Vous connaissez l'Art de la guerre de Sun Tzu, probablement pas le Hagakure, texte dicté par JōchōYamamoto à Tashiro Tsuramoto. Le premier fut longtemps samouraï au service de Mitsushige Nabeshima avant qu'il ne se retire ''caché dans le feuillage'' pour traduire le titre (葉隠) et dicter au second ses réflexions nées de son expérience et qu'il souhaitait transmettre, non comme un simple guide, un mode d'emploi, à suivre mais comme un exemple dont s'inspirer.
7 années furent nécessaires pour achever ce travail (1710-1717) ; bien plus avant qu'il n'atteigne le grand public, à l'époque ça ne voulait rien dire. Ce n'est qu'au début du vingtième siècle que le public japonais eut connaissance de ce texte, jalousement conservé par le clan des Nabeshima, il fallut que cette notion même devint obsolète pour autoriser cette diffusion.
Au long des 11 tomes Jōchō Yamamoto (1659-1719) démasque l'âme du Bushi, l'incarnation idéale du guerrier au temps de la féodalité, proche du chevalier occidental de la même époque. Autant dire que l'un et l'autre ont totalement disparus !
Le samouraï n'en est qu'un synonyme, il devait être expert dans l'art du sabre, c'est le moins, mais aussi endurant, capable de supporter la souffrance et accepter autant son sort que l'ordre qui lui était donné, ils devaient, littéralement être ''sans peur et sans reproche''. Être le premier était plus facile qu'être le second !
Deux rencontres orientèrent la vie de Mamamoto, celle d'un moine zen, Tannen, du temps des Nabeshima puis de Ishida Ittei, conseiller du même clan. Quand son seigneur mourut, en 1700, il ne put faire Seppuku, la pratique en ayant été interdite, il reçut l'autorisation de se retirer dans une simple hutte où Tashiro Tsuramoto vint le voir et consigna le fruit de ses réflexions qu'il diffusa dans son clan.
Depuis la capitulation nippone en 1945 l'ouvrage est mal vu car censé illustrer le militarisme fanatique qui conduisit le Japon à la défaite.
Le Seigneur Naoshige avait coutume de dire :
Il faut devenir fanatique et développer la passion de la mort. Si l'on compte sur le temps pour accroître son pouvoir de discernement, il risque d'être trop tard pour le mettre en pratique'' !
La loyauté et la piété filiale sont superfétatoires dans la voie du Samouraï ; ce dont chacun a besoin c'est la passion de la mort. Tout le reste découlera naturellement de cette passion.
Je préfère :
La meilleure attitude à avoir à l'égard de la parole est de ne pas en user. Si vous pensez pouvoir vous passer d'elle, ne parlez pas.
Ce qui doit être dit devrait toujours être dit aussi succintement, logiquement et clairement que possible.
Un nombre surprenant de gens se ridiculisent en parlant sans réfléchir et se déconsidèrent d'autant.
Il existe ce que l'on appelle ''l'attitude pendant l'orage''. Quand on est pris dans une averse soudaine, on peut, soit courir le plus vite possible, soit s'élancer pour s'abriter sous les avancées des toits des maisons qui bordent le chemin. De toute façon, on sera mouillé.
Si on se préparait auparavant mentalement à l'idée d'être trempé on serait en fin de compte fort peu contrarié à l'arrivée de la pluie.
On peut appliquer ce principe avec profit dans toutes les situations.
Traduction André Louka (1990).
Il existe une traduction plus récente et complète de Sébastien Raizer.

Jim Jarmush s'en inspira pour son film Ghost Dog, la voie du samouraï.


