L'inspecteur Imanishi, et son adjoint, se trouve confronté à un mystère, comment trouver l'assassin d'un homme dont on ignore le nom ? Un double indice, ''Kameda'', un mot entendu prononcé par la victime dans un bar avec un accent du Nord. Comme Charles Kane mourant en prononant ''Rosebud''. Un fil ténu que les policiers vont suivre, allant d'une découverte à une autre, explorant le passé d'un pays, d'un homme. Comment les dissocier ?
137 minutes pour relater une enquête banale, en apparence, dans une mise en scène suivant l'évolution de l'action, progressant en fonction de la dramatisation. Partant d'un mot pour gravir marche après marche l'escalier menant à la vérité en même temps qu'ils voyagent, souvent en train, progressent vers le nord du pays, les policiers semblent jouer leurs carrières, sinon leurs vies, dans cette chasse à l'homme. Pièce après pièce ils reconstituent l'image du mystère, grain après grain, ils remplissent le vase de sable.
Le problème n'est pas la découverte du criminel mais de comprendre ses motivations, de les partager, de les approuver même. Pas question d'en dire trop, ce serait gâcher le plaisir et l'émotion de la dernier demie heure, le crescendo visuel et musical, écrin d'une vérité qui nous prend à la gorge. Les deux premiers tiers du film relatent l'exploration policière, le dernier nous les montre faisant leur rapport. Ils racontent la vie d'un pianiste alors que celui-ci propose sa dernière œuvre. Un grand bravo au passage à Kosuke Sugano, auteur de la B.O.
Matsumoto Seichō (松本清張,) est le ''Simenon'' nippon, plus que des polars ses livres sont prétextes à l'exploration d'un milieu dans lequel il met sous la loupe un drame et les individus impliqués, les écorchant des apparences, trompeuses comme chacun sait, pour nous montrer la réalité des motivations, des ambitions, des frustrations comme des souffrances, qui mènent au crime, ce dernier n'étant qu'un prétexte pour l'auteur, une clé pour entrer dans un microcosme que nous n'imaginions pas. Malheureusement il est peu traduit en France alors qu'il a produit plus de quatre cents œuvres.
La mise en scène est splendide, maîtrisée, les images magnifiques, l'intrigue bien menée et les acteurs remarquables, petit bémol toutefois j'ai trouvé la fin ''trop'' belle, ''trop'' musicale, ''trop'' dramatique. Un peu moins d'un des ingrédients et la perfection aurait été proche.
Si, comme moi, vous avez laissé tomber la téloche pour regarder ce que vous voulez, quand vous voulez, vous pouvez passer deux heures et demie devant ce film, vous ne les aurez pas perdues.


