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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 07:07

Or The Unexpected Virtus of Ignorance – Alejandro González Iñárritu – 2014 – 119'

Peut on être après avoir été ? Pour Riggan Thomson la question se pose ? Lui qui fut une grande, et rentable, vedette du cinéma vingt ans plus tôt pour avoir incarné trois fois Birdman, un super héros ailé, est aujourd’hui une célébrité conjuguée au passé. Il est connu, reconnu, on lui demande des autographes, de poser avec lui mais pour ce rôle qu'il tint deux décennies plus tôt. Il reste un nom, il est une célébrité, pas un acteur reconnu pour son talent. Or il souhaite changer cela, ambition louable mais difficile.

Pour cela il risque ses économies, le (peu de) crédit qui lui reste afin de monter, à Broadway, une pièce, exigeante, de Raymond Carver. Les répétitions avancent, difficilement, et la première s'approche. Malencontreusement un spot tombe, fort à propos, sur la tête d'un autre comédien, que Riggan trouvait médiocre. Il va donc falloir le remplacer, il se trouve que Mike Shiner est disponible, reconnu pour son talent, son exigence, et un comportement difficile.

Pour Riggan la pression augmente à mesure que les générales approchent, il faut aller vite mais Shiner connaît déjà son rôle, en fait il connaît même toute la pièce. C'est autant de temps gagné.

À cela s'ajoute son producteur, avocat et meilleur ami, qui s'occupe de tout, sa maîtresse, Laura, qui est également actrice dans la pièce et lui annonce qu'elle est enceinte, et sa fille qui sort de désintoxication et lutte contre l'envie de rechuter.

De plus, mais cela Riggan n'en parle pas, il entend une voix qui pourrait être celle de Birdman, qui lui parle de sa vraie nature, de son vrai talent, de ce qu'il mérite, bien loin de ce qu'il a, de ce que les autres voient de lui. Une voix de plus en plus présente. Pour couronner le tout il croit avoir des pouvoirs extraordinaire, pouvoir déplacer les objets à distance, même voler...

Bref, il n'est pas dans les conditions idéales pour monter sa pièce.

Difficile pour un acteur de cinéma de s'imposer sur les planches, la plus importante des critiques ne pense qu'à le descendre, méprisant par principe ce qu'il représente, elle qui sait ce qu'est le Théâtre.

Une vraie c... ritique !

Devenir un artiste après avoir été un acteur, pire : une star, c'est la transformation que souhaite Riggan alors que les années passent et marquent son visage, son corps et son esprit.

Ou ce qui en reste.

Birdman est un film sur cette renaissance désirée comme la transformation illusoire d'une chenille devenant papillon pour briller dans le ciel de la culture !

 

Pour porter ce scénario il fallait un acteur proche du personnage, le choix de Michael Keaton s'imposait donc, lui qui fut Batman, deux fois seulement, avant que sa gloire ne s'estompe bien qu'il ait toujours eu du succès. Et il est à la hauteur des attentes, apportant à Riggan son expérience, son vécu, et son talent.

La question posée est la valeur d'une forme de culture contre une autre, un théâtre élitiste porteur des vraies ''valeurs'', et le cinéma populaire, ogre dévorant des stars pour recracher des célébrités condamnées à se copier jusqu'à la caricature, concurrencé par un autre dévoreur de vie : Internet, et son insatiable appétit d'images et de nouvelles, quelles qu'elles soient.

Les pires étant les plus intéressantes bien sûr !

AGI a obtenu des Oscar mérités pour ton travail, dommage que Keaton n'ait pas eu le sien, il est vrai qu'il avait fort à faire cette année, je pense pourtant que son travail était plus méritoire que celui du vainqueur. Le voir se promener en slip au milieu de New York reste un grand moment de cinéma, populaire et intelligent, les deux ne sont pas incompatibles.

 

Cela dit je suis conscient de n'être qu'une des innombrables bouches de ce vampire ! Dévoré, digéré, oublié !

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Publié par Lee Rony - dans J'ai vu Cinéma
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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 07:46

Roma, citta aperta – Roberto Rossellini – 1945 – 104'

Les Allemands perquisitionnent un immeuble où habite Giorgio Manfredi, un chef du Comité de libération Nationale. Rapide il peut s'échapper par les toits puis se rend chez Francesco, typographe sur le point de se marier avec sa voisine, une veuve, mère d'un petit Marcello. Une fois arrivé il envoie l'enfant chez l'abbé Don Pietro Pellegrini afin que celui-ci aille récupérer de l'argent dans une imprimerie clandestine et puisse la transmettre.

Le soir Manfredi retrouve Francesco alors que dans une gare voisine une explosion a lieu provoquée par des enfants, dont Marcello. La mère de celui-ci épuisée et effrayée font en larmes devant son futur époux qui la soutient en lui rappelant la justesse de leur cause. Malheureusement pour eux la maîtresse de Manfredi, danseuse dans un music-hall, se drogue et se fournit auprès d'Ingrid, laquelle travaille pour la Gestapo, justement le major Bergmann a pour mission de retrouver Manfredi.

Le lendemain c'est le jour des noces de Francesco et Pina mais dès le matin les Allemands encerclent l'immeuble. Francesco est arrêté et alors que Pina veut se précipiter vers lui, elle est abattue. Plus tard des résistants attaquent le convoi transportant les prisonniers et les libèrent. Mais la Gestapo ne relâche pas son enquête et retrouve Manfredi alors en compagnie de Don Pietro et d'un déserteur allemand réfugié chez le prêtre.

Emprisonné Manfredi sera torturé mais mourra sans livrer ses amis alors que Don Pietro sera abattu devant les enfants du quartier dont il s'occupait.

Comme Ossessione, de Visconti, Le film de Rossellini associe le cinéma et le reportage, la vraisemblance de celui-ci devant renforcer le message du premier. Montrant la réalité sans apporter de jugement, remplaçant le microscope par la caméra pour être au plus près d'une situation réellement vécue afin que le spectateur imagine en faire l'expérience à son tour. Le rêve permet de supporter le présent, de ne voir qu'une partie du réel pour s'auto-illusionner et la mort est peut-être le moyen d'éviter une insupportable banalité. Le martyr comme porte de sortie...

 

Les amoureux parlent de leur avenir, celui-ci ne peut qu'être à la hauteur d'attentes si longtemps différées pour cause de conflit, l'humain vit dans ses illusions comme dans un nid que l'angoisse du quotidien ne fait que renforcer.

 

Le tragique est la forme la plus vraisemblable du destin !

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Publié par Lee Rony - dans J'ai vu Cinéma
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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 07:15

When Animal Dreams - Jonas Alexander Arnby – 2014 - 84'

Le médecine examine marie, cherche les rougeurs sur sa poitrine, l'observe, l'interroge, regarde ses dents... rien ne paraît anormal et il propose à la jeune fille de revenir dans un mois pour voir de quoi il s'agit. À la maison elle retrouve ses parents et propose d'aller promener sa mère, handicapée en fauteuil roulant, sans que l'on sache de quoi elle souffre exactement.

Le lendemain elle commence son emploi dans une poissonnerie et essaie de domine le malaise qu'elle paraît ressentir. Que faire d'autre de toute façon dans cet endroit ? Petit bizutage, elle est poussée par Esben, un collègue pas très finaud, dans une benne pleine de poisson, après quoi elle fait vraiment partie de l'équipe et de l'usine.

La journée de travail est trop courte et quand elle rentre elle surprend le médecin chez elle, sa mère demande des soins, une surveillance constante. Elle en profite pour subtiliser le dossier médical. Ne lui cache-t-on pas quelque chose ?

Sa curiosité semble s'être accrue depuis quelques temps en espionnant ses parents elle surprend son père en train de raser le dos de sa mère... ce qui l'intrigue et l'angoisse, comme ces rêves étranges qui se font de plus en plus présents.

À l'usine le travail continue mais les hommes la regardent, de travers, comme s'ils voulaient la courtiser mais se l'interdisaient.

Sa vie est sur des rails, la maison, la poissonnerie, les distractions sont rares. Raison pour laquelle sans doute deux autres ouvriers l'agressent un soir alors qu'elle se change avant de rentrer chez elle et font mine de la violer, avant d'enlever leurs cagoules et de rire de la peur qu'ils lui ont fait.

Peur qui grandira quand elle découvrira sur sa poitrine que ce ne sont plus des rougeurs mais des poils, roux et rêches, qui poussent.

Il ne fait pas de doute pour Marie qu'il se passe quelque chose, que sa famille cache un secret. Mais ça ne va pas durer. Son père l'appelle, le médecin est là, il est temps qu'elle sache, les symptômes s'installent, le processus est irrémédiable. Ainsi Marie apprend qu'elle est malade, que des poils vont pousser sur son corps mais que son caractère aussi va se modifier, elle va devenir violente, agressive. Il lui suffit de prendre le traitement que le docteur lui propose pour que cela n'arrive pas.

Mais la jeune fille refuse !

Sur le port elle trouve un bateau abandonné, l'explore, y trouve des poils mais aussi des traces de griffes sur les parois. Pas question de s'arrêter là, le plus simple est encore d'aller voir Félix, un ami plus âgé qui doit en savoir plus. Elle veut savoir en particulier si sa mère est déjà allé sur ce bateau. Félix élude la question mais lui dit que sa mère était très belle mais faisait peur aux hommes, tout comme elle. Lui ne semble pas la craindre puisqu'il lui propose d'aller danser dans la boite de nuit du coin.

Le monde étant petit elle retrouve Daniel et lui murmure à l'oreille qu'elle est sur le point de se transformer et qu'elle a un grand besoin de sexe.

Ensemble ils vont faire un tour sur la plage, boire, dire, trouver une petite maison tranquille... mais Marie lui demande de partir.

Alors qu'elle vient juste de rentrer et de se coucher son père tente de l'immobiliser pendant que le médecin essaie de lui faire une injection. Marie n'a pas la force de résister, elle appelle sa mère au secours...

la disparition du docteur va attirer l'attention, en fait il semble que beaucoup de gens soient au courant de la ''maladie'' de la mère de Marie.

Pas d'effet gore dans ce film mais un climat oppressant né du contraste entre le cadre qui ressemble trop à une carte postale et l'évidence que la ''maladie'' de Marie va prendre le dessus.

Comme la peur chez les villageois. Mais impossible pour eux de résister à une émotion si naturellement ancrée chez les proies.

 

Le Jütland est loin de la Californie et cette production se dispense des effets des films qui nous en arrive régulièrement avec une jeune, et jolie, Sonia Suhl, actrice dont j'espère qu'elle n'aura pas été dévorée par ce rôle.

 

La bête en soi ne devient un ennemi que quand on la renie !

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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 07:31

Ossessione Luchino Visconti – 1943 – 140'

Le critique Umberto Barbaro est le premier qui utilise le terme de néo-réaliste pour qualifier un film bien que certains attribuent l'expression à Mario Serandrei, monteur de ce film. Quoi qu'il en soit Ossessione est considéré comme le premier film de ce courant qui devra pourtant attendre, nous comprenons pourquoi, la fin de la guerre, Rome, ville ouverte, de Roberto Rossellini, pour s'imposer.

 

Gino est un beau mécanicien qui voyage au gré de son désir et travaille selon les opportunités et ses besoins. Un jour il s'arrête dans un café faisant office de station service et de garage. Il ne peut pas ne pas remarquer Giovanna, jeune et jolie épouse de Bragana, le patron, qui présente un physique fort différent et peu amène. Entre eux le coup de foudre est immédiat et la jeune femme affirme à son mari que l'arrivant n'a pas payé son repas. Il doit donc rester et travailler au garage pour rembourser ce qu'il doit, ce qui lui permettra de faire mieux connaissance, le soir même, avec Giovanna. Le mécanicien lui propose de fuir avec lui mais retrouver la pauvreté l'effraie aussi préfère-t-elle la sécurité auprès de son époux à une vie moins confortable.

Gino repart pour Ancône où il veut s'embarquer. En ville il croise Giovanna et Bragana, ce dernier le convainc de revenir. Le voyage de retour sera fatal à l'époux... Les amants font passer leur crime pour un accident. L'avenir paraît idéal mais Gino soupçonne sa compagne de l'avoir instrumentalisé pour qu'il tue son mari et lui permette de toucher l'argent de l'assurance aussi la quitte-t-il pour aller retrouver Anita, une prostituée rencontrée à Ferrare. Ils se réconcilieront quand elle lui avouera qu'elle est enceinte.

L'accident pourtant a attiré l'attention de la police qui soupçonne la vérité. Sur le point d'être arrêtés ils s'échappent en voiture.

Mais celle-ci dérape...

Visconti adapte là le célèbre roman de James Cain Le facteur sonne toujours deux fois, sans en avoir les droits, aussi dut-il en changer le titre et ne pas en faire mention. Il en profite pour situer l'action dans l'Italie alors fasciste, dénonçant les contraintes du système, montrant la réalité sociale du moment, dénonçant des tabous comme l'adultère, le crime passionnel, le misère, le climat policier de l'état mussolinien, il évoque aussi la prostitution occasionnelle des femmes qui n'ont pas d'autres moyens de subsistance.

Le film fut censuré par les autorités qui exigèrent la destruction des négatifs, Visconti réussit à en sauvegarder un.

Tant mieux pour une réalisation qui est autant un film qu'un regard, acéré, porté sur une époque.

 

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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 07:45

88

April Mullen - 2015 - 88'

Bizarre de se retrouver comme au sortir du sommeil dans un fast-food alors qu'une service pose devant soi une assiette pleine de saloperies grasses et caloriques en vous disant ''ça fait beaucoup à manger, hein !''

décontenancée elle cherche à comprendre ce qui lui arrive et farfouille dans le sac qu'elle tenait. Tirant trop fort dessus elle le fait tomber, libérant son contenu sur le sol, des billes, beaucoup, mais aussi un pistolet mitrailleur qu'elle prend en affirmant à la serveuse que ce n'est pas à elle. Celle-ci ne la croit pas, recule, se tourne en direction d'une table où trois policiers mangent, veut donner l'alerte. La jeune femme lève les mains, veut prouver sa bonne foi, mais par maladresse tire sur la serveuse. Après quoi elle s'enfuit, vole une voiture et échappe aux forces de l'ordre. C'est comme si elle avait fait ça toute sa vie.

Parallèlement des lambeau de mémoire lui reviennent, scènes qu'elle ne comprend pas où elle se revoit quittant sa ville. Dans le sac elle a aussi trouvé la clé d'un motel. Espérant, peut-être, en apprendre davantage elle s'y rend mais ne découvre qu'un cadavre dans la baignoire, ce qui ne l'aide pas beaucoup. Cela s'aggrave quand un homme survient, la menace en lui disant qu'elle a trop déconné. Alors qu'il s'apprête à la descendre c'est lui qui reçoit une balle dans la tête de la part d'un homme que la jeune femme ne reconnaît pas davantage.

Du moins apprends-t-elle son nom quand l'arrivant l'appelle Flamingo.

Dans le présent elle est effrayé, dans un passé récent elle est bien différente, sûre d'elle, maîtrisant les armes et ne s'en laissant pas compter quand un homme viens la voir, l'appelant Gwen, et, lui aussi, lui disant qu'elle devrait arrêter les conneries.

La première essaie de comprendre ce que lui dit son sauveur, il est question de tuer Cyrus parce qu'il a abattu l'amour de sa vie, un marché est un marché ; la seconde est celle qui arrive au motel et prend la chambre 88. Un journal lui en apprend plus, et lui donne une autre adresse, encore un 88, Wilmont Lane, où a eu lieu une fusillade dans une salle de bowling ! Pourquoi ne pas aller y faire un tour ?

L'amnésie est un truc déjà utilisé par le cinéma, elle permet de superposer les époques, ici à chaque époque correspond une personnalité différente d'un unique individu.dédoublement temporel et schisme mental, pas mal !

Coups de flingues, poursuites, meurtres, vengeance, mystères... Ajoutez à cela une belle actrice, Katharine Isabelle, habituée de ce genre de production, et vous avez 88' de spectacle auquel vous pouvez prendre goût si vous ne cherchez pas la vraisemblance. Il vous faudrait beaucoup plus de temps pour la trouver !

Gwen et Flamingo veulent se retrouver, ça va forcément arriver mais les retrouvailles seront dévastatrices. Heureusement sinon quel intérêt de regarder ce genre de film ?

 

Histoire de trouver une morale à ce film ce pourrait être que se souvenir est bien pire que d'avoir oublié ! Je me demande combien de temps je vais me souvenir de ce film...

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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 07:39

Jacques Tati – 1967 - 124'

À sa sortie Playtime reçut des critiques mitigées, il faut dire que pour son quatrième film Jacques Tati avait vu grand, et même trop grand. Construisant des décors sur un terrain vague de 15 000 M² à Joinville-le-Pont. Une véritable ville sorti de terre en cinq mois censé représenter le quartier, alors en gestation, de la Défense, avec ses immeubles, ses magasins... Ce qui était nécessaire pour accueillir les 1000, et quelques, personnes travaillant avec Tati.

Le tournage fut dantesque, les difficultés s'enchaînèrent et le budget doubla rapidement amenant le réalisateur à hypothéquer sa maison et à vendre les droits des Vacances de M. Hulot et de Mon oncle.

Il fallut trois ans d'efforts pour que Playtime arrive enfin à terme.

Curieuse mise en abyme que ces difficultés, le sujet du film n'est-il pas excès du monde moderne et une déshumanisation démontrant combien l'homme crée un monde dans lequel il finit par se perdre. Ainsi M. Hulot est-il encore là, individu isolé venu passé un entretien dans un bâtiment qui ressemblant à un labyrinthe sans sortie alors qu'un jeune touriste erre en quête d'un Paris qui n'est plus qu'un souvenir.

Pour couronner le tout Tati filma en 70 mm, un format qu'il était le troisième à utiliser en France et qui souffrait d'un faible réseau de distribution.

Tati critique le monde à venir, et s'il avait pu porter son regard sur notre présent, sans doute aurait-il été affligé de ce qu'il est devenu. Il décrit un monde qu'il ne comprend pas et pour lequel il n'est pas fait. Prisonnier d'une époque qui, à l'image du Paris du film, ne peut que disparaître en laissant, au mieux, quelques souvenirs, fossiles qui donneront à mesure que le temps passera une image toujours plus fausse de la réalité dont ils viennent.

Tati a veillé à chaque détail, à chaque image, à chaque centimètre carré, à ce que rien ne soit là qu'il n'ait voulu ainsi. Une somme de détails contribuant à la difficulté de construire son film. Le monde que nous voyons ouvre des fenêtres sur l'autre, le vrai, celui qui déjà s'estompe, mais d'une façon telle que jamais celui-ci n'est accessible, ce ne sont que des images, des reflets, des impressions, vouloir les atteindre, bouger, c'est les perdre de vue avec la certitude de ne jamais les revoir.

Autant Tati voulut maîtriser son œuvre, autant Hulot est-il perdu dans un monde qu'il ne comprend pas. Peut-être le réalisateur sent-il venir un monde qu'il ne pourra jamais faire sien. Heureusement il ne le connaîtra pas. Il projette ses espoirs d'un avenir restant humain, du moins, qui colle à l'idée qu'il se fait de ce que doit être un humain, une illusion loin de la réalité !

Celle-ci a fini par l'emporter, comme avant, comme toujours.

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 07:03

Paul Thomas Anderson – 2014 – 148' (tiré du roman de Thomas Pynchon)

''Doc'' Sportello vit à Los Angeles, il passe son temps à fumer des pétards sur la plage, ou chez lui, ou n'importe où, à boire une bière, ou plusieurs, ou autre chose, bref il ne fait pas grand chose de ses journées. Pour gagner sa vie, et ses produits de consommations courantes, il fait office de détective privé sans que l'on sache s'il a vraiment une licence ou s'il fait semblant.

Ce qui ne changerait rien.

Shasta Fay était sa petite amie, ici elle joue le rôle de la ''femme fatale'' celle qui génère l'action. Elle lui signale un jour la disparition de Mickey Wolfman, promoteur immobilier et milliardaire, c'est dire que l’honnêteté n'est pas son fort, qui vient de disparaître. Mickey se laisse tenter par l'affaire qui le met en contact avec un mystérieux salon de massage asiatique où il se fait assommer. Il se réveille dans un champ près d'un cadavre et entouré de policiers qui, armes pointées sur lui, l'observent en semblant espérer qu'il fasse un geste brusque pour pouvoir le flinguer. Dirigeant ces homme le détective Christian ''Bigffot'' Bjornsen, qui connaît (trop) bien Sportello. Ne sont-ils pas originaires tous les deux du même quartier où ils firent les quatre cent coups ? ''Doc'' ne s'arrêtant pas à ce score !

Ses investigations vont le conduire vers une organisation chinoise s'occupant du trafic de drogue, depuis le triangle d'or jusqu'à la vente dans les rues de Los Angeles puis vers une espèce de secte comme il y en avait beaucoup à l'époque, sans oublier le FBI, qui n'est pas le moins pire, quelques nazis qui se promènent et un vieil ami, saxophoniste et indic, infiltré pour le compte du FBI dans une bande

L'affaire n'est pas claire et Anderson ne la simplifie pas, s'approchant parfois du film ''noir'' dont nous retrouvons quelques codes mais avec une mise en scène qui n'appartient qu'à lui.

C'est une époque frontière qui nous est présentée sous prétexte d'une intrigue policière, les années soixante et leurs idéaux meurent en même temps que ceux qui y croyaient. Comme s'il pouvait en être autrement ! Le pouvoir des fleurs est àl'image de celles-ci, fané, il va être remplacé par une société plus réaliste, plus lucide, plus cruelle. Ronald Reagan est gouverneur de Californie.

Ce qui ne mettra pas un terme aux trafics de drogues, bien au contraire. Il n'est plus vraiment question de rêves désormais, seulement d'oublier ce cauchemar qu'est la réalité.

''Doc'' incarne cet esprit de résistance d'une époque qui n'est déjà plus qu'un souvenir et il veut démontrer que l'argent n'est pas le plus important, pour lui.

Bien sûr PTA reste égal à lui-même, sa mise en scène est inventive disent certains, baroques disent d'autres, pour ne pas avouer qu'elle est parfois difficile à suivre. Sujet oblige peut-être. J'avoue que j'ai eu du mal à vaincre ma somnolence au début de la projection, coup de barre postprandial probablement. La longueur de la projection n'aidant pas.

Joaquin Phoenix s'est fait une tête ''d'époque'', il s'en sort bien, comme Josh Brolin, sans oublier Katherine Waterston dont le passage en (très) petite tenue m'aida à rouvrir les yeux.

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 07:48

Jacques Tati – 1958 – 110'

M Arpel est un riche industriel qui se vante d'être à la pointe du progrès et de posséder une maison ultra-moderne, domotique avant l'heure mais à l'utilité discutable. Son soucis principal dans la vie est de contrer l'influence de de son beau-frère, M. Hulot, personnage pour qui le modernisme est un mot superflu comme les gadgets de Arpel. Il vit suivant son inspiration, son imagination, son désir du moment.

M. Hulot, si proche de Jacques Tati, est un rêver qui aime la vie plus que toute chose et vit dans un petit appartement dans un quartier populaire de Saint-Maur. Pas une seconde il n'envie sa sœur, épouse de Charles Arpel, qui réside dans une villa ultra-moderne. Pourtant il semble s'amuser de passer d'un monde à l'autre, comme on visite un monde étranger puis prenons plaisir à rentrer chez nous. Il n'a pas d'effort à fournir pour résister aux efforts de sa sœur qui veut lui faire épouser une voisine, qui lui ressemble, alors que son époux souhaiterait que M. Hulot intègre son usine pour découvrir le monde contemporain et les gadgets qu'il propose.

Et voudrait imposer. Il n'est que de regarder notre monde pour comprendre qu'il y a de moins en moins de M. Hulot et que les jeunes semblent se bous(e)culer pour devenir des Arpel !

Jacques Tati n'avait de meilleur poste d'observation du monde que la terrasse des cafés qu'il fréquentait ou en se baladant au hasard des rues et de son inspiration. C'est ainsi qu'il réalise combien le monde populaire qui est le sien disparaît, lentement mais sûrement. Les vieux immeubles disparaissent, les trottoirs s'étrécissent alors que la chaussée s'élargit d'autant, l'automobile domine et les bouchons sont aussi présent sur les routes que sur les tables. Mon oncle est comme une pièce lancée en l'air dont une face est l'ancien monde, le passé, et l'autre, le nouveau, le futur.

Travailleur inlassable, surnommé ''Tatillon'', Tati ignorait les contraintes du temps et cherchait la perfection du geste, du gag, de l'image.

Mon Oncle sera tournée à Saint-Maur,sur un terrain vague proche de Nanterre, dans les grands ensembles de Créteil et les studios de la Victorine, à Nice. Il connaîtra un grand succès public, obtiendra le Prix spécial du Jury de Cannes et l'Oscar du meilleur film étranger.

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 07:15

Run All Night - Jaume Collet-Serra – 2015 - 114'

Jimmy Conlon est un tueur à gage à la sorte de son ami de toujours, avec lequel il a grandit et fait les 400 coups, et bien plus, Shawn maguire. Les années ont passées et il ne doit qu'à son amitié avec le chef de gang de pouvoir vivoter et, surtout, de pouvoir boire autant qu'il le souhaite pour tenter de noyer les fantômes de son passé. Lui qui fut surnommé ''le fossoyeur'' est aujourd'hui en bute à la culpabilité.

Danny Maguire est le fils de Shawn, il cherche depuis longtemps à prouver sa valeur et s'est acoquiné avec des Albanais qui voudraient vendre leur héroïne dans la zone que contrôle Shawn. La rencontre a donc lieu mais se passe moins bien que les Albanais l'avaient souhaité, Maguire refuse la proposition qui lui est faite, et la somme, coquette, qui lui est proposé. Inutile de dire que ses vis-à-vis le prennent mal et en veulent à Danny qui s'était engagé à ce que son père soit d'accord, il avait même été payé pour cela. Les Albanais lui demandent donc de rembourser l'argent engagé, ce qu'il accepte. Rendez-vous est pris pour le soir.

À l'heure dite les débiteurs demandent une limousine pour aller à leur rendez-vous, discutent un moment avec Danny avant que ce dernier ne leur remette un sac, qui s'avérera rempli d'argent de monopoly. Ce qu'ils prendront mal, avant de se faire abattre par Danny qui, incapable de rembourser, devait faire quelque chose.

Petit problème le chauffeur de la limousine a vu ce qui s'était passé, Danny se sent donc obligé de l'abattre pour ne pas laisser de témoin, autre problème, plus important, ce témoin n'est autre que le fils de Jimmy Conlon, et bien que les relations entre les deux hommes soient réduites ce dernier n'entend pas laisser son enfant se faire descendre comme ça car, bien que Shawn ait demandé à son fils de ne rien faire celui-ci ne peut s'y résoudre et veut absolument tuer Mike Conlon.

Mauvaise idée, c'est lui qui se fera descendre, d'une balle dans la gorge.

Après quoi Jimmy appellera son ex-ami pour lui apprendre la nouvelle, c'était bien à lui de le faire. Ce que Maguire prendra mal, ce qui est compréhensible, il veut donc se venger, non pas en tuant Jimmy, mais en abattant son fils.

La nuit promet d'être longue, Jimmy va tenter de négocier, s'offrant pour sauver son fils, proposition refusée, dès lors ne lui reste qu'à se retourner contre son ami et employeur. Peu importe qu'il soit âgé, alcoolique et au bout du rouleau, il va faire preuve d'une endurance méritoire pour tenter de renouer avec son fils qui lui en veut pour le passé, pour ce qu'il vécut, pour ses crimes, pour la mort de sa mère que Jimmy laissa tomber.

Comme quoi il n'est jamais trop tard pour faire quelque chose et se rattraper.

Même vis-à-vis de son vieil ennemi, l'inspecteur Harding, qui lui court après depuis trente ans et ne cesse de lui demander combien de victimes il fit et quels étaient leurs noms.

Liam Neeson a entamé, sur le tard, une seconde carrière, grâce à Taken et au succès de cette trilogie. Ce film-là respecte les codes du genre, la rédemption du vieux tueur qui veux sauver son fils pour tenter d'équilibrer la balance ; il fait ce qu'il peut pour ne pas être ridicule dans les scènes d'actions, il est largement plus âgé que Jimmy, mais la question n'est pas là. Reste un spectacle sans surprise, bien fait, rythmé jusqu'au bout. Idéal pour passer un moment à regarder des règlements de compte, des coups de flingue et une fin... que je vous laisse imaginer, ça ne demande pas un gros effort.

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 07:06

Neill Blomkamp – 2015 – 120'

Johannesburg connaît une criminalité galopante contre laquelle les moyens habituels se révélèrent inefficaces, dans le but de changer les statistiques les dirigeants de la ville décident d'utiliser les robots mis au point par la société d'armements Tetravaal, dirigée par Michelle Bradley mais réellement conçus par Deon Wilson, lequel pu leur donner une esquisse d'intelligence artificielle dans un corps résistant et rapide. Leur efficacité permet à la police de remporter de nombreux succès et de mettre fin aux agissements de plusieurs dizaines de bandes criminelles.

Parmi celles-ci intéressons-nous à celle composée de Amerikano, Ninja et Yolandi. Triplette dont l'efficacité n'est pas à la hauteur des ambitions, ce qui leur vaut une dette de 20 millions de rand auprès d'un autre gangster, bien trop dangereux pour l'oublier.

De son côté Deon travaille sur son programme. Il ne lui suffit pas d'avoir créer un système sophistiqué capable de mimer les activités humaines, il veut une véritable conscience.

Ambition qui n'est pas au-dessus de ses moyens, après de nombreux essais infructueux il parvient à son but, aidé par sa consommation régulière d'une célèbre boisson énergisante, laquelle ne m'a pas payé pour que je la cite ici. Ce résultat acquit il lui faut le vérifier en le testant, aussi va-t-il demander l'aide de sa patronne. Laquelle va la refuser, ça n'entre pas dans les objectifs d'une société fabriquant des armes !

Deon ne va pas en rester là, après un moment d'hésitation il suit le conseil d'une affiche lui recommandant de ne pas se laisser gratter par la vie. Il prend son courage à deux mains et va ''emprunter'' dans les locaux de Tetravaal un robot gravement endommagé pendant une mission et subtiliser la clé permettant de modifier le programme de la machine. Il prend le tout, le charge dans son véhicule et prend la direction de son domicile. Il n'avait pas prévu que la trio que nous avons vu plus tôt avait eu l'idée de l'enlever pour lui ''demander'' comment arrêter le fonctionnement des robots.

Nos quatre personnages vont donc se rencontrer, brutalement.

Mis au pied du mur, littéralement, et violemment frappé, Deon affirme à ses ravisseurs que leur exigence est impossible, il n'y a pas d'interrupteur qui éteindrait les robots comme de simples lampes. Quand ceux-ci découvrent le contenu de sa voiture il doit leur avouer son projet : implanter une véritable conscience dans le N° 22. ils n'y croient pas et menacent de le tuer mais il est convaincant. Une idée va donc germer dans l'esprit des criminels, pourquoi ne pas utiliser une machine pour lutter contre d'autres ? Mais Deon leur affirme que ça n'est pas possible, la conscience implantée le robot serait comme un enfant auquel il faudrait tout apprendre.

Parfait pour Ninja qui voit là un complice sur-mesures.

L'expérience va fonctionner et dépasser les espérances de Deon. Il ne sera plus question de 22 mais... justement, quel nom lui donner ?

C'est Yolandi va trouver son nom Chappie, suivant l'expression anglo-saxonne ''Happy Chappie'' à l'image de notre ''Relax Max''.

Chappie a tout a découvrir mais le milieu dans lequel il se trouve n'est pas le plus favorable à son éducation, il va prendre les tics de ses ''parents'', Yolandi sera sa ''maman'', Ninja son ''papa'' et Deon son ''créateur'', il va connaître bien des vicissitudes à cause des méthodes de son ''père'' qui veut qu'il apprenne vite, l'échéance du remboursement approche...

Chappie est intelligent, rapide, efficient, mais naïf, comme peut l'être un enfant qui ne peut que croire ses ''parents''. Sans oublier Vincent Moore, autre ingénieur, et ancien militaire, dont le projet à l'intérieur de Tetravaal a souffert de sa concurrence avec celui de Deon, il faut dire qu'il voit grand et imagine un robot géant, guidé par un opérateur au moyen d'un casque neuronal, et capable d'affronter seul une (petite) armée. Celui-ci a suivi son concurrent et est prêt à tout pour que son projet soit promu.

 

Autre souci pour Chappie, endommagée dans un combat sa batterie ne peut être remplacée ou rechargée, le temps lui est compté et la mort est un concept qu'il comprend. Une vie courte qui lui suffit pour découvrir le pire de la nature humaine : bêtise, violence, appât du gain, mensonge... Lui ne connaît pas tout cela pas plus qu'il n'en voit l'utilité. Heureusement face au danger le meilleur vient parfois de qui on ne l'attendait pas, et Chappie peut utiliser son intelligence et sa conscience en même temps qu'aux capacités nées de la science.

 

Blomkamp ne manque pas d'imagination et de maîtrise, son Chappie est simpliste mais attachant, il oppose l'intelligence artificielle à la méchanceté naturelle sans que celle-ci soit irrémédiable en même temps qu'il propose une fusion possible entre créature et créateur. Y voyant une promesse quand Vincent Moore ne voit qu'un affront au Créateur alors qu'il ne voit pas ainsi ses crimes.

 

Deux heures de spectacle, de bons et de méchants qui s'affrontent et une fin positive. Qu'en sera-t-il dans la réalité quand naîtra une IA digne de ce nom, sera(it)-elle aussi sympathique que celle de Chappie ? Impossible de le dire. Qui sait si même elle n'existe pas déjà, à l'image de l'intelligence naturelle elle saurait qu'il est vain de se montrer et que le troupeau est là pour lui permettre de vivre.

 

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Publié par Lee Rony - dans J'ai vu Cinéma
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