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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 05:35
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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19 juin 2009 5 19 /06 /juin /2009 05:29


                                    01


Au-dehors la température caresse les normales saisonnières. Le temps s’amuse des définitions censées l'enfermer.

Dans la chambre le thermomètre ne bouge pas. Dans les vieux murs le froid trouve un havre à son goût, il s’étire dans les pierres pour de longs mois avant d’en être, brièvement, chassé.

Dehors ? Ce mot, pour l’homme assis sur le lit, ne signifie rien, il contemple à ses pieds, par-delà les lattes de chêne, le gouffre de son passé. De cet abîme remonterait une température défiant les relevés. Pourtant, au fond, quelque chose s’anime, conglomérat d’angoisses, de terreurs, d’images qu’il ne peut effacer.

La réalité s’amuse, attendant pour lui dévoiler le visage qu’il fuit.

Pourquoi sortir ? Dans ces rues qu’il connaît bien il ne croiserait qu’un vieux spectre attendant une nouvelle chance de l’entraîner dans la folie. Ce n’est pas cette confrontation qui l’effraie, ni de danser une fois encore avec la démence, mais de se savoir plus fort qu’elle, de vouloir la conserver pour valser jusqu’à la fin sans l’atteindre. Il resterait alors seul avec ses fantôme.

Une seule ombre, sur le mur, l'amie d'enfance à laquelle il se confiait. Lumière éteinte elle envahissait tout, alors il se sentait bien, rassuré, protégé, souhaitant que la clarté ne revienne plus. Ses souvenirs sont dans un album que le temps ronge à plaisir.

Caresser la pierre, parler à cette silhouette, ne plus faire qu’un avec elle, oublier le temps et, dans la roche, sourire à l’éternité.

Une main sur sa cuisse droite il effleure le sinueux souvenir de sa guerre, la marque d’une victoire qu’il voudrait déplorer, quand son esprit s’accrocha à la douleur pour survivre à la dissolution.

Une nuit glacée, pas assez pour lui permettre de s’allonger pour étouffer la dernière braise de lucidité vorace qui résiste. Le vent d’une panique venue de loin erre en lui sans qu’il sache y céder, sa soif d'échec est trop faible pour qu'il la voie insoutenable.

L’arme est à portée de main, métal au sourire avide. Facile de s’en saisir, un geste, sous la gorge, une infime pression et le sang giclerait, retombant sur lui en un linceul rubis. Et après ? La paix et l'oubli ou l’enfer de la damnation ?

La mort est sa complice depuis longtemps. Il la croisa souvent, lui offrant des créatures que le monde ne pouvait plus supporter. Son devoir était de les éliminer, il le fit, avec joie. Que rien ne trouble la quiétude du troupeau oublieux des prédateurs rôdant alentours, chasseurs dont il se sait un des pires ! La multiplicité des canaux de communication affaiblie l’information, entre les mailles du filet glissent les réalités refusées.

Comme le manche est doux dans sa main, promesse de douceur après la brulure. Le prix est trop bas. Un Seppuku lui apporterait davantage de sensations, s’ouvrir le ventre, en sortir ces viscères répugnants et chauds, dérouler les intestins, cette triperie puante. Y plonger la main, remonter sous le sternum, écarter les poumons, sourire en saisissant le cœur, l’arracher pour, dans un ultime défi, regarder sa main l’écraser.


Fuir dans la mort était interdit, une tâche restait à accomplir, un devoir, ce mot qui amuse qui en ignore le sens. L’ennemi était ce bouillonnement en lui, ces formes sur les parois, ces couleurs dans son esprit. Un décor de tortures empli de plaintes, un passé qu’il avait absorbé comme une éponge et qu’il devait régurgiter.

Il supplie le rasoir d’être la clé de sa délivrance. Il serre les dents et gémit de fureur. L’acier mord la chair, s’y enfonce, descend jusqu’au genou ; le sang coule plus encore alors qu'il écarte les lèvres de la plaie. Il pleure de frustration en empoignant cette forme longue et blanche. Le hurlement traverse les murs quand il arrache le fémur et le jette dans un coin de la pièce à la gueule avide qui s’en saisit. Sa conscience ne supporte pas le choc.

Celui de la douleur ou de l’échec ?

                                        * * *

- C’est donc ainsi que les choses se sont passées ?

L’homme repose les feuillets, inspire profondément et répond.

- Quelques pages racontant sans tout dire.

- Des rumeurs ont couru, il est rare qu’un commissaire tente de se suicider, s’il s’agit bien de cela, ce dont je doute.

- J’aurais pu mourir, le fil d’une vie se tranche facilement, parfois sans même avoir à le vouloir, le vide agit pour soi.

- Tu aurais voulu désirer mourir ?

- Vouloir ne fut jamais mon fort.

Le silence réunit les deux hommes, le commissaire Diathek, qui venait de lire, assis sur son lit, Kah, assis dans le fond de la pièce, occupant un fauteuil de bureau style années quarante.

- Nous sommes policiers, tu ne seras pas étonné si je suis curieux. C’est une qualité professionnelle. Toi et ton équipe avez soulevé bien des interrogations tant il est rare que dans une corporation le secret soit conservé. Ce n’en est que plus attirant.

- Certaines savoirs scellent les consciences.

- Parler soulage.

- Nous avons promis de nous taire. Chacun de nous eut le temps d'y penser, les règles acceptées il ne fut jamais question de les remettre en cause. Nous sortons du texte.

- Ne me fais pas croire qu’il n’y a pas de lien entre ton acte et le savoir auquel tu fais allusion.

- Sans doute. J’ai choisi ce métier, accepté certaines enquêtes.

- Mourir c'était fuir, ce métier n'était-il pas une échappatoire ?

- Psychologue.

- Cela fait partie de la formation de commissaire, elle remplace le passage à tabac, c'est douloureux sans laisser de trace.

- Jolie formule ! Mais se pencher sur soi est un jeu plus amusant.

- Un jeu ?

- La vie en est un, avec ou sans u !

- Sans victoire possible.

- D’où son intérêt. La réussite tue la volonté, l'échec occis le rêve

- Nous sortons de la psychologie pour pénétrer la philosophie.

- Elle aime ça ! Philosophie de bas étage, je fais dans le simple sans chercher à comprendre vraiment.

- Par peur d’y parvenir.

- Arrête de comprendre !

- La victoire incite parfois à la fuite davantage que son contraire.

- Je caresse avec plaisir cette idée, belle comme un sophisme.

- La réponse est en toi. Je comprends ton serment et sais que savoir serait trop cher, je préfère continuer à me poser des questions. Fuite, mort, folie, suicide, tortures, le menu est lourd mais attirant pour qui n’aura pas à régler l’addition.

- Ça… Les idées se mélangent, celle-ci : Un texte que j’écrivis adolescent, un homme veut se détruire, pas seulement se tuer, trop simple. Pour parvenir à son but il décide d’arracher les os de ses jambes, voulant poursuivre par les muscles et remonter. Il passe à l’acte et la souffrance quoique terrible ne le détruit pas, sa conscience endure un tourment inimaginable mais résiste, autour de lui les ténèbres s'emplissent de créatures cliquetantes et frémissantes. Il perçoit des odeurs impossibles, distingue des silhouettes intolérables, il veut s’échapper, glisser hors de la vie sans aller jusqu’à la mort, les deux sont des pièges, il ne peut rien et quand les ombres s'approchent il découvre sa damnation.

- Intéressant et prophétique.

- N’est-ce pas.

- Sauf que toi tu as pu t’échapper pour gagner du temps.

- Fine analyse. Dans la réalité la douleur fut indicible, puisses-tu ne jamais approcher t'en approcher. La lucidité puisa jusqu'à mes dernières forces, je vois la lame dans ma chair, la plaie béante. Mes connaissances en anatomie m’ont fait éviter l’artère fémorale, les études ça sert parfois. Ma main attrape l’os, l’arrache… Je ressens encore l’éblouissement qui m’emporte alors que je le jette.

- A des ombres grouillantes ?

- À l’intérieur. J’ai crié, sans quoi je me serais vidé de mon sang. Quelqu’un m'entendit et appela les pompiers, la caserne est à cent mètres, hasard.

- Un risque calculé, inconsciemment.

- Possible.

- Le personnel de secours dut être surpris du mode opératoire.

- Ah leurs regards quand j’ai repris conscience trois jours plus tard ! Ils s’attendaient à tout. Policier je n’étais pas attaché. Je passai l’épreuve.

- Admis dans la classe supérieure.

Un sourire détendit l’atmosphère, elle en avait bien besoin.

- Tu avais une imagination débridée.

- J’avais… La réalité concurrence la fiction.

- Tu fais allusion à ce dont tu ne peux parler ?

- Nos limites sont faites d'illusions et nourries de peurs.

- De fuite ?

- Oui, les yeux ne voient pas tout. Le regard se détourne de ce qu’il doit éviter. Les atrocités quotidiennes évitent une curiosité dangereuse s’impose. Si elle n’est que malsaine tout va bien.

- Curieuses paroles.

- Je me comprends.

- Notre enquête l’illustre, plutôt un mensonge qu’une réalité pire.

- Parfait.

- Je comprends de quelles d’affaires tu t’occupas.

- En partie.

- Elle suffira. Tu as été rapide, efficace, l’entraînement.

- L’habitude. Je comprends certains caractères... La séparation de l’esprit, une partie répond au monde, l’autre évolue dans son univers. Agréable à imaginer jusqu’au jour où la réalité s’éloigne, reste une vitrine qui s’obscurcit avec le temps, l’esprit ne sait plus où il se trouve, ce qu’il reçoit et ce qu’il crée. J’ai été hanté par des visions infernales. Je n’exagère pas, des phantasmes capables d’arracher l’âme au réel. Et puis…

- Tu es entré dans la police.

- J’ai… écrit, c’est le plus important. J’ai poussé l’imaginaire hors de moi pour préserver ma lucidité autant que faire se put, aussi longtemps que les mots purent m’aider, me soulager. Certains disent que l’écriture leur sauva la vie ! Pour moi elle en sauva d’autres. Ma raison trouva à quoi s’accrocher, fut-ce du petit doigt, quand bien même souhaitais-je lâcher, un souhait facile puisque irréalisable. Compliqué à dire autant qu’à penser.

- Les circonstances furent favorables, ton équipe, vos enquêtes.

- J’admettais ce que d’autres refusaient, j’en avais besoin. L’horreur extérieure exprimait celle qui m’habitait.

- Au nom de la loi ?

- Nous en respectâmes l’esprit…

- L’honnêteté avant la légalité ?

- Belle formule.

- Jamais d’échec ?

- Nous avons résolu les problèmes présentés.

- Je ne dois pas en savoir plus.

- C’est mieux.

- Qu’est-ce qui t’amuse ?

- Ma façon d’expliquer sans dire. J’aime ma perversité, c’est un progrès mais ça m’amuse. J’ai appris à frôler la folie, à habiter l’horreur, à violer un univers que la curiosité devrait laisser de côté. J’ai couru dans des flaques de sang, m’éclaboussant pour oublier celui qui me couvrait. Tout était simple, violent, pénible et rassurant. Je me sentais invincible oubliant mon pire ennemi : Moi ! Les cauchemars extérieurs dissimulaient les miens.

- Il n’est pas de sommeil dont on ne finisse par sortir.

- Le réveil est pénible, il s’étire, la réalité m’indique le chemin. L’émotion se rapproche, elle que je crus mon ennemie. L’être vibre d’un souffle qu’il veut maîtriser. Mes phrases sont bancales, un brouillon est nécessaire, noter, relire, supprimer les couches de peinture dissimulant le motif originel. Motif ! double sens, comme sens ! Je jongle avec les mots pour libérer mes peurs. C’est presque de l’écriture automatique, la peur fait encrier. L’ignorance engendre la crainte, non une conséquence mais une raison d’être, ignorer pour n’être pas tenté. L’esprit n’est pas roi en sa maison, il est locataire d’un lieu dont il ignore les secrets, il a envie de paix, de tranquillité mais agit pour ne pas la trouver, l’effet de la vie qui souhaite le contraire.

- Être policier avait pour but de soulager ta tension interne ?

- Oui. Tu vas évoquer le bien public, de communauté nationale. Mon désir ne fut jamais d’aider les autres, je voyais mon intérêt, rien de plus. Cela dit j’ai fait du bon boulot, sauvé des dizaines de vies, plus peut-être. Jeune je méprisai le monde, cette époque est révolue, l’indifférence me libère de l’instinct grégaire.

- Et maintenant ?

- Que vais-je faire ? Prendre mes responsabilités, pour une fois.

- Que fuyais-tu par l’écrit, par ton métier ?

                                                               Héritage - 2

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 05:55


 

Deux amis cheminaient, bavardant gentiment,


Le plus grand en un pas avançait,


Autant que l'autre en cent,


Mais leur amitié survivait !




Nous sommes un curieux ménage,


Murmura le premier avec lenteur,


L'autre répondit sans ambages :


Nos différences sont un bonheur,


Quel besoin aurions nous de courir,


En avance ou dernier au terminus,


Il sera toujours temps d'en rire.


Qui veut triompher n'est souvent qu'un minus.


Nous ne sommes points humains,


Pourquoi être exemplaires ?


Ignorons le destin,


Seul maintenant sait nous plaire.




La tortue opina, souriant à sa façon,


Son copain, le lièvre, secoua ses oreilles,


Sachant que des fables les conseils,


Nul enfant, jamais, n'en retint de leçon !






 

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Publié par Lee Rony - dans Fables
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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 05:51

 

Elle est là, s'interroge, regarde dans toutes les directions pour chercher quelqu'un, mais les champs débordent d'absence, pas un chat, un oiseau, ni bruit ni mouvement. Le ciel est d'un gris improbable.

Et là-bas, de l'autre côté, n'est-ce pas un chemin qu'elle aperçoit ? Il doit mener quelque part, forcément…


Elle hésite à s'avancer, le risque est important, ce paysage calme et morne comme un tableau est-il ce qu'il semble ou un piège prêt à se refermer sur elle ? Si seulement elle se souvenait.


Reculer ? L'évidence qu'il est trop tard s'impose. Après tout peu importe ce qui l'attend.

Machinalement elle tente de prendre sa respiration comme n'importe qui ferait pour se donner du courage.

N'importe qui de vivant !


La porte du cimetière grince puis claque dans son dos.

Désormais elle sait qu'à chaque pas Sa vérité sera plus précise.


Elle va regretter d'avoir été si méchante.



Quoi que…



N'est-ce pas un sourire sur son visage ?

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Publié par Lee Rony - dans Nouvelles
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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 05:48
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 05:43

 

On n’est plus sérieux, quand on a septante ans

Un beau matin, on se lève, on n’a pas dormi

On dit adieu les rêves, on salue ses envies

On regarde au miroir ses rides de vieil enfant.


On enfile un vieux short, des baskets rose bonbon

On nettoie la bécane, on regonfle les pneus

La selle est un peu molle, propice aux abandons

Le chemin a des parfums mouillés dans les creux


Voilà qu’on aperçoit une casquette bleue

Des yeux rieurs, une barbiche claire, c’est Léon.

Septante ans, poète et vainqueur du Marathon

De New York, Paris ; on l’avait perdu des yeux


Premier mai ! Septante ans ! " - On se laisse griser "

La sève printanière, plus forte que vos artères

Est un alcool capiteux qui vous fait tanguer

- Bonjour ! – Salut ! Ce jour exauce mes prières !


On met un pied à terre, on fait des regards doux

On s’essuie la nuque, on boit à son bidon

Vous aimez pédaler sur la digue, dit Léon

On opine, on lui offre un caramel mou.


Sur la berge de l’Isère tremblent les peupliers

Les neuves hirondelles chassent les moustiques

De nos sacoches kaki, on sort nos pique-nique

Pour lui pain et fromage, pour soi du lait caillé


L’ombre est fraîche, il vous couvre de son K-Way

" Quand on a septante ans, mieux vaut être prudent ! "

Ses yeux brillent comme lacs ; on n’ose dire ouais !

On s’endort pour de vrai dans un décor charmant.


On rêve du temps jadis, on était si sérieux

L’amour unique pour toujours mettait le feu

A chaque heure. On était plein et le monde vide.

A septante ans le monde est plein et le cœur vide.


Léon rampe vers vous, à la bouche une violette

Il dit votre nom les bras pliés sous la tête

Sa main touche la vôtre, il chante un vieil air

" La belle si tu voulais… ", on ne fait pas la fière.


On murmure : " nous dormirions ensemble, lonla "

Il poursuit, tremblant : " dans un petit pré carré "

On s’entête : " sous les lilas et les résédas "

On trouve sur les fougères une couche pour s’aimer


On revient chaque soir au chemin des amants

On récite Rimbaud, on chante du Ferré

Le cœur est plein, le monde aussi, chère liberté

On se fout d’être sérieux quand on a septante ans.



                                                                                                                                MARIE TREIZE

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Publié par Lee Rony - dans Sans Blog Fixe
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16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 05:36

grâce aux clichés de MARIE TREIZE !

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Publié par Lee Rony - dans Sans Blog Fixe
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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 06:12
Survivre au Mal - 11 
 

                                                 12


Il s’amuse des commentaires, des affirmations, parfois sincères, du devoir, de l’ordre, et de la protection due à tout un chacun.

Il sourit.

- C'est drôle ?

Diatek regarde Truc ! il n’a pas mémoriser les noms de ses collègues. Il connaît ce visage, la voix le rend impatient de recouvrir le tout.

- Oui, ça ne change rien aux faits et ça me fait du bien.

- Tu es si malin, nos recherches, notre travail, tout cela est vain ?

- A parler sans réfléchir on dit des conneries. Les paroles n’ont pas grand sens, jacter occupe. Que pourrions-nous faire ? Nous attendons la chance, que le tueur cesse et nous serons bien attrapés.

- Nous sommes suspendus à tes lèvres.

- Elles sont assez solides, quoi que finement ourlées, pour cela.

- C’est toi qui dirige l’enquête, nous guettons tes lumières.

Petit bilan, répétons-nous, ça fait du bien. Que savons-nous ? Peu de choses : un agresseur, trois crimes. Folie, dit-on, les victimes n'étant liées que par leur meurtrier. La troisième est intéressante et connaissait l’assassin, elle avait confiance. Nous en sommes là, les témoignages sont confus, contradictoires, comme d’habitude.

- Et c'est distrayant.

- Oui. M'emmerder aiderait l’enquête ?

- Des enfants morts ça n’est pas risible.

- Je ne souriais pas d’eux.

- De nous alors ?

- Pluriel de majesté ?

- De moi ?

- De quelques-uns.

- Merci pour eux.

- Parfait, content ?

- Non !

- Tu sais où tu peux aller ?

- Et puis quoi encore ?

- Ah, alors, si tu en viens…

- Je vais te…

- Pas devant du monde quand même.

- Je…

- Messieurs dois-je vous rappeler que nous avons du travail ? l’entracte est terminé, passons à des discussions sérieuses. Diatek, vous pourriez donnez l’exemple.

- Je grattais ma semelle monsieur le directeur ?

- Je vais te…

- Encore ?

- Suffit, ou sortez régler vos différents, je ne fais pas garde d’enfants.

Approbation muette de l'assistance. La discussion continua jusqu’à ce que chacun aille vaquer, excepter les responsables de l’enquête.

- Diatek retenez-vous, dans notre mécanisme chaque pièce est utile.

- Je sais. Un moment d’égarement qui ne se reproduira plus.

- Parfait, refaisons un survol rapide. Kah ?

- Le commissaire Diatek en a parlé, la chance peut nous aider.

- Je doute qu’il y croit.

- Son désir d’être pris sera notre meilleur allié.

- Vous ne serez pas étonné d’apprendre qu’en haut lieux ces histoires dérangent les préparations du réveillon.

- La solution s'approche. Ce n'est pas une vision mais une sensation quasi physique. Le tueur est allé au bout de ses moyens.

- Puissiez-vous avoir raison, sinon, je me demanderais si vous l'avez.

- Et je m’en poserais davantage encore.

Intérieurement Kah se dit que son supérieur avait un sacré don.

Encore que sacré ne soit pas le terme qui convienne !

L’angoisse étire le temps comme une vibration cherchant à se perdre, aucun diapason n’a trois branches.

Le téléphone les fit sursauter. La technique aime se moquer de qui croit la dominer.

- Oui… parfait... amenez-le. Se retournant vers ses subordonnés le directeur les avertit que le clochard habitué des lieux du premier crime venait d’être retrouvé et qu’il était disposé à dire ce qu’il savait, tout en affirmant qu’il ne savait rien.

Les commissaires opinèrent, était-ce ce qu’ils attendaient. La plume poussant la balance de leur côté. Le policier savait que la piste glacée du tueur menait à une silhouette inclassable alors qu'il croyait sa collection complète. Une pièce de plus, de trop.

Le clochard fut introduit auprès d’eux visiblement intimidé par le décor, le lieu et les regards posés sur lui. Non qu’il n’ait l’habitude de la police, au contraire, mais à un autre échelon. Sûr de n'avoir rien à dire ils seraient contraint de le laisser sortir. Contraint.

L’insecte tremblait sous les regards des entomologistes.

- Je n’ai rien fait, c’est une erreur judiciaire.

- Êtes-vous accusé de quoi que ce soit ?

- Non… Mais vous allez me mettre quelque chose sur le dos.

- Du tout, vous êtes notre invité.

- Où est le buffet ?

- La bouteille qui gonfle ta poche c’est du jus de fruit ?

Le clochard sourit, enfin il retrouvait le ton naturel de la police.

- Vous êtes observateur. C’est pour me tenir chaud.

- L’endroit est chauffé. Votre carburant sera utile plus tard.

- Alors qu’il soit vite plus tard. Je me sens comme une mouche dans un bol de lait.

- Tu parles d’une mouche ; le lait, tu sais ce que c’est ?

- Bien sûr, un liquide mythique, personnellement je n’en ai jamais vu.

- C’est ce qu’on dit.

- Si nous en venions au fait, ce n’est pas que je m’ennuie…

- Entrons dans le vif du sujet. Tu dors la nuit.

- Bien vu, je comprends votre choix pour ce poste.

- Tu es perspicace, bien. Où dormis-tu dans la nuit de lundi à mardi.

- Ma situation m’incite à me préoccuper du futur principalement.

- Mauvaise réponse, je crois que tu vas nous trouver moins sympas.

- Comment voulez-vous que je m’en souvienne ?

- Dans le cerveau existe un système appelé mémoire. Je vais t’aider, une allée sur les quais, ça te dit quelque chose ?

- Une allée, sur les quais.

- Tu as compris, réponds maintenant.

- C’est un endroit où j’ai souvent dormi, plus possible maintenant, la porte menant aux caves est fermée, blindée. Je me souviens. J’avais sommeil, il faisait froid, j’avais peu de carburant. J’étais furieux, j'avais des affaires dans un coin, je parie qu'ils les ont jeté ces cons.

- C’est probable, ensuite.

- J’ai cherché un coin, y avait rien, j'me suis tiré.

- Par où ?

- J’ai traversé l’immeuble, vous le connaissez sûrement.

- Rien noté de particulier ?

- Non.

- Bruits, odeurs ?

- Celle des poubelles… Sympa.

- L’actualité c’est quoi pour toi ?

- Mon quotidien, j’ai tiré un trait sur les misères du monde pour m’occuper de la mienne, elle est proche, faire quelque chose pour elle revient à faire quelque chose pour moi. Les autres… le moins est le mieux. Je n’ai pas le temps, " Pas la place - pensa Diatek, une expression qu’il employait parfois dans le même cas - je vis au jour le jour, sans question, sans autre quête que celle de la survie.

- Tu parles très bien, tu as fait des études ?

- Y’a longtemps. J’avais une vie normale, et puis... voilà.

Diatek comprenait, la répulsion du quotidien, pas la résultante.

- Vous pouvez m’en dire plus ?

- Il y a en liberté un tueur d’enfant, dans une des poubelles que tu as effleuré lundi soir se trouvait le cadavre d’un nourrisson.

- Putain ! Vous ne pensez pas que c’est moi quand même ?

- Non, mais vous auriez pu vous croiser.

- Si je pouvais vous aider… Dans un autre cas je vous dirais d’aller vous faire cuire un œuf, là c’est pas pareil, des gosses, chopez-le vite.

- C’est notre but, nous comptions sur toi.

- Sur moi… Et bien…

- Oui ?

- Je me souviens, un bruit, un choc, j’ai tendu l’oreille un moment, je m’en foutais, vous pensez bien, que pouvait-on me dire de plus ?

- Vraiment rien de particulier ?

- A part le moteur chaud.

- Un moteur chaud ?

- Oui, arrêté depuis peu quoi. Je me suis chauffé les miches un moment, c’était bon, après quoi j’ai mis les bouts, voilà.

- Et ?

- Vous pensez que je sais autre chose ?

- Si ce n’était pas le cas tu ne poserais pas cette question.

- Vous êtes futé vous, pas comme les autres.

- J’apprécie l’opinion.

- Donc ?

- J’ai marché, la voiture est arrivée et a failli me heurter. J'étais sur la route mais c’était pas une raison.

- Et ? Je ne te cache pas que nous sommes pressés.

- J'ai regardé la plaque, mon année de naissance. C’est tout ce dont je me souviens, la marque, la couleur, tout ça, que dalle.

Les policiers hochèrent la tête et simultanément demandèrent :

- Et ce numéro, c’est…

                                                             * * *

Deux hommes marchent qui savent où ils vont, ce n’est pas si fréquent. Leurs pensées se suivent et se ressemblent, se frôlent et se reconnaissent, temporairement ils sont proches, unis par la peur de ce qui vient, de ce qu’ils devinent sans le distinguer précisément.

Chance, hasard ? Peu importe, la conclusion était déjà écrite, le point final posé il ne restait que trois lettres à taper.

La résistance intérieure est parfois impossible, perdure en soi le désir que cela cesse, que la force de tout stopper vienne de l’extérieur.

Diatek observe le geste machinal et répétitif de son coéquipier, la vérification que son arme est en place ; on ne sait jamais. Lui n’en porte pas, il sent qu’ils n’en auraient pas besoin. Un château de cartes peut monter haut, en ôter une suffit à le déstabiliser.

Ils vont lentement, pourquoi se presser, le chapeau est devant eux, le lapin est dedans, reste à tendre une main, à le saisir par les oreilles pour l'en sortir. Quel sera le visage de l’assassin. Il serait rassurant qu’il ressemble à une brute, front bas, regard méchant, c’est rare, ou seulement à mi-temps. Parfois il devient définitif quand le monstre est démasqué. Quand, enfin, il peut cesser de jouer le jeu des autres. Il peut arriver que ce soit l’inverse, les traits se détendent, apparaît alors une vérité que personne ne voulut voir.

Chacun dessine mentalement un portrait sans en fixer aucun trait. Le pire serait qu'ils se ressemblent, c’est de lui découvrir un aspect nouveau qui est inquiétant, troublant.

Là est le pire du pire, quand il ne nous est pas étranger !

Apprendre c’est souvent perdre, se dessaisir de ce que l’on tint en croyant vérité définitive. Ce que l’on porte alors est plus lourd et de se découvrir la force de le soutenir une inquiétante révélation.

Ils auraient préféré un long chemin, pouvoir se préparer, raffermir leur conviction, leur quoi ? Mais le trajet est court, si court.

L’immeuble est semblable à bien d’autres, l’entrée de l’Enfer n’est pas de fer rougi, elle est douce, accueillante.

Un vaste hall vitré, des boîtes aux lettres, un couloir, l’ascenseur. Un doigt qui appuie, le ronronnement de la machine dans un silence rythmé par deux cœurs qui accélèrent.

Couloir moquetté, huis sombre, quelques enjambées suffisent.

- Une porte bien angoissante non ?

- J’allais le dire, l’anodin est terrifiant. Une porte est un mystère.

- Vous parlez d’expérience.

- Oui. Je me souviens, ma première, derrière c’était autre chose, un fou plus redoutable que celui qui nous attend.

- Le chef vous a suivi quand vous avez dit que nous suffirions.

- Je souhaite qu’il ne s’en morde pas les doigts à nos enterrements.

Sonnette, le bruit court dans l’appartement sans visiblement intéresser quiconque.

- Il ne serait pas allé sortir le chien ?

Nouvelle sonnerie, vaine, le voisin sait peut-être quelque chose.

Des pas lourds s’approchent dix secondes après que Kah ait toqué. Des bruits de verrous, la porte s’entrebâille.

- Messieurs ?

- Nous cherchons des renseignements sur votre voisin, monsieur B, précisa Diatek tout en présentant une jolie carte plastifiée ornée de son visage souriant.

- Je le connais mal, bonjour, bonsoir, pas loquace, renfrogné, il va travailler, revient, sort peu. Il est préoccupé, je le comprends.

- Pourquoi ?

- A cause de sa fille.

Un vent glacé fait frémir Diatek, la lumière s’estompe alors qu’une lourde porte claque dans son dos et que, surgissent du passé trois regards, non, quatre, se posant sur lui.

- Qu’a-t-elle de particulier poursuit Kah conscient de la réaction de son partenaire.

- Je crois qu’elle est un peu atteinte mentalement, retardée.

Les policiers échangèrent un regard.

- Remarquez à la voir elle paraît normale, si ce n’est qu’elle ne dit rien, ne va pas à l’école, ne parle pas. Dommage, elle est plutôt jolie. Il paraît qu’il est nécessaire d’être toujours près d’elle sinon elle ne fait rien. Ça doit être difficile pour le papa.

- Quel âge ?

- Je ne sais pas au juste, dix-sept, dix-huit… Une jeune femme quoi.

- Il est allé travaillé aujourd’hui ?

- Il n’est pas sorti. Je l’entends chaque matin descendre l'escalier.

- Nous serons patient, il peut écouter de la musique avec un casque.

- Je suis navré de ne pouvoir en dire davantage.

- Vous nous avez bien aidé, merci.

Restés seuls les deux hommes laissent filer quelques secondes.

- Ça va mieux ?

- Oui, ça m’a fait comme un coup.

- Des souvenirs ?

- Lointains…

L’absence persiste. Diatek après avoir farfouillé dans sa poche en sort un petit instrument métallique qu’il utilise pour crocheter la porte.

Ombre et silence sont réunis pour les réceptionner, des lambeaux de pensées traînent ici ou là, Diatek les ressent comme autant de cris allant en diminuant.

La dernière pierre est posée, l’air s’épuise, le monde a disparu, l’illusion est minérale. La lumière fut un cauchemar. Heureusement, sans oxygène elle s’éteint. Le corps est muet. Qu’importe les cicatrices, les brûlures, les mains qui palpent, fouillent.

- Je sens l’atroce.

Diatek opina, l’appartement en était plein.

Le sang a séché, coagulé, il se brise, les pensées vont mourir, vont… Vie, mort. Qu’est-ce que c’était ?

L’ultime pièce, ils l’ont gardé pour la fin sachant que la solution les attendait derrière.

Quelle est cette image, ces silhouettes s’approchant ? Une ombre, un corps lourd revenant sans cesse, une bouche avide, un sexe tendu, le froid qui la pénètre, n’était-elle pas assez loin.

A peine entrebâillée l'odeur du sang leur vrille l'âme. Vite…

Qui est cette femme qui lui ressemble, qui dit non, qu’il ne faut pas, qu’il ne faut plus… Et l’ombre qui frappe, détruit… un éclair d’acier qui mord, mord… Embrasse ta mère une dernière fois ! La tête disparaît dans un sac plastique, deux vies s’estompent. Le ciment scelle un passé survivant.

Kah se précipite, la lumière fait mal, Diatek résiste à la tornade qui le repousse. Le premier déplace le… le truc froid, le second, à genoux, prend la main de la jeune fille… Aucun ne peut plus répondre.

- Je ne veux pas comprendre répéta Kah, jamais.



La sirène approchait ils placèrent le manche bleu dans la main qui le méritait.

Les larmes font du bien, le puits déborde et cela était nécessaire.



Dans l’inconnu des doigts s’effleurent, des mains se rapprochent…

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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 05:53
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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14 juin 2009 7 14 /06 /juin /2009 06:52





























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Publié par Lee Rony - dans J'ai entendu
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Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

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