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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 06:02

 

Vue de loin je suis belle et souriante,


Riche en voyages et découvertes,


En bourgeons pour qui a la main verte,


Une époque de joie, jamais effrayante !



Mais le temps, lui aussi, est moqueur,


De près je deviens inquiétante,


Réduite à une simple rente,


Maigre et fine à faire peur !




Dois-je te parler de mes amies,


Venues avec moi s'occuper de ton corps.


Et aussi, souviens-toi, de cet esprit,


Dont tu étais si fier quand il était si fort !




Le militaire espère pouvoir m'éviter,


Parfois l'ultime chance,


Pour qui est prêt à supporter,


L'affront jusqu'à la déchéance !




Cependant, je sais être différente,


Réclusion choisie pour l'âme qui est prête,


Tendre vestale mais stricte officiante.


S'affronter, se trouver, où mieux qu'en retraite ?



 

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Publié par Lee Rony - dans Poésie
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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 06:15
Survivre au Mal - 8 
 

                                                   9


Les policiers observent les badauds, peu s’arrêtent mais tous tournent la tête, les regards s’allument, les bouches salivent et le besoin de téléphoner s'impose… C'est juste un souvenir !

Y a-t-il des taches sur le sol ? Une silhouette dessinée à la craie comme un fantôme prisonnier ? L’odeur de mort a disparue mais ils la perçoivent malgré tout.

Venant de l’intérieur.

Participons à la douleur d’une famille cruellement touchée, tournons-nous vers l’avenir, aimons-nous les uns les autres.

Surtout les autres, bien cuits, accompagnés d’un excellent Chianti.

Un jour, de fiers et sécurisés immeubles remplaceront ces pavillons confortables. Ils rapporteront plus d’argent. Une famille n’a pas droit à tant d’espace, deux mètres sur un, voici l’espace, létal plus que vital, nécessaire dont chacun disposera bientôt.

- Difficile d’imaginer que la solution soit proche s’inquiéta Kah

- Et pourtant… Quelles traces peuvent-elles persister dans l’air, les murs ? Si nous pouvions y accéder… La souffrance et le désespoir sont des émotions violentes, un écho a pu être piégé quelque part.

- Des médiums et autres vont proposer leurs services.

- La misère est une matière première inépuisable. Restons dans le cadre de notre profession, bien que je m’en écarte parfois. De petites récréations mentales font du bien à l’esprit confiné. Oui, la solution nous attend. La mort savait à qui s’adresser, la liste des copains de la victime nous aidera, le fait que l’âge des proies augmente a un sens.

- Ce serait intéressant de pouvoir communiquer avec elles.

- Une table tournante comme témoin, j’imagine la scène au tribunal.

- Le mobile des crimes vibre de la souffrance du tueur. Mort, folie, les fils qui le dirigent sont solidement tenus par des mains glacées.

- Vous semblez bien les connaître.

- Trop bien.

- Comment, ensuite, supporter son quotidien, ne pas se demander le pourquoi ou le comment ? Surtout comment, moi, j’en sortirai.

- Quand j'ai commencé il n'existait pas de soutien psychologique Parfois les choses changent en bien, même si c’est pour s’adapter aux contraintes de la société moderne. Je vous sens lourd d’interrogations en ce qui concerne mon passé.

- Si je n’étais pas curieux je ferais un autre métier.

- Juste, vous comprendrez que je ne vous dise rien.

- Bien entendu.

Pour la première fois ils échangèrent un regard complice. Diatek se remémora ses premiers partenaires, des aventures partagées avec eux… Des souvenirs douloureux.

- J’ai pensé arrêter, pris quelques mois de repos, mon retour devait marquer un nouveau départ, l’expérience est peu concluante. Pas de regret, avancer était nécessaire, je ne peux éviter une confrontation dont j’ai, malgré tout, quelques chances de sortir vainqueur. Un pas, un autre, savoir que cela n’aura de fin que la mienne, et encore… Je n’ai pas envie de me retourner pour voir un mur de corps raidis par la bêtise, pris dans la bestialité, sans autre face qu’une forme blanche, malléable, et dégoulinante de terreur. alors je me verrais le premier à arpenter des territoires où la conscience ne mit jamais le pied. Vous voyez, je me laisse emporter, il n’y a pas si longtemps…

- Oui ?

- Il n’y a pas si longtemps je passais mon temps à écrire, j’étais loin, croyais-je, les mots coulaient de mon esprit par mes mains, accepter suffisait. Parler me laisse le temps de comprendre quoi que j'ai à me dire je suis capable d’y survivre et de poursuivre.

- Seul, demanda Kah ?

- La solitude est lourde pour qui n'existe pas vraiment.

- Vous manqueriez à nos services.

- C’est gentil de me le dire, j’en étais sûr mais une confirmation est rassurante. Un tour de manège de plus, utile, trop utile.

- Finalement je pense que les journalistes vous éviteront, par excès de matière, ils veulent des personnages simples, sommaires. Trop de pensées, d’esprit, de personnalité, qui se reconnaîtrait en vous ?

Diatek sourit.

- Résumons, les faits nous indiqueront la marche à suivre. L’enfant est dans sa chambre, il joue, il a rendez-vous. Quelqu’un tape aux carreaux, il ouvre, sort… Ensuite il est tué sur-le-champ.

- Quelle certitude que tout ait été arrangé ?

- Il pouvait voir au travers des volets, l’assassin ne pouvait être sûr de la bonne réaction. La logique veut que la rencontre ait été prévue.

- Ce qui me fascine c’est la rage souriante. Comment quelqu’un tenu par une haine féroce peut-il discuter en sachant que son interlocuteur va mourir de sa main ?

- Le besoin ! Le tueur a besoin de sa victime, le mot n’est pas trop fort, c’est comme un charme qui agit. Je ne crois pas au hasard, comme dans la nature, le prédateur attrape l’animal le plus faible. En l’occurrence ce n’est pas une faiblesse physique ni intellectuelle mais une fragilité psychologique que le tueur ressent. C’est une explication basée sur l’expérience pas sur des études chiantifiques. Je suis certain pourtant qu’elle est bonne dans une majorité de cas.

- L’assassin frappa deux fois.

- Ce qui n’en fait pas un facteur ! L’enfant n’a pas crié, du moins personne ne l’a entendu, il est tombé, ensuite le second coup fut porté. Inutile il indique une violence croissante, le besoin de tuer encore une fois.

- Il n’est pas possible d’imaginer qu’un seul enfant ait été la cible, les autres seraient là pour noyer le poisson ?

- Envisageable mais invraisemblable.

- Le tueur serait venu à pied ?

- Une voiture se fait remarquer en pleine nuit, trop de bruit, surtout dans une petite rue.

- En croisant des gens d’apparence anodine je me demande si le meurtrier n’est pas là, tout près, si c’est cet homme souriant et bonhomme, ce grand maigre, ce petit gros, si c’est machin ou truc, s’il nous regarde passer en souriant certain que nous ne le prendrons jamais. Qui sait, l’idée me vient comme ça, s’il n’a pas pour but de se suicider, ainsi nous resterions dans le mystère et lui laisserait planer une ombre inquiétante pour longtemps.

- Le cas s’est déjà présenté.

- En totale contradiction avec ce que nous savons des tueurs en série.

- L’exception confirmant la règle.

- J’espère que ce ne sera pas cela, surtout pas.

- Il pourrait venir se livrer. Si j’avais un enfant je m’inquiéterais…

- Puisqu’il choisit des victimes plus âgée à chaque fois, supposons que la prochaine devrait avoir environ dix ans, à moins que cela ne corresponde au traumatisme fondamental, s’il y en a un. Mais c’est souvent le cas, un point de départ. Sa quête s’arrêterait à ce barrage, comme si c’était le but, se rencontrer et se comprendre enfin.

- Il répondra à ces questions quand nous l’aurons pris.

- S’il le peut.

- Vous comptez l’abattre ?

- Fut un temps… Mais c’est si loin tout ça.

- Je ne serai pas indiscret.

- Je préfère.

Les deux hommes restèrent silencieux, du coin de l’œil Kah surveillait son partenaire non sans s’interroger en cherchant dans sa mémoire ce qu’il savait de cet homme.



L’apparence trahit-elle la réalité, le monde est-il aussi terrifiant et nauséeux qu’il semble ? Ces gens qui marchent, ces automobilistes prêt à rager contre ces imbéciles de piétons qui les méprisent, avant que les rôles ne s’inversent ? Qui peut comprendre ce qu’il est, et admettre ce qu'il n’est pas ? la vie se résume-t-elle à une perpétuelle agitation ou cette agitation masque-t-elle l’absence de vie ?

Diatek se pose mille questions pour éluder la seule valable. La réponse serait facile à trouver, alors tout serait différent et à son tour il ne pourrait plus reculer. C’était son espoir en retrouvant sa ville : se replier sur son passé pour masquer qu’en lui la volonté de vivre était à l’œuvre et qu’il s’abandonnait à ses manipulations.

Le décor avait peu changé, des badauds, des bagnoles, des crottes de chiens. Le quotidien normal et dissimulateur.

Est-ce cela le bonheur ? Mais non, il le sait, la crise et les difficultés ne sont là que pour emplir l’esprit de préoccupations basiques. De même que l’envie d’accumuler de l’argent, l’exaspération de pulsions fondamentales, pourquoi chez certains cette libération ne serait-elle pas l’envie de tuer ? Il ne s’agit plus de manger ses proies, ce qui arrive pourtant, mais, symboliquement, tuer c’est voler une vie, intérioriser un être, le réduire à l’état de pantin mental. La plus subtile, ou vicieuse, forme d’absorption.

Le bonheur ? L’atteindre c’est le tuer, se perdre dans un ennui sans fin. L’éternité ne peut être autrement.

L’enfant aimait sa maison, l’adulte qui retourne dans les murs de son passé le recherche mais n’en trouvera que l’ombre fuyante au détour d’une porte, d’un coin de rue, d’un escalier.

Les fantômes aussi se lassent.

                                        * * *

Des mains espèrent encore. Le mur serait-il enfin parfait ? L’angoisse ronge le ciment, un rai de lumière pourrait s’infiltrer. Il ne faut pas. L’occultation de l’ailleurs doit être complète pour y disparaître.

Ou le croire.

Pourquoi l’esprit veut-il conserver l’espoir, répéter les mots menteurs qui affirment que demain est possible, que la sortie est proche ? C’est faux, rien ne changera. L’effort pour s'insensibiliser fut trop grand pour reculer. La souffrance serait trop vive, elle est l’ennemie, le monstre riant dans le noir, qui veut et veut, toujours davantage.

La main ne sortira pas de l’eau au dernier moment, elle ne se tendra pas pour un ultime appel, la vie si perverse pourrait la saisir.

Si la victime est sans réaction c’est qu’elle perçoit que la mort, en face, lui ressemble.



Diatek cherche pour ne pas trouver, s’arrête sur un détail pour le faire éclater entre ses pensées sans parvenir à la certitude d'avoir échoué.

Le pire est fragile, il demande que l’on croit en lui constamment.

Son imagination explore toutes les directions. Le froid serait bien, une ère glaciaire qui recouvrirait le monde d’un linceul de frissons. Alors le temps serait figé, l’apparence prisonnière, rien ne changerait plus.

A bien y réfléchir cela ne modifierait rien.

Retenir le temps, trouver la formule mathématique, l’équation magique le réduisant à merci. La lire pour que naisse l’éternité.

Il s’amuse de son délire, sait que rien ne transparaît, qu’il ne sera plus emporté, lui. Quelque chose d'inexplicable le retient. Étrange ciment empêchant sa dislocation, la peur n’est pas l’ennemie, sans elle le monde serait glacé comme celui auquel rêve tant de gens, auquel croient tant de spectres se croyant vivants.

Enfant il passait ici, empruntait cette rue, marchait des heures sans rien voir, l’esprit courant sur des terres magnifiques. La folie vint à sa rencontre, les bras tendus. Il fut le plus fort. Un combat pénible et long dont nul ne sut rien. Le prix fut exorbitant, il l’acquittât. Il sait qu’il lui faut mériter sa souffrance, sa Passion, mériter...

Oui, quelqu’un passa par ces rues qui lui ressemblait, quelqu’un qu’il aurait pu devenir, quelqu’un que la folie n’eut pas emporté s’il avait été plus fluide. Résister fragilise et amène sa propre désintégration.

Les ombres furent amicales, les murs tentateurs, un fil lumineux persista à lui parvenir. Les obstacles furent des marches qu’il gravit vers un futur qu’il craint d’entrevoir.

Une simple porte de placard ?



- Prenons cette rue Kah. Si nous avions des chiens de chasse mentaux ils retrouveraient les effluves de la démence, ce serait super.

- Nous n’en sommes pas là.

- Imaginons ! Le tueur est repu, la main dans sa poche il tripote son arme. Il est impensable qu’il soit passé ici sans croiser personne.

- Et pourquoi pas ? S’il habite près son parcours fut bref, le froid dissuadait les promeneurs, sans oublier la peur d'une mauvaise rencontre. Facile de faire le faraud dans son coin, quand il s’agit de prendre un vrai risque il y a moins de volontaires. L’idéal serait de rencontrer l’heureux possesseur d’un caméscope qui l’aurait étrenné la nuit dernière.

- Cela nous faciliterait bien les choses.

- Trop, notre plaisir en serait amoindri.

- Plaisir ?

- Le mot vous dérange ?

- Au contraire, en prendre dans l’exercice de sa profession, même la nôtre, est nécessaire. Défendre la société, protéger les faibles…

- Vous pensez qu’il n’en valent pas la peine ?

- Chaque cas est particulier, ce n’est pas la fortune qui fait la valeur de l’individu, sinon dans le contexte d’une société dégénérée. Mais c’est là une remarque qui pourrait m’attirer quelques inimitiés.

- L’amitié n’a pas de sens pour vous ?

- Je m’en méfie, dans le cadre professionnel c’est dangereux.

- J’ai entendu parler de vos anciens partenaires.

- Tant mieux, cela nous évite de les évoquer.

Kah se le tint pour dit, momentanément. Il reviendrait à la charge.

Chacun reprit le cours de ses réflexions. Diatek sentait son jeune collègue supputant à son sujet. Finalement il aurait préféré un complice moins intelligent, à croire que cette dernière était contagieuse. Mais il pensa cela pour s’amuser, il avait toujours eu du mal à contrôler son ironie. Avec ses adjoints… Il se ressaisit pour repasser dans sa mémoire les divers éléments de l’enquête.

Il se souvint de leurs éclats de rire quand la tension d’une affaire était trop lourde le rire les soulageait avant de replonger.

Rire en public est obscène, vivant donc suspect.

Avoir un autre ami, un nouveau partenaire ?

Non, il était trop tard, trop tard. Qui sait ce qui lui arriverait. Il ne trouverait de réponse que dans le face à face avec lui-même.

Le Horla l’observe dans les miroirs, prêt à l’y attirer pour prendre sa place. Il va l’affronter, aimer la souffrance, violer la folie et dépasser la mort, ou l'inverse !



Des ombres lui font signe, le gué est sûr.

Piège !

Et si…

Non, non, pas cette fois !

Les vagues gonflent, l’océan se forme, le vent se lève. L’esprit est poussé vers le large où les abysses promettent la paix. Il en reviendra, il a sa lumière.

La vie, dit-on, vient de la mer, en fait elle ne fit qu’y transiter le temps d’un baptême, elle vient de plus loin, de l’Aube.

Le monstre ne peut la vaincre. Son enfance est détruite, aucune de ses victimes n’aura son visage, il ne prendra aucun des leurs. Les sacrifices humaines ne donnent rien, même si le sacrifié est l’officiant.

Les murs ne protègent que de l’extérieur !



Il vit une lumière, par elle il réalisa la présence des parois, le piège se refermant. Le refuser fut le… Non, le refuser EST le plus difficile !

Accepter de voir, renoncer au cocon, sortir. Les premiers pas de l’âme sont plus émouvants que ceux du corps.

Un refus de plus, de trop… Elle dira oui, elle est encore là.

Le vent se lève, il a faim de soi, les filins de peur ne le retiendront pas, l’espoir gonfle les voiles, le cri est un océan qui n’est pas infini !

                                        * * *

La peur rode mais la vie a des obligations difficile à différer, les courses, le travail, le chien a sortir, les enfants à conduire à l’école.

Le jour apaise les craintes comme si le danger ne venait que de l'ombre, comme s’il ressemblait à ces vampires dont on dit qu’ils ne peuvent sortir qu’au coucher du soleil. Ce qui est faux, la preuve…

Dans l’obscurité les terreurs puisent leur crédibilité, la lucidité s’estompe, le visage de l’esprit s’impose, les ténèbres pour miroir.

Le loup porte un costume trois pièces, ou un jean décoloré, comment s’y retrouver si les règles ne sont plus respectées, si les rôles se superposent, comment ? A qui se fier. L’âme se cache d’elle-même, de sa vérité, elle ne la supporterait pas.

Des murs ? Une forteresse grandissant de jour en jour, prison trop solide, bientôt ne restera de place que celle pour un esprit allongé dont la respiration sera impossible. Le silence, l’immobilité, l’univers sera de pierre, une source, apparente, de sécurité.

Des familles pleurent, d’autres ruissellent de joie ; comme si cela avait le moindre lien avec un assassin. Que change-t-il à l’ordre du monde ? Il focalise une attention qui l’attendait, qui l’espérait, le voulait pour ne plus regarder vers elle-même !

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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 06:09
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 06:12

 

Deux amies cheminaient, la première guidant l'autre,

- Sais-tu que déjà nous passâmes par ici,

Murmura l'ainée se voulant bon apôtre,

C'est le plus court chemin pour aller chez mamie.


La seconde se tut, charmée par un décor,

Nouveau pour son esprit malgré une affirmation,

Que le temps, affamé, déjà dévore.

Pour ses yeux tout est frais, nouvelles sensations.


Il en va autrement de sa grande complice,

Qui sait qu'après le tournant surgiront,

Trois chênes et six pins ombrant le vieil hospice,

Qu'il faudra trente pas pour toucher le perron.


Le passé pour elle est un fardeau,

Ne fuient ni les sons ni les mots,

Chaque instant en photo,

Et l'avenir s'approche sans cadeau.


Tout pour sa camarade maintenant est sourire,

Hier était... mais, hier, qu'est-ce que ça veut dire ?

Fut-il vécu, gorgée de joie ou du pire,

L'instant est sitôt né qu'il expire.


Ainsi vont-elles, sœurs plus que siamoises,

L'une est remplie quand l'autre est vide.

Chanceux qui se souvient du goût des framboises,

Mais veinard est celui en qui s'oxyde,

Les souvenirs des moments de douleur,

En conservant l'ombre d'un cri de bonheur.



Mémoire et Amnésie bornent nos vies,

Nous cherchons l'une, l'autre nous héle,

L'imparfait équilibre est ainsi,

Jusqu'à ce que l'oubli lui-même nous appelle !

 

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Publié par Lee Rony - dans Fables
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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 06:08
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 05:25

 

La magie fut le premier jet de la psychanalyse.


C'est trop simple pour que tu oses comprendre.


Le pire est passé, le plus dur reste à faire.


Le berger fait partie du troupeau.


Nous parlerons du passé quand nous y serons.


La valeur de la vie ne se mesure pas à sa longueur.


Comment vivre près des autres en acceptant qu’ils nous renvoient l’image de ce que nous sommes ?


Les taux de la criminalité renforcent la société.


L’éthique est le boulet que se pose à la pensée l’esprit craignant d’avancer.


Le plus difficile c’est de faire son deuil de ce qui jamais ne fut vivant.


J’apprendrai en aimant ce qui me rebute.


Le risque c’est peut-être de n’en pas courir.


Faire réfléchir un con c’est s’en faire un ennemi.


La lucidité empêche d’agir plus que l’inconscience.


Je veux être compréhensible, pas explicable.

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Publié par Lee Rony - dans Aphorismes
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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 05:20
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 05:46

 

Le 02 06 1909, parution du Daehanminbo 대한민보/大韓民報 avec en Une le premier manhwa, sous le titre Saphwa (삽화), œuvre du caricaturiste Lee Do-yeong (이도영). En août 1910 l'occupation japonaise entraine la supression du Daehanminbo. Il faudra attendre les suites du soulèvement du 1er mars 1919 pour que le Japon autorise de nouvelles publications. De nombreuses BD japonaises sont éditées ainsi que des réalisations de propagandes visan, par exemple, à encourager la production de riz comme tribut au Japon.

En 1924 paraît Les vains efforts d'un idiot (Meongteongguri heonmulkyeogi 멍텅구리 헛물켜기) de Noh Su-hyeong (노수형), premier manhwa à utiliser les phylactères. Le manhwa devient le média privilégié pour dénoncer l'occupation nippone. En 1928, toujours dans le Chosun Ilbo Ahn Seok-ju publie des BD en une seule case (Manmun Manhwa) sur la vie quotidienne dans le seoul occupé.



Après la Libération le pays est sous administration américaine et soviétique. La presse est moins contrôlée et des manhwa satyriques font leur réaparition. Le Professeur Kojubu de Kim Yong-hwan (김영환) paraît dans le Seoul times. Ce dessinateur créera aussi Le soldat Totori pour exalter le courage des soldats du Sud lors de la Guerre de Corée. Il créera le 15 septembre 1948 Manhwa Haengjin (만화행진/漫畵行進) (Le manhwa en marche), première revue consacrée à la BD. Ce magazine sera censuré dès le deuxième numéro !

Le 13 mars 1949 sort Manwas news, publication hebdomadaire qui durera un an, publiant outre Kim yong wan, Kim Seong-hwan (김성환), Shing Dong-heon (신동헌), Kim Eu-hwan (김의환) et Lee Young-chun (이영천).

Durant le conflit (1950-1953) chaque camp utilse le dessin comme moyen de propagande. À Cette époque les revues de manhwa multiplient les récits d'aventures et fantaisistes comme Le docteur Hendel de Choi Sang-gwon (최상권).

               

Ces revues sur un papier de mauvaise qualité appelées les Ttakji manhwa (딱지만화) publiées à Busan permettent à de jeunes auteurs de faire leurs débuts. Le manhwa prend alors sa forme contemporaine.

Le coup d'état du 16 mai 1961 limite la liberté d'édition, en 1966 un monopole éditorial sera accordé au distributeur Hapdong Munwhasa. En 1965 signature d'un traité d'amitié et de commerce avec le Japon, la culture nippone était interdite et le sera officiellement jusqu'en 1998. Le manhwa s'épanouit dans le récit narratif, le drame historique et les adaptations de classiques chinois et coréens par Go U-yeong (고우영), en particulier avec les séries Im Keog-jeong (임꺽정), Suhoji (수호지/水滸志), Samgukji (삼국지/三國志) adaptation de l'Histoire des Trois royaumes, son plus grands succès, ainsi que Chohanji (초한지/楚漢志), Seoyuki (서유기/西遊記), Garujikijeon (가루지기전) ; les sagas de Bang Hak-ki (방학기) se distingueront par la qualité de leurs scénarios et le naturalisme des dialogues. Parallélement à ces publications destinés aux adultes paraissent de nombreuses revues pour la jeunesse révélant entre autres Kil Chang-deok (길창덕), Yun seung-hun (윤승훈), park Su-dong (박수동) et Shin Mun-su (신문수).

Après le coup d'état militaire du 12 12 1979, les années 80 seront plus contraignantes, les salles de prêt proposent de longs récits s'étalant sur de nombreux volumes, genre lancé par Lee Yeon-se (이현세) avec Une redoutable équipe de base-ball (Gongpoeu Oeingudan) mettant en scène une équipe de nuls qui à force de volonté et d'entrainement battent les équipes japonaises, le suivront Heo Yeong-man (허영만) ou Park Ki-jeong (박기정).

La manifestation du 10 juin 1987 appelle une politique d'apaisement, le manhwa s'ouvre à des genres inexplorés, en particulier le récit réaliste qui traitera des problèmes de la campagne et de la pauvreté urbaine. (Lee Doo-ho, Oh Sae-young, Cho Yang-ho, Shin Young-sik, Lee Hee-jae). Kim Su-jeong crée Dooly le petit dinosaure "cousin" de Snoopy qui connaîtra un immense succès.

                                      

Dans les années 90 les sujets traitant du quotidien s'imposent, notamment dans les publications desinées aux filles (sunjeong manhwa). Disparue dans les années 70 celle-ci revient en force. Les auteurs sont majoritairement des femmes :
Shin Il-suk, Kang Gyeong-ok, Kim Hye-rin, Lee Kang-joo ou Hwang Mi-na. Cette dernière créa en 1985 le magazine Nine. Elle utilise également la Corée comme cadre de ses histoires. Paraîtront également des revues spécialisées dans la science-fiction et l'héroic fantasy. À noter qu'en Corée il existe une quasi parité entre femmes et hommes.

Les auteurs masculins s'appuient sur leurs expériences pour décrire le quotidien, familial principalement, Choi ho-cheol décrit la vie quotidienne des citadins (Euljirosunhwanseon) et souligne la difficulté de s'occuper d'un bébé (Chez Hee-ram), Hong Seung-woo évoque la paternité dans Bibimtoon contant la vie d'un jeune couple et de son enfant, Yoon Tae-ho évoque l'amour entre personnes âgées dans Romance, Lee Yoo-jeong (이유정) se penche sur le fétichisme des petites culottes blanches des lycéennes en uniforme et la violence au quotidien.


Depuis la fin des années 90 de nouveaux manhwaga (만화가) bouleversent les structures graphiques et scénaristiques et prèchent l'individualisme. Snowcat (né en 2001 - prix 30 Millions d'Amis 2006 !), de Kwon Yoon-joo, en est l'exemple, ce petit chat aux grands yeux ronds s'oppose à la culture collective et prône le droit à la solitude et à une vie hors des cadres habituels. Son site : http://www.snowcat.co.kr/ est une forme de journal intime réactualisé presque quotidiennement. Lee Hyang-woo dessine sur du tissu ou fabrique des poupées qui deviendront les personnes de ses BD, Iwan s'attaque aux cases dans Jumping, et Kim Jae-in (김재인) crée Mashimaro (마시마로), lapin blanc dont les aventures continuent en animation flash sur le web. Yang Young-soon (양영순) traite des fantasmes masculins dans Nudi nude (1995)...





Aujourd'hui internet est devenu un support normal pour le manhwa en plus des ventes en librairie et des manhwabang, réseau de bibliothèques créé en 1959 où l'on paye à l'heure et qui sont ouvertes 24h/24 ! Il en existe environ 3 000 aujourd'hui.


Quelques majors (Daewon C&I, Seoulmunhwasa, Sigongsa, Haksan, Chorokbarmagics) se partagent le gros de la production. Les manhwa sont disponibles sur le web en téléchargeant les planches et en payant électroniquement. De nombreux studios  en conçoivent spécialement pour les téléphones portables, E3Net propose depuis 2003 un service accessible par abonnement mensuel.


Comme le manga japonais et le manhua chinois le manhwa est fortement influencé par l'art classique chinois et les gravures anciennes (Xe siècle) qui servaient à diffuser les canons bouddhiques. Dans la gravure coréenne Bomyeongshibudo (보명십우도/普明十牛圖) une vache raconte une fable, la page est découpée en case et l'image surmontant le texte l'illustre.


            

Signalons que le manhwa se lit de gauche à droite ! Vous n'aurez pas de difficultés pour en trouver et découvrir une richesse bien loin de l'image que vous pouvez en avoir...


Pour en savoir plus vous pouvez aller, d'abord, sur bédés d'Asie.

 

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu
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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 05:50

 Survivre au Mal - 7

                                                  8


Les communiqués de la préfecture sont sibyllins, difficile de masquer le vide d’une enquête débutant. Comment en un jour mettre la main sur un tueur intelligent et pervers ? La routine est utile, vérification des individus fichés, des malades mentaux plus ou moins en liberté, mais les pires savent se dissimuler et si, parfois, un pensionnaire en récréation d’asile se fait prendre d’autres ne sont jamais repérés et mourront en emportant leurs secrets et leur tableau de chasses.

Il ne croyait pas à une piste trop évidente. Certes la folie progresse, elle apparaît tôt mais ses premières manifestations ne sont pas des homicides, seulement des comportements particuliers que les parents voient rarement, trop de changements interviendraient. Là, proche, l’étrange et le monstrueux se font concurrence et nous évitons le miroir qu’ils tiennent devant nous.

Tuer des mouches ? Empoisonner les chiens du voisinage, casser ses jouets ? Un enfant agissant ainsi ne devient pas, forcément, un tueur en série. La démence dangereuse laisse une place à la lucidité afin de savoir comment dominer discrètement afin d’agir plus violemment ensuite. Elle astique ses serres derrière une apparence trop sage. Oui, méfions-nous d’abord des enfants trop tranquilles jouant dans leur coin sans s’intéresser à leurs camarades, lesquels se tiennent, instinctivement, à l’écart. La folie leur tend une main secourable et leur offre les paysages infinis du délire.

Tuer c’est aussi couper son propre cordon ombilical, trancher la corde qui fait lien avec le réel et autrui, une corde qui serre, retient l’esprit voyant s’ouvrir devant lui un espace infini prometteur de plaisirs et de satisfactions prodigieuses. Il lui suffit de céder à la tentation. Qui peut séjourner dans le désert et continuer à dire non ?

Qui ?

Diatek sait qu’il pourrait n’être que le second !

Un criminel de ce genre revient rarement sur les lieux de son crime, il l'emporte et le revit jusqu'à ce que sa faim se réveille.

Les regards les plus avides sont ceux des innocents. Mais… N’être pas coupable est-ce être innocent ?

L’expression contrite dissimule le regard souriant, la mine apitoyée étouffe les murmures déçus de ne pas en voir plus, de ne pas avoir été là alors que ceux qui ont ce regret ne l’auraient pas supportés.

Il manque de criminels tant le nombre de victimes "méritantes" est élevé !

Témoignages à compiler, affirmations à vérifier, recoupements à effectuer. Un troisième crime différent, la victime est sortie d'elle-même sans se douter de ce qui l’attendait. Pas de lutte, tout fut rapide, une main frappe un enfant content d’échapper à la protection parentale, si pesante, si utile. Il n’a pas compris. Comment dans une société refusant la mort, injectant du formol mental pour faire croire à l’éternelle jeunesse, à l’éternité bientôt accessible. Comme si cette dernière n’était pas la pire malédiction.

L’assassin joua finement, se tenant sur les dalles de pierre formant chemin pour ne laisser aucune trace derrière lui.

Outre le sang figé du cadavre est évident celui, froid, du tueur, qui appela sa victime alors que ses parents étaient proches. Le rendez-vous avait été pris avant, ainsi l’enfant n’avait-il pas été étonné.

La petite rue est si tranquille. Peu de fenêtres en hauteur, encore que l’hiver fasse qu’elles sont fermées pour se protéger d’un froid que le garçonnet brava pour s’approcher d’un autre plus profond et définitif.

La première victime avait été choisie, le forfait mûrement réfléchi, une fois commis il interdisait tout recul. Le deuxième enfant s’était présenté de lui-même, manipulé par les circonstances. Le pli était pris, la folie meurtrière ne pouvait plus se satisfaire d’images, se nourrir d’attente, elle voulait être alimentée encore d’où la nécessité de puiser dans l’environnement une proie facile. Ce troisième cadavre sentait le coup de fringale à contenter sur-le-champ. La mémoire avait été ouverte au chapitre des connaissances, l’obsession était impérieuse. Tuer est un soulagement temporaire.

Diatek le comprit rapidement, c’était écrit en lettres invisibles sur les feuillets de l’évidence. La silhouette du tueur ne lui apparaissait pas, pas encore. Il redoutait de s’en approcher pour mieux la distinguer, pour laisser passer en lui les flots de peur expliquant ces assassinats.

Malheureusement il ne put couper à la conférence de presse, trois cadavres sont une pâture attirant trop de bêtes à micro, à caméra, à stylos. " Nous faisons le maximum… Tout ce qui est en notre pouvoir… Moyens considérables en hommes, en matériel… Nous… "

- Et vous commissaire ? Vous semblez jeune pour mener la traque ?

- Je semble seulement. La valeur n’attend pas le nombre des années vous le savez. L’âge ne porte pas en soi les qualifications requises. Je connais mon métier. Tous nous souhaitons conclure rapidement, cela implique une discrétion déplaisante mais nécessaire.

- Vous semblez faire peu de cas de vos obligations médiatiques ?

- Merdiatique.

- Grâce à nous vous deviendrez une vedette.

- Je laisse ce désir aux Mères Denis de l’actualité.

- Passer de l’ombre à la lumière vous éblouit.

- Celle que vous offrez est artificielle.

- Les médias font partie du paysage maintenant.

- Comme les tours de béton et les décharges publiques, oui.

- Vous ne souhaitez pas entretenir de bons rapports avec nous ?

- Pour ce qui est des rapports je les préfère autres, quand à ce pluriel de majesté à vous de savoir s’il est justifié ou révélateur. Les obligations périphériques à mon métier sont de pénibles contraintes. Je suis policier, rien de plus.

- Et nous journalistes, rien de moins.

- Et pour cause !

- Vous avez besoin de nous.

- Je ne parle pas de mes besoins en public.

- Ce n’est pas ainsi que vous obtiendrez notre collaboration.

- Qui dit que je la recherche ?

- Vous préférez travailler dans l’ombre et le secret.

- Je préfère la méthode qui me convient, du moment qu’elle donne des résultats c’est suffisant pour moi. D’autres dans la profession sont heureux de se montrer, de faire parler d’eux, maintenant vous faites partie du décor, vous arrivez plus vite que les mouches. A la différence qu’elles sont utiles. Aucune de vos questions ne concerne l’enquête, quand celle-ci aura donné des résultats nous aurons peut-être l’occasion de nous revoir en attendant vous pourrez dire du mal de moi ça n’a aucune importance.

Tranquillement le policier s’éloigna, laissant derrière lui micros et caméras. Kah l’applaudit silencieusement, heureux de n’avoir pas eu à affronter la horde des charognards.

- Pas mal, vous avez l’habitude de vous exprimer ainsi ?

- Je vais me faire taper sur les doigts. Je n’attends pas d’articles élogieux, quand au contraire ça m’indiffère complètement. A mon avis il n’en diront pas lourd, ils garderont ça pour une prochaine fois, je leur souhaite de la patience. Facile de tenir tête à ceux qui ont de grandes gueules mais de petites dents.

- Jolie formule.

- Oui, j’en suis content.

- Être populaire vous paraît inutile ?

- Populaire est un mot que j'associe à soupe… Un journal n’est pas le meilleur papier pour s’essuyer ! Je ne vise pas de siège électoral, de poste important, je n’ai pas à ménager de susceptibilités, de fausses vedettes. Se mettre à genoux n’est pas la solution, au contraire

- La diplomatie est une qualité.

- Je sais en faire preuve quand les circonstances l’exigent.

- Ce n’était pas le cas ?

- Oh non ! L’obligation de paraître me dérange. Si le tueur est arrêté rapidement mes déclarations passeront et ils m’emmerderont moins dans le futur. Média et médiocre ont une même origine étymologique. Vous aimeriez devenir une vedette ?

- Vedette est un grand mot, je me souviens de célèbres commissaires venant à la télé expliquer leur travail, c'était intéressant.

- Tout dépend de qui maîtrise le jeu. Ne vous laissais pas griser. Quand nous aurons solutionné cette enquête vous serez au premier plan, moi je suis un sauvage.

- Vous ne redoutez pas qu’un journaliste soit intéressé par votre personnalité, qu’il soit tenté d’en savoir davantage sur vous ?

- Et alors ?

- Vous êtes un homme étonnant, un policier… Comment dire ? Qui eut une carrière discrète, sinon obscure.

- De quoi intéresser des fouille-merde…Pourquoi se faire du souci par avance ? Affrontons les problèmes quand ils sont devant nous. S’il faut prendre des cours de communication pour faire son métier...

- Si nous changions de sujet.

- N’oublions pas que nous avons un tueur quelque part, actif, féroce et efficace. Chaque crime le rapproche de nous, pas l'inverse ; nous le poursuivons mais lui s’efforce, avec des moyens personnels et dramatiques, de briser la cage de silence qui l’entoure.

-C’est étrange de fonctionner ainsi, par impression.

-N’est-ce pas ? Le flair est-ce un mélange d'expérience et d’intuition, la capacité à laisser son cerveau fonctionner sans le contraindre par d’abusives règles. Est-ce si étrange de se passer de chaînes ?

-C’est inhabituel.

-Le mot est bon, inhabituel. Anormal diraient certains qui prennent la routine pour un obligation alors que c’est seulement un tranquillisant.

- Il se peut que je me trompe mais il me semble que vous prenez très à cœur cette enquête. Qu’elle a une signification personnelle ?

- Je l’utilise ainsi, symboliquement bien sûr. Chaque événement évoque en nous des échos utilisables, pose devant nous un miroir dans lequel découvrir une image nouvelle, et inquiétante, de nous, est possible. Pourquoi un crime d’enfant nous touche-t-il, ou un meurtre de vieillard ? pourquoi sommes-nous indifférents aux milliers de décès quotidiens ? La mort est présente, active, nous faisons notre possible pour ne pas le comprendre, pour ne pas l’admettre. Nous la voyons frappant un enfant, nous baissons les paupières devant les ravages de sa faux.. Combien de morts seraient évitées avec de petites modifications de comportements. L’époque trouve là une expression révélatrice de ce qu’elle est, de ce qu’elle veut ou vaut. Pourquoi la folie meurtrière tient-elle la vedette alors qu’elle n'est pas nouvelle ? Que nous dit-elle d’une nature humaine refusée et qui a trouvé cet alibi pour se libérer ? Quelle soif étanche-t-elle ? La société nous pose de plus en plus de poids sur le dos, nous sommes partagés entre la satisfaction de nous courber, d’être comprimé, encadré, dirigé et la volonté ancrée en nous de nous redresser pour choisir un chemin plus satisfaisant. La vie ne se satisfait pas de lâcheté et s’exprime à sa façon. Nous habitons des hôtels particuliers ou des HLM mais tous nous oublions sur quoi ils sont érigés.

- Voilà qui captiverait les journalistes, les vrais, les curieux.

- Nous évoquerons le sujet plus tard. Nous avons tant d’informations à collecter, ces crimes sont des lignes qui se recoupent. Il suffit de si peu pour découvrir une piste et attraper l’assassin. Un indice nous crevant les yeux sans que nous comprenions son importance. L’intuition est utile dans ces circonstances, laisser en nous les pensées s’interpénétrer et espérer qu’une illumination viendra éclairer nos doutes et solutionner nos interrogations.

- Un quatrième aurait d’importantes répercussions. La ville est en état d’alerte, tout peut arriver maintenant.

- Une étincelle mettrait le feu aux poudres. Rien de tel que de bons dictions puisés dans le savoir populaire pour résumer une situation.

- Une étincelle de démence embrasant une poudrière de folie.

- Une formule digne de moi !

- Je le prends comme un compliment commissaire.

- C’en est un. La folie… Ce genre de crimes est-il inutile ? Nous baignons dans une lumière artificielle, nous immergeons dans une société virtuelle, quel moyen pourrait employer la nature pour secouer notre assoupissement ? Elle est attirante, présentée comme une porte vers la liberté. Une vitrine plutôt ! Je comprends qu’il soit fascinant de disposer du pouvoir de vie et de mort, mais c’est une illusion, tuer n’est pas cela, au contraire. Une liberté sur écran, pour spectateurs assoiffés d’hallucinations ! Comme l’univers, supportable par la télévision, redoutable, seul, la nuit, par l’évidence mise sous notre nez. Mais cela nous éloigne de notre affaire.

- Vous revenez dans votre ville pour vous poser ces questions et voilà que ce sont elles qui vous sautent sur le dos.

- Elles me guettaient.

- Vous espéraient.

- Comme si leurs réponses devaient me conduire au tueur.

- Symboliquement, par une libération intellectuelle.

- C’est tout à fait ça, vous étiez bon en psycho ?

- Pas mauvais, et vous ?

- Aussi.

- Mais vous avez raison, nous dérivons.

- C’est mieux que de délirer. Le problème en la circonstance est que nous ne pouvons déguiser un policier en nourrisson.

- Le tueur ne se laisserait pas prendre. Il tourne à plein régime et ne tiendra pas longtemps. Les ténèbres l’envahissent, le dissolvent.

- La liberté se masque d’ombre.

- C’est magique de parler si bien.

- C’est facile, tentateur pour aligner des phrases semblant sensées mais ne voulant rien dire. C’est le moyen de critiquer et de se placer au-dessus des autres, j’y cède souvent alors que je ne suis pas si différent que je le voudrais. Si nous pataugeons dans la merde c’est qu’il y a partout des trous du cul la produisant et je dois à la vérité de dire que j’en fais partie.

- Il y a une bonde quelque part pour l’évacuer ?

- Espérons-le, mais qui plongera pour la chercher.

- Un fou.

- Oui, un…

                                        * * *

Cette vitre est une transparence trompeuse, elle fait de cette prison sans barreaux au fond de laquelle croupit une âme qui sait que pleurer ne résoudrait rien, qui ne veut plus chercher, ne peut plus comprendre et en souffre encore davantage.

Fini les larmes, les cris, seul subsiste le silence renvoyant les échos d’un vide qui ne mérite pas ce titre alors que rien ne pourrait le combler. Il n’y a plus de mots, de bouche pour en prononcer, de main pour se tendre loin de ces murs devenus rassurants maintenant, plus loin, au-delà, ce pourrait être pire que le pire.

Le corps bouge, se manifeste, programmation sociale, rien de plus. Ne peuvent en voir l’aspect véritable que des spectres gorgés de terreur, damnés, ils ne sont pas aussi nombreux qu’on croit !

Des bancs de brume veulent échouer l’esprit, se retirant ensuite afin qu’il constate sa réalité, que son désespoir grandisse de se sentir proche du salut sans pouvoir l’atteindre.

L’agonie devient parfois promesse de paix.

Les mains ne savent plus, la bouche a oublié sa nature, le regard perçoit un amas de formes en mouvements. L’appartement est joli, les parois couverts d’un beau papier. Mais qu’y a-t-il derrière? Quelles monstruosités coulant des parois pour submerger le monde ? Quelles horreurs errent-elles dans les rues et les chemins en riant d’une satisfaction diabolique ?

Les doigts perçoivent la dureté des murs, la joue demande un froid qui ne peut, encore, s’imposer. Le rempart n’est pas achevé, il est nécessaire d’en boucher chaque interstice, qu’il soit opaque.

Les voix du dehors sont un piège, un tas de mensonges, des mâchoires en quête d’une proie tendre et délicate, des crocs, des crocs… Bleus.

 

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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 06:42

 

Écrire, raconter ma vie, cela me semble vain, pourtant j'en fais encore l'essai, sachant qu'il ne sera pas transformé, le besoin de clore mon histoire me fait retrouver cette habitude. Enfant je tenais mon journal, notant ce qui me passait par la tête ou m'arrivait, en vrai ! Tout me semblait fantastique, et l'était ; tout était découverte, le monde était paré de mille couleurs. Elles sont passées, mes illusions ont été aspirées dans l'abîme du réel, antre obscure où le quotidien détruit les rêves. Je n'ai pas de regret, qu'en faire ? Mon quotidien est banal au point que chacun peut l'imaginer.

Flashback, il y a quelques semaines j'apprends que mon géniteur est au plus mal, la nouvelle ne me surprend pas, elle ne me touche pas davantage. N'était-il pas responsable de mon acte ?

Ce secret l'accompagna vingt ans. lui aussi !

Mais que restait-t-il de vivant en lui, comme en moi ? Pendant des années je ne me suis plus posé la question, c'était loin, ailleurs, dans les pages du journal qui reçurent mes aveux. J'ai crié sur une page, pleuré sur la suivante. Échos résonnant dans une ancienneté telle que nulle curiosité ne devrait les retrouver. Mes larmes sont fossilisées.

Bref, j'appris l'agonie paternelle, son fantôme était mort depuis...

Deux puits ? Voilà ce que nous fûmes, l'un est comblé maintenant, j'occupe l'autre. Loin, au-dessus, une tache d'espoir se moque mais il m'est interdit de l'atteindre. Dans l'obscurité mon esprit s'interroge, ma solitude est-elle aussi totale que je pense le souhaiter ?

Je me perds dans ces feuillets, écrire est difficile, les mots pèsent et l'encre devient rouge devant moi. A quoi bon l'émotion, n'est-elle pas inutile puisque ce cahier attendra sous un linceul de poussière d'être lu. Qui, déchiffrant mes pattes de mouches devinerait leur sens ?

Au seuil de la mort peut-être le brûlerais-je, pour tout effacer, pour que personne ne sache, ou je l'emporterai dans mon cercueil, il me tiendra compagnie, il me rappellera, il m'interdira d'oublier.

Je ne suis allé le voir qu'une fois, je ne l'ai pas touché, il me répugnait, les vieux, les malades me dégoûtent, nous nous sommes regardés un moment, les mots étaient inutiles, nous savions à quoi nous en tenir, je n'avais pas pardonné, ni à lui ni à moi. Comment l'aurais-je pu ?

Les souvenirs sont implacables, je n'ai rien oublié, rien... ni du bruit, ni de la peur qui me tenait, le fusil était si lourd... Qui se douterait que c'était moi qui l'avais chargé ? Mon oncle aimait chasser, il était fier de ses armes, il a cru que je jouais, et puis il a croisé mon regard, avais-je des yeux d'enfants à cet instant, je parierai que non, je pleurai en relevant le canon, il s'est approché, j'ai tiré...

Le soir même j'ai dit à mon père que je l'avais tué, que je l'avais tué, lui, par personne interposée ! Il était mort et personne ne le voyait, seuls lui et moi savions. De cet instant il n'osa plus m'importuner.


Sa seconde mort est la mienne, je m'en aperçois en l'écrivant ; d'une balle je fis trois victimes, dont une innocente... Je n'en conçois pas de remord, je suis le fils de mon père !

La justice humaine ne m'atteindra jamais, peut-être, un jour, devrais-je passer devant l'autre, si Elle existe.


Peut-être...


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Publié par Lee Rony - dans Nouvelles
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