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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 07:29

 Dans l'Ombre des Murs - 3


                                 En avance                  

                                                  04


- Il y a du vampire en vous, absorbeur d’émotion autant que désir de contempler l’abîme au travers d’autres regards comme si la folie n’avait pas voulu de vous pendant votre jeunesse. Vous analyser est amusant. Guetteur des ténèbres, accueillant les esprits en venant, attendant celui pouvant vous raconter ce qu’il aura vu là-bas. Les mots ne diront rien, le meilleur des écrivains ne parviendrait pas à rendre l’émotion d’une présence en des lieux où la pensée s’oublie, où le soi est une coquille vide baladée par des forces inconnues. Vous entendez ma voix professeur, elle traverse l’écran entre nous mais comprenez vous ce que je dis ? Vous attendiez une main sortant du miroir, se tendant, pour la saisir, mais vous vous heurteriez à la glace sans la traverser, et vous le savez. Classez vos pensionnaires, tenter d’établir des familles, de deviner l’origine de leurs comportements, de leur démence, ce sera déjà bien.

- L'intelligence peut-elle sans se perdre affronter la folie ?

- Non, n'approchez pas trop, nous pourrions inverser nos places.

- Avez-vous ce pouvoir ?

- Qui sait ce dont je suis capable, sinon vous qui m’observez depuis si longtemps. Je ne sais à quoi je ressemble, passant une main sur mon visage je ne me reconnais pas. Je ne sais même pas mon âge, le temps est-il si dangereux que vous m’empêchiez de le retrouver.

- C’est mieux ainsi, la situation vous protège, vous le savez.

- De la discussion jaillit la lumière, mais je constate que nous parlons beaucoup pour dire peu. Jadis j’écrivais sans prendre le temps de me comprendre. La solitude, le papier, mes mains écrivant malgré moi alors que mon regard parcours la pièce que je peux laisser aller mon esprit. Cette prouesse mentale m’empêcha longtemps de me noyer dans mon œuvre. Ce qui finalement arriva puisque je suis là. Si je découvrais dans quel but… Le temps seul excuse ou justifie un acte par ses conséquences. Le raisonnement est spécieux, facile de jouer sur l’avenir. Me suis-je livré à des actes délictueux ? Si je fus reconnu irresponsable c’était vrai puisque je ne me souviens de rien. Quoi que j'ai fait il me faut le retrouver et l’assumer. La responsabilité est liée à la lucidité. J’ai parlé de rage, de haine, j’aurais pu épuiser le pouvoir calmant des mots… Par l’imagination je peux construire un scénario puis son contraire. Tant de zones d’ombres… Elles me font penser à un échiquier, les pièces bougent, manipulées par une volonté que je ne perçois pas. La mienne ?

- Êtes-vous un pion ou un joueur ? Contre quel adversaire ?

- Moi-même ! Qui serait assez proche pour contrecarrer mes coups, de qui le serais-je assez pour deviner son jeu et l’empêcher de le développer ? Les pions se font face, les fous ont ouvert leurs diagonales, ils se jaugent, quelques coups suffiraient pour que la plupart des pièces disparaissent. L’équilibre conduirait à la nullité. Je ne suis pas là pour un objectif aussi médiocre. Puis-je gagner sans perdre aussi ?

- Par la violence vous ne parviendrez à rien, mieux vaut contrôler ses pulsions, il ne s’agit pas d’enfermer sa haine…

- Entre des murs capitonnés ?

- En soi elle est un poison violent à utiliser sans lui céder.

- Facile à dire par un spectateur. Ai-je pu agir ainsi ?

- Vous n’êtes pas assez exceptionnel pour cela ?

- Je préfère être unique, sans me comparer. Je me voulais pire que le pire mais capable de maîtriser mes sentiments négatifs, qu’ils ne contrôlent pas ma lucidité. Je devine vos pensées professeur ? Le don des mots est un grand pouvoir… Je me devine créature d’un esprit, y prenant le pouvoir, justement… En moi un phénomène comparable ne put-il arriver ? Ces phrases qui dessinaient des mondes devant mes yeux, quelles ambitions les dirigeaient-elles ? Une part de soi peut-elle faire sécession, désirer s’exprimer par elle-même, s’emparant des mots pour envahir l’esprit, le conquérant sans rien oublier ? Sommes-nous maîtres de nos âmes ? Ce JE dont nous sommes si fier peut céder devant une agression venue de si près qu’il ne l’attendait pas. Enfant l’imagination était ma seule amie, je n’ai pas cessé de la solliciter, jamais elle ne me laissa tomber. Elle fut compagne de tant d’instants de joie, de désespoir, d’envols en des cieux impensables et de chutes en des obscurités pétrifiantes. Elle exprima ce qui me gênait et dont j’étais inconscient, ce qui remontait de ce puits sur lequel j’étais toujours incliné. Oui, je fus tétanisé, incapable de reculer, la vie continuait alors que mon regard plongeait dans l’abîme. Il m’était impossible de le comprendre et l’imaginaire projeta devant moi yeux un spectacle acceptable. J’ai rêvé, écris, couru sur ce chemin sans réaliser qu’il me conduisait ici. But ou point de passage ? Cela dépend de vous. Comment me libérer en pensant que je peux récidiver ? Mais comment savoir qui avait raison. Nous verrons où le temps nous déposera. Laissons les mots redéfinir le présent.

- Vous n’avez jamais voulu d’utiliser un autre mode d’expression ?

- J’y ai pensé, mais en musique j’étais d’une nullité totale, en dessin je ne parvenais qu’à copier, en sculpture… Je n’ai jamais essayé. J’aimerais modeler ce que mon esprit conçoit, baisser les paupières et laisser courir mes doigts non plus sur un clavier mais contre la terre, la glaise. En elle, la triturer, l’organiser, oui, ce moyen me serait moins étranger que le dessin ou la peinture. Une lettre pour un geste, une forme pour une phrase, ainsi au lieu d’une histoire c’est une créature physique qui naîtrait sous mes doigts. J’imagine un atelier immense, océan de gravats au milieu duquel surgissent quelques œuvres. La vie produit une quantité de plus en plus grande d’œuvre sans être satisfaite. Un jour elle fera le tri, constatera que la perfection n’a pas de sens, et elle non plus. Je la vois s’interrogeant et découvrant l’inanité de son existence. Simple interprétation. La vie vaut par sa fragilité, ce qui reste ne saurait avoir d’intérêt. L’éternité annule ce qu’elle conserve. Le non-fragile n’a pas vocation à toucher la sensibilité. La vie est dans le verre pas dans la pierre, dans la fleur agitée par le vent pas dans la montagne.

- Êtes-vous proche de la montagne ou de la fleur ?

- Des deux par refus de la satiété amenant à se dire que tout est achevé. J’eus ce désir, parvenir au mot fin, pour constater que ce serait la mienne. Un artiste satisfait n’a plus qu’à mourir.

- Pourquoi ne pas tenter le coup ?

- Oui, pourquoi ? Et à chacune donner un peu de mon sang pour en faire une œuvre personnelle, non pour lui donner un semblant de vie.

- C’est une idée de roman.

- Et les œuvres s’animeraient au cours de la pleine lune.

- Pourquoi pas ?

- Ce serait plaisant en effet.

- La perfection n’est-elle pas le but de l’artiste ?

- Chacun met ce qu’il veut derrière ce mot, l’idéal du jour ne l’est plus demain. L’insatisfaction fait progresser, le contentement sclérose. L’ai-je jamais cherchée. Que vaut une destination accessible, un rêve réalisable ? J’aurais perdu l’envie d’écrire encore. Ai-je réussi ce que je voulais, encore que vouloir soit un terme me convenant mal ? Les millions de caractères tapés parfaitement agencés… Fut un temps où je comptais le nombre de lignes, c’est dire où j’en étais rendu.

- Un moyen de dominer votre travail.

- J’aurais préféré ne plus écrire que constater que je ne savais que me répéter. Que me reste-t-il à terminer ? Dans l’œil du cyclone la paix devient palpable par l’évidence de sa fragilité. Mon chemin se poursuit, mon esprit cédera une fois le but atteint, Il résiste parce qu’il sait avoir encore à faire. Peu de pièces restent sur l’échiquier, le combat fit rage alors que je n’y prêtais pas attention, je faillis être battu, et puis je réussis un de ces coups heureux que seul le hasard permet, et j’ai presque rétabli l’équilibre, à croire que mon adversaire ne souhaite pas triompher. Ces phrases ont-elles un sens pour vous professeur ? Je vous donne les pièces dans le désordre, confiant que je suis en votre capacité à les ordonner. Vous ne me ferez pas part de vos découvertes, pas encore. Serais-je intéressé ? J’ai moyen de me connaître autrement, de l’intérieur. Vous réécouterez nos entretiens, et découvrirez qu’il y a matière à un court article plutôt que la somme que vous pensiez composer, que je suis résumable aisément quand vous désirez le contraire. Je m’adapte, montre à chacun l’aspect qu’il veut sans jamais, ou presque, me montrer. Le temps glisse, happe mes pensées sur son passage, j’ai envie… Mais je feins d’y croire. L’illusion est douce pour qui en a déjà savouré le goût trompeur, un poison pour celui qui croit en elle, je crains que cela n’ait été mon cas. Je note l’absence de calendrier, d’agenda, rien indiquant quand nous sommes, pas même le jour de la semaine, difficile de vivre ainsi professeur, sans rien savoir de choses aussi simples. Voulez-vous renvoyer mon esprit dans le passé, vers nos ancêtres, quand ceux-ci ignoraient le calcul du temps, vivaient un jour après l’autre ? Pourquoi pas, la vie se passe de classement, d’enfermement, je me repère par rapport à elle, pas en fonction d’une segmentation temporelle humaine. De même il y a longtemps que je n’ai vu mon corps ; quelles cicatrices y lirais-je ? Expression d’autres délires, fruit de mon désir d’une écriture plus intime, jusqu’à me prendre pour une feuille de papier. Saisir un rasoir, le regarder courir sur ma peau, le sang, encore, rouge, pour achever mon œuvre. Cela a déjà été fait d’en ajouter à l’encre, dommage, j’aurais aimé proposer cela à un éditeur, il aurait apprécié ! Ce serait facile de relever cette veste de pyjama, d’en retrousser les manches, de chercher les traces des appareils qui me maintinrent en vie quand la tempête intérieure est trop forte user de violence contre soi la repousse comme un pare-feu évitant que tout ne soit incendié ? Vous ne me renseignez pas professeur, j’espérais qu’en énonçant quelques possibles vous cilleriez. Vous vous y attendiez ? Je n’innove pas beaucoup. Vous êtes uns statue vivante maîtrisant ses réactions, m’observant derrière votre regard amical et vos paroles complices. C’est votre métier, comment autopsier un esprit si ce n’est en demandant sa participation au malade ? Sois dit en passant, en posant un calendrier d’une époque différente vous auriez jugé de ma réaction, l’ironie m’eut convenue. Rire est une saine activité. Je fus drôle, autrefois, parfois dans mes textes. Je m'en souviens, les jeux de mots, les blagues… Et puis un jour j’ai cessé de l’être, je ne sais plus pourquoi. Probablement avais-je épuisé mon stock d’humour et devais-je en venir à un travail plus sérieux, ou avais-je compris que ce dernier était le plus intéressant, celui que je devais réaliser ? Sourire détend, en conservant les yeux ouverts, cela permet d’observer l’autre en un moment où ses défenses s’effritent. Je parle trop, je sais que nous n’avons pas d’horaires, il ne s’agit pas d’une consultation normale devant se finir à telle heure, ma place n’est pas retenue pour un autre. Vous n’allez pas me demander un chèque que je ne pourrais pas vous donner de toute façon. Que se passerait-il si, oublieux du temps et des contraintes biologiques, je parlais durant une semaine ? Pourriez-vous tenir aussi longtemps ? Je continuais à écrire alors que la fatigue s’emparait de moi, tête inclinée, paupières baissées, mes doigts vivaient malgré moi, puisant mes ultimes forces, après quoi je sortais du bureau pour m’effondrer sur le lit et laisser mon corps se reposer, avant de reprendre. Je ne pouvais arrêter, écrire revenait à nourrir un vampire intérieur si exigeant que je ne pouvais que l’abreuver en n’ayant plus de vie à moi, de temps pour être, en fuyant sans cesse. N’avez-vous pas de rendez-vous professeur, un dîner avec quelque autorité publique ou une jeune femme ? Et vous restez à m’écouter, notant intérieurement quelques mots par-ci, par-là, les plus intéressants, l’ensemble ne donne pas une opinion valorisante de moi. Pas de question, je serais déçu de la réponse. Je m’agite sous votre microscope, bougeant mes pensées dans tous les sens sans m’accrocher à quoi que ce fut. Sous votre regard tout là haut dans cette espèce de lumière qui m’aveugle, votre œil captivé, le scalpel caressant mes circonvolutions cérébrales, pas de souffrance quand vous me découperez, je perdrais la capacité de parler, de bouger, cherchant dans votre regard une inaccessible réponse. En quoi mon fonctionnement peut-il vous intéresser ? Êtes-vous un insecte vous aussi ? Levez les yeux, cette lumière, ce regard pesant… Ce n’est pas physiquement que vous pénétrerez mon esprit, un autre le fera, que découvrira-t-il ? Le mieux serait que je sois disséqué au point de passage entre la vie et la mort, pourquoi attendre que je sois nécrosé, que mon cerveau ne soit qu’une masse grise et inerte ? Ensuite jetez mon corps aux vers. Une question me vient, qu’arrive-t-il à ces vers se nourrissant de cadavres gorgés de médicaments, ne vont-ils pas évoluer, muter, devenant plus résistants ils pourraient acquérir une forme d’intelligence, ne plus se satisfaire de cadavres… Ils pourraient ainsi que je le pensais, remonter, décider d’envahir le monde. Je les vois s’installer dans un être vivant, pondre des millions d’œufs qui donneront de minuscules créatures qui vivront discrètement, au début. Regardons le spectacle, cet homme qui se dresse, mains sur le ventre, exprimant une douleur soudaine, il veut hurler, déjà trop tard, il s’effondre. Sa femme le regarde, tout est allé si vite, elle veut faire quelque chose mais la douleur s’empare d’elle… puis vient le tour des enfants !

- Belle histoire.

- Je savais qu’elle vous plairait, création ou souvenir ? Les vers sont des personnages fascinant et symboliquement expressifs.

- Mais eux aussi doivent mourir.

- S’entredévorer, rien n’est perdu, que ne le faisons-nous pas nous-même, nous ne prendrions pas de place inutile avec nos nécropoles et ferions des économies. En parlant j’entends les portes se refermer, les verrous glisser dans leurs gâches, vous n’êtes pas près de me laisser sortir n’est-ce pas ? Et pourtant il me serait facile de dire autre chose, ce que vous attendez, je n’ai pas envie de tricher.

- Vous aimeriez sentir ces vers vous rongeant ?

- Intellectuellement, si cela s’avérait possible je dirais non. Leurs ombres sont déjà là, nos cellules meurent, renaissent, ce que nous sommes n’est pas ce que nous fûmes. La mort nous caresse. Je vois ces vers remonter du puits, passant par mes yeux ils envahissent mon esprit, émissaires de la mort. Je sais ! Ils ne sont pas vraiment là, pourtant je sens leur grouillement sous ma peau, je craindrais de les découvrir en regardant. Ils parlent, me disent n’être que délire, qu’à croire en eux comme je le fis c’est moi qu’ils recouvriraient, pas le monde. Suaire gluant sous lequel j’étoufferais si lentement que l’Enfer paraîtrait agréable. Les mots vont et viennent, glissent hors de moi, se répandent, s’éparpillent. Veulent-ils dire quelque chose ? Je ne maîtrise plus mes idées, vos médicaments ne font plus effet, avez-vous testé un nouveau produit sur moi ? Si je peux servir à quelque chose. Le résultat vous satisfait, vos molécules m’atteignent, brisant le vide qui me protège, lézardant lentement mais sûrement la paroi d’oubli derrière laquelle je me dissimule. Ne pas aller trop vite, je ne le supporterai pas. L’absence revient ; camarade aux mains glacées, à l’étreinte indicible. Que suis-je en dehors de ces remontées ? Un fauve ou un légume ? Nous nous retrouverons bientôt, les entractes importent peu, le mot fin n’est pas encore prévu.

* *

Il le sera, au terme de mon séjour ici, dans une ombre dont je sais qu’elle ne sera pas accueillante, et je ne le lui demande pas, à elle j’ai à offrir ce qui me gêne, ces vers avec lesquels je cohabite depuis si longtemps. La laisser me ronger… N’en utilise-t-on pas pour absorber les parties nécrosées d’une plaie ? Ils se nourrissent de ce que nous avons de cadavérique. Qu’ils agissent ainsi en moi, nettoient mon esprit, prenant les pensées défuntes et pourrissantes. J’aime cette idée, avant de retrouver la terre, de m’y glisser, de rejoindre ces éléments qui crurent bon de s’unir pour former la vie. Mourir comme ces éléphants qui sentant leur heure venue s’éloignent pour assumer seul leur inéluctabilité. M’allonger sur le sol, nu, sourire, rester les yeux ouverts jusqu’à ne plus penser, ne plus savoir si la nuit est réelle ou si c’est moi qu’elle envahit. J’aurai peur le temps de reconnaître l’amie venant me délivrer. Confiant en ayant assumé la destinée qui m’était assignée. Les fils se relâcheront, l’oubli sera miséricordieux.

Le ciel reste obstinément bleu, quelques nuages passent parfois, je tourne en rond, j’aimerais un bel orage, des éclairs balayant le ciel, le tonnerre résonnerait et je resterais là, sous la pluie, lisant dans la foudre se déchaînant la signature de la réalité. Je doute de ce que je vois, de ce que je suis, ou crois être, j’ai beau toucher les murs je ne suis certain de rien. Les fleurs sont sans parfum, les insectes refusent d’apparaître, tout cela ressemble au décor d’une belle prison, plus moderne qu’une cage, plus élégante qu’une chambre aux murs matelassés. Moins réelle, qui sait !

Les mots galopent autour de moi, sautent, s’amusent, parfois j’en saisis un, il rit, se glisse en moi pour réveiller un souvenir, une image, je le relâche, le regarde disparaître dans l'air. Réminiscence d’une vie dont je commence à douter comme si mes souvenirs étaient faux, comme si je n’avais existé qu’ici. Le décor a changé, celui-ci, plus réaliste m’aide à m’orienter, à tendre les bras pour transpercer l’illusion. J’ai déjà traversé le miroir, reste à faire l'inverse. Si je trouvais des photos sur le sol, sachant que l’une est la mienne je doute de la retrouver. Ce n’est pas étonnant, je me souviens avoir toujours évité mon reflet. Le problème ne se pose pas ici, il n’y a rien même d’assez lisse dans quoi je puisse m’observer. Revient le souvenir d’une large armoire à glace, je me postais devant, m’observais, puis fermant les yeux je comptais jusqu’à dix. Combien de déceptions eus-je d’avoir encore devant moi le même visage, les mêmes yeux curieux et dépités, j'attendais quelqu’un d’autre. J’étais un espoir s’interrogeant sur lui-même sans pouvoir deviner sa véritable nature. Je voulais arracher ce masque de chair tant il me semblait une prison. Combien d’années ai-je tenu, tentant de réussir dans la réalité à dominer à esprit dans lequel j’étais enkysté. J’étais un fantôme prisonnier d’une âme ignorant ma présence, seulement préoccupée de vivre, de satisfaire les interrogations les plus communes. Arracher la peau, regarder les muscles à nu, les tendons blanchâtres, les gencives luisantes, les yeux désormais incapables de se protéger. Et continuer, ôter les muscles, enlever tout, ne plus avoir qu’une face d’os, représentation de la mort, vérité incontournable, souvenir d’un gouffre que j’aurais pris pour un puits. De fait j’aurais été surpris de trouver un inconnu en rouvrant les yeux, de ne pas retrouver la chambre, les meubles. J’aurais traversé la maison, me heurtant à des murs qui n’auraient pas dû se trouver là. J’usais un espoir dans un désir irréalisable. Encore un enfant j’agissais sans comprendre, sans me deviner, comme plus tard quand en écrivant je voulus dans les mots trouver l'autre pour le tuer. Je ne fis que me rencontrer en sachant qui j’étais et que maintenir ce désir me conduirait à la démence. Ainsi est fait l’échiquier, la folie et la mort jouent entre elles, je suis le trophée de la triomphatrice.

Je cherchais une sortie et je pris l’entrée. Je me souhaitais prisonnier du verre, reflet, j’aurais compris d’exister par intermittence. Reflet du désir de m’échapper, d’entrer dans le miroir, ou par lui, dans une autre vie. J’ai trouvé le chemin. L’imaginaire dépasse le minéral, ainsi en rentrant en moi je pus fuir, courir jusqu’à… La vie me poussait, ainsi, oubliant le réel et ses contraintes s’ouvrirent des mondes sans fins que les mots me permirent de traverser, par eux je traçais un chemin qui m’aida à ne pas m’égarer. Contemplatif je me serais noyé dans un fleuve d’images. Les mots me permirent de survivre, encore dans ce parc, entre ces murs, sous ce ciel moqueur en attendant un bonheur dont je sais qu’il n’existera jamais pour moi.

Je ressemblais à ce qu’attendaient les autres, pour me protéger d'une normalité inquisitrice je lui payais tribut d’un peu de ma vie. Immergé dans l’imaginaire, pousser jusqu'au délire fut aisé.

Trouverais-je une réponse ici ou seulement de nouvelles questions ? Je serais plus tranquille dans un dédale m’interrogeant sur la façon de m’échapper. Ce chemin suscite l'interrogation tant la simplicité aide à s’abstraire du contexte pour plonger en soi. Utiliser son corps pour de ne pas l’oublier en privilégiant un esprit qui finirait par le faire oublier. Je crus qu’écrire à la machine suffirait, mais non.

Vivre c’est faire des tours de manège, chercher une sortie, redouter de la trouver, sachant où elle conduira. C’est rêver qu’il en existe une menant à un improbable ailleurs. Est-ce à dire qu’il n’y a pas d’échappatoire hormis les mirages de la démence ?

Dans l'Ombre des Murs - 5

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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 07:18

 

Je suis lisse et brillant, fait de bronze ou d'argent,

Les pies, les vaniteux sont nombreux devant moi,

Les autres n'osent pas, se regardent en biaisant,

Mais chacun veut se voir qu'il soit gueux ou bien roi.


Certains sont obsédés mais noient leur vérité,

Ils ne voient qu'illusion, leur reflet est mensonge,

Le faux est dans leurs yeux, le pire est évité,

Savoir ce que l'on est est l'acide qui ronge.


Regardes-tu ton front, cherchant la première ride,

Signe du temps qui passe, détruit pour reconstruire,

Ton reflet est moqueur, ta vie est insipide,

Si tu le comprenais tu n'aurais plus qu'à fuir.


Mais pour aller vers quoi, ton ultime reflet,

Celui d'un crane nu, souriant d'enfin savoir,

Que la paix vient souvent d'un ego désenflé,

Oubliant l'illusion et enterrant l'espoir.


Je suis lisse et glacé, tentant et menaçant,

Alors ferme les yeux, apprend ce que je sais,

Deviens ce que tu es, disait-on dans le temps,

Si moi je réfléchis tu pourrais bien penser !

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Publié par Lee Rony - dans Poésie
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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 07:16
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 07:11

 

Le monde technologique est fou qui croit que son avenir dépend de ce qu’il peut produire alors qu’il dépend de ce qu’il peut comprendre.


Croire tout savoir est le crime du scientifique.


Le plaisir vient dans un hurlement de souffrance touchant à l’extase.


Ne pas être vivant à ses yeux est une sensation indicible.


Le démon se lasse.


Les moutons se prennent pour des loups mais fuient devant l’ombre de la bête qui est en eux.


Il n’y a pas d’ombre dans l’obscurité !


Dieu, prend-moi si tu peux ! Satan prend moi si tu l’oses !


La conscience craint ce qu’elle est et surtout ce qu’elle devra être !


La nature n’est pas morale, la morale est-elle naturelle ?


Vous aurez ma vie sur la conscience.


La valeur d’un dieu se juge à ceux qui croient en lui.


 

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Publié par Lee Rony - dans Aphorismes
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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 07:07
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 07:16











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Publié par Lee Rony - dans J'ai vu
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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 06:45
Dans l'Ombre des Murs - 2 
 

                                   03


Tourner en rond, manège comme ceux sur lesquels je montais enfant, tentant de gagner un tour gratuit. Carrousel de la normalité. Le jour achevé est matrice du suivant, un tour pour un autre, rien ne change. Le temps s’est absenté, désintéressé d’une vie qui ne lui offre aucune distraction. Tant d’existences ne sont qu'occupations pour oublier le passage du temps, qu'il n'y à devant soi que la mort à trouver. Combien sont-ils, de l’autre côté, d'individus plus ou moins atteints dans leur intégrité mentale, infirmiers, surveillants, regardant dans la direction de ces murs, s’interrogeant sur ce qu'ils dissimulent ? Ma présence ne saurait être secrète, ils murmurent, évoquent mon cas, mes antécédents, me connaissant mieux que je ne me connais moi-même, décrivant ce que je fis apportant leurs commentaires plus ou moins cruels et sincères. Je gage qu’aucun ne voudrait du régime de faveur qui m’est octroyé.

Seraient-ils difficiles à escalader ? De près ils sont impressionnants, remparts n’interdisant pas d’entrer mais de sortir, la plus efficace des prisons, celle qui offre un abri, où le prisonnier n’envie pas le geôlier.

Je n’essaierai pas de fuir. Dans l’ombre des mots je cherche à briser les murs en moi, craignant d’y parvenir un jour.

Le silence est irréel, où sont les oiseaux, les bruits, celui du vent dans les branches. Je sens à peine un souffle d’air sur mon visage, à croire que je suis seul vivant, que je suis le dernier. J’aimerais un signe de vie, n’importe lequel ! Pas un insecte dans l’herbe, rien qui grimpe et se faufile dans l’écorce du chêne.

Parler aux plantes, murmurer à une fleur, embrasser l’arbre.

Je… Non, j’avais cru entendre un bruit de pattes dans mon dos, j’ai cru discerner une silhouette souple s’estompant alors que mon regard la frôlait. Mais non, rien que les murs, que moi, rien…

- Que faites-vous ?

- J’ai cru sentir une présence sur mes genoux, un chat que j’allais caresser. Celui que j’avais jadis, petit animal aux yeux verts, à la fourrure de nuit. Il venait sur moi, me tenait compagnie, le meilleur ami que j’eus jamais. Je percevais sa respiration, il ronronnait, ne bougeait pas si je me levais, je le tenais, il semblait heureux d’être près de moi, je l’étais qu’il soit là, nous nous entendions si bien. Il mourut un an et un jour après être arrivé à la maison. La mort ne laisse rien passer, elle me poussait vers l’obligation de continuer mon chemin, seul. Je me souviens, notre dernière nuit, si j’avais su… Le temps est à sens unique, à sens inique. Je sais, aucune lamentation ne le fera renaître, croyez que je le regrette, je préférerais le voir revenir lui plutôt que je ne sais quel savant aux découvertes prometteuses pour l’avenir de l’humanité.

- Pas d’autres amis ?

- Des relations, celles que je vis tomber dans le gouffre, visages croisés au hasard des rencontres, personnes qui m’occupèrent un moment, ne pouvant me retenir. Je n’en veux à personne, qui aurait pu y parvenir, qui aurait eu la force de s’opposer à des puissances intérieures dont nous constatons l’efficacité sans comprendre la nature. Je voudrais être le vent, courir sur le monde, y semer la désolation jusqu’à m’épuiser. Me faire tempête et paniquer les équipages de ces minuscules embarcations croyant pouvoir me défier. Je les vois courir, s’agiter sans savoir quoi faire, espérant que le mouvement noierait leur terreur. Je vois ces coques fragiles se briser sur les rochers, ces petits êtres s’accrochant à ce qu’ils peuvent, désespérés, voulant tout tenter pour survivre, un peu, encore un peu. Quand certains luttent jusqu’au bout d’autres ont la sagesse de se laisser aller dans une mort inévitable ! Symbole d’une force devant tout à la nature quand bien même je n’en comprendrais pas la réalité. Cette force qui me fit tenir, résister à la tempête non en m'opposant mais en m’évertuant à devenir elle au point de m’oublier. Elle se calme, le vent s’apaise et les nuages laissent place au soleil. Combien de bateaux coulés ? Si peu ! C’est désolant de se donner tant de mal ! Mais le jour viendra où nul navire ne croisera plus sur quelque mer ou océan que ce soit, où nul humain ne cherchera plus de réponses à d’inutiles questions. Ainsi fut la première aube du monde, quand rien n’était encore fixé, quand chaque jour voyait, une vie se cherchant sur une terre nouvelle. Je reproduis cela à mon petit niveau. L’humain était une idée se dessinant dans l’avenir de l’évolution, une idée qui pouvait se réaliser. Vous penserez qu’à nouveau, me voulant différent, j’exprime mon rejet de l’humain. Je refuse l’anthropocentrisme, cette idée qui fait de l’homme le centre de la Création, avec une majuscule comme si elle avait besoin d’un but. Nous ne sommes pas indispensables, pas même en miroir permettant aux choses d’exister en les voyant, en les nommant. Se sentir être est un piège plus qu’une qualité.

- Dans lequel vous êtes tombé pourtant.

- Sans l’avoir désiré pourtant professeur.

- Mais sans le refuser.

- L’aurais-je pu ? Le courant m’emportait et pour surnager j’ai laissé de côté une volonté devenue inutile. La tourmente m’emporta si loin que quand revint le calme je ne pus contenir mon effroi. En vouloir à quelqu’un est superflu, des êtres que je croisais reste un nom, deux dates, le temps gommera tout cela.

- Un nom, en avez-vous un ?

- Un nom, j’ai commis une inversion, c’est le mien que j’ai inhumé, tassant la terre par-dessus afin de ne plus retrouver le lieu de l’enterrement. Un bois quelconque, je vois les arbres, des résineux, un tapis d’aiguilles, aucune herbe sur cette colline, je regarde le sol en me souvenant difficilement que je viens d’y jeter ce patronyme qui ne me servait plus. Un nom indique pour les autres, en a-t-on besoin pour soi, pour se reconnaître, se résume-t-on en quelques mots ?

- C’est l’héritage des vies qui vinrent jusqu’à vous.

- Combien s’unirent-elles ? Combien de noms différents, pourquoi en conserver un seul et oublier les autres ? J’ai conscience de ce passé, de cette chaîne que je perpétue, une identité est superflue.

- Une chaîne dont vous êtes un maillon ou une fin ?

- Je préférerais une fin. Je sais, la normalité voit l’enfant devenir parent. Tout cela accroît la taille des cimetières. La vie se retrouve-t-elle dans davantage de cadavres ? Si avant de naître j’avais lu le livre de mon destin, je l’aurais refermé, laissant à un autre la charge de l’assumer à ma place.

- Cela n’arriva pas, de ce livre vous ne connaissez que les chapitres jusqu’au présent, d’autres attendent, probablement nombreux.

- Ce pourrait être le dernier.

- Pour le savoir il vous suffit de vivre, si cela vous semble difficile c’est que vous devinez de nombreuses pages vous restant à écrire, à vivre, et c’est diablement plus difficile.

- Diablement est le mot juste. De nombreux personnages naquirent, vécurent, certains moururent même sous mes doigts, en suis-je un existant dans l’esprit d’un quelconque écrivain, ayant pu m’imposer en lui, désireux de tenir encore, de lui arracher sa vie afin que la mienne (?) perdure. Traverser le miroir de la création pour découvrir une autre vie, et encore d’autres interrogations ? Serait-ce l’œuvre d’un autre auteur en l’esprit de qui je pourrais m’imposer pour ensuite… L'éternel retour nietzschéen. Je n’eus pas pouvoir sur le début de mon histoire, je peux penser en avoir sur sa fin.

- Arrivera-t-elle ici ?

- Qui sait, totale ou symbolique, laisser une peau de mots. Muer dans votre bureau est une image qui me plait et la dépouille temporaire que j’y laisserais ne serait pas encombrante.

- Et ensuite ?

- Le bout du chemin ? Tentant de le deviner je le décrirais comme un masque jeté sur le néant pour dissimuler l’inéluctable.

- Vous avez enduré la tempête, survécu au calme, votre présence ici le prouve. J’ai vu bien des esprits brillants s’effondrer sur eux-mêmes comme une étoile se transmutant en trou noir, leurs esprits écrasés laissaient des âmes prises dans des tortures indicibles qu’aucun médicament ne pouvait endiguer.

- Combien qui paraissent calme, intériorisés ne font-ils que livrer un combat contre la souffrance. Une théorie affirme qu’il existe des trous blancs en réponse aux trous noirs, bien que nul n’en ai jamais vu. Un esprit contracté à l’extrême trouverait-il un univers d’expansion autre que celui de la folie ? Je devine ce processus, quand les pensées se font de plus en plus nombreuses, complexes, quand rien ne peut les arrêter, alors le cerveau ne sait plus les encaisser, les diriger ou les organiser, il s’autodétruit à l’instar d’un mécanisme électrique soumis à un voltage trop élevé. La vie teste ses créations puis les réutilise. La folie est promesse professeur, la main de la vie qui s’offre. Vous avez pressenti que les déments que vous suivez s’extraient de la banalité que vous subissez, qu’ils s’approchent de ce qu’aucun terme ne peut définir. Ils ne survécurent pas à cette proximité et vous supposez que moi je le pus. Vous me laissez passer devant, en héraut, déblayant le chemin, prêt à regarder par-dessus mon épaule, à courir ce risque. Je perçois votre curiosité, votre dépit et votre effroi d’un chemin que vous ne pouvez emprunter car celui qui le cherche ne peut le trouver, la lucidité en ferme l’accès. Vous avez suivi des esprits en errance, perçus dans la représentation qu’ils donnaient des évidences insoupçonnées sans parvenir à en distinguer plus que ces figurations à peine compréhensibles. Vous savez qu’un jour quelqu’un réussira, un taux de réussite se doit d’être non nul potentiellement. L’envie vous fait avancer professeur, je la vois couler de vos yeux, tenter de m’engloutir. Je ne suis pas hostile à cette idée. Nous pouvons nous entendre, nous soutenir mutuellement. A m’entendre je crois surprendre le discours d’un fou tentant de définir sa propre démence, de la rendre logique, compréhensible, sans y croire totalement, pour se rassurer. Les échos de l’ouragan résonnent encore dans le calme m’entourant. Malgré vos efforts vous êtes si loin de moi. J’ai envie d’ouvrir les yeux, d’observer le monde autour de moi, de savoir si je suis le premier ou le dernier. Les ténèbres sont en moi, m’ayant presque submergé ils se retirent lentement. Jusqu’à quel niveau le feront-ils ? Que découvrirais-je ? C’est un jeu, le prendre ainsi est la meilleure solution. Quand j’étais… J’allais dire "vivant", non, quand j’étais dehors je ne me posais pas la moindre question, fétu porté par des courants incontrôlables. Dehors… je fis comme je pus, rien de plus.

- Ce lieu est un havre de paix vous autorisant à récupérer. Quand arrive un nouveau patient j’espère qu’il parviendra à s’en sortir et pourra quitter ce service. Ceux qui y parvinrent le firent dans un cadre strict, dont ils avaient besoin. Je reconnais que vos paroles s’approchent de la vérité, quand bien même je n'ai-je jamais osé me l’avouer aussi crûment, je suis médecin avant tout et si je parviens à soigner un malade, à l’apaiser, j’en suis heureux, plus si, en chemin commun, j’apprends de lui ce qui peut en aider d’autres.

- C’est l’entourage que j’attendais, contrôle médical, une réalité qui s’imposerait si je m’en éloignais trop ; seul dans mon placard je ne pouvais aller plus loin, qui m’aurait tendu la main, tentant de me retenir, qui savait ce que je faisais, qui me connaissait ? Puisque les faits sont ainsi je fais avec, les utilisant au mieux de mes intérêts, si vous y trouvez votre compte ça ne sera pas plus mal. L’esprit sait jouer, se tromper lui-même pour recouvrir la vérité le temps de s’y habituer pour survivre à des circonstances pénibles, trop pour êtres vécues lucidement. J’ai encore mal aux mains de m’être accroché désespérément à mon radeau fait de touches sur lesquelles je tapais le plus vite possible. J’ai hurlé sur le papier, qui pouvait m’entendre.

- Vous, l’écho qui bruisse dans vos oreilles est celui de ces nuits, de ces jours, de ces heures à marteler pour vous étourdir du bruit des touches, comme une cavalcade de chevaux furieux, destriers de la démence tentant de vous écarteler.

- Vous parlez comme j’écrivais. J’en tire la conclusion que vous me lûtes. J’entendis les sabots heurter le sol, ils se rapprochent mais je suis plus rapide. Que m’arrête la certitude d’avoir distancé mes poursuivants !

- Vous poursuivent-ils avec l’intention de vous attraper ?

- Peut-être pas. Ils purent avoir rôle de me pousser, livré à mon instinct je pris le chemin que la réflexion interdit de découvrir. Je me retrouve ici dans l’œil du cyclone, fermant les yeux j’entends le ronronnement du tonnerre, amical, les hurlements du vent qui, s’il résonne dans mon esprit, ne sait plus l’emporter. Par la souffrance il se densifie et rien ne peut plus l’atteindre, le faire trop vite amène à l’effondrement, maîtriser le processus permet de le comprendre sans dépasser le point de non-retour. Il existe, cet endroit permettant de s’échapper du piège. Une porte se présentant une seule fois, prenant souvent l’aspect tentateur qui est le plus sournois des traquenards dans lequel se précipite la conscience soucieuse de survie. Enfant je me rêvais debout, scrutant le ciel, murmurant une malédiction, redoutant que l’entendant les étoiles ne meurent me laissant dans une obscurité définitive. Être maudit serait une chance à condition de survivre, étreindre la folie en résistant à ses promesses. Elle m’en fit pourtant, je les entends encore, je revois ces images merveilleuses, dans le désert elle m’offrit la domination d’un monde sans substance, sans valeur, en regard de celui que je peux, maintenant, atteindre. Je tenais un verre entre les mains, le lâch… Le temps se distend, je le vois au ralenti se diriger le sol, j’ai fait un geste, m’en suis saisi, avant de goûter dans ce calice le sang d’une vérité sans prix. Premier, dernier, l’inverse ? Un pas pour changer de rôle, de monde.

- La vie se nourrit de projet, la satisfaction est insuffisante.

- Je suis sur le quai, certitude sous mes pieds. S’approche un bateau aux voiles de nuit, le seul capable de me conduire vers la clarté.

- Un retour au monde ?

- Le monde ? L’encre de mes veines se mue en venin. Par mes textes il coulera dans les esprits me lisant, les corrodant, les détruisant… Ils n’en mourront pas tous mais tous seront touché. A moi d’oser car ce poison ne passe pas innocemment par moi. J’en sens l’acre baiser. Je veux lui laisser me prendre ce qu’il désire sans lui abandonner ce que je suis en cédant à des promesses fallacieuses. Réussir, aller au bout de soi-même, qu’importe si ne reste de ces milliers d’heures qu’un seul volume, qu’un unique texte, qu’il ait la densité maximale et il attirera pour les détruire et/ou les instruire, les curieux du monde entier.

- Pourtant la vie est puissante en vous malgré ces vœux destructeurs.

- Ce qui meurt n’est pas détruit. Chaque être est une somme de pièces pouvant être réassemblées. Je cède au plaisir des phrases joliment tournées. Souvenir de la rage qui me poussait… Le radeau ne flotte plus, il a atteint sa destination, île au centre de la création. Ce n’est pas le cyclone qui se déplace, c’est moi. J’en ai traversé la moitié, il me faut continuer, et puis… Vous profiterez du spectacle professeur, si je me détruis d’aller trop loin, vous décevant de n’avoir pas atteint l’autre rive. Mon nautonier débutait. N’est pas Charon qui veut. En Enfer les apparences sont trompeuses, parfois de ne pas l’être, laissant apparaître la vérité, sachant qu’elle ne sera pas crue. Le vent reviendra, me détruira-t-il alors ? Je me sentirais exploser, dispersé. J’espère conserver un sourire ironique, partir sur une boutade car, après tout, cela n’a pas d’importance. A le regarder de loin un livre ressemble à une pierre tombale. Manquent les dates.

- On les trouve au dos, sous la photo de l’auteur.

- Pas de photo ! Et si possible, pas de nom. Le texte seul. Je ne fus, et je le dis au passé, qu’un intermédiaire, inutile d’en conserver le souvenir. Un livre est une mort puisque, paraissant il appartient au passé de son auteur. Le seul qui le lise au présent ! Pour les autres il a un arrière goût, parfois plaisant, de charogne.

- Vous médisez de votre travail.

- Par dépit, par impression d’être, déjà, cadavre. Ils se servit de moi pour naître. Inutile je finirai comme vos autres pensionnaires, assis, me balançant d’avant en arrière, horloge sans aiguille, exprimant les forces du corps. Ce qui resterait de vie en moi. Je…

- Oui ?

- Un souvenir, un rêve, je le fis ici, je me souviens, la tension contre mes poignets, mes chevilles, j’avais la sensation d’être de vers, grouillant d’une vie intérieure palpitante et répugnante. Je voulais hurler sans y être autorisé, par ma bouche ils auraient coulé sur le monde sans que rien ne puisse interrompre le déversement. Image de mon désir d’être un cadavre. Nul ver ne pouvait sortir de moi mais ces pensées grouillantes auraient rongé mon âme laissant une carcasse d’instincts à laquelle s’agripperaient quelques lambeaux de peurs. Une page blanche ressemble à un ver nécrophage, c’est ma vie qu’elle prend, pas seulement du temps mais surtout de l’énergie, de la passion autant que de la souffrance. Il est vrai que ce sont là des synonymes ! J’ai écrit une histoire traitant de cette sensation, un être gorgé d’asticots… Je ne me souviens pas de la fin, je suppose que ce devait être inquiétant. Suis-je mort ou porteur de mort ?

- Vivant et porteur de vie ?

- Tout à la fois, rien n’existe qui ne soit porteur de son contraire. Quelle ambition, je ne m’étonne pas que vous me gardiez ici avec ce que je dis d’énormités. Couvrir le monde, avoir pouvoir choisir qui survivrait ou non. Si ce n’est pas là un exemple de délire mégalomaniaque je ne m’y connais pas.

- Et vous vous y connaissez !

- Si vous êtes de mon avis que demander de plus. Je n'ai pouvoir que sur moi, de mort. De vie ? Aussi ! D’abord ! Les mots filent… filent mon suaire, tissent mon être, m’envahissent et me réveillent. C’est moi dans le miroir. Je comprends ma peur d’ouvrir les yeux.

- C’est pourtant ce vers quoi vous allez.

- Ces entretiens m’y aident.

- C’est mon métier, aider les autres, leur permettre de retrouver une vie… disons une vie qui leur convienne. La normalité ne va vraiment qu’à ceux faisant semblant de vivre.

- Jolie formule, je regrette de ne pas l’avoir écrite.

- C'est le cas, je vous ai lu et j’ai retenu nombre de vos phrases.

- Je veux bien être l’auteur de celle-ci. Vous m’aidez au mieux, plus ce serait trop, je n’en aurais pas l’usage.

- Je vous accompagne en étant le moins présent possible.

- Sauf maintenant, vous devez avoir l’impression que je vais trop loin, trop vite, qu’il importe de me retenir, sinon je vais péter les plombs. Je vous rassure, je doute que ce soit encore possible, mais je sans l’énergie m’envahir, j’ai besoin de la laisser reposer. Descendre plus serait dangereux. J’en ai conscience, je crains le miroir. L’image que je découvrirai sera différente de celle que j’ai en moi, mélangeant les deux je parviendrai à une vérité acceptable.

- La vérité n’est pas toujours bonne à comprendre.

- La franchise n’est pas inhérente à votre profession ?

- Il s’agit du bien-être de mes patients. Pour la plupart se défini est difficile. Il s’agit de vivre en accord avec soi. Aller contre la certitude qu’ils affichent et répètent pour y croire accroîtrait leur trouble. La vérité est difficile à définir, elle change au gré des impératifs et désirs du moment. Je dois accompagner mes patients sans les brusquer, pour eux l’équilibre est difficile. Ils oscillent entre des forces opposées mais rassurantes. C’est leur façon de faire l’horloge, de changer d’idée pour y revenir, et ainsi de suite.

- Les guérir, sont-ils malades ? Ne s’agit-il pas de tares génétiques irréversibles ? Vous leur apprenez de nouveaux comportements mais il s’agit de reprogrammation, pas d’éducation, si c'est cela un soin…

- C’est le mieux que je puisse faire, autant m’en satisfaire. Jeune j’étais plein d’ambitions, de rêves, que la réalité se chargeât de briser sur son autel d’évidence. Je tente d’être efficace en fonction des cas dont je m’occupe. De l’extérieur tous semblent identiques mais en les connaissant intimement apparaissent des différences prouvant que jusqu’au bout, ou presque, l’individu existe, qu’il lutte pour exister faute de capacité à s’imposer. Chacun peut être confronté à une tempête intérieure avec laquelle il compose. Pour un qui domine quatre-vingt dix-neuf cèdent. Et quand je dis un…

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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 06:38
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 06:25

 

On me cherche, on me veut,

Mais me fuit qui le peut.


Qui vit sans moi m'espère,

Qui vit par moi se perd.


Le risque est mon complice,

J'ai le danger pour fils.


Tant de sports me fournissent,

De vitesse et de glisse.


Ainsi, suivons cet homme,

Observons-le, pensif,

Quel besoin donc le somme,

Quel ordre impératif ?


L'équilibre est précaire,

Et le vide attirant,

Loin du gentil notaire,

Qu'espéraient ses parents.


Il a souvent sauté,

Jusqu'à frôler le sol,

Violant l'immensité,

Oiseau prenant son vol.


L'optimal espéré,

Est maintenant si proche,

Le temps s'est effacé,

Plus aucune anicroche.


Basculer sans panique,

Cent pour cent perceptions,

Oubliant l'élastique,

L'ultime sensation !



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Publié par Lee Rony - dans Poésie
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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 06:18
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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