Tuer son Mari – Li Ang (Shih Shu-tuan) – Denoel
Publier en 1980 au Seuil sous le titre La femme du boucher.
Traduit par Alain Peyraube et Hua-FAng Vizcarra
Ce challenge est le parfait prétexte pour découvrir des artistes hors de Chine, du Japon et de Corée du Sud.
Une histoire pareille était faite pour moi.
Nous sommes à Lucheng, une ville de Taïwan que la pauvreté et la famine ravagent après la guerre. Lin Shi, après le meurtre de sa mère par sa propre famille pour s'être prostituée afin d'obtenir de la nourriture, est recueillie par son oncle qui la vendra à Chen-le-tueur-de-porcs, le boucher du coin dont l'alcoolisme ne fait qu'amplifier la brutalité. Viande contre viande !
C'est peu de dire que sa condition n'est pas enviable dans ce village où une femme vaut à peine plus qu'un animal domestique, le plus étant son usage voire son utilité. Les voisins la détestent, elle qui vient d'ailleurs, et son environnement est empli d'esprits qui dans cette campagne reculée et ignare influencent la vie de tout un chacun. Les traditions sont un carcan emprisonnant l'esprit posé par ceux qui savent que même vivants ils ne sont que poussière.
Dans l’impossibilité de communiquer elle se renferme sur elle-même jusqu'à ce que l'excès de coups vienne briser sa protection. Son mari égorge les cochons, il va connaître le même sort !
C'est presque un reportage que nous propose Li Ang, relatant calmement mais sans froideur un fait divers révélateur d'une époque sans doute dépassée, à Taïwan. Pas d'effets littéraires et faciles ni de faux suspens, nous savons ce qui vient, le titre est clair.
Pas d'ambition psychologiques à la petite semaine qui diluerait cette histoire dans un fatras verbeux dont beaucoup se délecteraient mais un enchaînement de circonstances dans un cadre rural non dénué de charme qui renforce la violence d'une réalité fatale.
L'homo-sapiens est bien une forme dégénérée de primates, à quelques exceptions près dont Li Ang fait partie, moi j'en suis pas si sûr.
Un livre court, aiguisé comme un scalpel incisant le destin pour nous en montrer les rouages. C'est lui le pire des bourreaux.
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