Kichiku - 1978 - Yoshitaro Nomura
Que se passe-t-il quand la maîtresse d'un imprimeur, ayant eu trois enfants avec ce dernier, en a marre et va le voir pour les lui laisser avant de disparaître ?
La femme officielle est surprise, on le serait à moins n'est-ce pas ? Trois bouches de plus à nourrir semble impossible et l'épouse mise devant le fait accompli laisse libre court à sa jalousie en s'en prenant de toutes les façons possibles aux enfants jusqu'à la mort du plus jeune, encore en bas-âge. Puisqu'un est décédé pourquoi les autres ne suivraient-ils pas le même chemin ? Ils sont la preuve de l'adultère autant que l'évidence que si le couple n'a pas d'enfant c'est bien de sa faute à elle. C'est elle qui est le démon du titre.
Vous penserez, à lire l'argument de ce film, qu'il s'agit d'un polar noir de chez noir. Vous aurez raison mais resterez au-dessous de la réalité.
Pas d'effet, la sobriété de la mise en scène, celle de l'interprétation d'Ogata Ken (le père) et des enfants suffit au malaise causé par un individu mi-humain, mi-bourreau, être le second n'empêche pas de rester le premier. Père qui voudrait et homme qui redoute, qui va vers la facilité aussi monstrueuse qu'elle soit. Sokichi n'est pas un salaud, il ne sait simplement pas comment faire, imputant sa propre responsabilité à un destin inévitable. Est-il coupable d'être pauvre ?
Difficile de répondre oui.
Pour vous !
L'atroce est plus fascinant qu'une beauté toujours superficielle. Comment ne pas partager l'angoisse de Sokichi qui laisse filer les jours, attendant qu'arrive une chose à laquelle il ne croit pas. Ne sommes-nous pas tous ainsi, multipliant les manœuvres dilatoires pour ''gagner'' du temps ?
Richii, l'aîné des enfants, est seul à apporter une lueur d'espoir. C'est lui qui fait preuve de maturité, lui qui restera seul face à son père après que la cadette eut trouvé la mort à son tour.
Quand au final, duel entre le père et le fils, découvrez-le, vous verrez combien la vie peut être résistante et l'enfance souvent victime d'adultes dont on se demande si ce terme leur convient.
Le film débute en nous montrant trois enfants souriants, insouciants, inconscients de ce qui les entoure, de ce qui les attend. Dès le deuxième plan le piège se met en place et la main de la fatalité pousse ses pantins sans leur fermer les yeux. Gardons les nôtres ouverts aussi longtemps que possible, heureux de savoir qu'il ne s'agit que d'un film, dans la réalité ces choses n'arrivent pas.
Ou disons qu'elles ne le devraient pas !


