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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 05:23
 

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Le destin sourit. Sur ma nuque son regard est moins insistant. Maintenant que me voici rendu où il le voulait une autre proie le distraira. Il sait ce qui m’attend, là, tout près. Un avantage ! Ainsi puis-je me dissimuler derrière cette ignorance pour excuser mon absence d’effort pour échapper à l’inéluctable. Un de mes mots préférés, je sais maintenant à quel point il me recouvre en me dévoilant, tel un linceul trempé.

Cette chaîne était forgée avant ma naissance, le collier se fit si doux que je ne le sentis jamais, je me suis adapté à la longe imposée, une laisse glacée et rassurante.

Dire : " Je savais, cela fut mon choix ! " serait mentir, je ne savais rien, je ne vis rien venir mais maintenant je n’ai pas de regret, seulement une sourde angoisse, une compagne qui ne s’éloigna jamais et que je croyais amicale.

Résumer ma vie ? Les circonstances qui font que je suis là maintenant ? Exercice inintéressant, des faits simples, une suite logique, jamais ou presque, je ne me suis posé de question sur mon avenir, je ne sentais pas la crainte m’attendant au tournant, et pour cause, elle était déjà en moi, l’avenir cessait au pas suivant ! L’effroi sourit, j’entends ses crocs crisser retenant leur envie de me déchiqueter pour que rien ne subsiste de moi.

Le passé ? Une famille quelconque, jamais d’opulence ni de pauvreté. J’en conserve peu de souvenirs, quelques images, comme si j’avais vécu ces instants sans m’y intéresser, rêvant, cherchant un monde que la réel ne pouvait m’apporter.

Une scolarité perturbée dès son début. Précoce, décalée, je me retrouvai avec des grands qui m’accordèrent peu d’importance, je la leur rendis, avec intérêt. La solitude fut ma complice en ces années, riche de lectures, de rêveries, de promenades. Les lieux m’attiraient par leur tranquillité, les arbres, le vent, l’absence de regard, autant de raccourcis vers un univers plus plaisant, à ma mesure. Évoquer ainsi le passé me fait revoir des professeurs qui semblèrent, brièvement, s’intéresser à moi. Que ressentaient-ils pour ce garçonnet à l’écart, seul et content de l’être ?

Je fis quelques bêtises, rien de grave, pourtant ces écarts furent les premiers pas m’écartant de la route commune, menant à cet endroit et ce qui m’y attend.

Je fus étiqueté dangereux, non par mes actes mais par un comportement d’indifférence vis à vis de la société. Elle m’aurait accepté si j’avais pris les armes qu’elle me tendait pour cela. Je n’avais rien contre elle, pas un instant je n’ai cherché ou voulu la détruire. Insupportable ! Je montrai un ailleurs inacceptable de proximité. Assassin, la marque d’infamie aurait pu s’effacer.

Des propositions me furent faites afin de me socialiser, de me normaliser, de me dresser à adopter un comportement adéquat, mais non, silencieux, serein, j'encaissai coups et brimades sans paraître en souffrir. Une partie de moi s’adaptait, avalait drogues et sermons, mon esprit riait sous cape, attendant l’occasion de se relever en affichant un regard goguenard et déplaisant.


Mon comportement devant provenir d'un psychisme altéré la psychiatrie remplaça la violence.

J’aurais pu mentir, feindre… J’aurais pu choisir un destin différent. Facile maintenant, l’avenir n’est pas modifié par des remords de dernières minutes puisque le passé n’en est pas affecté. Le défi n’est pas terminé.

Voix douces, attentions, paroles amicales et insupportables. Les hurlements s’étaient perdus, les murmures en firent de même.

- Tu peux cohabiter avec nous, cela ne dépend que de toi.

- Mais je suis vivant !

Derrière le sourire apparaissait une face brutale vite retirée pour d’autres promesses, d’autres mensonges, deux mots qui se ressemblent tant.

- La société te tend les bras, elle t’offre le bonheur.

- Je n’en veux pas.

Les yeux se perdaient, noyés d’incompréhension.

- Tu es intelligent, tu le sais.

- Et vous ?

Miroir, je renvoyai à mes interlocuteurs leur vérité. Dès lors ils n’eurent d’autres choix que me briser, que ne subsiste de moi ni trace ni souvenir, autant d’échardes dans une peau trop sensible, de risques que la plaie infectée s’étende.

Leur avenir était doux, un pré d’herbe tendre et artificielle ou paissent les moutons. Parfois il en naît un sans laine, incapable de bêler, il hurle alors afin que les autres restent sages.

La piste du néant est tentante, une pente douce, un joug léger sur un dos qui prend aisément la position adéquate. Le regard explore le sol, l’esprit oublie le ciel. En moi trop de voix désiraient s’exprimer, refusant le bâillon d’une apparente sérénité, se mêlant en un chant attirant mais inacceptable. Renoncer et un jour j’aurais senti une entêtante odeur de moisi sans pouvoir en déceler l’origine.

Ma vie s’écoula, surveillé, retenu ou libre. Lentement en moi s’imposa une violence qui couvait, un incendie qu’ils avaient deviné et entretenu afin que, se libérant, il leur fournisse l’occasion qu’ils attendaient.

Le jugement fut rapide et définitif. Il soulignait les efforts faits pour me remettre sur le droit chemin. Inadaptable ! Restait à me repousser hors d’un monde pour lequel je n’étais pas fait.

Condamné !

Ni peine, ni joie, la logique s’imposait. Une porte claqua derrière moi, un sourire couronnant une longue attente.


Le geôlier me regarde par l’œilleton, lui sait ! Son regard hésite entre moquerie et compassion. Il ouvre la porte et m’enjoint de sortir, on m’attend.

Nos pas résonnent. Sans les avoir vu je savais de nombreux condamnés dans chaque cellule. Aucune rencontre n’est possible, aucune communication. Les murs sont épais, les portes sans interstice et d’une lourdeur décourageante. Une seule fenêtre, inaccessible, une salle d’attente pour laminer l’esprit, peut-être en récupérer quelques-uns, les moins solides qui craquent au dernier moment et peuvent être remis en circulation.

L’inconnu m’attendait, ce vieil ami oublié.

Ma geôle me plaisait, allongé sur la paillasse je retrouvais les mondes qui me plaisaient, parfois ils s’estompaient, attaqués par une sombre inquiétude que je feignais de ne pas remarquer.

L’air libre ! Si j’ose dire ! Froid et triste. Le ciel est gris, le soleil ne veut pas me voir partir. Un véhicule m’attend, sa porte ouverte m’est indiquée et les visages avenants des gardes m’incitent à y pénétrer. Pas un mot, je suis un réprouvé, un rejeté bientôt effacé promis à un sort funeste que je devine.

La route devant moi est à sens unique comme la vie.

La portière claque, à l’intérieur pas de poignée, les vitres semblent d’une solidité décourageante.

Vu l’exiguïté du lieu un seul voyageur à la fois peut profiter du monde qu’il quitte histoire de lui faire regretter son entêtement. Je m’installe, le véhicule m’emporte.

Des rues désertes, une ombre parfois se faufile comme si apercevoir ce sombre cortège portait malheur. La ville, les faubourgs, la campagne enfin.

Vouloir rime avec illusoire, je me sens bien.

La longueur du voyage implique des arrêts brefs dans des relais obscurs et inquiétants, rien ne doit retarder la livraison.

Peu m'importait le temps du voyage, j’attendais en rêvassant.

Nous atteignîmes une grande forêt, des arbres immenses aux frondaisons enchevêtrées dissimulant le ciel. Nous allions aussi vite que le permettait la route, je me plaquais contre une vitre pour admirer ce paysage étrange, inédit. Je n’entendais rien du dehors mais je devinais un monde d’absence comme si ces arbres étaient un décor, un lointain souvenir, une trace oubliée que la vie ne voulut, ou ne put, réinvestir. Pas un mouvement, pas un animal pour risquer une tête en surveillant notre passage. Une indifférence totale, désincarnée.

La lumière revint d’un coup, je fermais les yeux avant de m’y réhabituer, découvrant en les rouvrant un paysage différent, désertique, une roche nue, un sol sablonneux, une étendue plate que barrait la forêt que nous venions de traverser, celle-ci disparue à l’horizon restait un infini sans ombre. Nous venions de passer une frontière pour pénétrer un univers vide qui ne saurait nous supporter longtemps.

Machinalement, ai-je cru, je me portais de l’autre côté du véhicule, j’attendais la même étendue désolée, ce fut vrai d’abord, avant que je ne distingue au loin une ombre verticale, un phare dressé au milieu d’un océan minéral.


Je dus attendre avant de découvrir la Forteresse.

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Publié par Lee Rony - dans Nouvelles
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19 juillet 2008 6 19 /07 /juillet /2008 05:26

Ne pas réaliser ses rêves pour rêver encore et refuser la formolisation.


La souffrance est l'inutile qui brûle en l'âme.


J'anticipe l'apparition d'une psychologie légale autopsiant l'esprit pour en découvrir l'origine.


Tant puisent dans la religion le mobile pour rester un foetus informe baignant dans les fausses certitudes de croyances amniotiques.


La dignité ne se prend pas, elle s'abandonne, elle ne se vole pas, elle se rend, elle est le regard que l'on porte sur soi plutôt que la dépendance au regard d'autrui.


Ne nous étonnons pas que tant privilégient leur apparence, autant soigner l'emballage de ce qui est sans valeur.


La perfection ne se dessine que sur le vide.


Se parer de belles idées, de grandes pensées pour oublier son vide intérieur. La bête craint le regard qui l'affronte mais se nourrit de la peur qu'elle inspire.


Connaître ses pulsions pour les maîtriser, sinon gare à l'inverse !


Il est inquiétant de se découvrir capable d'obéir à sa propre volonté.


La psychanalyse guérit du désir de guérir.


Se poser une question c'est creuser un gouffre aux dimensions d'un abîme ou d'un caniveau. Chacun avec ses moyens et sa sensibilité au vertige. Heureusement tant de fausses réponses existent pour permettre des interrogations en trompe l'oeil.


Le spectaculaire est rarement intéressant. L'absence se nourrit d'illusoire.

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Publié par Lee Rony - dans Aphorismes
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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 05:24
 

Qui nous prend au sérieux quand on a moins d'sept ans ?

On croit au Pèr' Noël, on écout' ses parents,

Les copains, les poupées, c'est le plus important,

L'école est maternelle et l'on vit en rêvant.


On se prend au sérieux quand on a dix-sept ans,

Bientôt c'est décidé, on sera étudiant,

En construisant demain nous serons des géants,

Mieux que des chiens hurlants ou des manifestants.


Deviendrait-on sérieux quand on a vingt-sept ans ?

Emportés par la vie, le boulot, les enfants,

Crédits à rembourser, bref les emmerdements,

Pour supporter tout ça y'a les tranquillisants.


Y'a mieux que le sérieux à cinquante-sept ans ?

On se sait adipeux, on se voit grisonnant,

L'ambition a fondu, la retraite est devant,

Keski¹ reste à gagner quand on est grands-parents ?


Le sérieux est contraint quand on a nonante ans,

On voudrait s'amuser, occuper tout ce temps,

Qui est là devant nous, on voudrait… mais comment

Garder son appétit quand on a plus de dents ?


Plus gâteux que sérieux quand on a cent-vingt ans,

On se moque de tout, plus rien n'est important,

Parkinson pour copain, Aloïs pour amant,

Enfin on a compris qu'on s'ra mort pour longtemps.


 

¹ général Polonais célèbre pour sa traversée de LavÕ Dkă

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Publié par Lee Rony - dans Poésie
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17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 06:35
 

Pas bon, non, pas bon ! Moi je n’aime pas !


Elles ? Je ne sais pas, la mare est tellement plus sympathique, il y a des insectes, de l’espace, du jour… Bref la nature. Non, je n’aime pas cet endroit où l'art est net mais froid, pourtant il m’arrive d’y pénétrer, de m’y abriter, de les regarder. Moi aussi je suis sensible à la curiosité.


Dans le coin où je me trouvais la première fois je les ai vu entrer, lentes, presque rampantes, formes noires sur fond obscur, fantômes à l’envers. Il était tard mais j'ai eu envie d'en savoir davantage.


Elles se sont arrêtées, esquissant un mouvement pour se baisser, sans y parvenir mais en gémissant. Un pas sur le côté, un pilier, je les vois tremper un doigt dans une petite vasque puis se toucher le front la poitrine et les épaules. Je me suis approché tant ce comportement m'intriguait.



Je regrette maintenant de comprendre ce qu’elles disent, leurs paroles sont aussi sombres que leurs tenues. Ce que je n'apprécie pas en revanche c’est qu’on les appelle des amphibiens de bénitier, alors là je ne comprends pas pourcoaaaaaaa…

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Publié par Lee Rony - dans Fables
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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 05:22
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 04:07

Mon chéri


C’est au terme d’une longue vie que je t’écris, sans savoir si cette missive te trouvera, pour être plus sûre je n’ai pas mis d’adresse.


Seras-tu heureux d’avoir de mes nouvelles, d’apprendre que j’ai poursuivi mon chemin grâce à un nouvel auteur bien différent de ce Bandello contraint par son époque, son éducation et, surtout, sa religion.


J’ai préféré descendre Delacroix, tenter le vélo avec Jalabert, même si tu ne peux comprendre ce que je dis.


A propos, es-tu en Enfer ou au Paradis ? Par ta pureté tu méritais le second mais ta stupidité et tes crimes durent te conduire au premier. Je te rassure, je t’y rejoindrais bientôt, en pleine conscience, loin des mirages en lesquels croit la jeunesse.


On peut dire que j’en ai profité, avec toutes sortes d'artistes qui utilisèrent nos noms pour compenser leur sécheresse créatrice, même des écrivains, quoi que j’ai trouvé Alfred Caput laid, des chanteurs d’opéras descendant aussi bas qu’ils montent aigus. J’ai connu bien des vicissitudes, des difficultés, j’ai même attrapé la petite Vérone dont je n’ai jamais pu me débarrasser, heureusement le Porto, notre vieil ami, est là.


J’imagine la déception de nos fans s’ils apprenaient qu’à mon réveil, te découvrant mort, j’ai éclaté de rire, ils ont tant besoin d’un idéal que leur vie ne peut offrir. Finalement l’amour de papier est supérieur et je suis heureuse de n’être qu’un mythe, incarnation de l’alfa et l’oméga de l’amour ! Enfin, l'un plus que l'autre bien sûr.


Je suppose que William n’est pas loin. A vous deux je dis : " A bientôt ! "


                                                                   Ta JUJU

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Publié par Lee Rony - dans Lettres
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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 05:23









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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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14 juillet 2008 1 14 /07 /juillet /2008 04:20
 
Compagne de la vie, son aboutissement,
Je me dis quelquefois qu’elle usurpa ma place.
Reprenant le passé, jamais je ne me lasse,
Quand je vois s’agiter ce monde de déments.
A quoi bon démolir, ce qui un jour fut fait?
Avec ses éléments toujours recommencer...
 
Pourquoi persévérer en un jeu insolite,
Demain est illusion dans le monde où je gîte.
 
Par envie ou par peur, l’animal s’est enfui,
Urgence en ses foulées, dans son regard qui luit,
Il me perçoit un peu mais c’est bien suffisant,
Pour qu’il veuille à tout prix affirmer son présent.
 
Je n’ai pas à courir, je t’attends, déjà là,
Mes bras sont grands ouverts, le seul but de tes pas.
 
Mon masque est effrité, ta conscience me voit,
Si tu cèdes à la peur alors tu te fourvoies.
 
Après moi... l’espérance ou bien le désespoir,
Aube renouvelée, bientôt... l’ultime soir ?
 
Tu le verras bientôt, quand tu auras franchi,
Le pont qui se tendra sous ton âme transie.
 
Que pourrais-je affirmer en t’offrant ce voyage,
Rien ne sert de pleurer, de terreur ou de rage.
 
Ma faux est aiguisée,
Mon aspect déguisé,
L’autre nom de l’absence,
Ou bien une autre chance ?
 
Une infime douleur,
Signe ta dernière heure.
 
Tu plonges dans la vie en t’éloignant du port,
Un océan de nuit qu’on qualifie de
 
                Mort

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Publié par Lee Rony - dans Poésie
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13 juillet 2008 7 13 /07 /juillet /2008 04:05

 Mon fils !

 

Mais puis-je t’appeler ainsi ? Certes tu es mon enfant mais ta nature extraordinaire m’éloigne de toi autant qu’elle te rapproche des autres, ces millions d’hommes et de femmes qui te suivent et t’observent.


Te souviens-tu de ton enfance, de ces heures que tu passais ici, près de moi, dans mon atelier, dans l’odeur de bois et la sciure ? Il était normal que tu t’en ailles, que tu vives ta vie et assume le destin que tout le monde, ou presque, connaît.


Te méfies-tu toujours des étangs et des lacs ? Tu as raison car l’eau ne te convient pas du tout. T’occupes-tu toujours des animaux ? Ce renard et ce chat qui jadis te jouèrent des tours auraient pu t’inciter à plus de méfiance.


Plus jamais en colo disais-tu !


Je t’imagine marchant dans les rues, profitant de chaque réverbère pour parler aux gens, méfie-toi, certains ne t’apprécieront pas, garde-toi des escarmouches mais continue à apporter du bonheur aux gens. Je serais heureux d’avoir contribué à cela !


Les rires des enfants, les sourires des adultes, les ovations.


Le temps te permettra de t’imposer, d’où je suis je le vois.


Je te laisse à tes obligations, à ton avenir. Et n’oublie pas de saluer ta conscience de ma part.


Ton papa


                              Gepetto !

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Publié par Lee Rony - dans Lettres
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12 juillet 2008 6 12 /07 /juillet /2008 04:56
 

Pour certains ce bruit est insoutenable, ce grondement sourd qui parfois devient hurlement dans un ciel qui ne peut le contenir, comme une menace imprécise, une colère qui ne s’avoue pas.

Ce n’est qu’un orage, déferlement d'eau sur une société qui se plaint de son absence et sa surabondance ; qui voudrait contrôler la nature, extérieure. L’idéal serait qu’il pleuve sur les champs, jamais sur les routes, jamais sur les villes, ou à horaires déterminés à l’avance.

La vitre est fraîche contre mon front, elle calme la fièvre qui m’habite, cette chaleur qui m'épuise. Pour seul compagnon je n’ai que le sentiment d’une fin proche, ce n’est pas un ami, je ne l’avais pas appelé pourtant, consciemment, il est là cependant, et je me reconnais en lui.

Est-ce la pluie qui lui fit signe que je l’attendais ? Peut-être, j’apprécie la pluie, qu’elle frappe le sol avec son chant, qu’elle chasse des rues ces gens que je supporte mal. Je me sens alors propriétaire des restes d’un monde mort. Je peux marcher ainsi des heures durant, les cheveux collés sur le front, mes vêtements ruisselants, l’eau s’insinuant jusqu’à ma peau pour la seule caresse que j’ai jamais connu. Je me sens seul au monde et cette sensation me grise, les autres sont effacés, dissous par l’action de la pluie comme d’inutiles personnages sur une toile magnifique sans eux. Quel jaloux eut-il le désir malsain de les rajouter sur un chef d’œuvre pour le rabaisser à n’être que le pâle décor d’une réalité sans profondeur ?

Je sais, mes phrases sont trop longues, alambiquées, je ne me retrouve pas toujours dans ce que je dis. Sais-je seulement ce que je veux dire ? Est-ce que j’ose me le permettre ? Faire simple n’est-ce pas être vide, vouloir ne rien dire et y parvenir ? Les mots qui me viennent peuvent être incohérents entre eux, mes phrases boîteuses, peu importe, du moment qu’elles me permettent de marcher. A quoi bon des jambes magnifiques mais inutiles ? Ces mots sont plus moi que ce que je reconnais être.

Quelle est la peur que réveille le bruit de la pluie ? A quel souvenir est-il associé ? Mauvais, trop bon ? Un psychanalyste dirait... Moi je ne sais pas. Mon imagination, débridée, exprime tout et n’importe quoi. Pourquoi pas un souvenir lointain, trace, si profonde que je ne la vois pas, d’un événement vécu au début de ma vie, de la Vie ? N’est-elle pas née dans l’eau ? Parfois, quand les conditions sont trop difficiles, l’idée d’y retourner n’est-ce pas chercher à se perdre dans cette époque des origines ? Une régression attendue, espérée.

Je rêve de voir des millions de gens errant dans les rues, courant sous une eau qui les attendrait tous, traverserait leurs vêtements, touchant cette peau qu’ils voudraient amnésique, elle plongerait au cœur de leur héritage pour hurler que continuer ainsi est inutile, qu’il n’est plus temps de fuir mais de mettre un terme à toutes ces souffrances, à ces errances.

Tous alors repartiraient vers la mer.

Pour s’y oublier.

Je connais ce monde. Je sais que ce legs n’est pas celui que l’on croit. Pourquoi penser que si la vie en sortit elle ne s’y trouve plus sous une forme proche de la vie humaine ? Seul l’égoïsme forcené, fanatique, des sapiens leur fait imaginer que l’intelligence doit avoir leur apparence. Le pire pour eux c’est une différence minime, troublante sans être insoutenable ! La ressemblance inquiète plus que la dissemblance.

Je sais de quoi je parle.

Ce n’est pas que de la pluie pour moi, c’est tellement plus. Un appel se jouant de l’espace du temps, de ces barrières que s’impose l’esprit trop débile pour admettre l’éternité.

J’entends cette voix, je ressens sa parole, elle me dit qu’il est temps de partir, de laisser derrière moi ce monde dit civilisé, dit… Ce monde d’illusions qui mourrait de se voir en face et de rien trouver.

Bientôt je partirai. Loin de cette société, dans un ailleurs si proche pourtant que rares sont ceux qui osent en prendre le chemin, la connaissance. Je ne vais pas mourir, ni quitter cette planète, seulement rentrer chez moi. J’ai mis longtemps avant de comprendre quel était le sens de mes rêves, pourquoi certains contes de Lovecraft me touchaient à ce point, pourquoi Innsmouth me paraissait familière.

Maintenant je sais.

Lui voyait du fantastique dans ses nouvelles, un mot qui repousse dans l’imaginaire et mutile l’esprit trop curieux. Il ne comprit pas que derrière la face d’horreur l’épouvante était ailleurs, dans le besoin de se dissimuler pour survivre. Une meute se méfie de sa voisine, et réciproquement. Tant se voient prédateurs et se réveillent proies !

Et pourtant nous…. Oui, nous, nous savons tant de choses, notre culture se perpétue depuis... nous ne sommes pas poussés par ce désir insensé de conquêtes, de domination, par ce besoin suicidaire de destruction, par cette incapacité, tout simplement, à s’assumer.

Et ils se disent humains…

Comme VOUS !

Faut-il donc avoir un visage rose, une peau lisse, des yeux clairs, pour l'être ? Faut-il vouloir posséder, mépriser les autres et les écraser autant que faire se peut pour être humain ?

Peut-être mourrons-nous de ces « civilisations » au moins aurons nous vécu !

Faut-il espérer, prier peut-être ?

Ce n’est pas nous qui implorons les Grands Anciens, au contraire, c’est VOUS ! Vous qui ne voyez pas leurs vrais visages, ceux de vos instincts refoulés, ils ne sont que cela, un passé d’autant plus lourd et puissant que vous ne le niez.

Les noms exotiques n’y changeront rien, les pouvoirs extraordinaires ne modifieront pas la réalité. Ils existent pourtant, il suffit de regarder, inutile d’aller au-delà du visible, de l’évidence, c’est elle qui en dit le plus, elle qui est le plus difficile à comprendre ! Certains pays, certains quartiers, certaines rues… Il suffit d’être là, spectateur osant ouvrir l'esprit, alors le pouvoir des Grand Anciens apparaît, flagrant. Les hurlements des victimes ne sont pas que leur rire !

Ils sont là, si présent, si présent…

En VOUS !

J’ai appris à m’aimer maintenant, oubliant les critères de la normalité, les vôtres. Mon visage, enfin, me ressemble, il est moi.

Quelques minutes de marche suffiront pour que j’atteigne la plage, j’aurai un moment d’hésitation, l’envie de rentrer ; mais chez qui, chez vous ; me viendra ; en souriant je la regarderai, comprendrai que ma peur prend son visage mais qu’elle est si faible que son influence est inexistante. Je songerai à me retourner pour jeter, c’est le mot, un regard sur ce monde agonisant, je me contiendrai, l’avenir devant moi sera autrement plus attrayant.

Qu'importe si le berceau est aussi un cercueil !

La pluie, complice, noiera ma silhouette, peut-être quelqu’un me verra-t-il, qu’il cligne des yeux et en les rouvrant j’aurais disparu, comme un rêve, une illusion qui s’accepte.

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Publié par Lee Rony - dans Nouvelles
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Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

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