Pourquoi ne pas aller faire un tour du côté de la peinture chinoise, si peu connue en Europe.
Commencer par Qi Baïshi 齐白石 (1864-1957) est logique, dans la mesure où il est entre deux époques, entre deux mondes, un pied dans l'histoire de son pays et ses illustres devanciers dont il perpétue l'esprit mais l'autre dans son époque avec un regard neuf et une volonté nouvelle sans oublier ses origines. À la différence de beaucoup d'artistes de son temps il ne s'inspira pas des styles européens ou japonais mais de la tradition chinoise.
Sa mauvaise santé lui interdisant de travailler dans les champs, il s'orienta vers la gravure sur bois avant de découvrir la peinture dans le 芥子园画传(Précis de peinture du Jardin du grain de moutarde, une encyclopédie autant qu'un manuel de peinture),et la calligraphie de Hu Qinyuan et Xiao Zhuanxin. À 27 ans lui et sa famille vivait de son talent de portraitiste. À 11 ans sa famille lui avait acheté une épouse dans une famille pauvre, leur premier enfant naquit 7 ans plus tard.
Pas question pour autant de s'arrêter là, sa soif d'apprendre lui fit faire de nombreux voyages dans l'empire chinois du début du vingtième siècle.
Les soubressauts de l'histoire le poussèrent à s'installer à Pékin en 1917 où il rencontra Chen Shizeng (陈师曾) qui lui permit d'exposer à Tokyo avec succès puis à Paris.
Du passé il conserva les traits, le style ; du modernisme il prit l'audace, le mélange des couleurs et des modèles inédits : la campagne, les outils, les petits animaux qui le passionnaient. Il associa le rouge et le noir, le premier des fleurs, le second de l'encre avec un pinceau énergique et une main qui ne tremblait pas.
Même s'il ne naquit pas dans une famille de lettrés, il s'imposa par sa ténacité, son travail et son talent, les deux premiers ne suffisent jamais pour durer.
Son œuvre compte environ 10 000 peintures et il commentait ainsi l'évolution de son travail : « J'ai appris la peinture aux doigts dans ma jeunesse, j'ai fait des paysages à partir de trente ans et je me suis spécialisé dans les fleurs, les insectes et les oiseaux sur la quarantaine ».

