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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 07:36

     DOSSIER pour la SCIENCE 92

 

Intelligence : Notre cerveau a-t-il atteint ses limites ?

L'intelligence animale : un concept flou

(Interview de Georges Chapouthier par Loïc Mangin)

 

Pour définir l'intelligence animale on lui associe des caractéristiques : vision, conscience, interaction avec l'environnement, vie sociale, prédation...

Commençons par l'intelligence humaine. Elle serait un ensemble de fonctions mentales visant à la connaissance conceptuelle et rationnelle souvent associées au langage. De là l'idée de chercher cette intelligence chez les animaux disposant d'un langage. Il est simple de la considérer comme limitée, l'humain seul ayant un langage élaboré et articulé.

Depuis un demi siècle cette notion a évoluée grâce à la découverte d'une pensée sans langage, chez les humains et les animaux.

Exemple : en une fraction de seconde nous reconnaissons un visage parmi des milliers mais nous sommes gênés pour le définir en termes précis. Ce phénomène passe par un processus de pensée sophistiqué non fondé sur le langage qui n'est pas assez discriminant. La pensée animale dispose, au plus, d'un langage restreint. Qu'en est-il de leur intelligence ?

Pour l'éthologie le langage est une communication se référant à des éléments absents. Les abeilles ont un protolangage, limité sans règle de grammaire. Chez les singes il résulte toujours d'un apprentissage dispensé par des humains.

L'intelligence animale s'associe à l'adaptabilité comportementale. La comparaison entre espèces animales est difficile quand elles vivent dans des milieux différents. Comment comparer dauphins et éléphants ? Elle n'est pas linéaire, et est apparue dans des groupes distincts, oiseaux, mammifères, pieuvres, sans trace d'évolution.

La reproduction d'un nouveau comportement en fonction du milieu est insuffisante pour parler d'intelligence animale. Le conditionnement n'est pas la manifestation d'un intelligence. Un ver de terre peut apprendre à privilégier une direction, est-il intelligent pour autant, considérant cette règle comme non explicite pour lui. Une règle pour être cognitive doit être ''consciente''. Encore que l'on en sache peu sur l'émergence de la conscience. Contrairement à l'idée de Descartes, les animaux fortement céphalisés sont dotés d'une conscience d'accès permettant la reconnaissance de leur environnement. Un chien ou une pieuvre ''sait'' si un endroit est risqué ou non.

La conscience est ensuite dite phénoménale : la conscience d'être conscient. Elle est mise en évidence par le test du miroir passé avec succès par des animaux visuels (dauphins, chimpanzés, éléphants et pie). Le chien échoue parce qu'il utilise principalement son odorat, un miroir ''olfactif'' lui conviendrait. Pour autant échouer à ce test ne prouve pas l'absence de l'intelligence.

Autre aspect de l'intelligence animale, la capacité de faire un détour pour atteindre un but, elle implique une aptitude à la planification, l'anticipation, et une mémoire spatiale.

 

Deux facteurs montrent l'importance de la biologie. D'abord le développement de l'encéphale. La complexité de son organisation est plus probante que sa taille ou le rapport du volume du cerveau sur celui du corps ; ensuite, la vision. Les radiations électromagnétiques donnent des informations plus précises et riches que les odeurs ou les sons.

Autres signes d'intelligence, compter, la capacité d'agir sur le monde, mains, becs, trompes, tentacules... sans oublier la prédation. Le prédateur est plus intelligent, l'adaptabilité du chasseur est supérieure à celle de la victime qui fuit.

Différencions l'intelligence sociale et l'intelligence collective des insectes, sociaux.

Les animaux les plus intelligents parmi les mammifères sont les singes, les cétacés, principalement les dauphins, les éléphants, les grands carnivores, fauves et ours, chez les oiseaux ce sont les corvidés, les pics, les perroquets et chez les invertébrés, les pieuvres, défavorisées par une vie courte.

Chaque année apporte de nouvelles preuve de l'intelligence animale et posent des questions sur la façon de les traiter. Le dogme cartésien affirmant que les animaux parlers ont tous les droits sur les autres est obsolète.

N'oublions pas notre cousinage avec les chimpanzés. Nos caractéristiques intellectuelles ne nous permettent pas de les traiter de façon abominable.

L'intelligence animale : un concept flou
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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Science
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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 07:46

Sonia Greene fut l'unique épouse, au moins au sens légal du mot, de Howard Phillips Lovecraft avec qui elle vécu quelques temps à New York. Elle était donc en mesure de donner son opinion sur le maître de Providence, du moins sa vision de l'homme tel qu'elle le connût. En quelques lignes elle présente les ancêtres de son époux tel que celui-ci les lui présenta, insistant sur son hérédité maternelle composée de juges, ministres, philanthropes ou enseignants. Il aurait même eu un officier de marine pendant la Guerre d'Indépendance, Abraham Whipple, et un autre parmi les signataires de la Déclaration d'Indépendance : Stephen Hopkins, gouverneur du Rhode Island.   Lee Moyer Design

De l'ancienne fortune de la famille Phillips ne restait que vingt mille dollars, partagés entre les trois membres restants de la famille. Le foyer familial avait dû être vendu et pour le petit Howard c'était un tel déchirement qu'il y retournait souvent pour s'asseoir sur l'escalier du porche. Dans cette maison, la nuit de Noël, les domestiques venaient dans le salon et entonnaient des chants avec la famille. Le jeune Lovecraft fut bien forcé de s'habituer à sa nouvelle demeure d'Angell Street.

Howard ressemblait à sa mère, tous les membres de la famille avaient cette mâchoire large et proéminente, plus petite chez les femmes qui, elles aussi, présentaient une lèvre supérieur fine. Il n'alla pas à l'école, sa mère se chargeant de lui apprendre à lire et à écrire. Fragile il ne participait pas aux jeux des autres enfants, et dut quitter l'école pour profiter d'un précepteur, circonstance qui favorisa son repli sur soi. D'autant qu'il fit montre d'une intelligence précoce et d'un goût pour la rêverie. Sa solitude l'amena à se tourner vers les livres, la maison n'en manquait pas.

À ce détail près voilà une enfance qui m'en rappelle une autre.

Il entra néanmoins au lycée mais ne put fréquenter l'université bien que ses connaissances dépassassent celles de la majorité des étudiants. Les chiens n'avaient pas sa faveur, il leur préférait les chats, pour tout dire la gent féline avait sa préférence face à l'humanité. (là nous divergeons sur notre espèce préférée !)

Abstraitement, selon Sonia, HPL haïssait l'humanité. Il avait déclaré une fois ''il est plus important de savoir ce que l'on hait que de savoir ce que l'on aime'', il vaut mieux être mort que vivant, l'idéal étant de n'être pas né du tout. Qu'il est bon d'être dans cet heureux état d'inconscience qui précède la naissance. 

Leur vie commune à New York fut possible grâce au travail de Sonia. Considérant qu'il était un génie et qu'elle avait la chance de le décharger de toute responsabilité. Son travail rapportait peu à Lovecraft, pourtant quand il vendit un bon prix son travail pour Houdini il insista pour que cet argent fut consacré à l'achat de l'alliance de sa future femme. Celle-ci fit le maximum pour le mettre à l'aise, qu'il se sente le ''maître de maison''. Elle souligne combien il avait fini par détester New York et ses hordes d'étrangers.

Lors de leur union Howard était maigre et Sonia fit le maximum pour qu'il se remplume, ce fut facile tant il appréciait le sucre, et le citron, ne buvant du thé que pour eux. Par la suite il est probable qu'il en revint à ses privations habituelles, et pas toujours pour raison financière.

Sonia évoque sa vie, son origine russe, blanc, son arrivée aux états-unis en passant par l'Angleterre, puis son mariage avec monsieur Greene, lequel mourut en 1916, la laissant donc veuve, jusqu'à sa rencontre avec HPL.

Leur rencontre avait eu lieu en 1921 à Boston lors d'une réunion de journalistes amateurs, bien vite elle fut attiré par Howard et constata rapidement quels complexes entravaient celui-ci. Elle décida donc de tenter de les réduire tout en lui permettant d'affirmer son talent littéraire. C'est elle qui fit le premier pas, s'ouvrant de ses sentiments, par lettre interposée. Howard lui répondit favorablement et leur relation prit un nouveau tour. Ils en vinrent à envisager de vivre ensemble, même de se marier, et plusieurs de leurs amis voyaient leur relation d'un bon œil. En 1924 Lovecraft vint s'installer à New York et ils se marièrent, civilement puis religieusement à l'église Saint Paul.

Finalement Howard dut quitter Brooklyn qu'il ne supportait plus et retourner à Providence, leur relation se distendit et quand Sonia souligna qu'un mariage impliquait une certaine proximité physique il voulut la convaincre du contraire, la correspondance pouvait maintenir le lien selon son point de vue.

Que son épouse ne partageât pas. 

Finalement le divorce survint en 1929, mais leur correspondance se poursuivit, bien que se raréfiant. Ils se retrouvèrent quelques temps plus tard quand elle l'invita à le rejoindre dans la splendide cité de Farmington, dans le Connecticut, où elle était en convalescence. La Nouvelle Angleterre plaisait beaucoup à Lovecraft et ils passèrent d'excellents moments à visiter les nombreux monuments de la région. Le soir Howard refusa de l'embrasser...

Pour se présenter à la jeune femme il lui avait suggéré de lire les Private Papers of Henry Ryecroft, de George Robert Gissing. Ryecroft s'y présente ainsi : ''Je ne suis pas un ami du peuple'', ''En tant que force qui donne le ton de notre époque, il m'inspire de l'inquiétude et de la peur ; en tant que multitude, il provoque en moi un mouvement de recul , et finit même par m'être odieux […] que ce soit bien ou mal c'est ainsi que je le ressens.'' Il poursuit : ''Mentalement et physiquement je me sens plus vieux que mon âge'', ''Le mieux est peut-être de lire sans arrêt afin que notre futile personnalité finisse par se fondre dans l'activité d'autres esprits''. Quelques citations convenant à HPL.

Howard, sans qu'il eut un esprit religieux, possédait un code moral élevé, sauf en ce qui concernait ses semblables bien que dans une lettre à sa future épouse il expliquait les raisons pour lesquelles il fallait se montrer bienveillant, humain, juste et charitable.

Malheureusement SG brûla une malle pleine des lettres que son mari lui avait écrit au fil des années, que de renseignements se sont irrémédiablement partis en fumée qui nous eussent renseignés utilement sur lui, ses états d'esprits et opinions.

Les opinions xénophobes et/ou antisémites, les juifs avaient substitué une religion insipide à la belle civilisation païenne, sont aussi rapportés par Sonia qui rappelait à son futur mari qu'elle même était juive, comme quelques-uns de ses amis qu'il appréciait beaucoup et aidait autant qu'il pouvait, que ce soit Samuel Loveman ou Robert Bloch. Sans doute est-ce de ne pouvoir supporter les ''autres'' qui convainquit Howard de rentrer chez lui, de retrouver le cocon protecteur de son monde, et qui mit fin à son mariage, alors qu'il e le souhaitait pas et aurait préféré que Sonia vint s'installer dans sa ville.

Elle conclut ainsi le portrait de son mari : Je ne pense pas exagérer en disant que Howard possédait les capacités et la personnalité d'un génie bien supérieur à celui qu'il a effectivement laissé se manifester au cours de sa vie. 

                                     Florence Greene

Maintenant que les ans ont passé, je suis persuadée qu'il va devenir, pour de nouvelles générations de lecteurs, une figure légendaire et mystérieuse. L'ironie du sort a voulu que Lovecraft ne puise pas de son vivant profiter des fruits de son travail , pas plus sur le plan financier que sur celui de la célébrité littéraire.

Je fus à l'origine de cette image de ''Socrate et Xanthippe'' que l'on nous accola car, au fur et à mesure que notre correspondance devenait de plus en plus intime, je trouvais en Howard un certain génie et une sagesse socratique, alors  que je me reconnaissais plutôt dans le côté badin de Xanthippe.

C'est cela que j'avais senti en lui et j'espérais alors développer davantage ses qualités humaines en le poussant sur le chemin du véritable amour. J'ai peur d'avoir été trop optimiste et trop sûr de moi, comme lui, d'ailleurs. J'ai toujours admiré les capacités intellectuelles plus que n'importe quoi d'autre (peut- être parce que j'en manque moi-même) et j'espérais aussi sortir Howard des profondeurs abyssales faites de solitude et de complexes au fond desquelles il était plongé. Malgré le grand nombre de ses correspondants et des personnes qu'il rencontrait, c'était quelqu'un d'extrêmement solitaire. J'avais espéré, peut être trop présomptueusement, que mon affection ferait de non non seulement un grand génie, mais aussi un amant et un mari. Alors que son génie se développa et sortit de sa chrysalide, l'amant et le mari restèrent toujours à l'arrière plan et leur image s'estompa petit à petit pour finir par disparaître.

Bien que je ne sois pas sa veuve, c'est avec tristesse et respect que je déplore la mort prématurée d'un grand génie et d'un esprit remarquable.

Puisse Dieu, auquel il croyait si peu, lui accorder le repos de son âme. 

Pour ajouter une précision que Sonia ignorait, c'est qu'elle fut bien la veuve de Lovecraft, leur mariage ne fut jamais dissous, Howard n'ayant pas signé les papiers nécessaires. Il n'en reste pas moins que son témoignage est indispensable à tout lecteur du Maître de Providence. Si vous n'en avez pas eu la possibilité j'ai tenté ici de le condenser. Une trentaine de pages résumées en moins de quatre, il y a donc des pertes mais j'ai essayé de conserver le plus important. Pour répondre à Sonia, c'est vrai qu'elle voulut, un tropisme féminin dirais-je, changer son époux, et n'y parvint pas, auquel cas il n'est pas dit non plus que leur union eut put être pérenne. Le succès aurait-il aidé Lovecraft à se faire à sa nouvelle vie dans un nouvel endroit ? La question restera sans réponse.

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Lovecraft
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13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 07:19

DOSSIER pour la SCIENCE 92

Intelligence : Notre cerveau a-t-il atteint ses limites ?

Un bestiaire de génies

Le surdoué des invertébrés

(Ludovic DICKELAnne-Sophie DARMAILLACQ)

Dans Les travailleurs de la mer (1866), Victor Hugo parle ainsi des pieuvres ''ces animaux sont fantômes autant que monstres. Ils sont prouvés et improbables. Ils semblent appartenir à ce commencement d'êtres terribles que le songeur entrevoit confusément par le soupirail de la nuit''. En 1869 dans 20 000 lieues sous les mers, Jules Vernes met en scène un calmar géant de 8 mètres de long à l'assaut du Nautilus. À la fin du XIXe les céphalopodes n'ont pas bonne presse.

Notre regard sur ces animaux a évolué, nous les savons intelligents et sensibles, depuis le 1er janvier 2013 la directive 2010/63/EU définissant les conditions de l'expérimentation animal dans l'UE, inclut les céphalopodes. Seuls invertébrés sur lesquels l'expérimentation est réglementée.

Les seiches et les pieuvres sont les plus étudiés des céphalopodes, d'abord portant sur l'apprentissage et la mémoire, les recherches s'orientent vers leurs capacités de changement de couleur et leur système visuel. Une première conclusion s'impose : les céphalopodes sont dotés de capacités cognitives comparables à celles des vertébrés. Camouflage, vision, innovation, tromperie, apprentissage, mémoire, sont des facettes de leur intelligence.

Leurs 700 espèces, allant de 5 mm à plus de 7 mètres, ont colonisé les mers du globe. S'adaptant à l'obscurité des abysses, aux eaux polaires ou aux zones coralliennes. Prédateurs de coquillages, crustacés et poissons, proies prisées des cétacés et de certains oiseaux marins, elles présentent un ensemble de comportements parmi les plus riches et complexes du règne animal.

Au cours de leur évolution ces mollusques ont pour la plupart perdu leur coquilles, gagnant bras et ventouses pour manipuler des objets, capacité que peu de mammifères terrestres possèdent, comme les primates ou la loutre. Leur peau peut changer de couleur instantanément. Ils nagent en éjectant de l'eau par un entonnoir situé sous le ventre ou en utilisant leurs nageoires. Leur cerveau est le plus développé des invertébrés, comparable à celui de certains oiseaux. Il est situé entre les yeux et entoure l’œsophage, protégé par une capsule de cartilage faisant office de ''boîte crânienne''. Structuré en régions dédiées à des fonctions spécifiques, motrices, comportementales, d'apprentissage, mémorisation ou prise de décision. Deux lobes ''optiques'', situés dans l'axe des yeux, sont impliqués dans de nombreux comportements déclenchés par la vision, représentant deux tiers du volume du cerveau ils montrent l'importance des informations visuelles dans la vie des céphalopodes.

 

Leur peau est une toile, une couche de cellules blanches, les leucophores, sur laquelle sont disposées des cellules contractiles et pigmentées, les chromatophores. Entre les deux, des cellules particulières, les iridophores, capables de modifier la vibration des ondes lumineuses. Pour intimider ou tromper ses prédateurs, une seiche peut faire apparaître deux ocelles noirs menaçants à l'arrière de son corps. Les motifs de colorations sont aussi utilisés comme moyen de communication. Calmars, seiches ou pieuvres ne distinguent pas les couleurs mais leur vision est sensible à la polarisation de la lumière.

En s'enfonçant les ondes lumineuses sont absorbées. Jaune, orange et rouge disparaissent ; à 50m le violet et le vert s'éteignent à leur tour, seul le bleu reste visible. La lumière se polarise en traversant une surface transparente ou en touchant une surface réfléchissante. Ou un plongeur ne voit que des scintillements, la seiche verra des poissons argentés ou des crevettes transparentes. Le toucher est important, le poulpe présente un système de reconnaissance chimique de soi qui empêche ses ventouses de coller à sa propre peau et de faire des nœuds avec ses bras.

Sans certitude qu'ils aient une ''conscience de soi'' ils manifestent une forme d'intelligence illustrée par leurs comportements. À l'instar des grands singes ou des corvidés ils utilisent des outils, manient la duperie et font preuve de comportements surprenants. Ainsi le poulpe Amphictopus marginatus avance sur deux demi-noix de coco qu'il utilise en cas de danger. L'Enteroctopus dofleini est capable d'attaquer un oiseau, un autre, d'imiter un poisson venimeux pour se protéger. Beaucoup sont capables de jouer, comportement associé au développement cognitif.

Particularité des céphalopodes, l'absence de soins parentaux. Les individus de différentes générations ne se rencontrent jamais, mâles et femelles meurent après leur unique saison de reproduction.

En 2008 A.-S Darmaillacq mit en évidence que quelques semaines avant l'éclosion, deux mois après la ponte, les embryons de seiche voient leur environnement à travers la capsule de l’œuf, ayant perçu des proies elles orientent leur préférences vers elles. Seiches et poulpes adultes savent apprendre à s'orienter dans l'espace, à éviter les proies inaccessibles ou désagréables.

Ils ne sont plus des monstres insaisissables mais des êtres intelligents, joueurs et sensibles à la douleur physique et psychologique. L'humain apprend à (re)connaître des formes animales qui ne lui ressemblent pas.

Vous en faites sûrement partie si vous disposez des mêmes aptitudes, finalement assez rares chez les homo-sapiens.

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Science
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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 08:17

ARNAUD DELALANDEBERNARD GRASSET - 2014

Tout commence par un mail du patient X, de l'asile d'Arkham, à Michel Houellebecq. L'interné reconnaît la passion du célèbre romancier pour HPL et s'adresse à lui comme au seul homme capable de saisir ce qu'il veut dire. Nul ne l'écoute, tous le croient fou, mais MH, lui, contempla les Sphères extérieures et jeta un œil au-delà de l'abîme pour Le contempler, Lui et Ses Semblables... Houellebeck seul peut leur dire qu'il n'est pas dément.

Houellebecq répond : Avez-vous été en contact avec un ouvrage nommé Necronomicon ? La réponse, on s'y attendait, est positive mais le ''malade'' demande au romancier de venir le voir. Il sera déçu par un refus définitif et l'aveu de devoir cesser tout contact. Se pourrait-il que Michel fut lui aussi Leur pantin ?
 

Quelle édition du Necronomicon avez-vous lu ? Le patient se contenta de l'exemplaire détenu par l'université Miskatonic, à Arkham, en regrettant que l'original, en arabe, ait disparu. Il le lut et depuis voit ses nuits envahies de cauchemars. Sa conclusion est une prière : brûlez ce livre, mais surtout, ne l'ouvrez pas. Dans cet ouvrage impie la logique, le cartésianisme rassurant sont mis à mal. Le piège est là, sous l'apparence d'une publication ironique et délirante, mais sans objet, se dissimule une réalité terrifiante, une puissance bien réelle, une fascination à laquelle il est impossible de résister, tout en s'affirmant protégé par l'ineptie apparente des textes et croquis. La partie visible d'un iceberg aspirant l'âme de qui le lit vers des profondeurs d'où il ne reviendra jamais.

Bien sûr l'auteur, comme tant avant lui, se crut prévenu, se pensa plus fort. Lui résisterait, conserverait sa lucidité. Mais qui voit la première page ouverte, qui lit ses premiers mots s'amuse de ce qu'il découvre sans entendre la porte de la raison claquer derrière lui. Qu'il se retourne et c'est un mur qu'il découvre.

Le rédacteur présente son parcours pour nous prévenir. Tout commença à Québec ou, au 801, rue de Bougainville, une plaque a été apposée rappelant le passage en ce lieu de Lovecraft en 1930. Il se présente, David Arnold Millow, anciennement Milaud, descendant d'une famille huguenote installé au Québec depuis le XVIe siècle. Inscrit dans un cercle littéraire Les Bateaux ivres, il y fit connaissance de Spencer Willet. Garçon secret, d'une sensibilité exacerbée dont les textes surpassaient ceux de ses compagnons. David et Spencer se rapprochent, partageant la même épreuve, la disparition anticipée de leurs mères. Mais Spencer abandonner le groupe rimbaldien pour un autre, curieusement nommé Le Cercle de Cthulhu. Association s'adonnant à une reprise de jeux de rôles en vogue dans les années 1980, en particulier L'Appel de Cthulhu, inspiré de H.P. Lovecraft. Internet avait amplifié le succès du jeu et créé une communauté à laquelle il était très difficile de s'intégrer. Quand David lui demanda la raison de ce changement Spencer lui dit simplement qu'il avait trouvé plus intéressant et que la poésie était morte. Finalement il s'éloigna aussi de ce groupe.

Déborah, amoureuse de lui sans espoir semblait en savoir un peu plus, un peu trop.

David se rend à la nouvelle adresse de son ami, 45 Chemin des Plants. Une grange de bois près de ruines d'un bâtiment de pierre. Il entre, découvre une grande pièce presque vide et sur un établi des livres, De Vermis Mysteriis, les Manuscrits Pnakotiques... un ordinateur éteint et de grandes feuilles de papier couvertes d'une écriture minuscule et irrégulière sur lesquelles était posé un petit carnet noir. Un mot revenait, Necronomicon, des dessins hideux accompagnaient des paragraphes ressemblant à des invocations. Plus étrange encore, ou inquiétant, des traces sur le sol, les empreintes de Spencer sans doute, celle de David probablement, et aussi d'autres. Trop grandes pour avoir été faites par des pieds humains sans ressembler aux traces d'animaux connus. Pire, elles menaient à un renfoncement, une espèce d'alcôve avec une trappe en son centre dont le verrou était ouvert.

''N'y va pas !'' avait dit Déborah, parlait-elle de cet endroit ?

Un seul moyen de le savoir ! 
Tout est là, dans un roman qui semble destiné à procurer une peur factice en accumulant adjectifs, lieux et ambiances comme autant d'artifices convenus que l'on affecte de craindre pour se procurer un petit frisson. Là est le vice, ne pas y croire mais s'intéresser, se passionner, ne plus pouvoir reculer.

Difficile de résister à l'appel de l'obscurité n'est-ce pas ? Si vous m'avez lu jusque là, moi-même suivant Arnaud Delalande, c'est qu'il est déjà trop tard pour vous.

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Lovecraft
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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 08:17

DOSSIER pour la SCIENCE 92 

Intelligence : Notre cerveau a-t-il atteint ses limites ?

Le roman des intelligences

(Pascal PICQ)

George John Romanes effectuait des recherches sur le système nerveux et locomoteur des méduses et des échinodermes quand il écrit à Charles Darwin en 1874. celui-ci entrevoit le potentiel du jeune homme et l'encourage afin que sa théorie de la sélection naturelle se porte sur l'évolution mentale, autrement dit, de l'intelligence.

Romanes publie en 1882 Animal intelligence, traduit en français en 1887. il suit la méthode et l'épistémologie de Darwin : recueillir des informations connues parmi les espèces, faire ses propres recherches et les intégrer dans une approche scientifique évolutionniste. Son travail est récapitulé dans deux ouvrages : Mental Evolution in Animals en 1883 et Mental Evolution in Man. Origins of Human Faculty en 1888. Dans ce dernier il affirmera : ''On comprend comment, partie de si haut, la psychologie du singe peut engendrer celle de l'homme''.

Il dispose pour son travail des notes et réflexions que Darwin lui avait données. Celui-ci avait beaucoup étudié ces sujets, notamment le développement de l'intelligence chez l'enfant. Ils seront publiés, tardivement, dans la revue Mind en 1877. Darwin estimait ses connaissances insuffisantes pour intégrer cette question dans L'Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle (1859). Il confie ses brouillons à Romanes alors qu'il prépare son dernier livre La Formation de la terre végétale par l'action des vers, (1881) portant sur ''l'intelligence écologique'' de la nature, le rôle des vers dans la constitution des sols sur lesquels se fondent nos agricultures et nos civilisations. Livre prémonitoire et comme tel oublié par nos civilisations obsédées par le progrès, et l'idée que celui-ci passait par l'éloignement avec la nature. Les tenants de cette idéologie étayèrent celle-ci de doctrines telles le sexisme, le racisme, l'espécisme... forgeant les outils justifiant cette mise à l'écart, inventant un QI sur mesure pour valoriser ses compétences et dénigrer les autres.

Combien croient encore que Néandertalien et Cro Magnon, qui avaient un cerveau plus gros que le nôtre, étaient moins intelligents que nous.

Le roman des intelligences

Romanes se vit opposé par le psychologue Lloyd Morgan que ''nous ne devons en aucun cas interpréter une action comme relevant de l'exercice de facultés de haut niveau, si celle-ci peut être interprétée comme relevant de l'exercice de facultés de niveau inférieur''. Dogme repris comme un mantra par un siècle de psychologues jusqu'à l'affirmation des sciences cognitives modernes, réhabilitant le dualisme cartésien en parant l'homo sapiens de qualités ''supérieures'', l'empathie, la conscience, la morale... les grands courants de psychologie nés à cette époque, Pavlov, Watson, Skinner... portent les œillères posées par Morgan.

Ce sont les travaux des pionniers de l'éthologie : Karl von FrishKonrad Lorenz et Niko Timbergen pour que les observations sur le comportement s'inscrivent dans une perspective évolutionniste. Timbergen établira les quatre questions fondamentales de l'éthologie : Comment l'individu acquiert ses caractères (ontogenèse) ; comment il interagit avec l'environnement (fonction) ; leur évolution (phylogenèse) ; l'adaptation de la population.

 

Le roman de Pierre Boulle illustre les dogmes de Morgan. Il met en scène des humains remplacés par des machines et servis par des grands singes domestiqués. De moins en moins actifs physiquement et intellectuellement les humains sont remplacés. Ces dogmes furent défendus par Thomas Huxley, son petit-fils Julian également. Des auteurs modernes, comme Patrick Tort, avec son principe d'effet réversif de l'évolution, explique que les humains peuvent agir contre les effets néfastes de la sélection naturelle. Ce duali[ntégri]sme a la peau dure en Occident, logique donc que le Japon ait la meilleure école d'éthologie mondiale. Les Japonais sont animistes. En France il faut démontrer l'empathie des chimpanzés, au Japon il faut démontrer qu'ils n'en ont pas.

Intéressant également de faire le parallèle entre ''notre'' vision de l'animal et celle des robots.

Ce dossier veut montrer la diversité des intelligences dans le règne animal, leur dynamique dans les espèces humaines, la dynamique, la complexité et le potention de celle que l'on veut bien nous prêter aujourd'hui.

Qu'est l'intelligence humaine, parmi les intelligences naturelles, par rapport aux intelligences artificielles ? En notant que nos programmes scolaires, et notre éducation, privilégient ces capacités cognitives en négligeant notre cerveau doit qui, pour l'instant, échappent aux machines (synthèse holistique, émotions, artistique, intuitif...). C'est une troisième coévolution qui commence.

La première concernait tous les organismes vivants et leurs interactions. La deuxième implique les premiers hommes (Homo erectus) et ses innovations techniques et culturelles, qui modifient et sélectionnent nos organismes, des gènes aux capacités cognitives. La troisième débuta avec le XXIème siècle avec les NBIC (Nanotechnologie, Biologie naturelle et de synthèse, sciences Informatiques et Cognitives). Le transhumanisme postule la fin de l'évolution et que sa place doit être prise par nos technologies.

Il faut penser notre avenir en fonction des interactions de ces trois coévolutions. L'intelligence est essentiellement faite d'interactions. Des vers de terre aux neurones en passant par les individus et les puces électroniques ; toute intelligence est une propriété émergente des interactions.

Notre humanité doit retrouver l'usage de ses pieds, marcher dans la nature augmente de 60 % notre créativité, surtout avec d'autres. Dépéchons-nous avant que les robots en sont incapables et qu'ils sont sans cerveau gauche. L'alternative est simple : l'intelligence artificielle nous dépasse ou nous devenons des humains doués d'intelligences augmentées.

[À l'instar de Pascal Picq, et comme Darwin, j'ai envie d'aller me promener dans la nature, bien que j'ai l'intuition que nos visions de l'avenir de l'humanité divergent!]

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Science
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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 07:50

DOSSIER pour la SCIENCE 92

Intelligence : Notre cerveau a-t-il atteint ses limites ?

Un bestiaire de génies 

(Aurore AVARGUÈS-WEBER)

Avec 100 000 fois moins de neurones qu'un humain, les abeilles étonnent par leur facultés cognitives. Ces hyménoptères comptent, maîtrisent des concepts, raisonnent par catégories... et sont, dans certaines tâches, plus rapides que les grands singes.

Comme les fourmis et les termites elles sont un modèle pour qui étudie l'intelligence collective et les comportements complexes nés d'interactions d'agents ''inconscients'' de ce qu'ils font. L'abeille individuelle peut-elle manifester des comportements divers et complexes ?

Si dans la ruche son comportement est automatique, quand elle butine il en va autrement et des récentes recherches révèlent des capacités cognitives remarquable, surtout en regard du cerveau minuscule dont elle dispose. Elle se repère dans un rayon de 10 km et mémorise les renseignements pour retrouver les sources de nourritures découvertes.

Elles mémorisent les spécificités des fleurs contenant du nectar pour les reconnaître et les retrouver.

Une expérience fut conduite en lui apprenant qu'un carré bleu signifiait une récompense afin de déterminer si elle reconnaissait la forme ou la couleur. En 1914, von Frisch démontra qu'elle perçoit le monde en couleurs mais que son spectre visuel est décalé vers l'ultraviolet. Résultats s'expliquant par une coévolution des fleurs et de leurs pollinisateurs. Les premières présentent des motifs visibles uniquement dans cette longueur d'onde que les seconds perçoivent. Elles distinguent des images, savent reconnaître un paysage ou des photographies de visages.

L'humain catégorise ce qu'il voit pour réduire les informations à mémoriser. Traitement complexe qui semblait l'apanage des vertébrés tels les primates, les dauphins et les pigeons. Dans les années 1990 il apparut que les abeilles en étaient capables. Les catégories du type paysage ou plante, dites perceptives, sont basées sur des similarités visuelles et ne demandent pas un traitement cognitif élaboré. Ce qui n'est pas le cas des catégories fonctionnelles et conceptuelles. Les premières dépendent de la fonction de l'objet (nourriture...) sans tenir compte de leur apparences. Que les abeilles en disposent est à démontrer. Les secondes regroupent objets et événements liés par une relation autre, telle que ''avant'', ''au-dessus'', ''plus grand que'', ''identique''...

Abstraction et acquisition de concepts relationnels sont facilitées chez l'humain par le langage. Primates et dauphins ont besoin,eux, d'un long entraînement.

Diverses expériences ont été menées pour déterminer si les abeilles pouvaient maîtriser plusieurs concepts relationnels. En 2009 Hans Gross et ses collègues de l'université de Würzburg (Allemagne) ont montré qu'elles savaient compter jusqu'à 4 ! D'autres tests les virent fonder un choix sur une position relative, par ex : au-dessus de. Mieux, elles apprennent ces concepts plus vite que les primates et semblent les extraire ''naturellement'' des images perçues afin de les utiliser comme critère de classification.

Quelle utilité ont pour les abeilles ces concepts ? Une théorie, controversée, veut qu'elles créent une ''carte mentale'' de leur environnement. Localisant deux sources de nourritures par rapport à la ruche elles sont capables d'aller de l'une à l'autre directement. Reste la possibilité que l'utilisation de ces concepts soit dû aux entraînements, un effet des expériences.

 

Où se trouve dans le cerveau la zone traitant ces concepts ? Chez l'abeille ce serait une structure cérébrale recevant des informations de tous les systèmes sentoriels après traitement dans les aires spécialisées. Le corps pédonculé serait l'équivalent du cortex préfrontal, il est trés développée chez l'abeille et chez les autres hyménoptères (guêpes ou fourmis), les scarabées et les cafards, probablement à cause de l'importance de la vie sociale impliquant des interactions complexes permettant par la suite un traîtement cognitif élaboré des données visuelles.

Malheureusement ces expériences demandent d'intervenir sur l'animal, en ouvrant la cutilcule du crâne puis en injectant un colorant dans le cerveau. L'électrophysiologie est également utilisée pour mesurer l'activité de groupes de neurones en implantant des électrodes dans le cerveau des insectes. Reste à étudier des abeilles immobilisées en laboratoire. Des simulateurs de vol ou de marches donneraient l'impression d'un mouvement libre à l'abeille immobilisée.

Les abeilles montrent que la manipulation de concepts relationnels n'est pas l'apanage des vertébrés. Leur étude pourrait nous renseigner sur la complexité cérébrale minimale pour atteindre ces niveaux cognitifs. Résultats intéressant sûrement les concepteurs de robots miniatures !

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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 08:30

L'époque étant crépusculaire il me plait parfois d'ouvrir un recueil de poésie, d'échapper à l'ombre qui nous entoure et, plus encore, à celle qui m'anime. Paul-Jean Toulet n'est pas l'auteur le plus connu, raison de plus pour vous faire partager ma découverte en ce jour du 150ème anniversaire de sa naissance en vous proposant quelques extraits de ses Contrerimes,

 

                                     Nocturne.

Ô mer, toi que je sens frémir
    À travers la nuit creuse,
Comme le sein d’une amoureuse
    Qui ne peut pas dormir ;

Le vent lourd frappe la falaise...
    Quoi ! si le chant moqueur
D’une sirène est dans mon cœur —
    Ô cœur, divin malaise.

Quoi, plus de larmes, ni d’avoir
    Personne qui vous plaigne...
Tout bas, comme d’un flanc qui saigne,
    Il s’est mis à pleuvoir.

                                      Le Garno.

L’hiver bat la vitre et le toit.
    Il fait bon dans la chambre,
À part cette sale odeur d’ambre
    Et de plaisir. Mais toi,

Les roses naissent sur ta face
    Quand tu ris près du feu...
Ce soir tu me diras adieu,
    Ombre, que l’ombre efface.

                                         La première fois.

— « Maman !... Je voudrais qu’on en meure. »
    Fit-elle à pleine voix.
— « C’est que c’est la première fois,
    Madame, et la meilleure. »

Mais elle, d’un coude ingénu
    Remontant sa bretelle,
— « Non, ce fut en rêve », dit-elle.
    « Ah ! que vous étiez nu... »

 

— « Enfin, puisque c’est Sa demeure,
    Le bon Dieu, où est-Y ?
— « Chut, me dit-elle : Il est sorti,
    On ne sait à quelle heure. »

« Et de nous tous le plus calé,
    Je dis : Satan lui-même,
Ne sait en ce désordre extrême
    Où diable Il est allé. »

                                       Épitaphe.

		               	I. M. N.

Plus souple à dénouer mes plis
    Que le serpent n’ondule,
Ayant tous, ô Vénus Pendule,
    Tes rites accomplis ;

Quand vint l’heure où le cœur se navre,
    Et des fatals ciseaux,
Je mourus, comme les oiseaux,
    Sans laisser de cadavre.
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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 08:00

Lovecraft, a Biography – Lyon Sprague de Camp - 1975 – traduction, notes additionnelles et annexes par Richard D. NolaneNeo

Préface de François Truchaud.

 

À la mémoire des Trois Mousquetaires de WEIRD TALES

ROBERT E. HOWARD

H.P. LOVECRAFT

CLARK ASHTON SMITH


 

Lyon Sprague de Camp est né le 37 novembre 1907 à New York, il est mort le 6 novembre 2000 à Plano, au Texas, le jour de l'anniversaire de son épouse défunte avec laquelle il avait été uni pendant 60 ans. Il est l'auteur d'une centaine de nouvelles de science-fiction et de biographies, de Robert E. Howard d'abord et de celle qui nous intéresse aujourd'hui. Il a aussi largement utilisé des brouillons du premier pour continuer le cycle du héros principal de celui-ci : Conan. August Derleth avait pour projet d'écrire la biographie du Maître de Providence, la mort l'en empêcha et Sprague de Camp reprit le flambeau.

SdC, dès sa préface, précise ne pas avoir voulu écrire une hagiographie, mais, pire, il avoue avoir mal compris Lovecraft, ce qui est ennuyeux pour approcher un auteur et analyser son œuvre. Il a pourtant passé de longs mois à lire lettres et textes pour découvrir le sujet de son livre et livrer une somme de détails que tout admirateur de HPL se doit de connaître. Une biographie ''à l'Américaine'', allant dans le détail pour reconstituer une vie où réalité et fiction se mêlent, prouvant que l'imaginaire est la source de ses contes pour Lovecraft, celle aussi qui lui permet de supporter une vie par ailleurs en butte à de nombreuses difficultés.

La chronologie est respectée, l'auteur présente la mère ''monstrueuse'' de Howard, ses tantes, son épouse, Sonia Greene qui fait vivre le couple quand il s'installe à New York. Il poursuit avec l’œuvre, jugeant avec condescendance, sinon mépris, l'incapacité de Lovecraft à se faire (re)connaître, éditer. SdC réussit davantage, il avait l'ambition, et les relations, pour cela, avec pour résultat une production que nous... j'allais dire : que nous connaissons, mais non, justement, nous ne la connaissons pas. Difficile en effet de comprendre ce qui nous dépasse ! Et continue en raillant la qualité littéraire de nombreux textes, HPL tapait avec deux doigts, ce qui vaux mieux qu'écrire avec ses dix doigts, de pieds. Du point de vue d'un homme attaché à la réussite, à la normalité bourgeoise, la vie de Lovecraft peut sembler ratée et SdeC pense visiblement que l’œuvre n'est que partiellement réussie non plus. HPL était vraiment (d')ailleurs, un monde que Lyon ne pouvait arpenter, mais nous, oui. Surtout moi !

Il ne semble pas qu'une biographie du biographe ait été publiée.

Reconnaissons pourtant l'honnêteté du biographe qui replace les idées ségrégationnistes ou racistes de Lovecraft dans le contexte de son époque et de sa famille. Il ne rencontra jamais le sujet de son livre, à l'époque où il l'écrivit celui-ci avait disparu depuis longtemps mais en 1932 il se trouvait à Boston, à 1h de chez lui.

Howard n'est pas pour autant une idole à adorer, et n'eut pas voulu être ainsi traité, l’œuvre a-t-elle vampirisée l'homme où les deux formèrent-ils un couple indissociable ? Derleth eut-il produit un livre plus intéressant ? Ce n'est pas sûr, lui était un véritable fan, ce qui est rarement une qualité pour un travail de ce genre.

Quel intérêt de lire ces 500 pages alors ? Il est dans tout ce qui est rapporté, du 454 Angell Street où Lovecraft arriva avec sa mère alors qu'il n'avait que 3 ans. Son père ayant perdu la raison et été enfermé c'était la seule solution. Susie devait prendre un chemin semblable, elle mourut 18 ans plus tard. Entre temps, obsédée par l'idée que Howard constituait son seul univers elle focalisa son attention sur lui, veillant au plus petit détail avec une minutie maniaque. S'ajoute à cela le fait qu'elle aurait voulu une fille et favorisa les aspects féminin de son fils au détriment des autres, au point que celui-ci affirma un temps être une petite fille.

Pas étonnant qu'il ait connu plus tard des difficultés avec Sonia... Howard était intelligent, précoce et doté d'une mémoire étonnante. À 3 ans il savait lire, à 4, écrire. Arrivé dans la demeure d'un grand-père lui aussi spécial, il disposa de 2000 volumes, dont certains vieux de plusieurs siècles, pour nourrir sa curiosité.

N'en lisez pas tant, oubliez les opinions de l'auteur et vous aurez une bien meilleure connaissance de la vie de Lovecraft. Pour cela, ce Roman d'une vie, vaut de figurer dans votre bibliothèque.
 

Réédité chez Durante.

 

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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 07:43

01net N°845

Le Graal du transhumanisme est que la technologie tue la mort. Pourquoi pas en copiant l'esprit d'un individu à l'intérieur d'un ordinateur.

Raymond Kurzweil, directeur de l'ingénierie de Google, le ''pape'' du transhumanisme, en est sûr. Dans quelques décennies nous transférerons notre esprit dans un ordinateur et deviendrons immortel !

Il y a 40 ans, Gordon Moore, cofondateur d'Intel, inventa la ''loi de Moore'', suivant celle-ci, en 2065, les ordinateurs seront assez puissants pour simuler numériquement le fonctionnement cérébral humain. D'ici-là il faudra décoder, et traduire, toutes les informations neuronales à l'origine de nos capacités cognitives sous une forme informatique. C'est l'objectif du HBP (Human Brain Project), projet européen visant à simuler l'intégralité d'un cerveau humain dans moins de dix ans. Des chercheurs purent reproduire le fonctionnement d'un morceau de cortex de rat en utilisant le supercalculateur Blue Gene.

Cet ordinateur exécute 100 millions de milliards d'opérations par secondes, pour simuler un cerveau sapiens il faut une puissance mille fois supérieure, sans tenir compte des synapses, ce qui multiplie encore le chiffre. Autre limite, l'énergie nécessaire. Un ordinateur est incomparablement plus gourmand qu'un cerveau. Si celui-ci fonctionnait comme un ordi son fonctionnement annuel coûterait un milliard d'euros d'électricité.

La solution serait se trouver dans les puces neuromorphiques. Les transistors de ces puces sont câblés de façon à reproduire les connexions neuronales du cerveau. En mars 2016 IBM annonça la création d'un processeur neuromorphique de 5,4 milliards de transistors, simulant 16 millions de neurones reliés par 4 milliards de connexions pouvant être utilisé pour la reconnaissance visuelle. Il consomme l'énergie d'une simple tablette et pourrait annoncer les futurs supercalculateurs.

Martine Rothblatt, patronne d'United Therapeuthics, les clones mentaux – ou mindclones – est ''techniquement inévitable''. Elle prévoit un avenir où chacun posséderait une réplique numérique de son esprit créée à partir de l'intégralité de sa vie connectée ou d'entretiens vidéos et autres tests de personnalité.

Kurzweil le prévoit : en 2100 nos corps seront remplacés par des machines contrôlées par la réplique numérique de notre cerveau. ''Nous saurons, explique-t-il, créer des corps virtuels évoluant dans une réalité virtuelle réaliste''. Une vision dont doute la communauté scientifique. Kenneth Miller, neuroscientifique à Columbia estime qu'il faudra plusieurs milliers, ou millions, d'années, pour télécharger un esprit dans une machine [comme si nous avions une chance d'être encore là].

En revanche, un dirigeant de Huawei, Kevin Ho, évoquait un avenir proche où les enfants pourront discuter avec la copie numérique de leurs défunts grâce à des applis comme WeChat.

Même dans la mort le smartphone viendra nous em...

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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 08:00

01net N°845

RESTAURER LA MÉMOIRE (JMP)

À mesure que la science perce les secrets du cerveau elle imagine les technologies pour décupler ses facultés.

Dans Matrix il suffisait à Neo de connecter son cerveau à un ordinateur pour maîtriser les notions du Kung-fu. Le film approche des 20 ans mais des chercheurs de l'Agence pour les projets de recherche avancée de défense (Darpa) travaillent sur un dispositif semblable. Le projet RAM (restauration active de la mémoire) Replay du docteur Praveen Pilly vise à doper ses performances en stimulant l'apprentissage durant l'éveil et la consolidation de la mémoire pendant le sommeil. Des tests sur des volontaires n'ont pas commencé mais le docteur PP imagine la suite, la mise au point d'un casque à destination du grand public associé avec le fabricant ibérique de stimulateurs cérébraux Neurolectrics et l'étasunien Soterix Medical.

Pourtant là n'est pas la solution contre la maladie d'Alzheimer. Elle pourrait venir de l'université de Californie du Sud et du Wake Forest Baptist Medical Center en Caroline du Nord. Cette fois les électrodes ne seraient posées sur le crâne mais implantées directement dans le cerveau et destiné à dévier les informations sensorielles qu'il reçoit vers une région non endommagée de son hippocampe, le siège de la mémoire à long terme qui se détériore chez les malades d'Alzheimer. En imitant le fonctionnement des cellules du cerveau, le greffon high-tech inventé par les professeurs Theodore Berger et Dong Song font l'interprète entre le lobe frontal et l'hippocampe pour y injecter des souvenirs. Au-delà du traitement des maladies neurodégénératives c'est le moyen de booster la mémoire de tous. L'algorithme au cœur de la puce pilotant les microélectrodes oriente et traduit les signaux électriques circulant dans le cerveau pour que l'hippocampe les comprenne. Celui-ci pourrait nous aider à apprendre plus vite et à ne rien oublier.

Quand il sera finalisé, ce qui n'est pas pour tout de suite.

Sans aller si loin le remède contre Alzheimer pourrait se trouver à Toulouse, au Centre de recherches sur la cognition animale où l'équipe de Claire Rampon et Kevin Richetin a réussi à rendre la mémoire à des souris atteintes de cette pathologie en utilisant un virus modifié qui, injecté dans l'ADN de cellules souches de futurs neurones, les forces à se développer normalement.

Que donnerait ce traitement sur des souris saines ? ''Peut-être une amélioration des capacités cognitives que nous n'avons pas mesurée'' admet Claire Rampon.

 

GREFFER UN ORDINATEUR AU CERVEAU (FB)

 

Dans quelques décennies nos smartphones seront inutiles. Tout sera dans notre tête.

 

Jan Scheuermann est quadriplégique suite à une maladie génétique. Elle a pourtant réussi à faire voler, en simulateur, un F-35 par la pensée, du moins grâce à deux implants de la taille d'un petit pois nichés dans son cerveau.

Une expérience menée par la Darpa. Au lieu de penser à actionner le joystick comme les pilotes, elle a pensé à contrôler l'avion directement, expliquait Arati Prabhakar, la directrice de la Darpa.

Vers 2040-2050, l'hybridation entre cerveau et technologie devrait bouleverser notre mode de vie. Nous aurons des armées de nanorobots qui augmenteront nos capacité. Pour l'instant un message a été envoyé d'un cerveau à un autre par l'intermédiaire du web mais en utilisant un dispositif très lourd. Il n'en est pourtant qu'au début. Si l'on parvient à transcrire en langage informatique les actions des neurones on peut envisager de contrôler n'importe quelle machine par la pensée : ordinateur, véhicule ou une chaîne d'assemblage dans une usine. L'armée n'y voit que des avantages, moins d'hommes sur le terrain et un centre de commandement réduit à des pilotes de drones volants, terrestres ou sous-marins, affublés de système de pilotage par la pensée plus rapides et plus réactifs.

Pour vous et moi il s'agirait de lancer une machine à laver ou un robot-aspirateur en y pensant ou de se connecteur au Net pour obtenir une réponse instantanément.

Il faudra pour cela cohabiter avec l'intelligence artificielle faisant interface. Celle-ci est riche de promesses, et, pour certains de menaces [comme si la connerie naturelle n'était elle pas plus performante dans ce second domaine!]. La solution sera dans l'hybridation entre l'IA et nous. Certains n'y voient qu'un accroissement de notre logique ce à quoi l'intelligence humaine ne saurait se réduire. Nos peurs, imaginaires, dons artistiques et humour continueront de nous différencier des ordinateurs [ça reste à prouver], et des autres humains [ça aussi]. Des milliards de variables difficilement assimilables par des machines. [encore une fois l'auteur fait preuve d'anthropolatrie en considérant le modèle ''humain'' comme le meilleur].

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