ton empreinte glacée, bizarrement la ressentir me prouve que je vis encore.


Son pire ennemi c'est lui, pas la mort, il sait se ralentir, se faire du mal, se contenir dans une prostration qu’il crut éternelle. Il s’est relevé, à chaque fois et à nouveau il avance.

Vers quoi ou qui ? Probablement vers rien, sûrement vers personne, ses mains sont vides, il ne pourrait plus écrire sinon, son but se dessine à l'encre devant ses yeux, vite, se soulager, sur le papier, y jeter son reflet.

Tant d’années et de souffrances.

Si peu d’espoir comme une offense faite... à qui ? Victime et coupable ?


Il n’est pas fatigué, seulement lâche devant ce qui l’attend, devant…

Ténébreux cortège, folie en tête, longeant un mur semblant sans fin. Ni soleil ni petite lumière au bout du chemin, simplement l’impression que quelque chose va et doit arriver, sinon il ne serait pas là, il le sait sans le dire, l'espère sans oser.

L'aime sans regret !

Curieuse expression, aimer et regretter seraient-ils complices ?

Pour lui ça en sera ainsi, il l’accepte, y puise une nouvelle force. Une souffrance est de l’énergie attendant d’être employée ?

Saura-t-il ?

Question inutile, il est toujours là, panique évacuée, prêt à avancer.

L’espoir ne fait pas vivre aime-t-il à dire, il aide à faire semblant ! Qu’une lumière s’approche et il s’écarte, tremble et pleure, espère avec terreur.

Est-ce père avec terreur ?

Le sut-elle ?

Le passé est-il adéquat ?

Au futur ?

Pas davantage, alors…


Il rouvre les yeux, ne bouge pas, plein d’images et de mots, de l’envie de les contrôler, de les dominer, de les ranger, autant que de l’évidence d'en être incapable. S’il pouvait jeter sur le papier ce qu’il a en tête il verrait des traits incompréhensibles, des apparences trompeuses, des moments fuyants. Les plus forts seuls survivront, là aussi, là encore.

- Mort viendras-tu me délivrer de ce qui n’est pas une menace, une fois vidé de mon destin tu m’emporteras, alors je fais durer, j’ai plus peur de toi que je ne voulais me l’avouer.


Mais c’est fait. Les barrière se fêlent, la lucidité geint, il frémit de rage. Le font de l’abîme est flou encore, sa vue s’affinera, son esprit sera plus pertinent, le désir dévorera sa peur. Une conscience humaine en serait incapable ? Et alors ! Affronter l’éternité est inaccessible à qui vit ? La vanité est motivante.

La bonne ?

La bonne est utilisable, le reste est gaspillage. Le fait qui est sans destin, lui est différent et l’accepte. Le temps ne saurait être perdu davantage, ce jour il peut se trouver une excuse, demain ce sera interdit.


Il s’étire sur son lit. L’heure importe peu, son corps lui fait mal, son esprit est torturant, cherchant une diversion. Il sourit, sachant qu’il ne restera indifférent à ce genre de chose.

Il peut contempler les milliers de pages soigneusement rangés dans un meuble qu’il fit lui-même, simple assemblage de planches mais qu’il prend plaisir à regarder. Des années sont là comme des insectes dans l’ambre. Vivantes, n’attendant qu’un regard pour le mordre et lui rendre le venin qu'il y instilla. Le seul élixir pouvant encore lui faire de l'effet.

A-t-il pris tant de coups qu’il a la peau trop sensible à la caresse et la fuit ?

La peau de l’esprit s’entend, celle du corps en a vu d’autres.

Et des pires !


Autant se lever, il fait beau dehors, frais, quelques nuages, une journée comme tant d’autres, la nuit reviendra, l’obligation de se remettre au travail, d’avancer dans une jungle de phrases plus ou moins cohérentes. Tant d’envies se sont accumulées, qu’importe, ne pas prendre cela pour se dire incapable. La perfection est une excuse pour attendre un miracle qui ne surviendra jamais. Il doit se laisser aller, ensuite il fera le tri, son esprit s’organisera, il sut le faire dans le passé. Le temps est un complice, pas un ami, le moyen offert d’accomplir ce qu’il doit.

Ou croit devoir.

Peu importe où se trouve la vérité. Qu’il se croit porteur d’un message l’aide, seul le destinataire en saura la valeur, s’il en a une, sinon, tant pis.

- Suis-je un traître d’espoir mis en moi ? Mais par qui ?

L’émotion lui ferme les yeux sans qu’aucune larme ne coule. En a-t-il tant versé qu’il ne lui en reste plus ?

Poser la question c’est y répondre, son sourire en dit long.


Il ne faut pas aimer !

Les mots s’imposent dans son esprit. L’image est belle, avoir été cruelle n’en diminue pas la puissance, elle confirme que le temps est passé, il vécut l’amour comme une façon de renoncer à ses espoirs, optant pour une image lointaine, lumière qui lui permit de traverser la pire tempête qu’il eut à affronter. Il se dit que peut-être un jour, ailleurs, plus tard, s’il finit son travail… Sans sourire ni pleurer, sans y croire ni le refuser, un possible informe qu’il n'a pas pouvoir de condamner au néant.

Ne pas espérer, le meilleur moyen d’être surpris. Il s’attendait au meilleur, se sentait porté par un tsunami émotionnel et il fut fracassé sur un récif mental, doit-il oublier l’amour pour que celui-ci survienne ?

Et lequel ?

Celui qui dit, qui vit, qui donne et reçoit, celui à qui il donna plusieurs visages en se disant qu’il y en aurait bien un pour être le vrai.

Rêver ?

Un mirage n’est pas une illusion, seulement une réalité perçue au mauvais endroit.

Trop loin pense-t-il mais son cœur ne veut pas cesser, en battant, de lui rappeler que la vie ne se limite pas à des feuillets qui s’entassent quand bien même porteraient-ils en eux la plus grande œuvre du monde.

Et en plus ce n’est pas le cas !


Vieux décor à refaire mais cela changerait-il quelque chose ?

Derrière la tapisserie il trouverait le mur du passé, derrière les posters l’ancien papier peint fané qu’il a arraché sans pouvoir le faire disparaître.

Il hoche la tête, se dirige vers la porte, se souvient, dix ans auparavant il sortait la nuit, désormais il a envie de sortir le jour, pour changer.

Le même escalier descendu des milliers de fois, le hall, deux portes, la première, vitrée, la seconde, en fer forgé, si lourde qu’il se souvient de l’époque où il devait rassembler ses forces pour la déplacer. Ce n’est pas si loin, d’avoir été si haut il s’était retrouvé tout en bas, joie de remonter avant de penser qu’il faudrait redescendre un jour. La pente est encore faible, il refuse de lever la tête et s’amuse de passer de l’image de l’à-pic à celle de l’abîme, deux représentations du même désir. Est-ce l’altitude qui importe ou la longueur de la pente et les difficultés rencontrées ?

L’abîme est proche, mais aussi haut sera-t-il qu’il paraîtra plus profond.

L’un ne va pas sans l’autre, et réciproquement.


                                       § § § §


Mourir pour rien n’est-ce pas mourir deux fois ?

Ce pont lui renvoie tant de souvenirs, maintenant il sait d’où ils viennent, sur le moment la question valait d’être posée, le doute d’être entretenu pour éviter sa propre vérité. Il se revoit, sent le froid sur son visage, revoie l’eau à ses pieds, les quelques roches que dans sa panique il voyait crocs monstrueux, à la lumière du jour il voit affleurer quelques roches noires, quelques minuscules tourbillons qui auraient pu cependant entraîner son corps, l’assommer, le froid aurait participé à son trépas, son ignorance de la nage… C’est loin maintenant, le rêve s’est dissipé et de la réalisé subsiste un cauchemar dont il ne voit pas le terme, dont il sait la lumière sur un horizon que jamais il n’atteindra, par définition.

Il prend appui sur le parapet métallique, sent la vibration du tablier sous les pas des promeneurs, les câbles font chanter le vent toujours plus fort en cet endroit qu’ailleurs.


Il se voyait sauter, au dernier moment une main sur son bras le retint, se retournant il avait rencontré le visage d’une enfant, une présence comme jamais la réalité ne lui en avait présentée ni ne lui en présenterait.

Il n’est pas pour rien à cet endroit, non pour sauter, il ne mourrait pas, pour jeter ce qu’il charrie depuis longtemps : L’espoir d’être aimé, l’illusion d’être compris et accepté. L’enfant est là, il la revoit, imprécise et parfaite. Elle avait parlé de cette image lointaine, mais croire en un fantôme est un piège, mieux vaut apprécier la réalité, ne plus la voiler par peur. Il est grand maintenant, il a payé le droit d’être conscient, lucide, capable de regarder la réalité.

Ce n’est plus qu’une ombre et pourtant il la sait souriante d’avoir été utile. Le temps écoulé ne fut pas perdu.

Le soleil lui fait du bien, la météo hésite entre le froid et le chaud, comme lui, qui sait qu'il ne peut choisir.

Aimer un(e) fantôme, n’avoir de compagnes que des formes mentales, courir, espérer… Les voir s’effilocher sous les assauts de la vie, trouver en soi la peur suffisante pour leur donner une substance prise de sa réalité. La peur ne l'effrayait que par sa lâcheté. Il n’a pas encore compris ce qu’il vécut, les images atroces qui s’imposèrent.

L’enfance ? Un poids qu’il ne peut abandonner, comment l’arracher ? Reste à l’utiliser, à admettre ce qu’elle fut, un désert absorbant le réel, paraissant lisse et morte. Sous l’apparence se trouve une autre réalité, peau morte en apparence, sous la banquise se trouve une terre à vif, il suffirait de peu pour que remontent peines et tourments, que tombent les défenses et que surgisse la beauté d’une étendue pleine de vie, riche…

Riche ? De quoi ? La faire ressurgir, dans quel but ? Lui demander pardon, de quoi fut-il coupable, de quoi doit-il s’excuser ? D’être ce qu’il est, prisonnier de cette apparence protectrice ? A-t-il le pouvoir de l’oiseau capable de briser son œuf de l’intérieur, la faculté du papillon capable de déchirer sa chrysalide pour s’envoler ? Attendre une aide extérieure est vain car jamais il n’en eut et jamais il n’en aura. L’extérieur est une éponge absorbant le plus pour restituer le moins. Ceux, et celles, sur lesquels il tombe sont ainsi et c’est ce qui l’attire, peur de recevoir, peur de sentir se briser son armure.

Elle est déjà brisée, ne tenant que par la force de sa peur.

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 07:00

                                                  01



Deux formes se regardent, s’interrogent, mots, pensées, espoirs, une main se lève, veut caresser l’autre visage mais heurte la surface lisse et froide d’un miroir, les yeux se ferment, l’émotion veut affluer, pas question, piège trop évident pour y tomber encore.

L’homme se détourne de son reflet comme pour se fuir lui-même, ainsi voudrait-il reculer jusqu’à ce que sa propre conscience de soi disparaisse.

Fermer les yeux, oublier, éteindre la lumière, tendre les bras pour ne rien trouver ? Inutile, il sait, il sent, il voit par delà l’usage de ses yeux. Le regard de la lucidité est le pire, froid, clinique, moqueur aussi pour qui espère le crever, pour qui…

Pour lui ?

Pour rien !

Ces mots sont-ils synonymes ainsi qu’il le souhaite ?

Non et le déchirement qu’il ressent est une cicatrice floue qu'il revoit plaie ouverte, souffrance atroce, un encrier désormais, asséché.

Écrire, vivre, ressentir… Pour quoi, pour qui ?



Le mur fut un complice compatissant quand il y voyait son ombre comme un autre lui même en deux dimensions, coupant la lumière il se fut retrouvé dans des ténèbres dont il espérait le salut.

Le salut ?

Il sourit de ces illusions en lesquelles il crut, par lesquelles il supporta une impitoyable réalité sans pouvoir s'y perdre.

Vouloir ne fut jamais son fort, disait-il, c’était vrai, car, alors, il eut désiré disparaître. Il ne put s’y résoudre, la vie fut la plus forte, l’espoir, la foi, ce mot lui déplaisant tant il le juge bovinisé par les croyants de toutes sortes.

Maintenant ? Il est allé trop loin pour ne pas retrouver son point de départ, non pour constater son échec mais pour réaliser sa réussite. Un mot curieux pour lui ! Il a fait un long voyage, s’est débarrassé du superflu, conservant les pires, celles qui nourrissent et dessinent un demain aux couleurs d’une vie qu’il affecta de fuir pour mieux la trouver.

Ni reflet, ni ombre pour le soutenir, pour le mordre inutilement. Des mots estompés par le temps, des jouets auxquels il s’attache pour ne pas renoncer en plein, pour ne pas renoncer enfin.

En fin…

En faim,

En début !

Des buts ? Un suffirait… C’est trop tôt, l’aube caresse l’horizon, il ferme les yeux, la lumière le frappera sans le réduire en cendres quelque vampire qu’il fut. Mais ce temps est fini, subsistent des flaques de complaisance, des braises qui éclairent un passé semblant un territoire mort, un désert épuisé, qu’il arpenta jusqu'à dévorer l’ultime parcelle de violence, de souffrance, en contemplant l’inutilité pour y croire encore.

Il voudrait que son reflet parle, que son ombre bouge, tende vers lui des bras glacés pour l’étreindre, l’éteindre… Il voudrait, mais, incapable, hésite sur la voie à suivre, univers de papier sans fin. Un mot peut l’emporter, courant d’envie qui le charrie depuis si longtemps que d’avant ne subsistent que les images d’une réalité obscène, rivages d’un monde dont il s’éloigne sans regret.

Que bêle le troupeau il ne sera point le prédateur qu’il attend !

Ainsi est le mouton, si craintif, si hanté par le regard d’un loup, qu’il a peu de risque de rencontrer, qu’il en vient à l’appeler pour trouver la paix dans la réalisation de ses craintes. La victime n’est pas innocente ; innocence est un mot sans substance, l'alibi du condamné qui rêvait de poser sa tête sur le billot.

Sortir ?

Sourire sur ses lèvres, souvenir d’un temps, pas si lointain d’errances, de rencontres, d’une promesse faite à un spectre, parcelle de lumière dans un monde sombre à laquelle il sut croire et se confier assez pour traverser l’océan de sa peur, de sa folie, de ses espoirs, de tant de raisons de se perdre, contre une, de se trouver.

De la trouver ?

Il sourit, sait… C’est…

Tant à faire encore, des mots, des lignes, impressions contradictoires, battements du cœur rythmant la vie, contraction, dilatation, émotions qu’il cherche, mots qu’il veut, ce qui l'attend.

Le pire comme un spectacle, une glaise à modeler sans pouvoir lui insuffler mieux que l’illusion de la vie. Non, ce qu’il porte en lui de plus terrifiant, d’intolérable ; non des images de mort, tortures, souffrances et autres, l’inverse, de désir de vie, de sentiment, ce qui pour lui est terre inconnue, son objectif désormais, après l'océan de ténèbres qu'il entreprit de traverser sans conscience, prenant pied sur un navire de pulsions et d'instincts, constatant la puissance qui l’animait, regardant à l’extérieur ce qui n’était qu’en lui, jouant de sublimer ce qu’il croyait ne pas posséder sinon comme fruits de son imagination malade, perverse.

Père, verse… Verse ta vie, ton sang, ta haine ou ton mépris que je m’en nourrisse sans te les rendre !



Le pire ?

Ce mot est souvent venu sous ses doigts, dans son esprit, jusqu’à croire le comprendre, jusqu’à s’imaginer qu’il s’agissait d’un ami, un vrai, pas celui qui vous frappe dans le dos continuellement en vous rassurant, celui qui vous tend un miroir alors que vous le refusez, et vous force à regarder, à comprendre. Ainsi fit-il tant d’efforts pour se voiler les yeux qu’il se crut aveugle, croyant que, son reflet s’éloignant, sa réalité s'approcherait.

Attendre le choc, espérant être détruit ? Non, rien ne peut plus l’atteindre, il se sait indestructible par les chocs de ce genre. Seul le pire est son ami.

Au masculin, normal, n’est-il pas homme ?



Le pire, le meilleur, deux faces d’une seule pièce, mais en combien d’actes, et lesquels ?



Agir ?

Fers ! Aux pieds, ceux qu’il veut pour ne point avancer, s’entravant d’illusions pompant l’énergie sans limite qu’il recèle.

Sans l’imite ?

Je sur les mots. Je, c’est les mots, mais lesquels ?



Il s’amuse de ses pensées, que viennent ceux qui veulent, lui en est incapable. Ainsi est le boulet qu’il tire en le chargeant d’une lâcheté qui, pour être réelle, ne saurait le retenir.

Lâche tes… Exactement les mots à employer.



Sortir ? Pas physiquement, son esprit se dégage du réel et gagne en lucidité, en précision, en vérité.

Il soupire, contemple la triste vue de la fenêtre de sa chambre.

Triste ? Celle qu’il mérite, qu’il utilise, contemplant ce puits gris, ces fenêtres mortes, regards éteints à jamais. Regarder plus haut, admettre que le ciel pourrait s'ouvrir au soleil, à une chaleur pouvant le réchauffer. Le muret surmonté d'une grille de fer sépare toujours la cour en deux, enfant il imaginait que, se jetant par la fenêtre, il pourrait s'y empaler, y agoniser pendant des jours et y pourrir tel les condamnés de Mont-faucon.



Il n'est pas au fond d'un puits et le ciel n’est pas qu’une illusion sublimée, fut-il moins bleu qu’il l’espère.

Ce miroir est un défi inévitable, grand, lourd, cadre doré usé par le temps. Lucidement cette fois il observe son image, se découvre étrange d’être trop près, plus ressemblant qu’il le souhaiterait, après tout qu’importe ce qu’il voit, les traits, les quelques cheveux blancs, les rides aux coins des yeux, autant de signes du temps qui passe, moins sur lui que sur d’autres, mais malgré tout inlassable roue meulant les années, broyant les vies jusqu’à n’en rien laisser, pas même un véritable souvenir.

- Qui es-tu ?

L’image sourit, s’amuse, à moins que ce ne soit lui de s’interpeller ainsi. Que répondre ?

- Je suis…

- Dis-le-moi! Ose !

- Je ne…

- Tss tss, lâcheté ! Laisse ça de côté.

- Je suis moi.

- Réponse vide de sens, résumable en son signe central.

- ?

- Zéro !

- Merci.

- De rien, tu aimes jouer, manipuler, trop pour n’être point surpris par ce qui vient. Tu crois connaître les règles du jeu, et puis vient la surprise, l’invitée espérée, car tu voulus ce qui vint, la vie fut plus forte que la peur, sachant que tu supporterais ce qui venait. Le temps que tu imagines perdu t'était nécessaire pour te préparer. Certaines invitées demandent un traitement spécial, adapté, et le temps suffisant pour cela.

- C’est gentil.

- Non, je te conforte dans le choix de ton chemin.

- Le seul.

- Une vie est à sens unique, le seul choix est de se complaire dans le confort ou les contraintes, un cocon peut être doux ou inconfortables, l'important est qu'il obère la conscience.

Les bouches se sourirent, complices.

- Des mots, rien que des mots.

- Que possèdes-tu d’autre ?

- Rien, pour autant que ce soit moi qui les possède.

- Ils n’ont sur toi que le pouvoir que tu leur donne, que la force que tu leur abandonnes, tu peux tout leur donner, t’oublier jusqu’à te perdre, mais vouloir est un mot qui te convient mal, trop loin de toi, sanctifié, stigmatisé par des termes psychiatriques, si justifiés par ce que fus ta vie.

- Fus le temps où vouloir eut été un piège, une explosion de violence, un appel à la démence, à la fin de ton esprit, alors celui-ci put s’interdire, put s’enfermer dans une geôle si solide qu’il te semble n’en plus pouvoir sortir. Normal, compréhensible plutôt. Ce fut ta sauvegarde dans le passé, mais désormais il peut en être autrement. Penses le contraire, entends la peur qui t’affirme le contraire, ne la crois pas, elle se nourrit de ce que tu lui donnes, infimes restes qu’elle sait faire fructifier pour tenir, encore et encore, pour te ralentir mais sans plus pouvoir t’arrêter désormais.

- Facile à dire.

- À te dire, te répéter, d’autres te l’affirmèrent.

- D’autres…

- Je sais… Ne maudifie pas l'ordre des choses, agis.

- C’est…

- Sait !

- Et je…

- Difficile ? N'as tu jamais dit que ce qui ne coûtait rien ne valait rien ?

- Souvent. Que vaux-je ?

- Ce n’est pas à moi de te le dire.

- Assez ?

- Exactement.

Compréhension.

L’attendre d'autrui est une erreur qu’il se complut à commettre.

Qu’espérer des autres que l’on ne peut trouver en soi ?

Rien !

Il se détourne de son reflet, regarde son ombre, floue dans la pénombre, ainsi le jour approche, promesse autant que menace mais l’une est l’autre.

- Et toi ?

L’ombre se tut, que pourrait-elle dire, elle qui fut autant promesse que menace, offrant les deux, complice et traîtresse, sachant tout de lui.

- Ne puis-je plus t’animer ainsi que je le fis souvent ? Je vois que non, pas encore, tu es une menace plus grande qu’un reflet, une promesse plus sombre qu’un visage aimé. Tu m’as vu pleurer, geindre, fœtus, espérant l’oubli, qu’une quelconque magie pourrait me soulager sans que j’aie à faire plus que subir sans avoir à agir, réellement. Tu sais tout sur moi, la lumière te renforce, qu’elle disparaisse et tu deviens la totalité que j’ai guettée sans oser m’y perdre, me nourrissant d’une clarté lointaine qui ne me donnait rien, me prenait, ainsi, et ainsi seulement, je pouvais t’éviter.

Il hoche la tête, l’ombre en fait autant sans répondre, elle est absence, prédateur de silence et d’oubli.

- C’est le soleil que j’attends pour hurler à l’inverse d’un loup, intérieurement, pour qu’apparaisse la réalité que j’aie évitée. Ce n’est pas un hasard, Ombre, je savais la fuite inutile, elle m’attendait, parée de haine, de rage, de… De tout ce qui peut paraître désagréable, destructeur, de tout ce que je sais sans effet sur moi, mais les ai-je affrontés vraiment, les ais-je vécus autant que je le pense. Dis-moi la vérité.

L’ombre ne répondit pas, les mots revinrent alors qu’il cherchait en eux une introuvable émotion.

- Tu es moi Ombre mais pas en totalité, pas encore.

L’espère-t-il ?

Pour se rassurer, gardant un abîme en porte de sortie, envisageant l’oubli comme dissolution finale, promesse d’une paix enfin gagnée.

Mais sachant que c’est faux !



                                               § § § §



L’air frais lui fait du bien, entrant en lui comme un souvenir, temps de tremblements, de frissons incompréhensibles, sensations d’une époque si proche qu’en ouvrant les yeux il ne s’étonnerait pas de les retrouver.

Nuits de terreur, cherchant son salut auprès des monstres qui dansaient autour de lui, temps de l’enfance et de ses jeux, des mots, d’une autre réalité et d’un besoin plus grand de la cacher derrière un masque qu’il crut pire qu’elle alors que c’est l’inverse.

L’inverse !

L’évidence traverse son esprit, un éclat comme mille rasoirs lacère son âme pour en extraire le sang de souvenirs lointains, recouverts de peur et d’oubli.

Si lointains ?

L’appel à la saveur de l’éternité, une impression qu’il connaît au travers d’un personnage qu’il va devoir comprendre. Il a son idée, sait que c’est simple, que l’explication n’amènera sur ses lèvres qu’un discret sourire.

Vœu pieu.

À s’enfoncer en pleine poitrine, le moyen de s'assurer qu'un vampire ne reviendra jamais. Lui voudrait s’étendre, mais quel sens de ce mot utilise-t-il ? Quelle partie de lui-même veut-il mettre à mort, et, cela fait, serait-ce promesse de paix ?

Assurément non, le temps n’est plus aux serments, celui qu’il fit lui coûta cher, l’embarquement sur la barque des Enfers, Charon, maudit nautonier, seul apte à le guider jusqu’au cœur de son univers, symbole de sa volonté de ne jamais céder à la tentation du rien, conservant une étrange foi en un indicible avenir.

Époque de transition, nuit qu’il voudrait sans fin, et le soleil apparaît déjà, le ciel est plus clair, mais l'aube est à l’image de la vie, simple certitude de ténèbres qui reviendront, eux-mêmes annonçant… Technique d’évitement du présent, délire dont ni son ombre ni son reflet ne le sortiront.

- Jamais ?

- Jamais !

Il aime à s’entendre murmurer, cultivant l’impression de n’être point seul. Que sa voix résonne dans son esprit et il pourrait l’imputer à son ombre, à n’importe quel daïmon, lui donner une réalité lui fait du bien et tant pis si, parfois, il se laisse surprendre dans la rue, dévisageant le curieux s’étant retourné pour l’observer.

Rien de tel qu’un léger sourire, presque de connivence, pour désarçonner l’impudent qui, dès lors, de mateur devient maté.

L’aube n’est que pour le monde, son apparence, intérieurement tant reste à faire, des zones d’ombre immense stagnent gorgées de ténèbres qu’il devra épuiser pour s’en débarrasser.

Curieux pouvoir que celui de l’artiste transcendant le pire en soi pour qu’en naisse une œuvre d’autant plus brillante qu’elle fut forgée aux cœur des Enfers.

Malédiction ou bénédiction ?

Y a-t-il une différence ? Laquelle nourrit l’autre ? Le jour aurait-il un sens sans la nuit, et réciproquement, une chose est façonnée par son contraire, ou l’idée que l’on s’en fait ? Une bénédiction pourrait être une malédiction comprise, absorbée, un poison devenu nourriture par la grâce de…

De quoi ?

De qui ?

Comment savoir, et pourquoi vouloir tout dissoudre jusqu’à l’insécable, serait-ce atteindre LA réalité ? Qui connaît la fin peut-il vivre encore ? Lui qui voit la mort et s’en moque, observe l’éternité mais refuse de reculer ?

L’une est l’autre.

Si dans ses paumes apparaissaient les stigmates il ne s’étonnerait pas bien qu’il considère son chemin de croix comme différent et sa crucifixion, un supplice intérieur et plus violent, la réalité le borne, de l’intérieur il paraît s’étendre sans que rien ne puisse le contenir, sinon le désir de le dépasser pour trouver sa propre résurrection.

Une nouvelle aube, une renaissance avant de devoir mourir encore. Ce serait amusant qu’un matin le soleil ne se lève pas, que la terre cesse de tourner.

Improbable ! Son esprit pourrait refuser de revenir, il peut le désirer, penser ce qui arriverait si… Comment remplir un verre sans fond, comment se forcer à ne plus penser.

Le sommeil ne vient pas, la nuit fut blanche, comme ces feuilles de papier qui sont ses meilleures amies, ses complices, les seuls vrais miroirs dans lesquels il peut se voir dans ce qu’il est de plus vrai.

De trop vrai.

Renaissance ! Pour lui qui aime à penser qu’il est déjà mort c’est un défi, source de crainte, moyen de se nourrir de ses propres terreurs pour être plus fort encore jusqu’à trouver une force plus grande, jusqu’à être capable de voir la lumière dans la lumière et plus dans les ténèbres.



Il secoue la tête. Un joli vœu, de ces rêves que l’on fait au petit matin. L’esprit fatigué oublie le vraisemblable, la fatigue devient une drogue dissolvant les liens de l’irréel, repoussant une lucidité devenue gênante.

Ténèbres, folie… son ombre intérieure en laquelle il voulut croire, elle qui, de fait, fut une défense contre des assauts de souffrance tels qu’il n’y aurait pas survécu. Il le sait, elle le protégea, formant autour de son esprit un cocon dont il conserve le pouvoir de se libérer.

Conserve ? Au présent ? Est-ce délire que d’user d’un tel temps, que de penser que maintenant à un sens, que bientôt aura une réalité, que la vie… Attention, ne pas voir trop loin. Pas de ces moments d’agitation au cours desquels tout parait simple, d’une beauté à couper le souffle, le temps d’un sourire, avant que l’atroce revienne, que l’horrible n’impose sa griffe durablement.

- Folie !

C’est du déjà-vu pour lui qui se sentant pencher du mauvais côté ressentit un choc l'empêchant de basculer, jamais il ne sera stable, ainsi son regard plongera au plus loin de la lucidité, au plus profond du délire, chacun le retenant alors que la chute paraît inexorable.

Folies ? L’ombre et le reflet, dualité, évidence que rien n’est univoque, se déplacer apporte un éclairage, un regard et une compréhension différente. Il sait cela, il sait tant de choses. Il, c’est tant de chose, un autre qu’il craint, comme se sentant un costume trop petit pour le contenir, alors qu’il ne peut en être que l’inverse.

Délire de grandeur. Il fait semblant d’y croire, le voudrait-il qu’il ne pourrait y céder, une force le retient, plus grande que sa lâcheté, si grande qu’il cherche à lui faire confiance pour s’en remettre à elle comme à une pensée magique qu’il subirait hors de toute responsabilité.

Trop facile.

Penche-toi petit homme, regarde l’abîme et nourris-toi de son regard, utilise-le comme un miroir, sachant que celui-ci est impitoyable.

La cruauté amicale, la seule valable, loin de la trahison.

Trahison ?

Qui la trahie sinon lui-même !

Bientôt le jour, les autres. Fourmillement, envie de les éviter comme il le fit pendant tant d’années, comme il le subit, enfant trop chétif, peau si tendre qu’elle marquait tous les coups. Il ne rêve plus d’être le plus fort, de se soulager dans des torrents d’une violence sans limite, sans barrière, il sait ce qu’il est, ce qu’il hait et se sait capable de faire front.

Affrontement !

L’autre n’est fort que de la force qu’on lui octroi, rien de plus.



Oublier cela, les mots, se reculer, fermer la fenêtre et laisser au-dehors une lumière dont il n’a pas l’habitude ou pas vraiment, dont il ne veut pas avoir l’habitude, trop simple, trop facile.

Faux lit, s’étendre pour y rêver, s’évader... se découvrir.

Il va de long en large, décor qu’il connaît si bien qu’il perçoit l’odeur de la mort qu’il rencontra, allongée, costumé de noir, les yeux clos, un vieil homme. Dès lors que faire si le destin est déjà écrit, quelle est la valeur du travail, de l’espérance en un lendemain autre. Viendra le temps de s’allonger, de fermer les yeux, de savoir que les lendemains du passé furent gaspillé à produire du rien, gestes vides de sens et d’intérêt. A quoi bon construire ce que le temps effacera ?



Tout est dans le matériau choisi ! Le temps changera la forme de la pierre. Non, le plus intéressant est le plus fragile.

Le papier, non comme un matériau ayant valeur en soi, mais comme support transitoire d’une production de l’esprit pouvant exister hors de toute base et, par conséquent, en changer.

Cela lui rappelle l’image du vampire apte à sortir de son esprit pour habiter celui passant à proximité, ainsi du papier peut-il s’incarner et se multiplier sans perdre de sa force.

Est-ce son avenir, n’être que cela, naître de cela pour défier le temps ?

Est-ce la clé de l’éternité ?

Malédiction ou bénédiction ? Le pire serait qu’une part de sa réalité reste attachée à ses mots, dès lors tout deviendrait possible et le pire ne serait plus un vain espoir mais une incroyable réalité.

Les mots viennent, dansent, repartent, petits démons qui aspirent sa vie en brûlant ce qui en lui est en trop.

Tant en lui est à éliminer ; se purifier de ce dont il ne sait que faire. Des mots, des moments, trouver la simplicité, la pureté, une dureté venant… Mais c’est le rêve de la physique quantique, approcher l’originel, espérer qu'il n’y ait plus d’après. L’esprit, s’il n’en trouvait plus, serait désolé, tant il est vrai qu’il n’existe que par ce qu’il veut plutôt que par ce qu’il trouve.



La formule l’amuse, à noter dans son carnet, il en a tant, mots morts parvenant pourtant à survivre hors de leur nid.

Il s’approche du lit, s’allonge, pense que ce pourrait être la dernière fois, la nuit va venir et qu’importe si au dehors le soleil brille, dormir, oublier le temps, la vie... Ou leur donner des visages qu’il ne connaît pas encore, d’un autre temps, d’un autre monde.

Le vrai ?



Il ferme les yeux, se souvient du temps où il ne pouvait s’endormir sans d’étranges images, visions fantomatiques de monstres qui devinrent celles d’une réalité qu’il manipulait, d’espoirs vivant de ses dernières pensées lucides, ensuite, une fois pris par le sommeil… Qu’advenait-il de lui, où allait son esprit. Nulle part ou ailleurs, dans ces mondes oniriques dont il conservait rarement le souvenir, des mondes flous dont il n’avait que faire, affirmant qu’il n’avait pas besoin de rêver en dormant car pour lui la réalité tenait du songe.

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Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

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