Traduction de Marie Laureillard.
Après Tuer son mari, Li Ang remonte le temps, après avoir visité le Taïwan de l'après guerre voilà qu'elle nous donne de cette île une vision plus moderne, plus clinquante et ''civilisée'', mais pas meilleure pour autant. Le scandale fait vendre n'est-ce pas, pourquoi s'en priver. Nous quittons la campagne rétrograde pour pénétrer la jungle urbaine et moderne où rodent des prédateurs qui pour être en costume trois-pièces n'en sont pas moins cruels et plus avides de pognons que de sang. La différence n'est pas si grande qu'elle le paraît.
Huang Chengde dirige une entreprise d'électronique mais joue en bourse pour améliorer ses revenus. S'il réussit ce n'est pas qu'il soit meilleur que les autres mais parce que Yu Yuan son meilleur ami dispose des bons renseignements qu'il lui communique. Il fréquente aussi Chen Tian Rui, étudiant en philosophie, confucéen d'apparence, qui tente de lui ouvrir les yeux sur son comportement immoral et le comportement de son ami, le Yu Yuan sus-nommé qui est l'amant de sa femme, laquelle dut déjà subir un avortement pour effacer les conséquences de son inconduite. Le dit Yu Yuan fut lui aussi éduqué sous l'fégide de Confucius par son père, encadré
la romancière ajoute une histoire d'adultère assez croustillante, en mêlant magouilles financières et intrigues amoureuses au fil d'un scénario où elle évoque toutes les dérives dont son île natale est le théâtre: les affaires de fric et de sexe, la dégradation de la presse, les délits d'initiés, le triomphe de l'esbroufe, l'imposture des pseudo-moralistes, l'agonie d'une tradition religieuse désormais réduite à de grotesques superstitions. Yu Yuan n'en est pas moins marié et pétri de culture confucéenne ce qui ne l'empêche pas d'avoir une autre maîtresse, Ding Xinxin, jeune femme à la sensualité irrésistible qui se servira de son corps pour atteindre la position, sociale, qu'elle vise.
Nuit obscure dessine avec un style clair, dénué de fioritures et d'effets une société calque d'une nature incontournable où s'affrontent, sinon se complètent, prédateurs et gibiers, où le port d'un masque est obligatoire mais sans éteindre les ambitions personnelles. Et pourquoi le seraient-elles ? Du conflit intérieur entre ce que je veux et ce que je dois naissent des réactions qui doivent trouver moyen de s'exprimer.
Taïwan est ainsi, tiraillée entre son histoire, sa culture, d'autant plus pregnantes qu'elles semblent menacées et un présent technologique et compétiteur ; entre le groupe rassurant et l'individualisme motivant ; le tout dans un brouillard où rodent fantômes et superstitions du passé.
L'argent et la réussite valent-ils d'y laisser son honneur ? Celui qui se présente comme ceci n'est-il pas l'inverse en réalité ? Tous avancent masqués, autant pour les autres que pour soi. Prenez le temps de regarder les apparences s'effacer pour découvrir la crudité de personnages se fuyant comme pour mieux se trouver.
Ensuite allez vous observer dans un miroir.
Hmmm ou beurk ?
L'un va rarement sans l'autre...


