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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 06:00

Qui regarde l'abîme 18

 

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                                                       19

 

- Il est trop tôt pour savoir J’ai besoin d’apprendre. Besoin… de quoi ? De parler, de penser, de ceci et cela, envies contradictoires, un fatras d’idées qui vont et viennent. Le moment viendra ou le réel s'imposera, je lui fais confiance, et à moi aussi par la même occasion. Je suis un regard, un miroir qui essaie de verbaliser, de décrire une forme intérieure. L’aspect n’en est pas un, c’est l’inexprimable que je veux transmettre.

- Exprimer c’est invoquer, nommer un démon suffit pour l’appeler. Ce qui s’approche ressemble au Diable des archaïstes, des croyants.

- Ceux qui nous écoutent ne vont pas être content. Ni surpris ! Ils savent ce que nous pensons mais que connaissent-ils de ce en quoi ils croient, ils affichent une religiosité apparente, ils prétendent défendre des idées, une civilisation, un monde qui n’est plus qu’un charnier. Ils font semblant, se mentent à eux-même, aucune importance. Oui, quelque chose est là, les barreaux sont agités, la cage va exploser, la peur se manifeste, le refus hurle dans les rues et les lieux de culte, ces lieux de non-vie.

- Aux premières loges vous constaterez les dégâts, vous savez déjà de quoi il s’agit, du moins dans la forme.

- L’imagination crée à volonté ce dont je pourrais avoir besoin. J’ai envie que vienne la vérité pour la contempler dans son indicible violence.

- À ce point ?

- Il y eut un avant, il y aura un après, qui osera le regarder et dire ce qui vient de se passer ?

- Vous ?

- Non, le voir, peut-être, mais le dire ? Et à qui ?

- Je suis curieux de nature, j’ai envie d’assister au spectacle même si je dois en être détruit, ce qui arrivera, j’ai envie de mourir lucide.

- C’est un peu tôt.

- Oh, ce n’est jamais trop tôt, la mort vient à son heure.

- Ne l’appelez pas, vous avez senti son souffle glacé, elle n’est pas loin.

- Sur moi ?

- Non, non, je ne crois pas.

- Sur eux ?

- Elle voyage avec nous, dans nos ombres, mais toujours devant.

- Ils voudront en savoir plus, vos paroles excitent leur curiosité.

- Comme si c’était fait pour…

Regards complices !

- Et alors ?

- Ce qui fut sera remplacée, eux aussi.

- Nous perdons nos mots à parler d’eux ?

- Évoquer ces spectres parés de pouvoirs imaginaires est récréatif ! Silhouettes peintes dans un monde d’ombres grises et ternes. Chacune s’espérant unique mais les exceptions sont rares.

- Vous parlez de vous ?

- De nous.

- Merci pour moi, je ne crois pas en être.

- En être… Question de circonstances, parfois on en vient à les surprendre.

- À se faire surprendre ?

- La vie étonne, souvent le vide, parfois le trop plein, passer de l’un à l’autre, circuler, évoluer sans penser à ce qui vient, à ce qui est ou sera.

- Difficile si l’on dispose d’un cerveau en état de marche.

- Heureusement tout le monde n’est pas ainsi.

- Ce n’est pas gentil de vous moquer des handicapés qui nous écoutent.

- S’ils sont capable de comprendre quelque chose, il m’arrive d’en douter.

- Et eux ?

- Ils ne doutent jamais longtemps, je suis sûr de ça.

- Une certitude est une bonne chose ?

- Non, oui, question de moment.

- Un barreaux de plus ?

- Oui.

- Promis à céder.

- C’est l’intérêt du jeu, regarder, supputer puis être surpris par une violence sans sauvagerie, différente de son usage par l’homo sapiens.

- Vous ne l’aimez pas.

- La question ne se pose pas, je constate, comme si j'étais différent.

- Vous l’êtes, maintenant.

- Je le suis, ou le crois, rêve ou folie, réalité ou délire… Agréable de laisser flotter ses pensées sans savoir ; de regarder sans s’accrocher à quelque chose, d’avoir l’impression d’être gorgé de mots, de vie, de force, prêt à éclater en une onde de vie, comme une bulle sur la surface d’une envie qui nous créa pour cela. Quelques rides superficielles et le temps qui revient vous efface. Vous avez cru exister l’espace d’un songe. C’est si rapide, si fugace, à peine est-il terminé que déjà un autre le remplace. La chaîne est-elle sans fin et le dernier maillon, quel est-il ?

- Vous ?

- Non, non, je ne crois pas, je ne veux pas.

- Un maillon de cette chaîne qui descend dans le puits, un seau de bois cerclé de métal plonge sans savoir vers où, qui, quoi, entraîné par son poids, craignant d’atteindre une surface, de s'y enfoncer, de se remplir, de remonter pour être vidé avant de repartir. La vie est un voyage futile, comme si de l’obscurité pouvait surgir une forme viable.

- Pourquoi pas ?

- L’espoir fait vivre.

- Non, mais il aide à faire semblant.

- Une jolie phrase.

- Si dure quand on la comprend !
 

Je ne le veux plus, j’ai envie d’oublier. L’espoir nourrit le mensonge et farde une réalité glacée et s’amusant de l’effroi qu’elle provoque !

Chez moi aussi ? Non, je le feins pour perdre du temps. Ces personnages expriment mes pensées, mes sensations, pantins entre mes mains comme moi entre d’autres. Eux sont en bout de course, en levant les yeux ils me verraient, en les baissant ils ne découvriraient rien. Ils sont aussi réels que moi qui les emploie pour m’exprimer.

En suis-je incapable seul ?

Je crains de savoir, d’autres mots viendront, des savoirs inédits, des surprises, des souvenirs indicibles. Et la question : ″ Suis-je mort et là pour ressusciter, ou naître ?"

Le puis-je, le veux-je ?

Ni l’un ni l’autre probablement !

Quel blues dois-je subir, celui de vivre, de revivre ?

De quoi ai-je peur ? Pas de la mort, à l’image du commissaire ce n’est pas elle qui me terrorise, j’ai peur de la vie, de ce qui vient, de ce qui est déjà là, qui me déforme, qui distend les barreaux de ma cage aux barreaux de laquelle je m’accroche comme un naufragé refusant d’être emporté. Ce placard fut un ventre dans lequel je pus grandir, protégé, il va devenir, si je n’en sors pas à temps, un caveau m’asphyxiant.

Tout est là, promesses de ce qui ne sera jamais, de mains qui se tendent sans me voir, nourries d’une image, de plusieurs, de trop.

Nourri ou empoisonné, endormi ou intoxiqué ?

Tout à la fois ? Quelle vanité, mais je ne suis pas à ça près.

Pourquoi me censurer ? Le regard des autres m’indiffère, seul importe le mien, celui par lequel, me voyant, je saurais qui je suis et où je vais.

Vraiment ?

Si je me permettais d’y croire sans en attendre la permission, suis-je donc incapable d’y arriver seul ?

Que suis-je, ou qui suis-je ?

Suis-je, tout simplement ?

Les mots dansent devant moi, se jettent, se ruent, s’amalgament, formes mouvantes d’être constamment nourries. Vient le temps de regarder ! Mots cocon à l’intérieur duquel je me protège au risque de mourir d’être trop à l’abri loin de la vie, de son goût comme de son aspect.

Quelle porte ouvrir ?

Si je ne suis pas le dernier maillon, un autre sera fondu qui me succédera, ou me remplacera si j’ai disparu, je ne le souhaite pas, je sens que je peux, que je suis, que je…

JE…

Quel est le sens de ce mot ? Impression en creux d’un impossible destin ou d’un vrai délire ? La porte se refermant sur moi sera apaisante. J’attends sans souhaiter, gonflé de personnages, pièces d’un puzzle à reconstituer pour rencontrer une image effrayante d’être accessible.

Le paradoxe d’une réalité aux goûts variés, amers et difficiles. Mots pressants, obnubilant, je me vide pour que d’autres termes aient leurs places. Les barreaux tenaient tant que je le voulais mais ils sont friables, la lumière passe au travers, une étrange lueur blanche, froide, cruelle comme la lucidité, scalpel d’une évidence longtemps niée. À combattre contre soi on se perd alors que le risque de gagner est faible.

Des mots, des mots…
 

- Perdu dans vos pensées ?

- Un kaléidoscope, impressions, présences, plusieurs, beaucoup… Parler pour oublier, pour me vider, pour… ou contre ? Possible ! Passent les mots, qui suis-je pour vouloir les maîtriser, ensuite, ailleurs, au calme, debout face au vide il me sera donné de comprendre.

- Quand ?

- Entre bientôt et jamais, plus près du second que du premier.

- Je crois comprendre.

- Ne le faites pas si vous pouvez l’éviter. Pour gagner quoi ?

- Soi !

- Vous croyez ?

- Oui, bien sûr, soi !

- Soit !

Regards de vieux amis pouvant se parler sans rien dire, évoquer des souvenirs, radoter, c’est si agréable parfois, parler pour que file le temps.

Et les autres ?

Les américains ?

Sont-ils seulement là, occupés à réfléchir, à faire rentrer dans les cases de leur cours ce qu’ils ont vus. Cela semble facile, mais il arrive que les sensations se fassent rétives au besoin de les normaliser.

Danger ? Intérieur, une bombe au tic-tac obsédant. Ils voudraient parler, l’ont pu, avant, ailleurs, dans un cadre qui les força à puiser en eux une force désormais épuisée. C’est fini, ils ont peur de sentir un souffle nouveau, pire, si violent et insidieux qu’ils voudraient le contraindre dans une cage de définitions bien trop petites pour le retenir longtemps. Bientôt, libéré, il envahira leurs esprits.

Difficile de se croire prédateurs et de se découvrir gibiers !

Logique que cela finisse ainsi ! Le plus efficace des chasseurs trouve toujours plus fort. Ni plus grand ni plus gros, tout petit il peut prendre la forme d’un rétrovirus, c’est alors un ennemi imperceptible et terrifiant, mais le plus efficace est fait de mots. Il semble aisé à définir et dominer quand il apparaît, croire cela amène à se livrer à lui, comme si le mouton invitait le loup dans la bergerie pour arriver à le convaincre qu’il est un mouton ou que lui-même est un loup. Cela peut marcher un moment, un court moment.

Très court !

Et puis la nature reprend ses droits, le mouton se fait égorger, dévorer, et le loup s’en repart, satisfait. Pas heureux, non, repu. Le vrai prédateur sait ce qu’il est, voit ce qu’il fait et a envie de comprendre pourquoi.

Cela est-il déjà arrive ?
 

Cela ÉTAIT-Il déjà arrivé ?
 

                                          § § § §


 

L’enfer a souvent un joli visage, un tendre sourire avant que ne surgisse la haine dans ses yeux. Le commissaire se laisse aller à ses pensées, dans quelques minutes l’avion se posera, la réalité reprendra ses droits, il ne pas exactement ce qui l’attend, ce qu’il a vécu était-il rêve ou réalité, mystère de l’imagination ou folie sans nom projetant ses délires sur les murs blancs d’une cellule capitonnée ?
 

Quelle différence entre tout cela ? Se tenir en une position n’empêche pas d’imaginer qu’elle est autre, l’apparence ment. Est-il dans cet avion ? Levant les yeux quels fils verraient-ils, fils de soi, fils de mots ?

Qui manipule qui ? Ce personnage est-il le fil me faisant aller et venir en me faisant croire que je suis où je ne me trouve pas ? Tant de rêves errent dans mon esprit enquête d’un instant de vie, d’une flaque d’énergie à absorber pour accéder à une apparence de réalité. Assez vraisemblables pour que je crois en eux et leur donne une vie inaccessible autrement. À l’image de ces vampires qui n’entrent dans une maison qu’invités !

Réalité ou mensonge ?

Je sais où je suis, ce que je fais ! Les mots naissent sur l'écran, la vitesse de mes doigts sur le clavier obère ma méfiance, je comprendrai, après, trop tard, mais c’est fait pour. Ainsi n’ai-je pas à vouloir, je suis victime, crucifié sur l’ordre d’une volonté qui m’utilise mais me justifie.

Dans cet avion je voyage, j’imagine ma destination. Tout pourrait être faux et que je sois dans un désert psychique où chaque phrase est une envie de mirage, chaque apparition un désir d’oasis où m’abreuver. Combien de fois y ai-je cru ? Jusqu’à ne plus oser, jusqu’à vouloir douter, combien de fois au lieu d’eau ai-je senti ma bouche emplie de sable brûlant, combien de fois cela se reproduira-t-il encore ? Jusqu’à quand aurais-je la force de faire semblant de marcher, de me laisser être cette porte sur l’ailleurs, sur un inquiétant néant.

Inquiétant ? Et attirant, je veux le voir ainsi cet avenir au goût de sang, de larmes, au goût amer d’un espoir trop beau pour être vrai.

Pourquoi pleurer ?

J’ai imaginé cela, jadis. Être le dernier sur un monde mort, une larme tombant sur le sol ranimait la vie et lui donner une chance de vaincre le désert. J’attendais une illusion, croyais en une image pour m’y perdre.

Le désert est mon univers, mon domaine, en plongeant mes doigts dans le silice pour en tirer une porte de verre sur un monde si proche et si vaste qu’il me donne l’envie de m’y jeter.

Un monde !

Un immonde…

Tout est pour le pire dans le pire des immondes possibles.
 

Pleurer n’a ni sens ni vérité, je l’ai tant fait. Rien ne changeait, j’évacuais l'émotion sans m’en vider. Les mots seuls ont cette violence insidieuse et sournoise de promettre un demain différent.

Me relever, regarder autour de moi ce ballet de monstres obscènes que je n’ai jamais crains, contempler cet univers infini qui ne m’offre qu’un non-but, le moyen d’avancer sans bouger, sans possibilité d’arriver quelque part puisque l’imaginaire nourri de peur avance jusqu’à l’épuisement.

Et puits !

Pencher sur lui je le vois grouiller de fantasmes terrifiants, chaos originel, bouillonnement de forces élémentaires cherchant à s’organiser pour, y étant parvenu, rester insatisfait et se désolidariser en quête d’un nouveau sens. Je sais qu’il existe quatre forces en physique, mais en face y a-t-il une puissance négative, séparatrice, se nourrissant des autres, inversant le positif ?

Un sujet à creuser ? Mais comment creuser le vide, le rien ?

Le puis-je ?

Je ne fais que cela, regarder dans ce gouffre pour m’y découvrir. Mais n’y suis-je pas déjà tombé et croyant regarder en bas c’est vers le haut que porte mon regard ?

Combien de temps peut durer une chute se voulant infinie ?

Autant que la peur d’arriver quelque part, d’accepter ce désert et de faire corps avec lui. A se refuser l’on ne peut que tout perdre.

Qu’ai-je à perdre ? J’imagine un destin sans pouvoir davantage n’ayant que le pouvoir de m’effacer faute d’assumer l’inanité de mes ambitions !
 

Le ciel sait la petitesse de ce monde, sa fragilité et son importance, c’est le battement de l’aile du papillon dont les conséquences peuvent être considérables. Rien ne se perd, tout se nourri d’un possible.

Même moi ?

Hait pourquoi pas !

Petit être enfermé, porte ouverte mais espérant, malgré tout, malgré rien, malgré moi, ce qui est là et la peur, que demain aura un sens.

J’erre mais pas sans but même si ce dernier est encore impensable.

L’avenir le dira bien assez tôt ! Atterrir, retrouver une société folle où la vie est engloutie par un maelström de violence apocalyptique.
 

Je me trahirais d’emprunter une route qui n’est pas faite pour moi, écrire des mots inutiles m’ennuie de plus en plus. Mes textes sont un fatras brut d’où l’extraction des rares pépites promet d’être un travail de titan.

Mais qu’ai-je à faire d’autre ?

Je peux ouvrir les yeux, mieux voir, mieux être !

Des mots mordeurs, des mots émotions, des mots motivants pour avancer avec le sourire et tant pis si ce sont les bras putréfiés de la folie qui se referment sur moi. Nos enfants pourraient êtres viables, eux !

                                               * * *

Réunion de grosses têtes ! Les policiers américains ont été récupérés pour être débriefés alors que les français allaient de leur côté.

La lourde voiture pénètre dans les garages souterrains, les deux hommes se retrouvèrent face à un ascenseur, unique destination : un étage tout proche, un long couloir, et l’obscurité qui se mit à grandir, à s’imposer. Rassemblés en arc de cercle ils attendent les informations demandés afin de justifier des décisions déjà prises. Les apparences seront sauves, eux aussi doivent rendre des comptes, voire même des contes, à mourir debout ! La société est pyramidale, celui qui est dessous guette l’occasion de monter pour faire ses besoins sur ceux qui le suivent en oubliant ce que lui dut supporter pour en arriver là.

Photos, enregistrements, informations embrouillées pour qui vit dans un costume trois pièces étriqué.

Les flics se regardent, ils sont au pied du mur, le trac les envahit, les images se succèdent, se mélangent, comment être précis, informatif, ou faut-il laisser entendre… Ils savent ce que l’on attend d’eux.

Impossible ! Leurs cerveaux débordent de mots, de sensation, sur le moment c’était simple, les yeux voyaient mais le cerveau enregistrait loin de la conscience. Ils ne savaient plus, les images se multipliaient malgré eux, ils avaient perçu autour d’eux plus qu’ils l’auraient cru. Sur le moment l’angoisse faisait couvercle, le calme revenu celui-ci se dissipait et remontaient des ombres de plus en plus précises et terrifiantes.

Nommer serait-ce faire surgir ici ce qui était là-bas et qui attendait ?

- Je ne sais plus, c’est…

Son collègue l’approuva. Leurs lèvres voulaient se clore définitivement, leurs esprits redoutaient ce qu’ils devinaient dans leurs souvenirs. Quelque chose avait réussi à passer, à se dissimuler pour s’imposer, un poison, le venin de la peur se distillait, s’insinuait, il allait les corrompre totalement.

Totalement ?

Le poids des regards est oppressant, malgré la lumière ils distinguent mal autour d’eux. Est-ce leurs respirations qu’ils entendent, leurs battements de cœur qui résonnent dans leurs têtes, dans quel piège sont-ils tombés ? Ils ne voulaient pas descendre dans ce puits, ils sont des victimes offertes pour conclure ils ne savent quel pacte. La porte est refermée, ils sont prisonniers, condamnés, éternellement. On dirait un cauchemar mais ils savent que c’est pire ! Une intense douleur les déchire de l’intérieur, ils bougent, s’entendent répondre, mais ce ne sont pas eux qui parlent.

Les hommes autour d’eux écoutent avec attention d’abord puis avec surprise quand ils en arrivent à ce qu’ils découvrirent au fond du puits, surprise et soulagement, ils en savaient probablement plus qu’ils n’auraient dus sur les activités de ce club de tueurs. Ainsi tous les membres du premier cercle ont disparus, ils ne restent rien, plus de photos, plus de films, même plus de souvenirs ! Qu’importe ce flic français, il ne semble pas menaçant. Leur frustration est grande mais qui sait ce dont demain sera fait, si, ailleurs, quelqu’un d’autre...

Il fallait percer le secret de cette maison, nettoyer par le feu si nécessaire.

Par le feu…

Tout se déroula très vite, le plus en retrait des policiers recula pour fermer la porte à clé, avant même que les chefs formulent une question l’autre avait sorti son arme pour l’utiliser avec une précision diabolique.

                                              * * *

Le commissaire sourit avec regret.

- Vous vous y attendiez ?

- Ils ne pouvaient pas en sortir intacts, un moment ils purent se jouer la comédie, l’habitude, le dressage, tout cela leur donna l’illusion qu’ils surmonteraient ce en quoi ils plongeaient. Hors du cadre il y avait une telle différence entre d’où ils venaient et où ils étaient que cela fit appel d’air, une dépressurisation psychique, leurs esprits n’ont pas été formés pour supporter cela, ils sont allés vers le plus simple, le plus primaire : La violence, se soulageant à la mode du pays. C’est leur mode de vie, leur façon de résoudre les problèmes, de dissiper un excès de tension.

- Vous espériez que cela se passe comme cela ?

- Oui, ces hommes étaient compromis, le pouvoir est un poison qui tue celui qui s’en sert trop mal. C’est aussi un miroir pour qui s’y contemple. Oui professeur, cela me fait plaisir. Un coup de balai temporaires, je sais, mais utile malgré tout. Il y aura des interrogations, vous connaissez la procédure, la mort délie les langues, les ambitions s’exprimeront, les rancœurs et rancunes se déverseront, l’enquête qui nous intéresse passera au second plan, dans quelle direction la mener, tous les participants, directs et indirects, sont morts, les tueurs aussi, c’est l’idéal pour refermer un dossier et l’oublier dans des archives profondes ! Officiellement tous auront été victimes du coup de folie de policiers épuisés par des investigations trop complexes et terrifiantes. L’explication sera vite trouvée. Les rumeurs vont prospérer, les nouveaux patrons se chargeront de les lancer. Le meilleur moyen de cacher un secret c’est d’en dévoiler la partie la moins crédible, ainsi ses défenseurs sont-ils discrédités ! Les moyens modernes de communications seront mis à contribution et manipulés aisément.

- Les médias pourraient se tourner vers vous, vers nous.

- S’il le faut je donnerais une explication a minima, allant dans le sens de l’officielle pour que tout le monde soit content, nous n’avons rien à gagner à nous trouver dans l’œil du cyclone médiatique.

- Vraiment ?

- Sûr, le téléphone sonnera bientôt, il suffit d’être patient, pourquoi ne pas faire une partie d’échec en attendant ?

Sitôt dit, sitôt fait.
 

Affolement, ballet d’ambulances, tout fut rapide, preuve de l’efficacité de l’entraînement. Quand les troupes de chocs réussirent à enfoncer la porte elles se trouvèrent face à deux hommes pointant leurs armes sur eux. Toute discussion était donc superflue. Ensuite seulement quelqu’un se demanda pourquoi ils n’avaient pas ouvert le feu…

Comme si la question valait d’être posée.

Les journalistes trop curieux furent priés de chercher ailleurs, divers os corrompus leur furent donnés, les morts portent très bien le chapeau surtout quand il est trop grand pour eux.

L’actualité étant ce qu’elle est un scandale éclata qui fit la une, la deux, la douze, avant de n’être même plus un souvenir, personne ne regrettait les disparus, tous laissaient une belle pension.
 

L’idéal est de laisser les regrets au vestiaire, sans regard ni pensée, ce qui s'impose à l’esprit ne trouve de remède que dans la violence.
 

Prendre le temps, plonger dans l’abîme, supporter la première réaction, garder à l’esprit qu’elle n’est qu’une tentation, un risque, et une chance pour qui sait s’en nourrir, l’absorber sans lui céder.

 

 

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