1955. Traduit par Bunkichi Fujimori et Armel Guerne.
Shimamura, aristocrate friqué, vit dans l'insouciance et le luxe, publiant à ses frais des ouvrages médiocres sur la danse moderne occidentale (nous sommes au début du vingtième siècle). Dans le village où il se rend il connut jadis une femme qu'il aima une femme, avant de l'abandonner.
Dans un premier temps nous suivons la première rencontre entre Shimamura et Komoko, une passion intense qui ne l'empêchera pas de rentrer à Tokyo où l'attendent sa femme et ses enfants.
Deuxième époque : Il revient sur les lieux du ''crime'' et retrouve Komoko, de maîtresse de musique elle est devenue geisha et l'accueille sans trop de réticences, comme si elle l'attendait. Mais Shimamura s'il apprécie les escapades ne semble pas pouvoir se détacher de sa famille. Il n'est pas seul à descendre dans cette gare, une jeune femme dont nous savons qu'elle s'appelle Yoko en fait autant en compagnie d'un homme malade.
La preuve de sa versatilité est qu'il ne peut s'empêcher de revenir au village, cette fois en plein hiver. La neige est-elle cette pureté qu'il voudrait retrouver et qu'il lui sait inaccessible. Du dominant qu'il fut il se retrouve dominé, enfin ! Serais-je tenté de dire tant cette position lui convient. Qu'importe que la geisha accompagne ses clients jusque dans leurs chambres, chacun alourdit la chaîne qui le retient au village et à ses habitants si loin de son monde qu'il semble s'y reconnaître, comme celle qui nous relie aux personnages de ce roman. Derrière eux n'y a-t-il pas nos propres aspirations, envies, peurs ? N'avez-vous jamais eu envie de quitter la vacuité de votre existence ? Consulter un blog, ou l'écrire, ne l'emplit pas, elle est ce tonneau des Danaïdes que nous tentons de remplir avant de devoir, soulagés, y renoncer ?
La neige est une gomme, temporaire, un masque fragile, comme ces mots.
Pays de neige est connu (si, si!) pour l'étrangeté de sa fin, Kawabata lui-même avouait que la plupart de ses textes n'étaient pas terminés et que celui-ci l'illustre parfaitement, au lecteur de rajouter, de compléter, bref : d'utiliser son imagination pour une suite de sa convenance. Kawabata l'écrivit d'abord sous forme d'une suite de nouvelles, entre 1935 et 1947. En 1971 l'auteur lui donna sa forme définitive. Visitez ce pays, marchez dans cette neige, rencontrez ces personnages, vous vous rendrez compte que, passé le point final, votre lecture n'est pas terminée.



