Triste aveu, je ne connaissais pas Tatsumi Yoshihiro, pas même pour avoir vu son nom sur une de ses œuvres. Ce film me permit de combler ces lacunes puisqu'il est l'adaptation de son manga autobiographique Une vie dans les marges combinée à l'adaptation de cinq de ses créations.
Un film singapourien sur la vie d'un mangaka, c'est déjà une curiosité, il fut diffusé en avant-première au Festival de Cannes 2011 dans la catégorie Un Certain Regard.
Né en 1935 à Ōsaka, Tatsumi Yoshihiro se mit au dessin très jeune et eut la chance, en 1949, de rencontrer Osamu Tezuka qui habitait la même ville avant de la quitter pour Tokyo. Sa première publication sera L'île aux enfants (rien à voir avec Casimir) en 195. Mal à l'aise de devoir travailler pour les enfants, il invente le terme 'gekiga' puis fonde en 1959 l'atelir du gekiga avec quelques confrères. Son mentor désapprouvera cette démarche, ce qui n'empêchera pas les deux artistes de se retrouver, ni Tatsumi d'obtenir le prix Osamu Tezuka en 2009 pour la publication d'Une vie dans les marges, (le titre original : Un rescapté du gekiga aurait été incompréhensible par les Français, sauf exception). En 2005 il avait reçu le prix spécial du Festival d'Angoulême.
Réalisé par Eric Khoo ce film, d'animation dois-je préciser, utilise également : L'Enfer, Monkey mon amour, Juste un homme occupé et Goodbye. L'association tente d'illustrer la vie de Tatsumi, son vécu, la pauvreté, la guerre, la bombe atomique, la défaite et l'obligation de trouver sa voie jusqu'au boum, économique, des années soixante et soixante-dix. Une existence inscrite dans son siècle, l'expression est souvent utilisée, en l'occurence elle convient par le changement brutal que connut le Japon et l'aptitude qu'eut Tatsumi de la jeter sur le papier. Le début du film commence par la découverte par un soldat, à Hiroshima, d'ombres sur un mur semblant celles d'un adolescent massant sa mère, semblant seulement... Parfois le dessin semble être le fruit d'une explosion intérieure devant se projeter sur le papier, il ne m'étonnerait pas que cela put se dire pour les mots...


