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13 juin 2009 6 13 /06 /juin /2009 05:32

 

Messieurs,


Vous souvenez-vous de moi, j'ose espérer que oui, ne suis-je pas, parmi d'autres, à l'origine de votre fortune et de la survivance de votre nom dans l'Histoire ? Je pourrais vous parler de certaines de mes consœurs qui font partie de l'espèce de harem que vous, mais pas vous seuls, avez constitué au fil du temps. Bien d'autres profitèrent de nous, cumulant avantages et bénéfices. Mais c'est dans la nature humaine que d'agir ainsi et nous sommes faites pour cela, pour exprimer derrière l'apparence des désirs et des pulsions dont vous avez honte, à juste raison ou non, cela m'importe peu, porteuse des bas instincts d'une époque plus hypocrite que celle d'aujourd'hui.

Il y aurait tant à dire d'une tache de sang sur la neige, de la mort de ma mère lors de ma naissance faisant porter sur moi une culpabilité dont je ne saurais jamais me défaire.

Le pire est peut-être que vous me fîtes conduire dans la forêt par un chasseur, je hais ces gens, sur ordre de ma marâtre, dont je veux bien croire que la fin de son nom justifiait le pouvoir qu'elle avait sur mon homme de père, si peu présent qu'il semble n'avoir été là qu'au moment de ma conception...

7 ans, c'était mon âge à cet instant, celui de raison dit-on, si jeune peut-on vraiment se sentir plus belle qu'une adulte ? Les obscurs désirs masculins étaient à l'œuvre dans un inconscient dont à l'époque vous deviez même ignorer l'existence, j'en suis l'émanation et de ce poste d'observation j'ai une vue plongeante sur vos racines psychiques et la matière dans laquelle elles plongent.

Croyez-vous que cet individu ait été seulement ému de ma beauté pour me laisser partir en songeant que j'allais être dévorée, comme si l'animalité pouvait me détruire, sans doute la confondiez-vous avez la bestialité ! En votre temps les interdits étaient lourds, aujourd'hui vous pourriez être plus explicite sur ce que me demanda cet homme pour me laisser partir... Vous m'avez fait errer dans les bois, je devine quels sentiments vous animèrent en imaginant la peur que je ressentis. Jusqu'à ce que je tombe sur cette petite maison, ces sept assiettes, verres, lits, et tout le reste. Ce nombre qui revient est-il le fait du hasard ? Pensiez-vous que sept petits hommes n'en vaillent pas un seul, voire davantage ? Grossière erreur de jugement de votre part mais je sais que vous pouvez vous mentir à vous-même.

Je dus faire le ménage, le repassage, les tâches ménagères, ce qu'une femme de votre époque devait faire, officiellement, le reste vous ne l'évoquez pas davantage que vous ne deviez le faire dans la réalité.

Mais cela ne suffisait pas, ma belle-mère eut vent de ma survie par le biais de son petit miroir, aujourd'hui ce serait par Google, les choses changent en apparences, mais dans le fond elles perdurent, sinon vous, et quelques autres, comme nous, seriez oubliés depuis longtemps.

Trois fois elle parvint à m'occire, trois fois ! Franchement pensez-vous que je sois conne à ce point ? Un lacet, un peigne, et, pour finir, une pomme, ce sont vos lecteurs qui en sont de croire de telles sornettes !

Et pour finir mon enfermement dans un cercueil de cristal afin que tous me voient puisque ma beauté ne se fanait pas, les nabots étaient-ils donc si benêts de n'en point s'en étonner et chercher à en savoir plus ?



Je gage que le Prince Charmant n'était que votre avatar pour profiter de moi. Encore fallait-il qu'un incident me ramène à la vie, la chute du cercueil me faisant tousser et rejeter le morceau de pomme coincé dans ma gorge. Je ne vous dis pas bravo pour l'imagination, de nos jours... mais nos ne convient pas, vous, qui avez vécu, êtes morts depuis longtemps, alors que moi, de ne point vivre ne peut mourir, être oubliée, peut-être, mais, voyez, je reviens à la vie sous la plume, numérique, d'un auteur du vingt et unième siècle.


J'espère qu'il réécrira mon histoire, à sa façon. J'en suis toute... émue rien que d'y penser.

Mais, ainsi qu'il convient pour un conte, la fin que vous rédigeâtes me convient, croyez-moi j'étais en joie de voir cette salope qui avait cru me dévorer danser dans des sabots de fer rougis jusqu'à ce qu'elle crève devant moi.
Je ne vous parle pas de la nuit de noces que je connus ensuite, cela vous choquerait.


Finalement force m'est faite de vous remercier, et, en votre nom j'en suis sûre, je me souhaite encore un long chemin.



                                                                                                                BN

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Publié par Lee Rony - dans Lettres
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12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 06:27
Survivre au Mal - 10 
 

                                                 11


Le rideau glacé de la nuit est agité où la folie cherche à le traverser, où ses griffes attaquent l’étoffe usée de la réalité. Bientôt l’apparence sera volée par ce trou d’obscurité, la paix régnera enfin.

Diatek ne peut trouver le sommeil. Lui qui auparavant s’endormait en quelques secondes une fois allongé est au spectacle. La scène dans son esprit est dans la pénombre mais il voit, il devine. Les images défilent, des phrases, des idées, des mots aux couleurs variées où domine le rouge. Il sait n'être pas seul à veiller, un autre esprit se perd dans une tempête qui l’engloutit, si ce n’est pas déjà fait. Une douce envie qui ne trouve que lèvres closes, bras croisés et regards se détourant devient un poison. Alors la faim domine. Le temps file, les regrets se brisent sur la démence, un mur totalement refermé.

Son passé s’agite, le puits emplit de larmes laisse remonter ce qu’il celait.

Il aima la haine, désira tout détruire, arpenter les rues tuant ce qui bougeait. Symboliquement il le fit, dessinant mentalement une cible sur un être, un dos, n’importe où, la détonation explosait dans sa tête. L’autre ne se doutait pas que la mort passait sur lui.

Ensuite vint le placard, monde confiné dans lequel il s’enfermait pour écrire en se tailladant l’âme.

Il voulait l’extérieur, l’étranger, et puis, et puits.

La réalité est tranquille, vue de loin, qui s’approche devine qu’elle est visible ainsi grâce au suaire qui la recouvre, la masque et la révèle. Il l’aima et se laissa violer par elle, y prenant plaisir, jouissant de sa souffrance avant de comprendre pourquoi il agissait ainsi.

L’enfance regorge de rêves ? On se voit ceci, se veut cela, ambitions que la réalité efface. Gare à qui n’oublie pas les ruines en soi !

Tuer un mort n’est pas tuer.

Par la magie de l’obscurité il retrouve la chambre de ses grands-parents. Curieux qu’il ne les revoit pas, eux qui moururent quand il avait sept et huit ans, à cet âge la mémoire est active. Décès à neuf mois d’écart. Ce retour est l’envie de savoir, en conscience. Il revoit les deux grands lits, les plaques de linoléum pour ne pas abîmer le parquet, le miroir qu’il brisa, accidentellement, plus tard. L’armoire qu’il repoussa avant de la récupérer, puis de la rejeter à nouveau. Une chambre qui fut noire, bleue, blanche finalement. La mémoire est joueuse, manipulatrice, les souvenirs les moins utiles sont mis en avant, les plus importants se terrent. Les ultimes pièces du puzzle, la dernière, celle permettant de le comprendre.

Le rendez-vous était pris depuis longtemps. Les traces devant lui sont étrangères, celles menant au réel et celles indiquant la folie. Si elles sont devant lui c’est qu’elles ne sont pas siennes.

Il aimait avoir du sang sur les mains, purger le monde d’adversaires trop proches de lui pour qu’il les supporte. Coloré de rouge le monde est plus beau, quand monte la rage il semble accueillant, vivable.

L’évidence de pouvoir avancer est effrayante.

Le lit où mourut son aïeul était-il à l’emplacement du sien, dort-il dans le creux laissé par la camarde dans l’espace ?

Ce sifflement ? Sa faux moissonnant, le cherchant peut-être… Mais non, il est trop loin pour qu’elle l’atteigne. Le froid est bien vif brusquement, il le ressentit déjà dans cette chambre, la mort le caressait, une autre main le retint, la vie fut la plus forte.

Incroyable, il pleut ! Bien sûr, sinon pourquoi ses joues seraient-elles mouillées, pourquoi ses lèvres ont-elles un goût de sel ? "Laisse-toi aller, ne contrôle pas…" Il le fit pendant tant et tant d’années, tant et temps damné ! Il est un grand garçon maintenant, il peut accepter, supporter et se décharger de sa rancune. Il sait, évidemment qu’il sait, et alors ? Ça n’en est pas plus facile pour autant, au contraire.

La folie ? Risible ! Elle ne le prendra plus, il l’aima si fort, profond-dément. Un doigt accroché au réel peut lui dire non, sa force se perd, ses efforts s’étiolent. Le gouffre dans lequel il se jeta n’était pas le bon, à moins que ça n’ait été le contraire.

Des murs, des murs… Les ongles ripent et se brisent pour découvrir une pierre tremblante, un espoir. La sortie est là malgré les voix affirmant le contraire, disant qu’en se retournant elle apparaîtrait, qu'elle est… Hait… Le salut est douloureux quand il est accessible !

Sa main caresse les parois seulement recouvertes de peinture, symbole pseudo ascèse.

L’heure approche, ses mains plongeront dans la lézarde, arracheront les pierres friables, les poussières du passé. En entendant le hurlement il soupirera de soulagement.

Ne plus hurler, oublier le sang, les mains, ce corps inutile, oublier l’envie de refuser, le désir de vivre… Courir, se perdre, n’être plus qu’apparence, même et surtout, pour soi. Ce n’est pas un mur, non, le mur est un piège, en fait l’univers est plein, sa prison est tout ce qui reste d’espace, elle diminue, se contracte, le néant triomphe.

Enfin ! Du sang, du ciment, le mur va se disloquer, il reste une voie, un signe. Là est le danger, le méchant qui fit, qui fait si mal. L’autre qui vient. Pourquoi résister, partir, en silence. Qui le remarquerait.

C’est qu(o)i l’autre ?

La poussière recouvre sans détruire, elle protège. La lumière nettoie, dissipe sans détruire ce qui le mérite.

Une simple porte, un premier pas.

Cette lumière effraie ceux qui ne laisseraient pas même une silhouette sur un mur.

Les pensées sont des ennemies, pourquoi vouloir survivre à ce prix ? Soi, ce n’est plus, ce ne fut jamais. Le ballon se remplit de rien.

Quel pacte fut donc signé pour tenir encore ? Le bois pourrit et ne repoussera plus longtemps les vers affamés. Eux rempliront l’espace, eux seront le suaire opalin qui recouvrira le réel. Chacun détiendra une parcelle d’esprit, prix de l’éternelle malédiction.

Confusion, émotion ! Qui sait, qui ose vouloir ?

Son arme ? Le sang fait peinture et donne sa forme à ce que l’on refuse de voir.

Trop tard.

Trop simple, il sut tenir, la preuve. Il étreint la souffrance, puisant dans ses souvenirs le moyen de jouer un rôle auquel il ne croit plus.

Foi ? Oui, même s’il emploie peu ce mot, bovinisé par ceux qui croient en connaître le sens, qui croient…

Quelle chance de ne pouvoir davantage.

Quelqu’un l’aida, il y a longtemps, on le lui dit, quelqu’un toujours là, accessible. Le mur, le vide ? L’enfance fut trahie, reste la prison.

Au-dessus de son lit était un crucifix. Place à la vie ! sa chambre est bleue maintenant, couleur de ciel, couleur d’yeux.

De SES yeux.

Pleurer, l’accepter, cela fait tant de bien.

Les larmes ont cessées, la source est asséchée, la terre est morte. Les mains ne trouvent que poussière, indifférence. L’esprit dut plier, la vérité est une trop lourde charge. Quelques pas, la fenêtre, le froid, le vrai, l’ami. Quelques fenêtres allumées, des gens vivent donc encore ? Des gens dans des casiers attendant leur place en boite…

Vide… froid… Que de rêves fit-il ainsi, yeux clos, debout, loin de cet endroit, ouvert à l’univers, une inépuisable énergie circulant en lui, la fureur de la vie étreint l’infini.

Le vide protège, la souffrance devint une armure, la protection d’une âme trop sensible mimant trop bien la mort.

La vie est l’ennemie. Impassible comme la mort. Celle-ci a faim, la peur s’estompe, les visages aux yeux vides ne sont pas le sien.

Diatek sourit de ses pensées, il revoie un petit instrument métallique dont il ne s’est pas servi depuis longtemps : Un diapason. Il est une moitié de cet appareil et connaît l’autre. Frapper doucement, le cri naîtra ; le choc fut donné, le hurlement retentit déjà. Reste à le subir.

Il n’est plus seul.

Sortir, se promener, marre de cette chambre, de son décor. Manteau, chaussures, franchir les portes. L’air frais nocturne, une fois encore. Errer, physiquement seul, l’esprit voyageant loin, revenant malgré tout au bercail. Le vent de la vie le fit avancer.

Le couteau… Qu’est-ce que c’est ? Un petit objet, un cadeau. L’encre est rouge, le mur aussi. Les mots ont disparus, le corps se vida pour nourrir l’esprit à son tour exsangue. Le papier est indifférent. Qui peut entendre la vérité, qui ?

Quelques minutes de marche, les lieux des crimes sont proches. Quel en est le centre ? Le pont à traverser, l’eau sombre qu’il vit si souvent en rejoignant l’école. Un jardin au portail facile à sauter. Endroit désert, les voitures sont rares à cette heure de la nuit.

Une statue équestre l’observe, tout est calme. Des jeux d’enfants, un bassin, une falaise en surplomb, des bribes de souvenirs errent.

Cela a si peu changé, alors que "son" école fut détruite, elle.

Une tour, un escalier en colimaçon attendant une réfection qui ne s’annonce pas. Les poches des politicards sont trop grandes. Le lieu du deuxième crime, troublant, comme si un message lui était adressé, une espérance spontanément exprimée, en vain.

Son passé a disparu, l’histoire ne repasse pas les plats, dès lors pourquoi ne pas se servir dans l’assiette d’autrui ?

Il venait souvent enfant, joueur calme, sage, comme une image.

La prison est douleur pour qui s’y sait retenu à jamais. L’oubli sera le seul sauveur, le néant rassure. Passé et présent se vendent, les murs se rapprochent, bientôt ils ne feront qu’un, l’univers sera plein. Le big crunch vérifié par tant d’âmes perdues, trop fragiles pour résister et vouloir. Chaque pulsation est un pas vers le vide sans que le visage trahisse rien, le regard reproduit ce que l’on attend de lui.

La mort œuvra ici, une souffrance longtemps contenue s’exprima, un reste d’énergie à épuiser. Des enfants passèrent en criant. Il le fit, inutilement, ensuite il fut l’apparence, une porte sur l’ailleurs.

Crier serait vain, ne lui reste que l'énergie dont il a besoin.

Le bout du chemin, le Graal est proche. Ne fut-il pas taillé dans une émeraude tombée du front de Lucifer ? D’où lui vient cette cicatrice.

N’est-il pas déjà plein de sang ?

L’Enfer est doux.

Attendre, la souffrance ronge, l’oubli est pour bientôt, plus de geste, d’expression, plus de pensée Chut, bébé dort !

Adolescent, avant de rejoindre les autres pour telle ou telle fête il s’allongeait, désespéré. La mort lui souriait alors, il se sentait mieux. Pour mourir il se voyait prendre ce chemin un soir d’hiver, une nuit glacée, monter au champ plus haut, s’allonger, attendre…

N’est-ce pas sa situation ?

Le Froid est un tendre complice.

Et s'il agonisait, son esprit tentant d’occulter la vérité ?

Le coma dépassé est un pont entre le sommeil et la mort.

La vie est un rêve, le réveil un cauchemar, quel choix !

Se voulant de pierre, il est de cristal et vibre. Bientôt il partira, sa vie est entre d’autres murs. Les siens sont épuisants à entretenir. Les pierres les plus basses sont les plus grosses pas les plus lourdes.

Il distingue les lumières de la ville, le bruit de fond qui ne cesse pas, crachotement d’un haut-parleur en attente de vrais sons.

Alors qu’il redescend un souvenir émerge, un après midi, l’attente près du portail, quelques minutes qui changèrent sa vie, qui le firent changer de vie.

ELLE vint.

Avec qui a-t-il rendez-vous ? Les branches du diapason ne hurleront que réunies.

Le cri explosa dans son esprit en premier mais résonna en un autre avant de lui revenir.

Seront-ils exacts au prochain rendez-vous ?

                                        * * *

La ville s’ébroue, s’étire, difficile de se lever. Se coucher peut être pénible, arrêter ses activités, laisser ses fonctions naturelles retrouver un rythme différent, acceptable. Le sommeil est un long tunnel semblant sans sortie. Il est doux de paresser au lit, dans la chaleur, la moiteur, pourquoi se risquer au-dehors ? Qu’a-t-on à y gagner ? rester couché, les yeux clos, le cœur battant… Battant ?

Pourquoi faire ?

Chaque nuit porte l'espoir de trouver au réveil un monde différent, acceptable, mais non, rien ne change jamais. Les éboueurs passent, ramassent les cadavres, la mort ne s’amuse plus de sa provende.

Ces deux derniers matins virent la même nouvelle : La découverte d’un enfant mort, et ce troisième ? Le proverbe allait-il mentir ? L’horreur est agréable un moment, trop elle devient insupportable. Pire : Dérangeante ! La nausée n’est pas loin, elle prend le goût de la réalité, de la proximité, le risque est trop proche pour être accepté, dominé par la loupe du possible il est intolérable.

Trois victimes, un bon chiffre, une petite série, un début de collection, bientôt pourtant il sera nécessaire pour que le public s’intéresse de découvrir d’autres moyens de meurtres rapides. L’émotion génère sa propre auto-défense. Viendra le jour où sa propre mort sera un spectacle. Alors le Paradis sera accessible.

Oublions la crise, parlons d’autre chose que pauvreté et exclusion, un tueur en série distrait la société lui faisant s’oublier, s’oublier sous elle. Bientôt il n’y aura un ministère des loisirs forcés. C’est beau d’avoir du temps à soi mais c’est souvent du temps pour rien. Le pire ennemi du chômeur c’est l’ennui, devoir s’occuper seul.

Bonjour le vertige.

Diatek n’a plus de télé depuis longtemps, pas d’ordinateur personne. Foin du multimerdia, des autoroutes de la communication. Les petits sentiers sont moins fréquentés mais par des gens de qualité.

Il imagine l’effet des médias, que l’on ait parlé de lui, que sa tête ait été montrée au peuple, elle en vaut la peine. Starification, mot à la mode, un clou chasse l’autre, une image pousse la précédente, c’est là l'oie de la société.

Des regards, des murmures, des questions esquissées, une curiosité plus ou moins malsaine.

Est-ce "cela" qu’il doit protéger ? Ces moutons qui, parfois, se déguisent en loup avec des dents de caoutchouc ? Qu’il réussisse et on l’admirera, dans le cas contraire il sera vilipendé, honni, par ceux qui, à sa place, en feraient moins.



Réunion de travail, la journée commence tôt, c’est presque l’état d’urgence. Déjà se réjouir qu’aucun corps n’ait été découvert. Des patrouilles circulent partout, être présent est impératif, attention, il ne s’agit pas d’agir, non, n’allons pas jusque là, seulement de faire acte de présence, c’est pas mal.

La presse est commentée, les journaux dégouttent de sang, les tirages montent, l’actualité était triste, pas le plus petit scandale, pas la plus petite affaire. Un tueur en série se dévoue. Merci qui ?

Les policiers commentent les commentaires, souriant que les opinions des spécialistes, ou assimilés, soient tous dissemblable. Chacun veut donner un avis particulier, le plus proche de la vérité gagnera notre considération et le droit d’écrire un livre pour revenir la semaine suivante.

Super.

Moins qu’ordinaire.

Diatek songe à tout cela, mais à autre chose aussi, ses pensées refusent d’être contenues, elles ont besoin de liberté, envie de s’activer, de chercher. Il sera plus efficace ainsi. Technique aléatoire faisant entrer en collision les informations jusqu’à ce que quelques-unes s’agglomèrent pour donner une nourriture correcte.

Le bureau de M. le directeur est plein, on dit que lui-même parfois… Médisance ! L’affaire est importante, beaucoup des commissaires et autres inspecteurs présent en veulent à Diatek de diriger l’enquête, tout en étant soulagé de ne pas être à sa place. Qu’il gagne et sa fortune est faite, qu’il échoue… Et un autre essaiera ! Chacun a son idée du monstre et du traitement à lui appliquer en cas de prise. Cela va de la balle dans la tête : "Au moins c’est du sûr", à "Qu’on me le laisse cinq minutes…" Des opinions tranchées. Faute de mieux.

Que faire d’un monstre ? L’étudier ? Est-ce seulement utile ? Il est des tueurs pouvant analyser leur comportement, expliquer ce qu’ils firent, pourquoi, sans éprouver de remords. Diatek n’apprécie pas les remords. Ceux qui prétendent être innocent malgré leur culpabilité patente lui sortent par les yeux. Trop facile, tactique de défense ! Le vrai fou sait, certes, qu’il l’est mais veut en douter. Il connaît la pulsion meurtrière, la jubilation dans l’exécution, le plaisir de la préparation. L’acte posé devient irréversible. Derrière soi claque une porte que rien ne rouvrira. Tueur est une activité socialement acceptée si elle est moralement, et encore, critiquable. Dans l’antiquité des prêtres ouvraient des poitrines pour arracher un cœur et lire dans ses ultimes battements les messages des dieux. De nos jours l’officiant est dénommé psychopathe, la différence est ténue. Pourquoi ne pas les laisser agir sinon parce qu’ils permettent à la société, en les combattant, de poser, par cela, qu’elle est évoluée.

Mon œil !

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12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 06:23
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 06:20

 

Abscompliquer : Utiliser des termes techniques censés être indispensables pour décrire une situation sans cela aisément compréhensible.

Âmnésie : Oubli, volontaire, que nous avions une conscience, tiens, d'ailleurs, c'est quoi une conscience, elle est où la définition ?

Anniversaire : Base du chronométrâge.

Autoblographie : C'est ma vie, enfin, presque...

Avocabulaire : Ensemble de termes abscompliquant une situation simple afin de justifier les honoraires prohibitifs des traducteurs.

Caccalauréat : Diplôme de m...

Faitnéant : Bouton rouge que quelques personnes sont tentés de gratter !
Fouting

Grossheure : Soixante minutes comme les autres mais qui en paraissent le double.

Munich : Capitale de la va bière !

Ouvrier : Forme ancienne et organique du robot ; définitivement éliminé au milieu du XXIème siècle pour son manque de fiabilité et son entretien onéreux.

Précaution : Ce que l'on prend toujours inutilement, sauf le jour où il aurait fallu !

Zozauteur : Romancier ayant tendance, sous prétexte que son premier livre fut un succès, à le réécrire en changeant les noms !

: Rituel rassurant l'esprit trop souvent angoissé. D'abord allumer l'ordi, aller voir le blog...
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Publié par Lee Rony - dans Mon dictionnaire
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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 06:15


Finalement je crois qu'il vaut mieux pas !
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 06:07

 

La lumière, la foule, tant d'éclairs et de cris, devant moi la sortie, une fois de plus il me faut courir, j'allais dire : fuir ! Ne plus m'arrêter jamais, ne plus ressentir cet angoissant plaisir face à un public voyant à travers moi l'image d'un passé dont je suis de moins en moins sûr qu'il ait été mien. Jamais je ne voulus être ce que je devins, sans doute était-ce l'expression d'une volonté plus grande que la mienne qui me fit incarner une époque, sans doute fallait-il quelqu'un pour cela, en concevoir des regrets serait inutile, j'ai connu tant de grands moment, goûté à la gloire au point d'être fait roi... alors que toujours je répondis qu'il n'y en avait qu'Un !

Jeune j'avais des idoles, j'ignorais devoir en devenir une, si grande que dans son ombre j'eus du mal à savoir encore qui j'étais. D'une baraque en planche à un pseudo palais paré d'or le chemin parut bref mais je crois que c'est dans la première que je fus le plus heureux !



Ni rumeur, ni bruit, ce silence me fait du bien maintenant que je sais ce qu'il est ; si j'abandonne une vie dans la lumière c'est vers une autre clarté que je me dirige, j'y retrouverais mes parents et ce frère dont je ressentis tant l'absence que j'en cherchai un simulacre dans des centaines de regards. Je lui parlai tant ces dernières années, les vivants qui m'entouraient, qui m'assiégeaient devrais-je dire, étaient bien moins proches. Non que je leur en fasse reproche, ils n'eurent sur moi que le pouvoir que je leur laissai. De même que ces compagnes multicolores que j'absorbai quotidiennement connaissant leurs effets, après tout vivre est-il si important quand on ne parvient plus à savoir qui l'on est ?


Encensé et trahi, moqué ou béni, peu de choses finalement dans ma vie diffèrent de celle de n'importe qui, si ce n'est l'œil de l'actualité porté sur moi.

Je regrette la peine de ceux qui m'aimaient sincèrement, il y en avait beaucoup et l'ultime bonheur de ma vie fut de leur en apporter, je m'y abreuvai autant que je pus sans étancher ma soif, c'était impossible.


J'aurais tant à dire, je voulus le faire mais n'en eut pas le temps, je gage que beaucoup parleront, écriront, vendront même ce dont ils ne furent jamais propriétaires. Quelle importance maintenant, à quoi bon être cruel envers ceux qui vivent, sans le savoir, en prison ?



Ce n'est pas sur ce mot que je voudrais conclure, peut-être chantonner, une dernière fois : Love me...

 

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Publié par Lee Rony - dans シゴフミ
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9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 06:00
Encore une petite nouvelle venue apporter son talent à un blog qui en a bien besoin !


 

Dormir, dormir encore. Le chat est couché sur les pieds de l’enfant, chaton léger, si léger. C’est un chat qui jamais ne ronronne. C’est un chat de guerre qui craint les guerres. Son refuge, ce n’est pas la cave. Son refuge, il le trouve sur les pieds d’une enfant qui respire lentement pour retarder l’avenir. Elle rêve vite, elle veut terminer son rêve avant que ne se fende le silence. Le silence quand on le laisse tranquille, c’est le poids d’un chaton.

On marche dans la rue. La mère regarde par la fenêtre. Dans le ciel des fleurs de lumière achèvent de se faner. Les tirs de la défense anti-aérienne font leur boulot d’éclairagiste. Le spectacle son et lumière commence par la lumière. Faut bien qu’ils y voient, ceux qui vont tuer et ceux que l’on tuera. Les étoiles du feu d’artifice dégringolent quand se tait le chant des sirènes. Ils glissent sur les toits, le beffroi, disparaissent. On va peut-être mourir cette fois, murmure la mère, c’est beau pourtant ce ciel en fleurs.

L’homme et l’enfant ont sursauté. Ils ne se sont pas réveillés. Peut-être qu’ils rêvaient de l’enfer. Il faudrait réveiller l’enfant avant que le ciel ne lâche la mort. La mère regarde la rue, comme si c’était la chose la plus importante à faire par cette nuit d’été : prendre le frais à la fenêtre. Des ombres marchent, chuchotent. La petite s’enfonce sous son drap. La mère se penche pour l’écouter respirer. Dormir, dormir encore, c’est ce que disent les cheveux, le front de l’enfant, sa main posée sur la patte du chat… Elle n’a pas entendu les sirènes. Les nuits précédentes, elle était la première à jaillir du lit. Elle n’a pas entendu les jurons de l’homme répandu, long et large au travers du lit. " Merde ! Je ne descends pas, laisse-moi, tant pis… Y en a marre… Va… Prends l’enfant ou laisse-la avec moi… J’veux pas mourir sous terre… "

Déjà, il se fout la tête sous l’oreiller.


Dormir. Elle voudrait s’étendre près de l’homme long et large. Cacher son visage à l’aisselle de son homme, respirer sa vie, laisser passer la guerre, confier l’enfant au chat, à la maladresse des bombardiers. S’endormir, ne pas rêver, ne jamais se réveiller.

Elle se redresse. C’est ce silence. Un bloc de gelée aux tympans. Ses oreilles guettent les vibrations qui font de la gelée du silence imbécile mille aiguilles de terreur. C’est un bruit qui prendra à peine le temps de passer par les oreilles, qui ira droit au ventre pour le saccager. Alors, il sera trop tard.

Elle enroule la petite dans sa couverture.

Le couloir, c’est du goudron dans la gelée du silence. L’enfant ne pèse pas lourd, le sommeil l’allège encore. Parfois elle murmure, ne veux pas, veux pas… Mais la mère fait son travail de mère avec douceur et furie, c’est une chatte son petit entre les crocs.

La rue a le gris des vieilles rues sous les nuages frôleurs de lune. La mère évite les trottoirs, les murs traîtres ; elle gagne le milieu de la chaussée. Tout ce qui est de main d’homme lui fait peur. Soudain le vent les frappe. Pas de bruit formidable, à peine quelques cliquetis de tôles, le grincement de la girouette au carrefour de leur rue et du boulevard. La lumière arrive brutale sur le front de l’enfant. Elle ouvre si grand les yeux que la mère trébuche. Elle dit à la mère qu’elle veut marcher. Elle montre le disque filant sous l’effilochure des nuages.

- C’est une bombe ?

- C’est la lune, la pleine. Vite, on n’a pas le temps.

Le bourdonnement qui se retenait de l’autre côté du ciel, lance son boucan. Une sauvagerie, un hurlement. Retour des titans d’acier.

Les deux courent. Les tigres à leurs trousses lancent des rafales de frelons : c’est la lune bien sûr, c’est cette saleté de lune. Si elle brille de son gros ventre obscène, alors les tigres et les frelons arrivent pour le percer. Rien à faire. La petite pleure. Elle court plus vite que sa mère, ses pieds nus font clap, clap sur les pavés. Les mères ne sont pas rapides quand les coursent les tigres : elles hésitent entre fuir ou faire face.



- Regarde ! Ils sont là, les salopards ! Regarde bien, n’oublie pas !

Elles sont pétrifiées au carrefour. Puis sèchement l’enfant libère sa main. Volte-face. Elle court vers leur maison ;

- On a oublié le chat ! On l’a oublié !


Dans la chambre, l’homme n’a pas bougé. Tout est blanc et noir : des zébrures jaunes de plus en plus rapprochées. La maison tremble. Une gravure pieuse tombe dans un fracas de verre. A terre, saints, saintes, dieux et grigris ! Ils font une drôle de gueule les dieux lares ; personne ne sera épargné surtout pas les ventres des mères, aucun enfant, aucun chat. C’est contre eux que se font les guerres.

L’enfant compte, elle ne sait pas ce qu’elle compte. La voix froide qui jamais n’a peur lui dit de compter. Elle lui dit que si l’on entend le sifflement c’est que la bombe n’est pas pour vous. Alors elle espère les sifflements et se glace quand le silence revient.

Près de la mère, sous la table aux pieds grêles, elle guette les sifflements. Les pieds de l’homme font une drôle de danse. Ils courent. L’homme court dans son sommeil. Les tigres le pistent, rugissent dans son rêve.

La mère, son enfant, leurs dents claquent dans leur mâchoire… qu’une mâchoire pour hacher la peur… leurs entailles se vident… un seul ventre… ventre labouré, troué, explosé… oh…oh…oh… les serpents ne sifflent pas sur les têtes… les serpents se tordent et mordent dedans…


Les tigres sont repartis. Ils ont griffé la lune, ils ont chié dans les nuages, ils ont pété les tympans. Les pieds de l’homme sont au repos. L’enfant s’est rendormie, le chat entre les bras. La mère s’accoude à la fenêtre. Les gens sortis des abris regagnent leur demeures : c’était Five les usines de locos, ça brûle là-bas… Ce coup c’était pas pour nous… Ils sont heureux de respirer l’air de la nuit après la puanteur des souterrains.

On saura demain qui a casqué.

La mère se recouche. Pour se faire une place elle repousse le bras de l’homme. Le ciel est une fumée. Elle regarde la lutte que font les nuages aux fumées de la guerre. Elle ne peut pas dormir. Elle ne peut pas dormir. Elle ne veut plus dormir.


Lille 1943 ou 44 ou… ?

Kaboul, Bagdad, Gaza, Darfour, Sri Lanka, Peshawar et cetera.



                                                                                                                           PHILOMÈNE

 

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Publié par Lee Rony - dans Sans Blog Fixe
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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 06:48
Survivre au Mal - 9 

 

                                                 10


Dans une clinique une enfant naît, non loin un vieillard y agonise, branché à un respirateur faisant de chaque seconde un faux espoir. N’être point mort est-ce une preuve de vie ? Est-ce vivre que rester assis devant le spectacle de ses semblables en laissant la mort grignoter, avec si peu de plaisir, des restes pourris par la vieillesse ?

La mort effraie ceux qui ignorent la vie.

Le rat s’active sur sa femelle, le sapiens mâle également alors qu’il agit comme le premier, sans comprendre.

Au vrai, l’esprit du rat est en surface !

Le ciel est clair, le froid vif, le quotidien est d’une banalité à pleurer. La ville fonctionne et les esprits s’accrochent à l’épine plantée en eux, si facile à retirer que cela en devient impossible.

Un regard derrière une fenêtre, des yeux suivent une silhouette, l’imagination démarre… Délire, besoin de se soulager. Autant allumer la télé, cette toilette mentale dans laquelle se vide qui la regarde !

Un premier cri, un dernier soupir, entre les deux règne l’illusion. La différence dure le temps d'ouvrir les yeux.

L'âme lucide espère plus du dernier cri que du premier soupir.

N’est-ce pas ?

Les murs sont doux, blancs mais la porte n’est pas close, l’autre va, il est là, porteur de la clé pour l’enfer : un miroir.

- Vous vous éloignez de nous commissaire.

Diatek fit effort pour suspendre le cours de ses pensées.

- Je reviens.

- Ce qui est fascinant c’est que vous semblez à la fois perdu dans vos pensées mais capable de regarder autour de vous pour avancer dans les difficultés de la circulation.

- Une habitude, j’utilise le minimum pour l’extérieur. Une vitrine comportementale, mon esprit vagabonde au gré des courants. Il ne choisit pas, ne veut rien, les mots qui le souhaitent s’imposent, les images qui le peuvent se font accessibles. Je suis spectateur dans ces cas là, c’est ensuite que je fais le tri pour en garder le positif.

- Passionnant et dangereux.

- Vrai, tentant d’admirer le spectacle pour perdre l’envie d’en revenir. La folie n’est pas loin mais elle est derrière moi, si j’avais dû céder à ses sirènes ce serait fait depuis longtemps. Enfant déjà j’étais ainsi, cela fait partie de ma nature. Je reste lucide malgré moi.

- Je ne sais pas si cette capacité est enviable.

- Innée oui, vouloir l'acquérir serait dangereux et coûteux.

- Que restera-t-il de cette enquête. Sur le moment l’événement paraît capital, après un mois il disparaît et ne revient qu'au procès.

- J'en profite pour apprendre sur moi ou autrui. Nous sommes bien placés pour regarder le monde, nos semblables, et regretter ce mot.

- Une enquête est un miroir. On ne l'apprend pas à l’école de police.

- La force du réel, Kah !

- Vous avez raison. Se connaître peut donner envie de s'éviter.

- Deviens ce que tu es dit l’ancienne sagesse, elle aurait-pu rajouter qu’il faut supporter cette connaissance.

- L’important est à découvrir, se comprendre.

- Se regarder et admettre que nous sommes différent de nos rêves et ambitions. Curieux comme cette affaire nous conduit à digresser. Est-ce que dans la mort d’une enfant nous lisons une remise en cause de nous-même qui n’en sommes plus ?

- Probablement commissaire, ce ne sont pas des victimes banales. Pour l’assassin et nous qui en sommes finalement les plus proches.

- Nous touchons le mal Kah, embrassons la mort sur la bouche et apprenons à aimer son haleine, le contact de sa peau corrompue, à savourer les vers nécrophages et mentaux qui passent en nous et dévorent l’inutile. Cela se pratique en hôpitaux, des asticots dévorent les parties nécrosées des plaies. Ainsi ces vers psychiques rongent le superflu… Mais sans lui que reste-t-il de soi ? les faux-semblants se dissolvent face à une l'évidence avec laquelle nous devrons vivre.

- Je vais changer de métier si je crois plus en mon utilité.

- Au contraire, elle ne vous aura jamais paru aussi grande, vous mettrez de côté les illusions, les fausses raisons de faire ce métier. Perdu dans mes pensées je suis trop longtemps resté à l’écart. Cédant à une pression intérieure la bonde remonte d’elle-même.

- C’est instructif. En ferais-je bon usage ?

- Le temps vous répondra. Pourquoi sommes-nous là au lieu d’écouter les témoins, d'étudier des dossiers plein de renseignements inutiles ?

- Votre instinct ?

- Ce qui en reste. Profitons de ce que nous avons une raison d’être avant que les machines réalisent notre inutilité. Après un long mutisme voilà que je bavasse vous savez écouter, ou faire semblant.

- Un policier est un presque un confesseur.

- Presque...

- Garder en soi des mots provoque des ballonnements psychiques.

- Belle image Kah, belle image. Mais les libérer peut être assimilé parfois à une flatulence mentale. L’organique n’est pas répugnant, le spirituel seul l’est. Voulez-vous finir intégré à un ordinateur ?

- Je commence à l’être. J’ai un portable, bientôt tout sera connecté et nous oublierons même qui nous fûmes.

- Des engins utile mais la facilité qu'ils offrent est pernicieuse.

- C’est le moins qu’on puisse dire, un progrès sur le moment devient une contrainte que nous ne parvenons pas à surpasser.

- J’imagine la tête des journalistes s’ils nous entendaient…

- Le résultat compte, si nous restons le bec dans l’eau… Mais nous réussirons ! Oublions le virtuel. Le tueur est réel, normal en apparence, nous pourrions le croiser, lui nous connaît. Qui sait si, comme dans les films, nous ne le reconnaîtrions pas malgré tout.

- Ce serait super, que la magie s’en mêle pour nous seconder.

- Il me semble que la vie dans son quotidien doit vous être difficile ?

- Terne, fade. Avant de se trouver il importe de se savoir perdu. Cette attitude dépasse la volonté individuelle, elle est en nous, les faibles se terrent, s’engloutissent. Les linceuls ne manquent pas. Sacré est leur nom. Nous sommes des prédateurs de prédateurs ; les petits mammifères courent entre nos pattes alors que nous cherchons qui les dévore pour nous nourrir de lui à notre tour. Démarche socialement acceptée, mais, psychologiquement, est-elle différente ?

- Voilà le genre de questions auquel il faudrait éviter de répondre.

- Faudrait, portons notre socialité en masque, déguisons nos crocs en sourire, le monde nous donne l’autorisation de mordre en désignant nos victimes, profitons-en.

- Et tout ça pour…

- Encore une question dangereuse. Si nous levions les yeux nous verrions les fils qui nous manipulent, si nous prenions le temps nous verrions les mains, si nous faisions montre de plus de patience encore… C’est en portant nos regards au cœur des abîmes que nous nous rencontrerons. Jeune, si j’avais été une planète j’aurais choisi Mercure, une face brûlante, l’autre glacée, une mince zone tempérée, relativement, entre les deux, et si cela n’est pas la vérité peu importe. Parfois je me sens prisonnier du sol, de la terre, du minéral, tendant une main au-dehors, espérant, et redoutant, qu’elle trouve une prise, une autre main… Qui viendrait d’où ? Difficile d’avoir un but et de se sentir capable de l’atteindre. Rester à genoux est tentant mais pénible, l'esprit s'ankylose. Le savoir est la tentation nous montrant une réalité inaccessible. Il nous renvoie dans notre fange, dans notre reniement. En cela il est l’allié du Paradis.

- Nous nous éloignons.

- C’est juste, restons animaux parmi des bêtes, cherchons notre cible pour la dévorer ou la mettre en cage. Écoutons, sentons, utilisons des sens à peine existant, imprécis, mais qui sont actifs, en nous. Regardons les ombres, la peur n’est pas forcément laide, la mienne est belle, radieuse, douce comme le pire. Et pire que le pire !



Les deux hommes laissèrent le bruit de la ville les envelopper, parler est souvent le moyen de s’interdire de penser, pour ne pas s’entendre et risquer de se comprendre.

Trop longtemps retenu le cri devient murmure, c’est alors qu’il est le plus terrifiant.

La peur ? Peur de l’a… De l’avenir, de l’envie de changer, d’être.

De changer d’être ?

Le pire, donc le meilleur. Hmmmmm !

                                        * * *

Le temps est un disque rayé dont rien ne peut arrêter le bégaiement. Les ombres sont rieuses comme des souvenirs dévorant une vie rongée par les habitudes, les refus et les renoncements.

Un bureau en désordre, des dossiers empilés, rempart de papier né de l’extérieur pour s’en protéger. Un écran observe cela de son œil unique qui semble clos. Bientôt tout passera par lui, futur seigneur d’une société refluant dans le silicium, le minéral.

Des hommes chuchotent en parcourant les témoignages et opinions qui purent se soulager. Un puzzle dont la difficulté n’est pas dans l’assemblage des pièces mais de trouver celles qui sont utiles. Tant sont là pour perdre du temps. Laissons la bonne de côté, il y en a tant à essayer, qui sait ? Celle-ci, celle-là… Le plus souvent on ne savait pas comment aller au terme de sa mission rapidement.

Des gants seraient nécessaires pour manier ces feuillets dégoulinant de rancœur, ruisselants de bêtises et de frustration. Tant de vies ne sont que des poches de pus à l’emballage raide comme une momie, aux yeux si grands pour des mains si petites.

L’animal observe le minéral, ils ne sont pas ennemis.

Lire, relire, noter ici où là ce qui semble intéressant, renvoyant à d’autres mots, d’autres phrases à retrouver dans le flot d’inanités qui recèle, parfois, une observation fine. Personne n’est à l’abri d’un moment d’intelligence, d’utilité.

Difficile de se souvenir de ce que l’on fit, les yeux ne voient pas, l’esprit sait que les taches quotidiennes sont vaines, pourquoi se fatiguer ? Il se repose, s’endort et devient de plus en plus paresseux.

J’en sais quelque chose…

Enregistrer, retenir, trier, besogne lassante, frustrante. L’action est palpitante, excitante, lire c’est agir, loin des aventures accélérant le cœur. La réalité s’emplit de lenteur et d’un labeur demandant plus d’obstination que d’intelligence. Quelque chose se trouve là, Diatek le sent, le flair, ce vieux complice du policier, le lui dit. Dommage qu’il ne puisse prendre la parole et s’exprimer rapidement.

Entre ses doigts passa une note valable, sous ses yeux défilèrent quelques mots qu’il ne put conserver. Le fil qu’il perçut sous ses doigts se délite. Jadis tout allait si vite, si bien, tout était si simple. Dans le temps… Celui d’avant, d’avant la conscience, quand il n’était qu’un spectre au regard explorant l’extérieur pour se fuir.

A-t-il perdu ses aptitudes où sont-elles occupées ailleurs, œuvrant pour un travail personnel refusant de s'intéresser au monde. Son cerveau ne fonctionne pas au ralenti, il lutte, s’interdit, maintient ouvertes les plaies les plus profondes. Le sang frais est une encre sublime. Il crut avoir côtoyé le mal au point de pouvoir le considérer froidement sans plus rien ressentir qu’un amusement enfantin.

Il eut tort !

Il a plus gagné que perdu, reste que son lot est difficile à manier. Le jeu est plus intéressant en étant complexe.

Fermer les yeux, s’insinuer dans la peau du tueur, partager ses émotions, ces pulsions impératives qui lui firent prendre un couteau, qui cédèrent devant la peur que seul l'acte repousse, brièvement ! Il faut recommencer, encore, une vie pour une minute de silence, en mémoire de sa propre mort que l’on ne peut reconnaître.

Dans le sourire glacé d’un enfant mort persiste la souffrance d’un cadavre ignoré.

Ce qui était permis spontanément ne l’est plus volontairement.

Que disait-il ? Une main en cherche une autre ? Il avait raison, elle là, surgissant du passé, l’attendant. Certes, sortir de terre lui fera admettre son état, il ressentira ce froid qu’il voulut aimer alors qu’il venait de l’extérieur. Les vers reflueront de son corps. Nés de son esprit, nourris de peur ils ne résisteront jamais à la lumière. Un simple contact, voici ce dont il a besoin, simple à trouver, difficile à accepter. Quand les vagues d’émotions vinrent lécher son il ce n’était rien, le je continua, les ressentant violemment. L’acide le fit reculer, se contracter, chercher à s’anéantir. La carapace est dure. Ce n’est pas un couteau dont il besoin, c’est d’un ouvre-boites.

- Vous souriez commissaire ?

Diatek croisa le regard goguenard de son collègue. Le rire est nécessaire, surtout quand il s’arrête.

- Je m’évadai. Cette lecture me lasse. Avons-nous mérité ça ?

- Choisi ! Dans ces poubelles nous pouvons trouver un indice. Nous sommes payés pour nous salir les yeux autant que les mains.

- Joliment dit.

- N’est-ce pas ? Marcher, errer, d’accord ! Point trop n’en faut à mon âge. Les égouts puent mais les arpenter est moins fatigant.

- Les rats nous observent attendant que nous quittions leur domaine.

- Il me semblait être plus bas.

- Plus profond. Dans les ténèbres. Inutile de chercher quelle lampe pourrait nous aider à les percer. À notre regard de s'acclimater à notre environnement, ensuite il ne restera plus qu’à le supporter.

- Qu’à…

- Comme vous dites, pas de leçons valables nées de l’observation extérieure. Plonger en soi, arpenter ces déserts hantés, découvrir qu’ils ne méritent pas ce nom, laisser de côté l’expérience, ce regard du passé. Là est la solution.

- Le pire n’est pas de regarder une ombre mais de reconnaître qu’elle est sienne, qu’elle est soi. Vous déteignez sur moi. Je ne le regrette pas, pas encore. Travailler avec d’autres sera difficile.

- Qui peut le plus peut le moins, vous verrez combien c’est vrai. Ce sera une leçon de tolérance, de maîtrise de soi, utile dans notre job.

- Vous avez encore beaucoup à m’apprendre.

- Beaucoup…

Le regard de Diatek se porta vers la fenêtre, passant au travers il se perdit dans un passé pas si lointain mais semblant une autre vie. Revenir permet-il de reprendre l’ouvrage abandonné ? Et pourquoi faire ? Pourquoi s’obstiner à avancer, ce chemin comme tous les autres conduit au cimetière, il ira seul, ne laissant derrière lui qu’une ombre qui l’escortera jusqu’au bout. Ensuite…

- Je me demandais si notre meurtrier avait des enfants ?

- Possible, il a pu vouloir revivre son enfance ainsi. Il pourrait y avoir là l’explication de ses actes. Son fils, supposons que c’est un garçon, arrive à l’âge qu’il avait quand un événement traumatique ravagea son existence. Inconsciemment il voulait modifier son enfance, ce fut le contraire… Pourquoi ? Quelle déception rencontra-t-il ?

- Ce pourrait être le père d’une des victimes ?

- Pour les avoir rencontré je n’y crois pas, encore qu’il puisse s’agir d’un corps non découvert. Voulant retrouver son passé il n'y survécu pas. Au lieu d’être un bien ce fut un choc définitivement destructeur.

- L’explication pourrait être la bonne.

- Gardons-nous de croire qu’en quelques phrases nous venons de cerner la psyché du tueur. L’hypothèse mérite d’être conservée, analysée, sans plus, pour le moment.

- Avoir des enfants c’est se prolonger.

- C’est souvent se répéter.

- Vous n’aimez pas les enfants, ni votre enfance.

- Logique, je ferai un tueur crédible.

Crédible ? C’était peu de le dire !

- Non, trop basique pour vous. Mais ma remarque n’est pas fausse.

- En effet.

- Ce retour c’est pour la retrouver ?

- Entre autre, je doute que ce soit aussi sommaire. Il y a autre chose… L’avenir m’en dira plus, dès qu’il aura le temps de s’exprimer.

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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 06:36
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 06:48



















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Publié par Lee Rony - dans J'ai entendu
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