18
Qu’ai-je appris de ces phrases, que veulent-elles me dire ou me cacher ?
Ce puits de passé, y retourner pour affronter l’image du père, momifié, ayant la réalité d’une forme en deux dimensions. Cédant aux désirs des autres j’y ai pensé, elle ne représente rien, ni manque, ni frustration, ni la quête d’un passé que je peux accabler. L’ignorance aide à charger la barque paternelle. Autre chose est intervenue, se rencontrèrent deux hérédités presque incompatibles qui luttèrent pour fusionner, poussé par la vie en quête d’expériences nouvelles. Que lui importe la préservation des espèces, au contraire, elle est du genre à donner un coup de pied dans la fourmilière pour que demain diffère d’aujourd’hui. C’est une façon d’accepter les choses en les expliquant pour les supporter. Est-ce pour autant qu’il s’agit de la réalité ? Rien n’est moins sûr. Je le répète pour oublier l’impression de marcher sur le vide. J’avance sur un pont étroit entre deux abîmes tentant. Je ne les crains plus, aussi loin que j’aille je ne peux plus me perdre. Le voudrais-je que je ne le pourrais pas. Que tout soit possible est œuvre imaginaire.
Qui regarde l’abîme…
Aussi profond que j’ose regarder c’est moi que je rencontre, mes désirs, mes aspirations, celles auxquelles je cède par clavier interposé. Sans regret. J’aurais tout perdu en prenant une hache plutôt qu’un ruban encreur, je me serais senti plus fort, croyant préserver ma lucidité afin d’exploiter la mine du crime comme un univers limité, en faire le tour et m’en nourrir pour le restituer par écrit. Je me serais fourvoyé sur ce chemin à sens unique, derrière moi se serait refermée une porte sans serrure. Je serais dans le puits entouré par mes victimes sans moyen de m’en défendre. Une sombre culpabilité coule dans mes veines et empoisonne mon âme.
La voie que j’ai choisie est plus intéressante, plus difficile, plus excitante de ce fait. Je peux apprendre de ce gouffre de folie meurtrière si petit pourtant en regard du vrai qui n'a de limites que les miennes. Tueur j’aurais couru après des expériences nouvelles sans voir que je n’étais qu’un disque rayé tournant dans le vide.
Ma voie s’ancre peu dans le réel, fragile donc susceptible de m’emmener plus loin, elle est sans limite. Hors de la matérialité, je suis libre, un tueur ne l’est pas, il affirme son pouvoir sur un univers se réduisant à chaque pensée. Je préfère ma situation, penser savoir où je suis. L’immensité est aussi source d’immobilisme que d’être dans une cage trop étroite.
Cause différente, effet identique !
Je devine l’immensité autour de moi mais croire que je peux aller n’importe où est un mensonge. J’ai réussi à me faufiler entre les barreaux psychosociaux sans le vouloir. Longtemps j’ai tourné le dos à l’évidence pour me croire à l’abri. Je suis de l’autre côté mais est-ce le bon ?
Combien de fois ai-je déploré ma lâcheté, enfermant mes pensées, suscitant, pour m’effrayer, une horde de monstres ridicules ?
Me retourner, affronter l’éternité, mon personnage dit que je le peux. L’infini des possibles est ouvert. L’abîme est-il en moi ou en dehors ? Suis-je bête ! Le trou noir est intérieur, son contraire est l’extérieur ! C’était simple, comment ai-je éviter d’y penser ? Un passage obligé afin de me dépouiller du superflu, de m’alléger pour le voyage qui s’annonce.
Je veux penser que c’est bien.
Bien ? la réalité mérite-t-elle ce titre ?
Poser la question c'est y répondre n'est-ce pas ?
Savoir ? Imaginer ? Qu’y a-t-il à comprendre ?
Je doute alors que je joue seul. Facile, avancer les yeux clos, reposer le pied d’où il vient, simuler la marche et se satisfaire en solitaire de n’être qu’un tricheur. Des ancres qui me retinrent au réel aucune ne tient plus, j'avance avec mes pensées pour seules compagnes.
Inutile d'en chercher une nouvelle, la lucidité cédera à son tour quand je serais allé au bout de moi-même. Quand ? Je l’ignore, laisserais-je derrière-moi assez de petits cailloux, je l’espère. J’attendais cet instant et les tourments que je ressens ne m’étonnent pas. Peut-être, après tout, seront-ils, eux, mes compagnons de route, la lucidité me permettant de les accepter sans les masquer d’imaginaires.
Je n’ai pas envie d’aller quelque part mais comment faire autrement ?
La vérité a un goût cruel, âpre, difficile à supporter. Tant mieux.
Ils roulent, deux aspirent au réel, les autres le savent illusoire.
Où suis-je ? Une envie de normalité, satisfait des apparences, d’y trouver un semblant de satisfaction ? Je n’en suis plus capable. Je suis de l’autre côté, aussi bien le commissaire que son complice, avec le désir d’être à l’extérieur, de combiner les visions pour mieux appréhender la réalité. J’ignore si ces rôles sont compatibles. Il me semble que non. Le choix est fait, vient l’heure de l’assumer !
Les étasuniens s'interrogent sur la réalité de ce qu'ils viennent de vivre. Plus il s’éloigneront de la maison plus ils douteront. De certains qu’ils étaient ils ne sauront plus, faudra-t-il tout dire, insinuer, il serait plus simple d’en rester aux apparences, les autres accepteront. Les supérieurs veulent tout savoir s’ils n’ont pas à en courir les risques.
C’est de leur faute après tout, que ne sont-ils venus, envoyant deux éclaireurs par peur de ce qui pourrait leur arriver. La réalité aime à jouer avec les nerfs, à laisser croire que... à laisser penser que... mais non, il s’agissait de hasard, une série existe dans l’esprit de qui la souhaite pour ne pas en savoir davantage.
- Alors ?
Les deux américains sursautèrent.
- Nous rejoignons le monde, que gardez-vous de ces heures loin de lui ? Vous étiez en train d’y penser n’est-ce pas ?
- C’était facile de supputer le sujet de nos réflexions.
- Je n’ai pas cette prétention, au contraire.
- C’est confus.
- Ne serait-ce pas mieux d’en parler ?
- Pas sûr, surtout avec vous.
- Je le prends comme un compliment ?
- Oui, vous êtes trop intelligent, trop maître de vous et de vos émotions.
- Pas vous ?
- Non.
- À quoi ont servi vos années de formation ?
- À tout, sauf ça. Vous comprenez ce que je ne sais pas dire.
- Vous voudriez que nous devinions ?
- Ce serait trop simple pour nous. Nous retiendrons ce que nous pourrons, en ce qui concerne votre maison nous n’aurons aucune influence, même si nous désapprouvons une visite plus musclée elle sera programmée.
- Je sais et ne vous en veux pas. Je devine qu’ils voudront tout voir par eux-même, la peur d’une malédiction disparaîtra, la technologie est plus forte que la superstition n’est-ce pas ? Ils auront le temps de le regretter. Ce n’est pas une menace à peine un avertissement. C’est écrit ! Face au désir d’affirmer son pouvoir il est vain de lutter.
- Un conflit de pouvoir ?
- En quelque sorte.
- Mais lequel contre nous ?
- C’est ce que vos supérieurs veulent savoir. Si la réponse correspond à l’idée qu’ils s’en font. La science dévoile une complexité difficile à intégrer, pour contrebalancer l’angoisse toutes les doctrines sont bonnes, principalement les plus contraignantes. Logique !
- Humain.
- Ne le serait-ce pas davantage de renoncer, de reconnaître ses limites et de rester en deçà ?
- Probablement.
- Alors nous sommes d’accord.
- Pour le moment. Je sais que s’ils me demandent de revenir, je reviendrais, surtout si c’est un ordre, et même si j’ai le choix.
- Avancement en vue ?
- Pourquoi pas, j’y ai droit aussi.
- Une carotte que vous pourriez être incapable de digérer.
- J’ai envie d’en savoir plus.
- L’esprit estompe ce qui le choqua. Vous ne gagnerez rien à vouloir comprendre ce qui n’est pas fait pour vous.
- L’est-ce pour vous ?
- Ce n’est pas un compliment, ni un avantage, seulement un constat.
- Modeste.
- C’est mon domaine, pas le vôtre, vous êtes spectateurs, curieux mais incapables d’accepter. Douter vous sauve.
- Nos esprits vont céder ?
- Faites ce que vous voudrez, vous êtes averti, je n’insisterai plus.
- Merci de votre sollicitude, mais nous ne pouvons vous suivre.
- Je disais cela pour vous.
- Je sais, ce n’est pas seulement la peur de voir cette maison mise sans dessus dessous qui vous effraie, des souvenirs qui ne sont pas les vôtres. Il sera oublié que cet homme avait un fils si vous restez discret dans la gestion de son héritage.
- Je n’ai pas besoin d’argent, quand à cette maison… Je ne sais pas ce qu’elle cache.
- Il y a autre chose ?
- Bien sûr.
- Quoi ?
- Je ne sais pas, vraiment, c’est le flair qui parle.
- En restant imprécis.
- Je fais ce que je peux.
- Sous la maison ?
- En quelque sorte.
- Nous verrons.
- Ça… Pour voir !
- Que voulez-vous dire ?
- Une impression, comme un piège.
- Quelque chose qui nous attend, vorace ?
- Quelque chose… mais pas seulement, je ne peux pas en dire plus.
- Soit.
Une peur, une envie, ou les deux à la fois ?
À la foi ? Qui sait, je le sens aussi, ces mots ont un but qui me dépasse. Je suis organiquement semblable aux autres mais avec une spécificité.
Si je comprenais ce que je veux dire ce serait un avantage.
Si… Si j’osais comprendre.
Semblable biologiquement, structurellement, les différences sont dans le fonctionnement, pas dans le mécanisme de départ même s’il se différencie par la suite. Le cerveau suit son programme, quand tout va bien, in utero d’abord, puis au contact de l'extérieur, c’est là qu’il se borne, se fige, au contact de la médiocrité. Malléabilité veut dire fragilité. La Nature ne se soucie pas de ses échecs, la quantité est matrice de la qualité ! Le cerveau est une forme d’infini. Les chemins de traverse sont possibles. En moi des routes se formèrent tôt et ne furent pas détruites par les contraintes extérieures. Elles sont encore utilisables, explorant des régions corticales s’éloignant de celles utilisées normalement. La folie peut se concevoir ainsi, les liens neuronaux vers les zones de relations au réel se délitent d’être peu utilisés, ils disparaissent. Pourquoi ai-je pu utiliser les uns sans perdre les autres… Si tel est vraiment le cas. Là est la question à laquelle je ne peux répondre, pour autant qu’il y ait une réponse possible.
J’en doute !
Il y en aurait pourtant… Pour tant ! Comme une facture.
Ai-je à apprendre en sachant ou à savoir en apprenant ?
Question, encore, toujours.
- Vous aussi vous réfléchissez ?
- Si je savais à quoi ? Au pourquoi, à ce qui me souffle.
- La magie vous attire ?
- Plus que la science, pour l’instant ça n’en est pas encore une.
- Ça pourrait venir ?
- C’est le désir de vos supérieurs, affirmer leur supériorité. La science fournit les mêmes solutions à tous, c’est une course qui n’offre pas d’avantage durable, alors ils cherchent une autre voie. La magie, le surnaturel ont été rejetés par l’obscurantisme et c’est amusant que ce soient vous qui vous penchiez sur ces mystères, vous qui êtes si superstitieux, si archaïques dans vos modes de pensées. Mais vous avez le bon droit pour vous n’est-ce pas ? Comme les plus grands criminels de l’histoire vous voulez le bien de l’humanité. Les voix du Seigneur sont impénétrables, ce qui était mal pour les autres jadis est bon employé par vous qui êtes soutenu par Dieu. La réussite est sûre. Vous êtes le peuple élu devant guider le monde vers l’idéal.
- N’est-ce pas le cas ?
- Vous assombrissez le monde, peut-être est-ce le vrai désir divin ?
- Serait-ce donc un mal ?
- Bien ou mal sont des anthropismes, des figures de la mythologie monothéiste, égothéiste ? J’invente des mots, ne faites pas attention, ça m’arrive parfois mais ça ne dure pas. Je fais semblant de me comprendre. La vraie question serait de savoir si nos actes influent sur l’avenir et même s'ils sont nôtres ! Mal est une simplification, un anathème primitif pour rejeter sans comprendre, sans s’approcher… Pourtant qui résiste à sa tentation ? Peut-être faudrait-il le connaître, pénétrer sa vérité pour s’en nourrir sans céder à une réaction piège. Comme mon père qui ne sut pas refuser ses pulsions.
- Mais vous oui.
- En apparence. C’est moi qui parle, je me donne le meilleur rôle. Quand à la suite… Attendons, le réveil promet d’être sauvage.
- Pour qui ?
- Vous, il va sonner et vous ne saurez plus où vous êtes, vous serez livré corps et esprit à ce que vous vouliez dominer.
- Sommes-nous condamné à perdre ?
- Vous agissez sans lucidité, agités par des fils que vous soupçonnez en en masquant la nature. Cherchant à l’extérieur ce qui n’y est pas. Votre scientisme est une idéologie de plus. Rien ne vous protège d’un piège dans lequel vous êtes déjà tombé.
- C’est gentil de nous le dire.
- Je ressemble à mon père, au moins il n’avait pas oublié.
- Oublié ce qui est à l’intérieur ?
- Oui.
- Nous avons vu le résultat.
- Il a été aspiré, vous avez oublié, la solution est entre les deux.
- À votre place ! Vous aimez vous faire des compliments ?
Entre les deux ? L’enfermement, ne voir ni en soi ni au-dehors. Un infini de chaque côté, deux moyens d’y accéder ! La cage en contient une autre, des barreaux bordent un chemin circulaire. Tourner en rond, dans le même sens, toujours.
Cette cage intérieure est ouverte, ses barreaux sont transparents, ce sont des fenêtres pour mieux voir, des filtres pour apprendre.
Les murs ont disparus, l’immensité s’ouvre, mêlant intérieur et extérieur. Je sais qu’il importe de passer par le seconde pour atteindre le premier, ainsi la maison, chercher au premier comment accéder au sous-sol, qui y aurait pensé, qui verrait derrière les mots l’évidence s’affichant ?
Qui me l’a soufflé, qui m’a ouvert les yeux, qui veut que je regarde ?
Pour voir quoi ?
La bête, la peur, le passé, les instincts, la base animale, physique, matérielle de la vie. Passer par les racines pour atteindre le sommet de l’arbre, ne pas rester simple spectateur ; chercher, vouloir.
- Ça n’en est pas un, non, pas un !
Le silence revint, personne n’avait envie de parler, ni rien à dire, les banalités étant insoutenables autant se confronter à soi-même.
Le plus violent… Arracher son masque, se voir, mais le pire de tout, le pire du pire c’est d’y survivre, d’être, non un survivant mais un Sur-Vivant !
Quand à moi…
§ § § §
Comme il se doit l’avion déchire le ciel, petit appareil donnant l’illusion de maîtriser l’espace, insecte de métal volant vers nulle part.
Les équipes sont séparées, chacune médite ses plans. Très loin quelque chose attend. Le commissaire comprend ses collègues sans partager ce désir de repousser ce qui fut, d’en faire une impression falsifiée par la peur, truquée par des sens défaillants. Le chemin est long encore et ce qui l’attend dépasse en effroi tout ce qu’il aurait pu imaginer lorsqu’il s’acharnait sur sa machine à écrire.
Reprendre son travail ?
Le quoi ? Cet instrument de torture tripode n’est pas pour lui ! L’écriture n’eut jamais ce statut. L’envie est là de retrouver ce moyen d’expression-communication, laisser courir ses doigts et que vienne ce qui veut, ce qui doit, le risque, que s’approche ce qu’il n’ose s’avouer consciemment.
Est-ce si difficile ?
Non, ça n’est qu’un mot, un sens, une puissance nue que la peur voile avec le temps… Mais justement le temps c’est ce qu’il possède tant que c’est comme s’il ne pouvait plus rien faire, ne savait plus vouloir par la certitude du lendemain. En rêver, oui mais comment se motiver, apprécier la vie quand la mort a perdu son influence ?
Était-ce Elle qu’il désirait ?
Se poser la question l’amène à s’interroger. Quelle fut la découverte de ces derniers jours ? était-il prévu que cela arrive comme il l’exprima à son collègue ? Son appétence pour défier la mort, était-ce pour en effacer la crainte ou se préparer à un pouvoir à venir qu’il devinait comme un rêve que l’on regarde en souriant avant de découvrir, trop tard, qu’il était plus que cela.
Le destin existe-t-il ? Tout est-il déjà écrit ou la variabilité des possibles est-elle si limitée que le libre-arbitre est illusoire. Accepter ou refuser, sachant que quelqu’un obtempérera ? Il regarde une tragédie en craignant d'y découvrir son rôle.
La réussite fait monter d’une marche et permet de supporter la déception d’en découvrir une de plus. Y aura-t-il jamais un sommet et de quelle nature ? Une simple conscience humaine peut-elle dessiner avec des mots un tel avenir, sinon quel vocabulaire faudrait-il ?
Ensuite ?
Un autre escalier.
Et puis…
Et Puits !
Un palier ! L’évidence crie dans sa tête ! Ce fut un moment, d’autres viendront, aussi loin qu’il aille le repos ne sera jamais au rendez-vous. Demain viendra toujours et l’espoir sera de plus en plus difficile à trouver. Ensuite… Ces pensées sont fruits du présent, envisageant un paysage qu’il ne découvrira pas d’un coup il exploite ses peurs, pioche dans une expérience commune qui déborde de références obsolètes. Qui pourrait l’aider, quel esprit put-il s’aventurer jusque-là s’il y en eu jamais un ?
Il rêvasse alors qu’il traverse l’immensité moqueuse, il entend son rire, il entend ce qui n’est que folie, qu’un délire hors de toute conscience, réaction spontanée d’un piège ayant fonctionné. Il est la proie ! Lui qui se crut nemrod n’a rien vu venir, lui qui se vantait de sentir les fils le diriger n’a pas senti ceux qui le poussaient sur ce chemin, s’il avait su…
Aurait-il osé les couper ?
« Salope ! »
- Pardon ?
- Oui, professeur ?
- J’ai cru vous entendre murmurer quelque chose.
- Salope ?
- Oui.
- Je m’adressai à la mort.
- En ce terme familier ?
- Oui.
- Vous lui en voulez ?
- Oui.
- De quoi ?
- De m’avoir laissé tomber.
- Est-ce de sa faute ?
- Non mais j’ai envie de savoir qui insulter, même si cela sonne faux. Je n’en veux pas à mon père, ni à la mort, nous sommes des pantins.
- Rares sont ceux qui osent lever les yeux et s’en rendre compte.
- Oser est-il difficile ? Des mots professeur, jacasser, se soulager l’esprit comme pris d’un besoin pressant. Savoir n’est pas pouvoir !
- En êtes-vous sûr ?
- Oui !
- Qui dit pantin dit-il marionnettiste ?
- Il me semble être l’ultime parce que le premier à avoir osé lever les yeux, à voir, interrompant ainsi un cycle éternel.
- C’est une qualité.
- Une réalité ! Elle est tombée sur moi parce que j’avais les capacités de l’accepter. Comme un don. Mon unique qualité est l’endurance, simple aptitude organique ! Combien avant moi s’engagèrent sur cette piste avec l’arrière-pensée de me priver d’une victoire si chère ? Je sens leurs présences autour de moi, leurs esprits, leurs soulagements d’avoir échoué alors que le but était proche. La vie a le temps, elle dispose d’une matière première à profusion. Connaît-Elle la destination ? Un moyen n’a pas à connaître la fin !
- Je crois que vous avez raison.
- J’ai voulu la perdre cette raison… Dur d’avorter de son être.
- Preuve qu’il sait ce qu’il veut, lui.
- Oui, preuve ! Et maintenant… Le monde s’éloigne et moi je vais…
- C’est un moment pénible, un croisement avant une nouvelle route.
- Le baby-blues ! J’attendais, c’est sorti. Reste le plus difficile : continuer sur ce chemin en regardant ce qui se passe. Ce sera intéressant. À moi d’apprendre à ne plus anticiper, à ne pas construire des châteaux de peur avec le sable de la superstition mais à faire face aux événements avec sérénité. La vie aime être surprise, sa raison d’être n’est pas la production d’un unique modèle. La nouveauté justifie son existence sinon l’univers serait minéral, figé, à l’image du Paradis monothéiste. Mais je débloque.
- Du chaos jaillit la lumière, du désordre naît l’organisation.
- Être le premier à ouvrir les yeux sur l’infini, l’éternel…
- Comme une naissance ?
- Je suis gluant du liquide amniotique, il va s’évaporer, je vais apprendre à marcher, à penser, à parler. Suis-je devenu autre ou enfin moi-même ?
- Quelle importance ?
- Le temps me permettra de ne conserver que l’utile.
- Le plus lourd.
- C’est important de pouvoir discuter avec vous. Pour maîtriser le désordre de mes pensées et leur laisser le temps de s’organiser d’elles-mêmes. Ce serait drôle de regarder la tête de nos auditeurs.
- Qu’apprendraient-ils ?
- Ce qu’ils comprendraient ! Ils sont attirés comme des papillons par une lumière, et ils finirons comme eux. Le jeu n’est pas d’aller vers la clarté mais de l’utiliser pour regarder autour de soi. Un phénomène naturel est en action, invisible et inéluctable. Regardons le monde, ses images, les effets spéciaux, et en contrepoint, la montée des intégrismes. D’un côté un imaginaire bouillonnant de l’autre le besoin de trouver une obscurité rassurante.. Deux réactions complémentaires à un seul phénomène !
- Qui serait ?
- Je ne sais pas.
- Vraiment ?

