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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 05:00

Qui regarde l'abîme 20

                                                      21

 

- Croisé, je n’avais jamais entendu cette formule auparavant.

- Ça c’est un compliment ! Deux perpendiculaires se rapprochent, se croisent pour reprendre mon terme puis s’éloignent.

- Je comprends, à part…

- Oui, justement, nous fûmes si proches, à nous confondre, et puis…

- Se sacrifiant elle vous gardait, elle préservait une communion totale, un amour parfait. La vie vous aurait séparé.

- C’est…

- C’est ?

- Vrai, je n’y avais jamais pensé en ces termes.

- Vous n’êtes pas psychologue, de formation ?

- J’ai étudié tant de chose, trop, mais vous rejetez la faute sur elle.

- Il n’y pas de faute, elle a agit spontanément, pressentant ce qu’il adviendrait sans anticiper qu’elle finirait ici.

- Finir est le mot.

- À moins que ce miracle auquel vous ne croyez pas...

- Je préfère agir qu’attendre l’intervention d’une autorité supérieure.

- Aussi, nous nous ressemblons, nos lignes se croisent commissaire.

- Mais ne se chevauchent pas.

- Nos esprits le pourraient à un point que vous pourriez regretter.

- Je vous vois sourire, dites, je peux tout entendre.

- Je pensais que je prendrais votre âme pour libérer la sienne.

- C’est cruel mais à vrai dire je vous en sens capable.

- N’en doutez pas, d’autant que c’est hypothétique.

- Vous avez plus de facilité à désirer l'impossible ?

- C’est vrai, ou ça le fut longtemps.

- C’est bien de le reconnaître.

- Mais je jouis d’une grande lucidité.

- Je n’en doute pas, c’est une qualité embarrassante.

- Gênante, le caillou dans la chaussure dont on n’ose pas se débarrasser. Une douleur amicale, complice du passé que l’on conserve pour éviter une inquiétante nouveauté.

- Vous êtes perspicace commissaire, une qualité dans votre métier.

- Je sais.

- Un rien de vanité ?

- Un fond, pour faire joli, parce que je suis aussi clairvoyant que je me maudis de l’être. Ce serait si… Mais la comparaison est impossible.

- Vous êtes un cas rare, intéressant.

- Dont un jour vous vous servirez pour une publication.

- Je le ferais au travers d’autres rencontres.

- Vous pensez que jamais vous ne révélerez mes confidences ?

- J’en suis certain.

- La sincérité fluctue avec le temps professeur.

- Vous parlez pour vous ?

- Oui.

- Vous avez modifié la vision de votre métier.

- J’agissais par plaisir, la victime était un mobile, le tueur m’attirait, mais toujours derrière le loup je découvrai un mouton masqué !

- Maintenant vous savez où trouver le véritable prédateur ?

- C’est pourquoi mon métier est moins motivant.

- Et que vous espérez découvrir le nouveau sens de votre vie?

- Un point de départ, préciser mon idée pour apprécier ce qui vient.

- L’esprit aime se détourner, utilisant l’imaginaire pour multiplier les improbables. Découvrir sa vraie nature est œuvre difficile commissaire, mais vous le savez pour l’avoir vécu.

- Vous êtes diablement intelligente.

- L’intelligence est diabolique ?

- C’est la bêtise qui est angélique.

- Votre commentaire est un compliment, il me va droit au cœur.

- Un joli chemin.

- Merci.

- Une interprétation à ce que je devine, quand à ce que je perçois.

- Physiquement ?

- Aussi, mais pas seulement.

- Encore un compliment, je vais penser que vous voulez me séduire.

- Non ! Votre ego féminin en prendrait ombrage à tort, mais désir sexuel ou envie sentimentale sont loin de moi.

- Vous séparez les deux ?

- Oui.

- C'est rarement avoué.

- Les règles de la normalité s’appliquent-elles à moi ?

- Parlons-en, je garderai ma distance professionnelle.

- Ce serait possible ?

- Auriez-vous peur ?

- De quoi, de qui ?

- Pas de ce loup intérieur, domestiqué, mais d’aptitudes positives.

- Vous avez raison.

- Vous êtes étrange commissaire, j’aimerais vous entendre.

- En confession ?

- Presque, je ne vous infligerais pas de pénitence, dire est important.

- Pour que s’organisent dans les profondeurs du cerveau des pensées qui se cherchent, manipulées par des lois inconnues, parcourues de forces que nous ne maîtrisons pas. C’est flou mais je suis à fond.

- Transformer vos intuitions en équations commissaire ?

- Mes aptitudes sont insuffisantes.

- Vous êtes jeune.

- Un joli mensonge dans votre bouche, je le prends pour ce qu’il vaut.

- Vous êtes trop bon.

- Ça c’est moins vrai.

- Vraiment ?

- Dans mon métier je n’ai pas fait que des jolies choses.

- La raison d’état ?

- L'efficacité. J’ai oublié parfois la loi mais jamais des innocents n’en souffrirent. Si je fais quelque chose j’aime que ce soit parfait.

- Une qualité.

- Chiante.

- Cela va avec.

- Je ne voyais pas cela ainsi mais que vous me le dites je confirme.

- C’est gentil.

- Être actif, poser la question, y répondre. Un rôle complexe.

- Mais motivant.

- J’avancerais mieux d’être titillé.

- Un vrai gosse, curieux pour un homme comme vous.

- Il serait difficile maintenant d'apprendre ce que j'ignore.

- Non, il vous manque juste d’en comprendre l’utilité.

- Qu’est-ce que cela veut dire : Être utile ?

- À vous de trouvez la réponse.

- La distance est nécessaire dans votre job. Que cherchez vous ?

- Votre esprit m’intrigue, le lien qui vous attache à cette jeune fille se devine dans ce que vous ne dites pas. J’ai toujours eu envie de regarder derrière les comportements. Aider autrui m’est utile et vous m’offrez la possibilité de voir ce que personne ne put envisager. Dès lors nous sommes faits pour nous entendre.

- L’ambition est bien si elle est lucide. Vous devinez vos motivations intimes pour expliquer des mystères inquiétants. Je crains que la pierre que vous voulez apporter à la psychiatrie moderne ne soit tombale. Personne ne vous pousse que vous-même… Le destin de Thlita vous attire ? Qu’auriez-vous voulu réussir enfant que vous tentez pour vos patients ne trouvant qu’une satisfaction passagère, insuffisante et frustrante ? Cela ne me regarde pas mais j’ai peur que vous vous surestimiez, n’est pas prédateur qui veut et survivre en portant en soi le poids d’un tel savoir est nocif.

- Je reconnais la finesse de votre jugement.

- Néanmoins vous voulez avoir raison, vous désirez être celle qui sait, celle qui expliquera. Les sombres profondeurs du psychisme vous attire et vous pensez pouvoir survivre par le raisonnement… Qui sait !

- Le temps seul connaît la réponse et la facilité est amère.

- Vrai !

- Nous nous ressemblons.

- Un peu.

- Seulement ?

- Est-ce plus que je le pense ou moins que ce que vous espérez… Nous connaître mieux pourrait être source de déceptions.

- L’idée vous intéresse ?

- Elle appartient au domaine du possible.

- Je ne doute pas de votre sincérité, mais nous verrons bien.

- C’est étrange, je ne m’attendais pas à cela en entrant ici.

- Vous étiez pris par l’image d’Épinal de l’asile de fous.

- Sans doute suis-je aujourd’hui apte à regarder autour de moi.

- Plus disponible, ouvert aux autres. Je pensais que cela impossible.

- Pas de hasard dans cette rencontre ?

- Non !

- Manigance ?

- Curiosité, il y en a beaucoup pour exprimer ce que je ressens.

- Suis-je si attrayant que cela ?

- Et plus encore. Votre démarche est lente, le regard porte loin mais se pose sur ce qui vous entoure, ce ne fut pas toujours le cas.

- J’étais préoccupé.

- Par vos enquêtes ?

- Principalement, par ma visite, l’espoir, la crainte.

- C’est pareil, imaginez qu’elle retrouve ses esprits, qu’elle soit comme avant, ou autre, qu’elle ne vous reconnaisse pas. Elle est une poupée, un amour parfait, c’est bien ce que vous voulez, non ?

- Je… Bonne question ?

Bonne ?

Le problème qui me tourmente m’ouvre un chemin peu fréquenté. L’amour, humain, est une cage instinctuelle dont j’ai déjà parlé, une geôle d’émotion, de comportements, de pensées qui tournent en rond dans un quotidien rassurant de banalité, je n’ai pas eu à en sortir puisque jamais elle ne se forma autour de moi, ma conscience put errer, explorer des situations sans référence dans la société sapiens, d’où l’incompréhension, la difficulté de s’exprimer, les mots manquent et je cherche depuis des années à exprimer ce que je ressens, j’use de formules détournées, d’à-peu-près, il n'existe aucun terme idéal, les créer ne me permettrait pas de communiquer. Je devrais piocher dans le vocabulaire scientifique. Ça ne facilitera pas les choses mais ce que je veux dire n’est pas simple. Si je reste tiraillé entre ce besoin d’amour et la certitude qu’il n’est plus pour moi c’est que mon instinct me dit que j’ai besoin d’un point de repère dans un monde dont je ne peux m’affranchir totalement faute de sombrer dans la folie. Faire abstraction de ma part humaine serait une erreur, fatale, une faute que commirent bien des "penseurs" avant moi, faute d’avoir une juste perception de leur situation. Le savoir était insuffisant, je dispose d’instruments performants dans l’exploration de la psyché, imprécis mais indispensables, indice-pensable ! Un amour trop prenant m’eut empêché d’exploiter mes aptitudes, son absence aurait eu un résultat encore plus catastrophique. Aimer des images était plus simple, pas plus facile quand après coups je compris la situation et me découvrit dans une situation entre deux réalités opposés, le conformisme et la folie ! Je survécus, tant bien que mal, mais sans jamais m’effondrer totalement pour être debout, lucide, face à une immensité qui me dépasse mais que je désire explorer puisque le propre de l’être vivant est d’avancer !

Je garde tellement de souvenirs de cette époque, des photos jaunies, des enregistrements entassés dans un placard. Qu’en faire ? Les détruire, les revoir... les émotions du passé ne reviendront pas. Qui sait ce que demain me réserve, si demain il y a !

Avenir est un curieux mot, à l’instar de mon personnage j’ai frôlé la mort… Est-ce elle qui se retira où moi qui put reculer ? Comme ce policier je vois le sentier, escarpé et sinueux, mais accessible. Mes rêves gisent derrière-moi, illusions estompées, la démence m’accompagne, fidèle comme un chien dont les crocs sont émoussés.

Les mots m’entraînent, je ne pensais pas que le commissaire rencontrerait cette psychiatre, sans doute est-ce utile pour la suite de notre histoire, celle des personnages et la mienne. Eux qui représentent des facettes de mon esprit peuvent m’amener à trouver les souvenirs qui m'attendent.

Amour et folie m’équilibrent. Aussi étrange qu'elle soit cette affirmation exprime l’évidence que je ressens. À l’insu de ma volonté, de ma lucidité, réfléchir aurait parasité un jeu cérébral dont j’éprouvais des soubresauts qui exploitèrent au maximum mon endurance. Ce serait dommage d’avoir survécu jusque-là pour renoncer au moment le plus intéressant. Je suis au sommet du Golgotha où je fus crucifié mais sans y avoir perdu ni ma vie ni mon esprit, enfin, à ce qu’il semble ! Il ne fut jamais l’ultime colline, une autre se présente une fois son sommet atteint je découvrirais une autre pente à gravir, ainsi jusqu’à la fin des temps. D’autres textes patientent dans mes doigts, dégagés de la sauvagerie je sais qu’ils n’en seront que plus violents, tranchants d’une réalité infaillible prédatrice ! Plonger au cœur de l’esprit pour en arracher les masques, le déstabiliser et lui souffler que l’autodestruction est la seule solution lui restant.

Amusant ! Non ? Je croyais, dommage !

Clouer chaque âme en face de sa réalité, puis l’observer se tordant de douleur dans les flammes implacables avant de se dissoudre en quelques cendres que le vent emportera. Quoi de plus terrifiant que sa vérité ?

Et je sais de quoi je parle ; et je, c’est de quoi je parle !


 

- L’amour commissaire est une jolie clé.

- Utilisée si souvent pour n’ouvrir qu’une boite vide.

- Vous êtes au-dessus de cela ?

- Ni au-dessous ! J’essaie d’exister, est-ce suffisant, est-ce bien ?

- L’est-ce ?

- Un tel bilan ne se tire pas aussitôt dans une vie.

Il a raison, je m’approuve.

- Vous admettez donc être jeune ?

- Être moins vieux que je le joue sachant avoir vécu cent vies.

- Vous croyez en la réincarnation ?

- Croire est un verbe dont je me méfie.

- Je vous approuve.

- C’est gentil, je m’approuve également ! L’impression persiste qu’une vie ne se limite pas au je d’un instant, d’ “une vie” ! Je suis une goutte dans un fleuve immense dont je perçois l’existence. Parfois je prend l’image du maillon, contradictoire avec la précédente mais illustrant mon idée d’un mouvement de la Création illustré par une progression de la conscience comme si Celle-ci s’incarnait en Celle-là ! Non comme des vies se suivant dans un but précis mais se modifiant, évoluant. S’améliorant, ça…

- Une forme de dieu ?

- Cage rassurante ! Comment vivre en percevant autour de soi une telle immensité et en soi cette complexité ? Comment éviter le vertige devant l’éternité ? Une question sur laquelle je reviendrais pour y répondre.

- Belle ambition.

- Trop grande peut-être !

- Pourquoi partir vaincu ?

- Je pars conscient, pas battu ! Le chemin sera long, la pente raide.

- C’est d’autant plus excitant, non ?

- Si !

Je lutte avec ces mots depuis longtemps. Peut-être ai-je tort de vouloir faire simple pour exprimer une idée qui ne l’est pas.


 

- Vous êtes intelligent commissaire.

- Est-ce une qualité ?

J’aimerais aussi le savoir.

- Non, c’est une responsabilité !

Bonne réponse, trop bonne !

- Envers qui ?

- Soi, vous, la vie ! Utiliser vos qualités, un défi à votre niveau.

Pas faux !

- Suis-je vaniteux à ce point ?

- Peut-être égocentrique.

- Que savez-vous de moi, de ce que je suis.

- Arguments indignes de vous.

- Cela me coûte de vous approuver.

Et à moi donc ! Mais l’intelligence est un masque. En quoi explique-t-elle ces questions ? Ce ne sont que des cailloux psychique mais ce sentier en est plein et chaque pas est source de sensations à la limite de la douleur. L’immobilisme seul promet la tranquillité, le Paradis est mortifère !

- Faux ! Vous êtes là pour cela, retrouver un passé sans surprise et parler, ça tombe bien je suis là pour écouter et je sais le faire.

- Facile à dire.

Si facile ! Mais le faire …

- Vous verrez. Mais plus tard, vous êtes venu voir une amie et j’ai à faire… Vous connaissez le chemin, sa porte n’est pas fermée, il serait positif qu’elle tente de sortir mais elle ne se déplace jamais seul, elle attend. 

Le commissaire opina, prit le chemin qu’il n’avait pas oublié malgré les années. Une seconde d’hésitation avant d’entrer.

De dos elle n’avait pas changé. Il feuilleta dans sa mémoire de belles images, d’elle, d’eux. C’était… une autre vie. Tant de fois il avait espéré qu’elle le reconnaisse et lui tende les bras, il avait même pensé s’occuper d’elle à plein temps mais c’eut été fausser sa vie que la lui dédier, elle ne l’avait pas sacrifiée pour cela.

Si elle se retournait, souriait, si … Mais non, il n’apercevait qu’un corps immobile, guère plus qu’une plante, dans lequel il ne percevait aucune présence, fonctionnant par habitude et parce que les zones cérébrales indispensables n’étaient pas lésées. Lui n’avait pas le pouvoir de traverser le temps pour changer ce qui s’était passé. Quelles conséquences cela aurait-il entraîné ? Quels risques aurait-il encourus pour elle ? Aller en Enfer, la disputer à n’importe quel dieu pour la ramener, il aurait promis de ne pas se retourner pour cela. Son impuissance l’afflige. Il ne peut que la regarder, hésitant à s’approcher, à croiser un regard qu’il sait vide.

Pourquoi est-il venu ?

Mettre fin à ses souffrances, mais il ne sent en elle qu’un vide absolu, pas même un désert au cœur duquel un brin de vie peut subsister. C’en en son cœur à lui qu’elle survit, pas ailleurs.

Comment tuer ce qui n’est pas vivant ? C’était son passé qu’il voulait effacer, cet acte ne ferait que refermer sur lui des souvenirs émoussés. L’amour est-il plus beau de n’être qu’un rêve auréolé du plus sombre des cauchemars, celui qui pare toute image d’une irréalité divine ?

S’approcher, caresser ses cheveux, elle adorait ce geste, peut-être…

Il ferma les yeux, chercha des larmes qui ne vinrent pas, c’était…

Non !

Il referma doucement la porte, quelque chose de froid s’insinua dans son esprit, la certitude d’une solitude implacable, l’évidence que le spectre du passé ne viendrait plus à son secours dans les pires moments et cette émotion disparue ne laissait aucun regret en lui, il n’en aurait plus besoin.

 

Perdrais-je ou gagnerais-je d’être ainsi ?

Interrogation positive, oublier les albums mentaux pleins d’images d’un amour planté dans l’humus glacé d’un désespoir dont je me suis repu trop longtemps. Je l’ai dit plus haut mais c’est la représentation de l’amour qui m’aida pas sa réalité qui eut reporté et amplifié le danger. Sa lumière me fut utile, désormais elle n’éclaire plus qu’un passé qui s’estompe. L’avenir est un territoire sans guide, c’est ce qui en fait l’intérêt et si quelques dangers me guettent ils rajouteront à mon plaisir. Il ne s’agit pas de renoncer à l’amour mais de ne plus rien en attendre ! La jungle que je viens de traverser était de sang, de crimes, d’atrocités en tous genres. Ce qui m’attend sera plus périlleux. Les mirages seront plus nombreux que les oasis mais aussi intéressants.

Demain sera-t-il bénédiction ou malédiction ?

L’une est l’autre !


 

Il s’en va, le chemin est ouvert sur une vie corrosive. La mort ne fut jamais effrayante, mieux, elle pourrait être sa plus tendre amante !


 

Elle ne voulut pas de moi, je n’ai pas su l’appeler, pas su la mériter, je me suis voulu fragile, j’ai voulu me briser et je n’y suis pas parvenu, n’aimant que me plaindre de mon sort ainsi que je continue à le faire sottement.

Pourquoi insister ? Pour perdre du temps, pour tourner autour du pot alors que j’ai le pouvoir d’y mettre la main dedans tout de suite.

La vie est marionnettiste, je sens les pulsions qui me dirigent. Qu’elle soit efficace m’arrangerait pour m’effondrer sur scène et trouver la paix dans un silence infini, celui de la mort ou de la démence, allongé, pourrissant physiquement dans un cercueil ou assis dégénérant psychiquement sur une chaise fixée au sol en contemplant l’infini au travers d’un mur rembourré. Dans les deux cas je n’éprouverais pas la satisfaction du devoir accompli. Tout ce que je peux ressentir c’est le plaisir de l’accomplir. Le chemin compte puisque je n’atteindrai pas le but.

M’épuiser, me tarir, là est mon ambition.


 

Le ciel est sans nuage altérant l’harmonie d’une immensité hantée d’interrogations diverses et d’aspirations contradictoires. Le vide n’est jamais loin d’une conscience éveillée.

 

Vide tentant, s’y jeter, s’y trouver. Un puits dont les limites sont les miennes. Mon esprit est la porte, au-delà…


 

Le parc, ces aliénés qui vont et viennent, qui parlent seuls, hurlent parfois, observant d’incompréhensibles beautés ou d’intolérables horreurs. Qui peut dire ce qui existe ou non, certains sont aveugles hors le spectacle de la médiocrité, d’autres ne peuvent pas baisser les paupières d’un esprit trop acéré. Bienheureux l’imbécile aux yeux clos ! Chacun transporte son Enfer. Est-ce un défaut de pouvoir le contempler, n’est-il pas le miroir le plus fiable qui se puisse existe ?

Le mien me fait face. Je l’ai voulu terrifiant, immonde, je me suis vautré dans une fange imaginaire, maintenant je suis allongé sur un sol dur, la boue s’est évaporée, les miasmes se dissipent, m’abandonnant au réel.

Cet Enfer est vivant, violent, terrifiant mais pourvoyeur d’émotions moins fades que celles que m’offrit la réalité.

Il m'attend, rassurant, le rendez-vous est pris depuis longtemps, la date est écrite sur le grand livre de la destinée depuis ma naissance. Ce serait dommage que je me défile, j’ai envie d’en savoir plus. Comme disait l’autre « Faute de pouvoir l’éviter feignons d’en être les instigateurs ! »


 

Aurait-il aimé resté piégé, comme eux, dans son monde intérieur ?


 

Heureusement cela arrive sans avertissement : « Voilà, je vais vivre tant d’années infernales ! ensuite ça ira, pas mieux mais autrement ! » Vue de près l'ombre dans laquelle s'enfonce le chemin est tentatrice mais c'est le piège et en sortir dépend de qualités innées, pas de la conscience qui, si elle survit malgré tout, connaît le véritable désespoir. Abandonner sa lucidité en route est préférable !

Errer, murmurer des mots sans suite dans l’ombre protectrice de faux murs, je l’ai vécu, et c’est une terreur sans nom.

Pourquoi survivre ?

Un camp, un tortionnaire, la même interrogation : Pourquoi suis-je là ? Est-ce le prix à payer pour une faute oubliée ?

Qu'ai-je fait ?

 

 

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