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24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 05:20
Héritage - 8 

 

                                                 09


Le silence qui suivit bruissait de questions, de doutes et de curiosités. Morton avait beaucoup étudié, avec ce policier il découvrit que le su est parfois moins important que le ressenti. L’expérimentateur agit sur l’expérience mais que peut-il apprendre de lui même au travers de sa perception des résultats obtenus ? Il découvrit un univers de mystères, en résoudre un en révélait deux, le combat était perdu d’avance, son ami lui affirma que c’était mieux ainsi.

- J’en connais qui verraient dans ta vie une volonté à l’œuvre.

- En regrettant qu’elle ne le fut pas avec eux. Logique chaotique ! Ne me demande pas ce que je veux dire. J'esquisse ma pensée.

- C’est toi qui passas ces épreuves, un chemin riche en découvertes que tant prirent, beaucoup chutèrent au premier obstacle, d'autres au deuxième, et ainsi de suite. Tu as réussi parce qu’il est logique, ton mot, qu'une expérience réussisse si elle est répétée le nombre de fois suffisant, le chaos ignore la lassitude.

- Tes mots sont rassurants, pendant si longtemps j’ai parlé beaucoup sans rien dire que j’ai crains être incompréhensible.

- Un diapason ne crie qu'avec deux tiges.

- J'adopte la comparaison. Des obstacles pour faire le tri.

- Nous nous comprenons.

- Trop bien, c’est inquiétant.

- Avant, timidité ! Être lâches serait fuir le combat hantamé.

- Inquiétant messie vrai. Esprits parallèles, l'un artiste-scientifique, l'autre, l'inverse ; chacun prend et donne, apprend et enseigne.

- La science considérée comme un art et l’art comme une science.

- L’intuition, le rêve, l’approche du délire, l’approche seulement, la science créant la chair manquant au squelette pour incarner le réel. Ce chemin, ces empreintes, un corps, deux jambes, l’équilibre.

- Où conduit ce chemin ?

- Par-delà l’illusion voilant la peur. Où exactement, ça...

- Nous sommes ignorants, avons-nous passé l'effroi, l'image est-elle superflue ? Pouvons-nous supporter l’inconnu ?

- Les mots sont flous, limités par mon vocabulaire, Le test s'affina à force d'échecs. Apprenons !

- C’est fort ce que tu dis, troublant et émotionnellement riche.

- L’émotionnel par l’artistifique ?

- Des capacités, inutilisées génèrent une souffrance, et employées... aussi. La précocité tue, l’enfant souffre, ignore pourquoi et personne ne sait l’aider, sa situation est particulière, ignorée de ses parents et d’un système éducatif normalisateur et meurtrier. Précoce est inutile si c'est pour arriver plus tôt au niveau des autres, tu sus gérer le courant et survivre, maintenant tu peux l'utiliser.

- L'épreuve imposée par mon père lui offrit quelques dérivations opportunes, comme programmées, nous pouvons le dire puisque cela ne s’est pas passé autrement. Quelque impression de choix, de libre-arbitre que nous ayons, nous ne suivons qu’une route, les autres se perdent dans des si, cailloux spectraux jetés sur d'improbables chemins. Intelligent est un qualificatif dont on m'affubla, comme une contrainte, pas un avantage. Kah prononça celui de génie, un terme qui ne saurait s'employer avec être ! Quelqu’un dit qu’il est affaire de patience, de résistance plutôt, à ce courant intérieur, à sa violence, aux visions qu’il charrie. Sais-tu bouger les oreilles ? Non ? L’ayant appris jeune tu saurais le faire, des terminaison nerveuses se forment dans les premières années de la vie, ensuite il est trop tard. La précocité est l’aptitude à encaisser un ampérage plus grand. La question se pose parfois de la différence entre un surdoué et un génie tant celui qui part tôt finit dans la banalité. L'important est d'aller loin, même lentement.

- Je ne fus pas précoce et ne suis pas un génie.

- Je rentrai dans le rang. Le choc de cette nuit de septembre créa une liaison nouvelle, sans cela l’installation aurait sauté quelque part, cela commençait, mon attitude parfois autistique fut une protection avant cette nuit, davantage après, le système avait besoin de s’installer, un arbre ne naît pas en un jour, un arbuste peut aller plus vite et je ne parle pas du brin d’herbe.

- Ainsi peux-tu aller plus loin, c’est le lièvre et la tortue.

- Un lièvre folâtrant, prenant son temps pour une longue course mais passant l’arrivée une seconde avant la tortue pour ne plus s’arrêter.

- Et nous partîmes d’une volonté à l’œuvre, de ta vie.

- Ma vie est la Vie, je suis un essai.

- Le bon ?

- Ça...

- Nous aviserons, parlons du voyage qui nous attend.

- L’avion, la maison, du tourisme.

- Presque.

Morton avait raison, presque !

                                        * * *

Taxi ! Diatek donne le nom de l’aéroport.

- Vous prenez l’avion ? Finit par demander le chauffeur.

- En principe, répondit le policier, en ayant envie de nier pour souligner qu’ils allaient prendre le train.

- Tourisme ?

- Études.

- C’est moins bien.

- On fera les deux en même temps.

- L’idéal. Savoir ça sert mais ce sont pas les études qui aident à vivre.

" C’est l’ignorance " murmura Morton.

- Sûr, ça occupe.

- Pourquoi pas, si vous pouvez. Moi je critique pas, je suis mal placé, taxi, hein, c’est pas un métier facile.

- Je veux bien vous croire.

- Moi j’apprécie la discrétion, faire chier personne, et l’inverse.

- Surtout l’inverse.

- Si vous voulez.

" Le client a toujours raison."

- Remarquez j'me plains pas, j’en vois de toutes les couleurs, si vous saviez ce qu’on charge, ce qu’on décharge "Ce con décharge…" c’est à se taper le cul par terre. Je parle de ce que j’entends mais y’a c'que je vois. Les couples qui se tripotent, ceux qui s’enfilent discrètement, qu'ils le croient. Ça me vaut un pourboire royal. C’est le bon côté, l’autre jour un type a coulé un bronze sur ma moquette, j’ai rien vu, il a baissé son froc discrètement, a posé son affaire, au feu rouge, il s’est barré fissa, je pouvais pas laisser la bagnole au milieu de la route, ce fumier avait bien calculé, un habitué de la chose.

- Un vrai chieur.

- C’est le mot, putain, et le bon. Si je le retrouve celui-là je me sers de sa langue pour me torcher, cela dit sans vouloir vous ennuyer.

- Les gens sont sans gêne parfois.

- Je vous le fais pas dire, z’avez une tête de pas con vous.

- On ne choisit pas.

- C’est sûr, encore que… La plupart seraient content d’être cons s’ils avaient un moment de lucidité. Seriez pas prof par hasard ?

- Non.

- Ça, m’aurait plus, enseigner " En saigner… " faire le savant. La science, un truc comme ça.

- Mon ami ici présent est truc-comme-ça, je ne suis que commissaire.

- Ah bon !

- Y’a pas de mal, je ne m’occupe pas de la circulation.

- Je respecte pas toujours le code, les autres non plus, et puis moi c’est professionnel, les clients sont toujours pressés.

- Pas nous, ça va, je connais bien votre profession.

- Des fois je rencontre des fl… des policiers, on discute, copains quoi.

- Vous avez raison, mieux vaux être du côté du manche, si j’ose dire.

- Je vous approuve, à fond.

- J’en suis certain.

- Et c’était vrai, le manche, à fond, certain !

- sympa de parler, souvent c’est l’inverse, les clients parlent, comme avec une pute, en moins cher et y consomment pas, c’est la voiture, l’isolement, l’inconnu, ça fait confessionnal, comme qui dirait.

- Jolie comparaison.

- Policier aussi ça m’aurait plu, les interrogatoires, le show-biz.

- Les camés, les tueurs qui sifflent, les balles qui rôdent..

- Finalement taxi c’est mieux.

- Oui, hein ?

- Livrés dans les temps.

Diatek ne releva pas, Morton sourit.

Un signe de la main, une amitié mort-née, triste.

Diatek retrouva l’agitation des gens allant et venant, le bruit des annonces, des valises posées au milieu du chemin, un coup de pied, un regard amical au propriétaire, une distraction.

Un minimum d’attente pour le billet, rien à dire.

- Mon premier voyage pour le nouveau monde.

- Beau comme une morgue aux tiroirs béants, la chaleur en plus.

- Et les mouches, j’adore les mouches.

                                        * * *

Plus près du ciel comme pour y trouver une solution, n’importe laquelle pour peu qu’elle fasse vrai. L’ailleurs est impossible, Diatek sait qu'il est interdit de quitter le chemin.

Un voyage vers soi est le plus difficile, le seul nécessaire.

Les hôtesses, jadis… La vie ne s’épargne pas, elle s’utilise ou se perd.

Le plaisir ? il connut, empruntant maintes voies, laissant explorer les siennes à l’occasion, copulant à tour de bras, si cette expression a un sens, auquel cas il a sa place ici !

L’instinct parlait, la fuite dans l’animalité avait sa raison d’être.

Fini ! Une collection complète est fade. Le plaisir est dans la quête.

Son père collectionna les victimes jusqu’à avoir des doubles. Annonce amusante : échange petite fille égorgée contre vieillard brûlé vif.

Hilarant non ?

Non ?

Des morts ? Ses mains tuèrent, souvent, n’hésitant jamais, par besoin d’abord, sûres de leur bon droit ensuite, le plus mauvais des alibis, s’il en est un bon.

Quels plans forma-t-il dans sa jeunesse ? Tuer… L'excitant est d’aller contre soi, de savoure la honte, la culpabilité, de s’entendre hurler de souffrance mais d’agir malgré tout. S’enfoncer dans le dégoût de soi, rassuré de se découvrir le méritant, un processus psychologiquement compliqué mais évident pour celui qui le vit qu’il évite les questions.

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 05:04

 

T'es laid ! dit le plus petit des deux,

L'autre sourit, se méprenant :

" Y passe quoi sur le petit écran ? "

T'as rien compris, j'dis qu't'es hideux !

" Et alors tu crois que c'est facile pour moi ?

Je te rappelle que je suis pas tout à fait vivant. "

Moi je suis mort depuis cinq cent ans,

C'est marrant ? Tu crois que j'ai le choix !

" Tu es plaisant et séduit les femmes,

Je suis romantique mais hideux,

Toi, à l'intérieur tu es affreux,

Dissimulant tes crocs et ton côté infâme. "

La vie est ainsi faite que souvent l'aspect,

Importe plus que les élans du cœur.

Voulant aimer tu n'inspires que peur,

L'apparent seul attire le respect !


Ayant dit les deux monstres en riant,

S'en furent en quête de proies.

De l'horreur sont-ils les rois,

Ou est-ce leur gibier le plus terrifiant ?


L'atroce auquel tu crains de croire,

N'est-il pas ton reflet dans ce miroir ?

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Publié par Lee Rony - dans Fables
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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 05:49


- Tu as choisi chérie ?

- Pas encore, j'hésite, c'est toujours pareil quand il y a trop de choix, comment se décider ?

- Je comprends, nous reviendrons si tu veux autre chose.

- Ce serait bien, mais ils ne sont pas souvent ouverts.

- Les produits de qualité sont rares, mais tu sais que nous serons prévenus, ce n'est pas un lieu accessible à n'importe qui.

- Heureusement, d'ailleurs tu n'as jamais voulu me dire qui t'avait recommandé.

- Cela fait partie du jeu, ne sois pas jalouse.

- Quand même un peu, tu ne partages pas tout avec moi mais puisque c'est le règlement...

- Ce soir ton regard triste ne pourra pas m'émouvoir.

- Non ?

- Non !

- Pour cette fois je préfère que tu me fasses des cachotteries.

- N'est-ce pas ?

- Finalement je crois que je vais prendre une demi-cervelle, et toi ?

- Une tranche de foie, il paraît que c'est une splendeur, juste poêlée, à la façon du chef.

- Comme boisson, je te laisse choisir, c'est toi le connaisseur.

- AB +, ça s'impose !


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Publié par Lee Rony - dans Nouvelles
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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 06:12

 

Je viens de consulter mon dictionnaire, "sans en avoir l'air", mine de rien, aux fins de savoir exactement ce qu'on… entend (!) par "air"…

Tout un laïus :

- mélange gazeux

- air comprimé

- air liquide…

Puis un minimum d'expressions…

Et un paragraphe spécial sur "la composition de l'air"...

J'ai sans doute pris mes grands airs en ne trouvant aucune explication sur les talents du musicien qui écrit, compose un air. Il peut également lui ajouter des paroles. Sont-ce pour autant des… paroles en l'air ?

Et bien non ! à la place de ces définitions : tout un baratin sur la chimie… D'emblée, le lecteur entre dans la plus grande confusion.

Et, le pire, l'impardonnable : une impasse totale sur le monoxyde de carbone, la dioxine, les gaz d'échappement (kérosène, voitures… et autres : voir mon chapitre sur "les pets de Damocles" !). Remarquez, ça aurait fait…"pot-pourri"…on ne peut pas, ministère de l'environnement exige, imputer trop de mélanges à l'air !!! On consulterait alors les Larousse et Robert d'un "air effarouché" !

Ils ne se sont pas foulés, à mon avis "ils" ont franchement l'air con (tiens, ils ont oublié celui-là, et pour cause !)…


Encore une lourde contradiction lorsque, ne manquant pas d'air, je m'esclaffai un jour, alors que je passais en courant d'air chez quelqu'un :

- ça manque un peu d'air ici !

La personne qui ne semblait pas au courant aurait éventuellement pu m'imposer un air d'opéra ou une quelconque chanson. Pas du rap bien entendu, puisque ça manque totalement d'air ! En pareil cas, il vaut mieux ouvrir les fenêtres ou tout simplement fuir et prendre, dehors, bien qu'il soit désormais et définitivement vicié, un bon bol d'air, après en avoir humé un dé à coudre! On parle de "bon air" mais jamais du mauvais… ce pot pourri en question !

Mais je me souviens tout à coup qu'elle m'avait trouvé… l'air à plat ! Ce qui m'incita illico à foncer vers la station-service la plus proche pour y vérifier la pression de mes pneus !

Un conseil tout de même : ayez toujours un bol dans vos poches. Sortez-le régulièrement quelques secondes et buvez-le d'un trait. Cela s'appelle : "siffler un air"… ou "prendre un bol d'air". Pour qu'il s'agisse d'un bon bol d'air, n'avalez tout de même pas le récipient !!!

Mais j'ai lu sur la notice accompagnant le traitement une contre indication inquiétante :

- "risque d'aérophagie". Pour ceux qui ne savent pas ce que c'est : il s'agit du fait qu'une poche d'air se balade quelque part en vous. Si vous en avez plein les poches, pas de bol ! on dira que vous n'êtes pas dans le… besoin…même si cela vous donne un "air constipé" (pourquoi pas encore l'air cul ?) … cet aspect de l'air, malheureusement, se remarque toujours !


L'air fait partie de ces innombrables mots de notre langue qui ne sont jamais "à sens unique".

Il signifie aussi l'aspect, la mine (avoir bonne mine parce que l'on vit au "bon air"). L'exploitant d'un sous-sol, dans un régime dictatorial comme dans une république démocratique peut avoir bonne mine bien que ne travaillant pas à "l'air libre".

Le pâtissier n'a pas forcément "l'air tarte"…

Les gros n’ont pas souvent "l'air fin" !!!


Il m'est arrivé de croiser le même jour deux amis, l'un passait en courant, écouteurs aux oreilles : il devait le faire sur un "air entraînant". Il ne m'a pas vu. L'autre, déambulait lentement en ville. Je remarquai son baladeur et lui demandai :


- où vas-tu de ce pas ?

- je me balade… Voyez les innombrables interprétations possibles : se balader avec un baladeur !

Il marchait certainement sûr un airen traînant ! Encore une autre interprétation de cette expression !


J'entends souvent :

- nous sommes en pleins "courants d'air".

Se prennent-ils alors pour Gounod, Verdi, Wagner, voire Suzy Delair, et combien d'autres ?

Tout de même, aérer sa chambre n'en fait pas pour autant une chambre à air ! réfléchissez un pneu, pardon, un peu !

Et chanter ou écouter un air dans sa chambre, cela fait-il pour autant de la musique de chambre ? Non mais !

Dire qu'ils sont nombreux, ceux qui paient une fortune pour un grand air à l'opéra, alors qu'il est gratuit en montagne et, O combien moins bruyant...

Encore plus haut, c'est davantage impressionnant car l'air fait des trous. Les hôtesses de cet air-là et qui s'y envoient régulièrement (…) en savent quelque chose !

D'ailleurs, "s'envoyer en l'air" où que ce soit sur terre, ça ne veut rien dire (sauf peut-être au trampoline , au saut en hauteur ???). Quoique… on dit bien :

- sans avoir l'air d'y toucher, telle personne aurait une gueule à bien s'envoyer en l'air (a-t-elle pour autant "l'air…ottomane" ???). Mais quelle passivité : "sans y toucher" ! elle ne fait sans doute que "vous pomper l'air" ! ne nous étendons pas davantage sur le sujet…

Vous voyez que tout cela ne veut rien dire !

Mais alors, quid de la cantatrice soudain victime d'une défaillance de sa mémoire : elle a un trou dans son air ! (voir mon ancien topo sur "les trous").


On entend encore :

- le fond de l'air est frais ce matin !

j'ai souvent envie de répondre à ce lieu commun :

- Alors restez au bord, vous aurez plus chaud ! (Hi, hi !!!)

Comme bien des gens n'ont pas le sens de l'humour, je me tais pour ne pas avoir… l'air bête !


Mais il y en a, ne vous y trompez pas, de "petits" et de "faux" :

- Cet enfant a un petit air de sa grand-mère… et même un faux air de son arrière grand-père" (dire que ce dernier était un faussaire !!!)


Est-on forcément atteint de strabisme si "on a l'air louche" ?

Mais ne poussez pas le cynisme, l'inconvenance de dire à une personne aux pupilles convergentes ou divergentes qu'elle a l'air louche ou lui demander si elle est pupille de l'air ! On disait jadis : "un œil qui joue au billard et l'autre qui marque les points" !!!... ou encore : un œil qui dit merde à l’autre…

Ce fameux acteur américain, adepte d'une secte, Tom… n'est sans doute pas très fini : il faut voir quel air a Tom (erratum à mon avis !)


Nous avons noté chez Larousse la notion d'air comprimé.

Encore des confusions possibles :

- Lorsque l'on avale un médicament, a-t-on pour autant l'air comprimé ?

Peut-on également dire la même chose des usagers de la RAT P, aux heures de pointes ?


J'ai lu dans les "faits divers" :

- un malfrat a été interpellé au moment-même où il tentait de …prendre l'air. Il ne tarda pas à retourner au trou lorsqu'il voulut, après s'être travesti, jouer la fille de l'air !…


Je voyais un jour une amie agiter son éventail. Je lui demandai aussitôt :

- Vous n'avez pas l'air climatisé ?

Elle parut mal le prendre et me rétorqua :

- Ai-je l'air climatisée ?

Je lui ai sitôt posé mes conditions :

- Si vous prenez vos grands airs, je m'en vais !

Elle eut immédiatement l'air… conditionnée.


Pour ne pas avoir "l'air d'insister", je crois que je vais en rester là, vous laisser méditer sur les difficultés que doivent rencontrer les étrangers à apprendre notre langue, et… nous, à bien la comprendre et ne pas dire n'importe quoi !



                                                                    Jacques APPAR

Pour accompagner ce texte, en évoquant Les P de DAMOCLES, une fable signée Gotlib et Franquin, une paire de génies valant n'importe quel carré d'as ! 


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Publié par Jacques APPAR - dans Sans Blog Fixe
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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 06:08
Héritage - 7 
 

                                                 08


A son habitude il ne se presse pas, si pour monter il préfère être le premier pour descendre c’est l’inverse. Le quai, la foule, les cris, les odeurs, une agitation au cœur de laquelle il se fond pour trouver la sortie. Jadis supporter la promiscuité lui était intolérable, il dut parfois descendre d’un car pour retrouver son calme.

La journée touche à sa fin quand il retrouve l’air libre, petit à petit pourtant les nuits raccourcissent, en sera-t-il de même pour lui ?

Marcher sera plaisant dans ces rues qui furent longtemps son terrain de chasse. Gens et chiens, lumières et bruits, le monde réel dans lequel il ne peut plus disparaître, le fond est trop haut. Profitant de la situation son estomac se manifeste à nouveau, un sandwich sous blister l'occupera. Un vieux banc dans un petit square accueille son fessier avec indifférence, quelques arbres luttent pour se maintenir sachant qu’à leur mort il se trouvera un promoteur pour imposer à cet emplacement un étron de béton puant le pot de vin.

Avant de mordre il regarde la viande… celle du sapiens aurait un goût de porc ; logique. À titre personnel… Mais ce n’est pas le sujet.

Il est repu, pour un peu il s’allongerait sur le banc. Autant laisser la place à ceux qui n’ont de couvertures que quelques cartons. A l’instar des tueurs les SDF sont utile. Le danger que l’on nie est celui que l’on désire, le tueur et le clochard exorcisent des peurs sociales.

Dormir, un homme, allongé, pépé ? Une pièce de plus. Jeune il pensait que l'hypnose pourrait arracher son passé de sa cangue mais s'en remettre à une autre volonté le retint. Il fit confiance au temps pour éroder cette coquille.

Le père, le grand-père... chaque enfant a un géniteur, n’importe qui peut remonter jusqu’au début de la vie. Pourquoi s’y arrêter ?

Le commissaire se pose la question mettant la réponse en délibéré. Comprendre avant de savoir, ouvrir la porte en sachant ce qu’il y a derrière, constater qu’elle était ouverte en l’entendant claquer dans son dos, ce chemin est à sens unique. Les créatures du néant ne sont pas hostiles, elles promettent la paix et le silence. Renoncer est le seul péché qu’il reconnaisse.

- Vous auriez un euro, cela me dépannerait ?

Diatek quitte sans regret ses réflexions.

- Je vous réveille ?

- Non, je pensais. En quoi un euro dans ma poche vous aiderait-il ?

- Amusant, je comprends, vous l’avez mais préférez le garder.

- Je n'en fais pas l’élevage, je l'utiliserai suivant mon envie.

- Égoïsme.

- Oui, en plus vous ne savez pas demander.

- Pourtant j’ai l’habitude.

- Un ouvrier peut apprendre un mauvais geste et l’utiliser toute sa vie, laquelle vaut plus qu’une pièce. Proposer aux interpellés de participer à votre existence serait mieux.

- Je vois. Voulez-vous participer à mon existence ?

- Non ! Vous donner de l’argent achèterais mon égoïsme, il vaut plus. Tout le monde ne raisonne pas ainsi.

- Heureusement.

- Pourquoi ? Votre situation vous plaît ! L’argent que vous recevez est un achat, vous êtes un encaisseur. Tenez, asseyez-vous, pensez, ça ne vous fera pas de mal, ou alors si, au début.

Laissant le regard perplexe l’accompagner jusqu’au tournant Diatek reprit la direction de l’appartement de Morton, mentalement il se frottait les mains. La perversion est douce pour qui en connaît le bon côté. Mais y en a-t-il un mauvais ?

Les rues se suivent et se ressemblent, il arrive, immeuble bourgeois, une porte cochère qu'aucun équipage ne prit depuis... La place du cheval en ville se limite aux boucheries spécialisées.

La bignole a été remplacée par un code, il pianote, entend le système se déclencher et pousse le battant.

L’allée pavée mène à une vaste cour, de part et d’autre s’ouvrent les montées d’escaliers. Gauche, troisième, on ne frappe pas, celui qui vit là a perdu sa clé. L’appartement occupe tout l’étage, avoir des moyens ça aide, Morton n’en manque pas, dans le cas contraire il eut dû obéir à une autorité, respecter des horaires, des contraintes. Le policier referme derrière lui, tend l’oreille sans percevoir le plus petit bruit, il s’aventure dans le dédale de pièces et de couloirs en faisant attention à ne rien bousculer, partout s’entassent livres et revues, des cartons aux contenus improbables, certains portant l’inscription : À jeter ! Sans avoir rien renversé il parvient au salon principal, le lieu de vie, presque à l’abri des invasions diverses.

Il revoit ses amis, l’un occupait le fauteuil où il s’enfonçait, l'autre, la petite chaise aux pieds si fins que Diatek se demandait comment elle résistait à un derrière aussi imposant. Morton prenait un tabouret, lui restait debout. Héritier des péripatéticiens réfléchissait en marchant. Il s’attendait à des changements, à sentir le passage d’un temps immense, un an, à peine s’était écoulé, pas les siècles qu’il imaginait.

Une table ronde à pied central trônait au cœur de la pièce, une bibliothèque occupait tout un mur, des ouvrages anciens, de grande valeur. Il aimait la sérénité de cet endroit. Ici pourtant furent évoqués des sujets difficiles, la table reçut des photos insupportables, les murs frémirent, heureusement, ils n’ont pas d’oreilles, comment se les boucheraient-ils avec de si petits bras.

L’un disait ceci, un autre rajoutait cela, les opinions divergeaient avant de se coaliser pour la victoire de la vérité.

Le commissaire prenait la parole en dernier, lentement ses mots dessinaient les traits de la proie qu’ils convoitaient. Son esprit traversait les murs, entendait les pensées les plus secrètes, les souvenirs les plus confus. Des instants hors du temps, magiques.

Des rires, des insultes, des moments de rage devant certains actes, rituels confinant à l’invocation de forces étranges. Et maintenant, voit-il plus clair dans ce besoin ? Un paiement pour apaiser l’animalité et la dépasser, un os pour Cerbère afin de continuer.

Comparaison juste, à la fin la Bête, les connaissant, remuait la queue.

Les volets intérieurs sont ouverts, par la fenêtre il observe la rue, les gens qui circulent, un instant d’envie pour une sérénité inaccessible. Le verre renvoie une image déformée de lui-même en surimpression avec celle du dehors.

Avec le temps c’est celle qui se précisera.

Boire, cuisine, l’évier débordant de couverts en attente d’un jour meilleur, sur le moment lui vient l’envie de faire la vaisselle, il aimait bien, à condition de ne pas l’essuyer. Il réprima son désir pour utiliser un verre semblant propre.

Un couloir, des pièces sombres, son ami est là, quelque part, son instinct ne peut le tromper, pris par de profondes réflexions il aura oublié l’heure et le visiteur attendu. Des bruits, le plancher craque, c’est l’âge, et puis autre chose, régulier, un bruit qu’il reconnaît en souriant, celui de doigts courant sur un clavier d’ordinateur. Personne n’est à l’abri du progrès ! Laissant le chercheur chercher il part en quête d’un lieu de repos, une chambre par exemple.

Un lit vide, habillé il se laisse aller, le sommeil ne tarde pas.

Un rêve ? Bien sûr, dormir sert à cela, oublier les censures du jour, à affronter les situations mises de côté, à puiser dans la réserve de souvenirs celui qui sera utile.

Une maison, celle de son père, l’entrée de marbre blanc, les colonnes par couple, le large escalier menant à l’étage, les lambris d’un bois si doux qu’ils semblent couverts de peau humaine. Les tableaux judicieusement choisis, tous d’un peintre connus et mort, surtout mort, dans un tel lieu cette particularité s’imposait. Le silence grouille de cris affleurant le réel sans l’atteindre, il tend les mains, veut en saisir un qui explose entre les doigts, écouter, compatir, apprendre, ils glissent autour de lui emportés par un vent irrésistible.

Une belle maison à évoquer, inquiétante à fréquenter, une de ces bâtisses habitée même, et surtout, quand elle est vide, au point de choisir qui, y résidant deviendra son complice, à l’image du chat élisant celui qui croira être son maître.

Diatek aime les félins, noirs, le meilleur ami de sa jeunesse en fut un.

La mémoire est une demeure accueillante, d'abord, elle incite à l’exploration, pièces vastes, claires, sans secrets, et le sous-sol, la lumière vient difficilement jusque-là, les recoins pullulent, les ombres glissent, l’esprit sent qu’elles ne lui sont pas étrangères.

Bientôt il sera temps de descendre. L’œil sera dans la tombe. Câlin ?

Papa ? Non, ou le vrai ? Yeux à facettes, peau écailleuse, bouche sans dents et bras se terminant par des pinces. Une image venant d’anciennes lectures utilisées pour voiler une réalité pire encore.

La maison l’attend, pas elle seulement !

Une ombre viendra, plus tard… Pas maintenant, non, pas…

- Hein ?

Diatek regarde autour de lui, le rêve vibre encore quand il reconnaît le visage amusé de son ami.

- Y’en a qui font la grasse matinée à ce que je vois.

- Tu parles de moi ?

- Un peu mon neveu, sais-tu l’heure qu’il est ?

- Je vais l’apprendre de ta bouche.

- Dix heures.

- Je viens de m’allonger.

- Du matin, comique.

- Ah j’aime mieux ça.

- Pas moi, tu as pris mon lit, la prochaine fois utilise le fauteuil du salon, il ne convient plus à une personne âgée.

- C’est vrai, tu as pris un coup de vieux, tu fais presque ton âge.

- Merci ! Dire que je suis allé chercher le pain pour les tartines.

- Tu es une mère pour moi.

- L’amer de la tranquillité !

- Je note. Fais les tartines en question, je vais me repoudrer, après quoi je me tape la cloche à ta santé.

- Tu n’as pas changé.

- Je suis toujours ce jeune homme étranger ?

- Oui, bis ! Je vais œuvrer, allez Lazare, lève-toi et mâche.

Le commissaire éclate de rire, le bon temps revenait.

Presque !

Lavage, rasage, clin d’œil dans un miroir amical avant de retrouver la cuisine pour remplir un estomac trouvant le repos bien long.

- Il y a la queue devant la boulangerie, et pas pour la boulangère.

- C’est gentil. J’ai vu ton sac dans l’entrée tu vas quelque part ?

- Avec toi. Tss tss, pas de bêtise, je m’ennuie comme un rat mort, plus d’aventure, de plaisir, tu n’es pas venu me voir pour me dire bonjour, ne fais pas l’hypocrite, l’informatique, bof, Internet et les sites pour adultes, c’est amusant un moment mais je me lasse vite.

Diatek ne répondit pas, l’amitié se passe de mot ou n’est pas.

Il engouffra une nouvelle tartine.

La dernière bouchée avalée le commissaire entama son récit.

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 05:53
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 05:42





























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Publié par Lee Rony - dans J'ai entendu
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18 juillet 2009 6 18 /07 /juillet /2009 05:46

 

Il n'est plus temps que tu reviennes,

Nos nuits dans le passé sont enfouies.

Cet autrefois qui avait le goût des airelles,

Que nous ramassions sous la pluie.

Les images jaunies sont souvent les plus belles,

Dans un vieil album enfermées...

Les images effacées sont parfois les plus belles,

À condition de rester à l'abri,

Que le temps les croit mortes,

Et que nous le pensions aussi.

Tes cris en moi enfermés,

Ne cessent de me hanter.



Ce jadis était-il ce qu'il semble,

Je te suivais, tu me fuyais.

Est-ce de rage que je tremble,

De ce que je fis pour te garder...

Il y a peu de la passion à l'anathème,

Sans pouvoir effacer les mots dits.

Et l'âme erre quêtant l'indice pensable,

Se sachant condamnée à atteindre l'infini.



Les souvenirs se ramassent à la pelle mécanique,

Les journées vides et les demains aussi,

Mais mon agenda électronique,

A disjoncté, comme mon esprit.

Béat, benêt, enfin vide d'envies,

Es-tu plus qu'un spectre à demi moisi ?

Ma vie, dans les poubelles automatiques,

Sous le soleil écrasant qui survit,

Tu es l'ombre qui me suit.

De hier je dois tout oublier,

Ton dernier soupir murmuré,

Je ne veux plus jamais, jamais, me le rappeler.




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Publié par Lee Rony - dans Poésie
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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 05:42
Héritage - 6 
 

                                                 07


Du temps à perdre, ultimes grains du sablier. Est venu le moment de se retourner sur un chemin à sens inique. Souffrances, joies et émotions marquent le temps. Malédiction dirait un esprit simple, mot inadéquat s'il en est. Être victime n’est pas un signe d’élection, le martyr un test imposé par une déité improbable pour choisir son esclave préféré, l'unique souhait de ce dernier pour s’accrocher à ses chaînes quand bien même seraient-elles reliées au néant.

Au bord de son monde il est seul, seul avec tout.

Dans les rues celui qu'il est devenu semble suivre l'enfant qu'il aurait dû être et que le soleil dévore. Il referme l'album de souvenirs qui ne lui apporteraient rien. Même se remémorer les poèmes qu'il rédigeât pour une image aux yeux de ciel. La seule qui le retint au bord du gouffre. Il lui reste un carnet, de quoi écrire, facile de remonter, de s’asseoir, de chercher dans le passé l’oubli qui ne s’y trouve plus.

La différence entre l’amour et la mort est petite, une histoire de u !

La fatigue purge son esprit des pensées superflues, l’énergie est limitée, autant l’employer positivement.

Retour, une hésitation avant de pousser la porte en fer forgé donnant sur la rue, la seconde, bois et verre, un hall refait depuis son départ. Montant les marches il pense que maudit vaut toujours mieux que le contraire... Une phrase pour l’avenir, une de plus. Le temps palpite au cœur du vivant mais l’éternité ?

Son appartement, carreaux inégaux, tapisserie à grosses fleurs, des miroirs un peu partout, le plancher trahissant ses pas sans que jamais il fasse rien pour l'en empêcher. Des meubles sombres qu'il serait difficile de déménager depuis l'installation de l'ascenseur. Dans ses récits le décor autour de ses personnages fut longtemps flou, eux-mêmes n'avaient pas de nom, ni date, ni lieu, le moindre repère semblait un piège. Sur la large table il fracassa un jour une chaise, un moment de fureur comme il n’en veut plus. Le dit siège rode dans un coin, reconnaissable à la ficelle qui le tient. A une époque cette table devint le centre de l’univers, il tournait autour d’elle, dix fois dans un sens, dix dans l’autre, des heures durant, manège désenchanté d’une vie insupportable. Autant de révolutions pour que rien ne change.

Fermant les yeux au moment d’entrer dans la chambre il la revoit au temps de ses grands-parents. Les lits, l’armoire, le linoléum, le paravent près de la fenêtre, la table de chevet au dessus de marbre.

Rêver était agréable ; refuser le réveil, impossible. La lumière est proche, le néant reflète ses peurs, ses refus, le bureau de sa jeunesse semble un caveau, un ventre également, l’un puis l’autre. PuiTs ? Un tunnel entre deux mondes, deux lumières ainsi une nouvelle l’attend, il la distingue déjà.

La balance s’équilibre, une plume suffit pour l’incliner d’un côté.

En souriant il se dit que les deux sont mauvais.

Des papiers de famille dans un tiroir, une langue étrangère qu’il ne comprend pas, la carte d’identité de l'aïeul qu’il vit mourir. Maintenant le souvenir échappe à une terreur s’affaiblissant. Et la tombe, cet espace vide guettant son nom. L’idée fut-elle spontanée ou suggérée par une remarque qu'il aurait interprétée ? Qu’importe les réponses, l’illusion psychanalytique qui voudrait imposer de tout savoir de son passé. Le jeu compte plus que la victoire.

Il secoue la tête. Penser est la malédiction. Quel est ce con d’ancêtre qui s’y risquât le premier et s'en découvrit capable ? À quand un voyage dans le temps pour le supprimer ? Il se voit lac de montagne, une vallée étroite protégée par de hauts sommets, surface lisse renvoyant la pureté d’un ciel sans nuage. Mais derrière le calme qu'y a-t-il ? Ce remous, qui le crée ? Ce sillage, qui le génère ? Ces ombres, que signifient-elles ? Cet homme qui vient, que veut-il ? La nuit est claire, pleine lune, regard de l’univers, et il marche en cette nuit de Walpurgis, sourire de l’Enfer et des yeux bleus.

Il aime les deux, ensemble.

Le lac bouillonne, il est proche du débordement. Les montagnes ne sont pas là pour le protéger mais pour l’enfermer !

Toutes les portes étaient closes dans son enfance, la tante gardait les clés, il jouait dans le couloir, sur le carrelage froid mais son univers était illimité, finalement l’absence de frontière est rassurante.

Les chiffres verts du radio réveil lui tiennent compagnie, regarder l’heure est une ancienne habitude. Jadis le réveil, mécanique, était sur une étagère dans la cuisine, surplombant le poêle à charbon près duquel le grand-père restait assis, longtemps cette image fut la seule qu’il en eut, longtemps.

Des souvenirs traînent, partout, de la cave au grenier, un contact répugnant sur le coup, amical ensuite, comme toujours.

Le moment est mal choisi pour farfouiller, sortir les albums de photos, des visages inconnus, des prénoms oubliés, une famille dissoute dans la lucidité. Il est allé plus loin que ces ridicules racines.

Trop loin ?

Le couloir, le vieux buffet, le téléphone. Ses doigts se souviennent.

                                        * * *

La sonnerie officie dans l’indifférence, il sait que le combiné ne sera pas décroché sur-le-champ, d’abord avoir envie de répondre, ensuite retrouver le téléphone dans un fouillis défiant les descriptions.

- Oui… Non, vous avait fait un faux numéro, bonsoir.

- Une minute nute !

- ... entendit le policier.

- C’est toi ?

- Après vérification il paraît.

- Tu es où ?

- Chez moi.

- Gentil de te souvenir d’un ami, ton appel est une demi-surprise.

- L’actualité t’aurait-elle atteint ?

- Ai-je l'air d'une autruche, j’ai tilté sur ton nom, tu penses. Voilà ce que c’est que de retourner sur ses terres en quête de discrétion.

- D'autres profitèrent de l'occasion pour se montrer.

- Ça te ressemble. Une question : la vérité officielle est la bonne ?

- Non !

- C’est ce que je pensais, c’est mieux comme ça.

- Je partage cette opinion. Et toi, ça va ?

- Ça baigne, mais dans quoi... Mon petit doigt qui te connait insinue que pour t’enquérir de mes nouvelles tu aurais écrit.

- Il a raison.

- Tu connais le chemin, pour parler rien de mieux que de se voir.

- D’accord, à bientôt.

- Je t’attends.

Diatek sourit. Que d’aventures avec Morton, le professeur Morton, bien qu’il n’enseigne pas, quelle horreur ! Que de moments étranges, de découvertes violentes et savoureuses.

Allons, la vie n’attend pas. Tout fermer, débrancher les appareils électriques, couper le compteur, ouvrir le réfrigérateur, habitude.

Il se pressa pour atteindre la rue, le soleil lui fit un clin d’œil, le bleu du ciel l’égaya un instant, serein il prit la direction de la gare. Une longue ligne droite, au bout le bâtiment de verre multicolore, la porte s’ouvre, guichet, billet, une heure d’attente avant le prochain train, de quoi jeter un dernier coup d’œil sur cette ville. La gare routière, coïncidence, un car pour une destination qu’il connaissait bien. Facile de le... mais le temps de l’illusion a disparu. Elle a entendu parler de lui, connu son retour, si elle avait voulu… C’est qu’elle est heureuse ! Il se force à le croire, un peu, la moins mauvaise des solutions.

Sur le quai des gens attendent, qui pour s’en aller, qui pour accueillir un parent, un ami. Ce n’est pas son premier départ mais l’impression demeure d’abandonner quelque chose, son choix est fait, définitif.

Interrompant ses pensées le train glisse devant lui dans un bruit strident, entraîné il s’est placé au niveau de la porte, premier arrivé premier servi ! La place près de la vitre, dans le sens de la marche, un compartiment tranquille bientôt troublé par un jeune couple, pas un regard, le paysage l'attire davantage. Sa mémoire retrouve un conte ancien, l’action débutait dans un train, liaison logique plus que ferroviaire. Un puzzle, déjà, venant du passé pour permettre le retour d'un être maléfique, son héros intervenait, le bien triomphait, non sans en payer le prix. Pinçant les lèvres il se dit qu’il lui faudra relire ce qu’il se disait sans avoir la lucidité pour l'interpréter.

Maintenant il est grand, il peut savoir.

Le rail figure une espèce de fil d’Ariane, un déplacement en soi, l’extérieur contente un moment, ensuite la curiosité revient sur soi. Milieu clos du wagon, non, de la voiture, la wagon contient le fret pas les voyageurs, même si la distinction est difficile parfois.

Souvent ?

Bref !

Il se revoit dans son bureau, caveau ventre maternant plus que maternel. La poche du kangourou puisque le petit naît avant terme et achève sa gestation ensuite. Son esprit grandit hors du monde, dans un placard. Pour quelques-uns, qu’il a bien connus, ce fut la poche revolver ! Ressurgit la sensation de la mort s’approchant de lui fœtus, il se défend, lutte, finalement elle s’éloigne non sans laisser sur lui, en lui, des empreintes que le temps rend de plus en plus précises. Des empreintes que son père ne put distinguer, encore moins dominer, auxquelles il céda pour survivre alors que lui... Mais qui peut comprendre cela, qui peut admettre la possibilité même d’un tel phénomène ? L’esprit se sert d’un minimum pour terminer la scène. La mort l'effleura sans le saisir, un test, déjà ? Par analogie il pense aux mites, les petits naissent dans le ventre de leur mère et s'entre dévorent, parfois ils mangent leur génitrice, c’est beau la nature. L’homo sapiens copie, il n’invente pas.

Survivre est-ce un droit ou une obligation ? Les premiers sont à la mode, murs tentant de soutenir un esprit en décomposition. Il n’aime pas cette société accusatrice, d’un côté ceux qui lèvent le bras, tendu, paume vers le bas ou poing fermé, de l’autre, ceux qui montrent du doigt en récriminant. Hurlements et plaintes, cris puérils de nouveaux-nés frustrés ! Il sourit de son raisonnement, spécieux dirait-on, sophistiqué, pire répondrait-il : Vrai !

Le train part, l’esprit ronge sa matrice à chaque pensée.

Son père sourit. Les chairs absorbées par le temps reste un visage ayant quitté la vie sans atteindre la mort pour témoigner de ceux qui passent et indiquer le vrai chemin à qui osera le lui demander.

" Tu me ressembles ! Mais non, je suis plus, tu l’as dit, et pire. "

Le regard qu’échangent les tourtereaux indique qu’il a murmuré, il leur sourit, tendrement, histoire d’accroître leur inquiétude.

Finira-t-il ainsi, coincé, porteur d’un flambeau à refiler, et vite ? Le chemin ? Il n’est pas le premier à le prendre, il sent les empreintes de ses prédécesseurs, bientôt il n’en percevra plus, le pas qu’il fera sera un de plus pour la conscience sur le chemin de la compréhension.

Une main l'arrache à ses réflexions.

- Billet monsieur.

Par discrétion il a prit un billet, un petit trou pas cher. Un de plus.

Il s’étire, baille, sourit à ses vis-à-vis ravis de bientôt descendre.

Manger ? Depuis la veille son estomac reste inactif, quelques bruits pour qu’il n’oublie pas ses organes, penser aux sandwichs présentés sous cellophane le tranquillise. Faim, oui, envie de se suicider, non.

Pas encore, et pas comme ça.

Se suicider… Encore ? Non, quand il s’automutila c’était pour briser la cangue l’étouffant. Pourtant ce terme éveille des échos en lui, une lumière violente, intense et la nuit… Il l’espérait définitive, et puis le jour revint...

Quelle imagination aimerait-il pouvoir se dire !

Nouveaux visages en face de lui, charmants, accompagnés de corps qui en une autre époque l’aurait attiré, lui qui adore prendre le train… Mais non, autant imaginer l’action. Le voyage s’éternise, ni journal, ni radio pour passer le temps, cogiter distrait.

Enfin l’arrivée !

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 05:37
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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