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4 juillet 2009 6 04 /07 /juillet /2009 05:56
C'est le jour de fêter un excellent anniversaire à O Hyun Ran























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Publié par Lee Rony - dans J'ai entendu
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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 05:53
Héritage - 3 
 

                                                 04


- Dois-je dire bonjour papa ?

- Ravi que tu aies compris.

- J’ai mis le temps, c’était difficile, tu fus si peu présent, dans ma vie.

- Pas de curiosité ?

- Mon instinct me soufflait qu'elle serait assouvie sans que j'aie rien à faire et que plus tard je saurais mieux ce serait. Il semble que nous ayons un faible écart d'âge.

- Vingt ans !

- Le hasard, ou le destin, mis en scène ta rencontre avec ma mère.

- Je préfère le premier, le second impliquerait un inquiétant calcul.

- Une préméditation ?

- C'est le mot. Mais c'est un domaine où ton intelligence trouvera à s'exprimer mieux que la mienne. Tes qualités dépassent les miennes.

- La différence est surtout dans leur emploi.

- L'héritage engendre parfois un conflit de générations.

- Des choix opposés comme cela arrive rarement.

- C’est une façon de voir.

- Voir ? Mais je sais ce que j’ai vu.

- Un test qui ne s’est pas terminé comme prévu.

- Un test ?

- J’avais envie de savoir ce que tu valais, la nature de notre lien, notre proximité. L'épreuve aurait pu te détruire, je pressentais qu'elle ne le ferait pas. J'aimerai disposer des moyens de m'exprimer clairement mais je manque de ton aptitude à la réflexion, je ressens, j'agis, l'animalité est puissante en moi, elle me dit que nous étions semblables, trop pour que je reste ou que je t'abandonne. Me basant sur ma vie je prévoyais tes difficultés, les risques que tu courrais, l'enfermement, la dislocation... Je fis au mieux pour protéger ton esprit. Ton cerveau traduira mes piètres phrases. Il me fallait intervenir. La chance que tu survives était infime, elle suffit. Ton silence est une approbation J’ai partagé tes sentiments, tes affects, ton incompréhension devant ce que tu percevais de ta nature et de ses différences de celle des autres. Tu aurais pu te replier dans un renfermement autistique, conservé le minimum social, un suaire à l’image de la norme. - J’ai opiné ! C’était vrai Kah, vrai. - Le choc te scinda sans te briser, chacune des parties évolua jusqu’à… Mais tu sais cela aussi bien que moi. Elles sont en voie de se réunir, c’est parfait. Ce qui se produisit fut différent de ce que j’avais prévu, je voulais te dire, t’expliquer, te montrer... Quand tu t’enfuis je sus que c’était la meilleure solution, j’aurais pu te découvrir aisément, pour moi pas de cachette introuvable. Les circonstances furent favorables.

– Il avait raison, les parois se rapprochaient, le choc me força à me réduire au minimum pour survivre dans l'espace qu'elles laissaient, ainsi j'ai eu le temps de les éprouver, de les comprendre pour les traverser. L’imaginaire s’ouvrait sur l'infini, la mort de cette enfant me montra l'en-dessous de l'être, le seul abri accessible, infime espace entre les crocs du destin. Trop littéraire, mais comment m'exprimer autrement ? L’hérédité ? lui-même parla d’héritage comme s'il en était débarrassé en me le confiant ! Ce qui est étrange est que j'ai peur de savoir mais que cette peur ne m'effraie pas... - J’ai suivi ta carrière, la comprenant mieux que quiconque, les médias ne se sont pas intéressés à toi, non par ignorance mais par crainte, l’instinct qui hurle de regarder ailleurs, d’éviter ce chemin car la maison de l’ogre est au bout, un ogre ne dévorant que l’illusion pour relâcher l’âme nue dans un monde devenu insoutenable. La comparaison est bonne, valable pour toi aussi. Tu as retrouvé le passé. Lien ai-je dit ? Désirs violents, pervers, tu n’osais pas les accepter en toi avant cette fameuse nuit, je t’ai permis de les rencontrer, le temps, lui, t’aida à les admettre. Leur message est simple : Tu es un individu, pas un pantin social rêvant d’une inaccessible conscience. Enfant moi aussi, j’ai accepté ma nature, mes désirs. Tu me comprends. Regarde mes mains, elles sont propres mais couverte d’un sang que je vois, que je sens, indélébile. Je me suis accroché à la réalité comme j’ai pu, par le crime. Peu de chose en regard de l’actualité, des morts sur les routes qui troublent si peu de consciences. Un nom qui ne leur convient pas. Nous sommes les plateaux indissociables d’une unique balance. Les journaux seraient ravis de découvrir que le père du meilleur policier du pays est un tueur, la situation ne manque pas de sel.

- Le conflit dégénération ! Les liens du sang !

- Le fils peut dépasser le père.

- Il a souri, tu vois Kah, j’évoque ce moment et ce faisant je distingue ce que je veux dire. Bien sûr le fils dépasse le père, c’est son rôle, parfois d'une façon que le géniteur n'attendait pas, lui voulait se prolonger sans soupçonner un changement possible. Rares sont les pantins osant lever les yeux. Je revis mon enfance, les images qui me venaient, le plaisir qu’elles m’apportaient, le devoir de les graver dans le réel pour survivre. Les voix murmuraient, mille souffles brulants, l’Enfer me tendait ses lèvres. Maintenant il le connaît !

- Jadis les villes étaient parsemées de terrains vagues et vielles bâtisses, ensuite les immeubles poussèrent n’importe où, n’importe comment. Un vieil immeuble, un terrain de jeux pour nous, je n’étais pas solitaire, au milieu du troupeau je passais inaperçu. La démolition se faisait attendre, nous glissions entre les murs branlants, montions dans les étages pour regarder au travers des planchers crevés, l’occasion s’est présentée ; un copain, nous tenant à la rampe nous avions conquis le dernier étage, en nous penchant nous pouvions voir l’enfilade des étages dévastés, je l’ai frappé avec une force que je ne connaissais pas, sa main a quitté sa prise, il a basculé en avant, j’aurais pu le rattraper, il l’attendait, croyait à un jeu. Il a compris ce que je voulais, son cri couvrit mon rire. Je l’ai vu tomber quinze mètres plus bas, un bruit sourd suivi d’un silence qui m’emplit d’aise. L’immeuble fut vite détruit, je ne fus pas soupçonné, comment un enfant tuerait-il un de ses compagnons d’amusement ? Et pourquoi ? Oui, surtout, pourquoi ?

- Je doute qu’il ait jamais su pourquoi. A cette question il aurait répondu : Par plaisir, cruelle erreur !

- Le premier d’une longue série, elle court encore. J’ai appris à faire durer le plaisir. Une vie que je ne peux ta raconter ici, cela viendra en un autre lieu. Je fis des disciples, tu l’as vu, j’eus du mal à en trouver de dignes de moi, la plupart imaginaient un plaisir nouveau, de l’avoir vécu les tuait. Avec le temps je pus choisir.

- Il attendait que je prenne ma place parmi ses disciples, que je le suive sur un chemin en spirale, croyant avancer mais tournant en rond sur une voie de plus en plus étroite. Il se voyait si fort, maître de ses désirs comme de ses actes, il ne fut jamais qu’un esclave ! D’un côté j’enviais les plaisirs qu’il avait connus ! Tuer pour sa propre satisfaction, illusoire ! Jouir d’un massacre qui n'apporte qu’un instant d’oubli. J’ai ressenti ce désir, m’en prendre à n’importe qui, n’importe où. Cet homme qui avance… L’image s’imposa un après-midi en moi, comme un ordre, ou presque. J’ai résisté et le plaisir ressenti, je le compris plus tard, fut plus important que celui que j’aurais connu en cédant à cette pulsion. J’ai approché des esprits possédés par le goût du sang. Mon enfance fut peuplée de fantasmes macabre… Fruits vénéneux de l’impression laissée par une certaine nuit mais aussi murmures de ma véritable nature. La même que mon père ! Le vertige me prit quand je me penchai sur l’abîme sans que jamais je puisse tomber, me retenant au dernier moment. Me retenant… Quelle fut ma responsabilité ? Maintenant je contemple le chemin parcouru et m’y vois agir manipulé par des désirs, des ambitions, des craintes et des espoirs dont je ne suis que l’émergence. La réalité n’est pas ce que nous en voyons, tous les physiciens te le diront, n’en va-t-il pas de même pour nous, notre vérité n’est-elle pas en deçà de notre réalité matérielle ? Ce que nous voyons du monde physique est une adaptation à nos sens, ce que nous savons de nous-même est soumis à la même évidence. Bien sûr il y a l’inconscient mais je me demande s’il n’est pas qu’un masque posé sur une imperceptible Vérité ? Imperceptible… De moins en moins peut-être, comme si la trame de notre esprit rejoignait celle de la matière, comme si la Création était Une et notre conscience soumise aux même lois qu’une galaxie ou qu’un atome ! La tentation du pire m’a offert l’univers illimité de la folie pour courir après un apaisement introuvable. Un geste suffisait, sans le vouloir mon père m’aida à résister. Le choc qu’il causa me fit dépasser les murs et leur ombre rassurante, effleurer la démence sans avoir la force, occupée ailleurs, de lui céder. Merci papa ! Fuite ai-je dit, les portes de sortie furent nombreuses, je suis passé trop rapidement, j’ai pu les ouvrir, regarder, désirer… Je m'égare, une vieille manie, je reviens à mon géniteur. Disciples… Il fonda une association à but non lucratif : Le Club des Atroces ! Joli nom n’est-ce pas ? Je passe les détails de cette rencontre et des autres, il me raconta sa vie, ses expériences… J’écoutais, entendant ce qu’il ne me révélait pas, ce qu’il ignorait.

- Difficile de suivre, la situation est compliquée, ces retrouvailles se produisirent après le décès de tes partenaires ?

- Oui, et tu te demandes comment ils trouvèrent la mort ? En service commandé, lors d’une mission dangereuse, pour cela ils reçurent une jolie médaille, à titre posthume, et leurs familles une rente suffisante.

- Ce qui n’explique rien.

- Il les a pris par surprise, et pour cause…

- La ressemblance ?

- Oui… Chacun eut un moment de surprise, croyant me voir sans en être sûr, un temps qui lui suffit pour frapper. Il m’apporta leurs têtes, ainsi voulait-il trancher ce qui en moi désirait la réalité des autres, il n’avait pas compris que par cet acte il signait son arrêt de mort. Pas compris… Maintenant je me demande ce qu’il voulut vraiment. Je suis resté calme quand il a retiré les voiles noirs, les têtes de mes amis étaient sur la table, yeux écarquillés d’incompréhension. Le test fut réussi, mais pas comme il l’espérait. Je l'ai suivi aux États-Unis, son quartier général. Dans la sauvagerie ambiante il avait fait son nid. Je savais que j'allais le tuer avant d'éliminer ses partenaires, ce qui ne saurait tarder. Eux doivent savoir que je suis cause de la disparition de leur maître. Ils ont peur, redoutent le coup qui les tuera, le temps les fragilise. J’ai pensé, brièvement, aller voir des collègues du FBI, j’imagine leurs têtes ! Intervenir m’incombait. Ils classifient les tueurs en série en trois catégories, j'ai rajouté : les "tueurs polymorphes" changeant leur mode opératoire, ayant assez de recul sur eux-mêmes et leurs actes pour les modifier et échapper à la détection. Quand le moment sera favorable je me ferais une joie d’argumenter, de développer mon sujet plus tard. Ils jouissent, outre de leurs forfaits, d’assez d’intelligence pour réussir socialement. Ils ne cèdent pas à la facilité qui perd l’assassin qui, réussissant ses premiers crimes se croit invincible. Tous sont inattaquables, responsables et influents, insoupçonnables ; leurs vies ne sont opaques que où il faut pour dissimuler la vraie obscurité. Rien de plus inquiétant pour un policier que des gens sans zone d’ombre. La vertu est le masque du vice !

- Antiaméricanisme primaire ?

- Secondaire ! J’étais favorable à ce pays jusque dans les années 80, après quoi mon opinion s’est inversée. Maintenant je m’en méfie, le pire danger n’était pas à l’Est, l’Histoire l’a prouvé ! L’intelligence détruit, elle a raison. Je m’étonne de dire cela, si le monde n’est pas œuvre de la démence est celle de la connerie. L’intelligence devient folle d’être inutilisée. A s’imaginer supérieur on se révèle le contraire. Les tueurs libèrent la sauvagerie de tous, ainsi la société continue, pourrissant en regardant ailleurs. Ce ne sont pas les paroles que la bouche d’un policier doit proférer n’est-ce pas ? Je me sens loin des autres, à un stade différent. Il en existe trois, buccal, anal, génital, j’en rajoute un : Social !

- Et un autre, si tu dépasses le quatrième.

- Juste, il n’est pas encore baptisé, nous y reviendrons.

- Tu parlais d’un voyage au pays de l’oncle Sam.

 

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 05:44
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 05:39


 

Pour commencer le pique-nique il y avait une succulente viande froide avec des cornichons, mes oncles, eux, n’étaient pas venus.

 

Ça tombait bien ! Je hais les cornichons, le problème était que je ne savais pas comment éviter de les manger.

 

Je les ai cachés dans une feuille de laitue qu'adroitement je lançai dans un buisson d’orties.

 

Après le repas, par curiosité, je suis allé voir, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un gros crapaud occupé à se délecter de ces choses au goût bizarre, à le voir ainsi j’eus l’impression qu’il fumait le cigare, vite, prendre une photo.

 

Hélas le vent s’est levé, les orties se sont abattues sur le pauvre animal qui s’est enfui sans toutefois lâcher sa proie.

 

Après les bourrasques de gros nuages sont venus, la pluie menaçait, il était temps de partir sans oublier de récupérer nos déchets, dommage ai-je pensé, mon copain le crapaud aurait trouvé de quoi s’alimenter pendant une semaine, moi j’étais pressé de rentrer pour essayer mon nouveau vélo, rouge.

 

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Publié par Lee Rony - dans Nouvelles
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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 05:36
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 05:33
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Publié par Lee Rony - dans Poésie
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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 06:11

 

Le bleu, surtout ciel, c’est pas une couleur que j’aime. J’ai trop regardé les voiles bleus en plâtre des statues de cette vierge dans l’église et par-ci par- là dans les chapelles de campagne. On me traînait dans les processions, on m’abandonnait sur le banc dans la chapelle de la Sainte Vierge avec les envies de pipi qui ne tardaient pas ; j’avais peur des toiles d’araignées pendues aux colonnes, peur des recoins où s’entassaient les débris des dieux démodés, peur des souris qui n’avaient pas peur de moi et se livraient à leurs petits commerces.

Je ne manquais pas de mères pourtant. J’étais l’enfant unique de Louise qui avait quatre sœurs. Elle me confiait à ses frangines toutes célibataires et sans enfants. Il y avait ma préférée, Berthe aux grands pieds en canard et puis Augustine la grande gueule, Florine aux gros lolos, Olivia et ses moustaches. Toutes pieuses, les petites mains du curé. On m’embarquait, on me déposait, on me laissait en attente, on m’oubliait, on me couvrait de baisers en me retrouvant sur le banc en face des voiles de plâtre bleu, sage, assis en tailleur sous la garde des araignées et des souris besogneuses. Les tantes non plus ne manquaient pas d’ouvrage : Berthe lavait à grande eau la nef. Belle et bien bête. Je veux dire bien bête de s’esquinter le dos au lieu de regarder ses soupirants. Augustine dirigeait le chœur des dames et demoiselles, Florine s’occupait de la sacristie avec le curé pour l’aider. Ça prenait du temps tandis que je rongeais mon frein et que l’envie de pipi me tortillait sur mon banc. Olivia s’occupait de dépoussiérer les Joseph, Rita, Thérèse, Nicolas et autres Martin. Une fois même elle me caressa de son plumeau. Somnolant dans la pénombre j’ai poussé un hurlement croyant à une attaque des toiles d’araignées. “ Et alors, Poussin ! Qu’est-ce qui t’arrive ? ”


Et voilà, Poussin ! J’étais le poussin de Gabrielle, d’Augustine, de Florine, de Berthe, d’Olivia. Un mot doux avec un bec.


J’ai parlé très tard. Mes premiers interlocuteurs furent Miquette la chienne papillon qui ne s’est jamais envolée en dépit de ses grandes oreilles qu’elle dressait pour me répondre. Oui, l’oreille droite ; non l’oreille gauche. Rien du tout quand elle ne comprenait rien. Alors elle s’asseyait et me tirait la langue. Le chat me comprenait aussi mais c’était un fainéant aux griffes prestes. Il me ronronnait des berceuses bien plus efficaces que les contes horrifiques de mes tantes. Elles raffolaient d’histoires d’ogres et de revenants.


J’ai eu, me disait-on, un berceau garni de satin bleu et je n’ai pas beaucoup gazouillé. Je vomissais beaucoup dans les dentelles. Le lait de ma mère ne passait pas. Toujours pressée de retourner à son commerce de mercerie, elle n’attendait pas mon rôt et me confiait à d’autres bras, d’autres haleines, d’autres odeurs musquées d’aisselles et de ventre, d’autres voix, d’autres manières de manipuler mon petit torse et mes petites fesses.


Poussin, poussinet, pupuce, poussipouninet, poupou et j’en passe…


Ah ! Je les ai bien remplies vos mains, mes tantes. Ah ! Je les ai bien humidifiées de mes larmes vos lèvres voraces. Poussin, poussinet, je te mangerai de baisers. Pourquoi pleures-tu ? Si mignon à croquer ! Miam, miam, miam sur le petit ventre ! Le joli zizi du poussinounet ! J’avais peur de vos grandes bouches (sauf celle de Berthe), de vos baves, de votre force inattentive. Je passais de mains froides en mains chaudes ; de seins plats en seins ronds. Les seins doux et ronds de Berthe, son odeur de tilleul et de cerise. Contre eux, j’avais un peu de repos et je m’endormais.

 

Et puis j’ai grandi. Mon corps. Je parlais peu. Mes études au cours privé de la rue des Augustins furent un fiasco : rêve au lieu d’écouter, répond à côté de la question, recherche la solitude. Certes j’avais d’excellents résultats en rédaction mais j’étais tellement nul dans toutes les autres disciplines qu’il fallut renoncer au séminaire.

Je bricolais à la mercerie. Faut bien que tu gagnes ta croûte, Poussin ! Je peignais aussi de petites natures mortes, des chats, des chiens et des souris sans jamais utiliser le bleu. J’ai eu un succès paroissial. Les commandes rapidement étendues au canton. Le tourisme gagnait notre région riche en églises romanes. Je vendais des images d’églises romanes sous un ciel blanc.

Pauline n’était pas une beauté mais elle sentait bon. Elle était parfumeuse et esthéticienne dans la localité voisine. Le soir des noces je tremblais de désir dans la chambre nuptiale réservée par mes parents à l’hôtel des Voyageurs. Mon father me parlait pour la première fois, me donnant des conseils que j’écoutai à peine tant ils me firent rougir.

Pauline en nuisette de satin bleu, m’appela. Elle rayonnait de bonheur dans le grand lit : Viens mon Poussin, Viens…


Nous n’eûmes pas d’enfants ensemble, c’est le responsable de la cellule communiste qui se chargea de ma descendance avec foi et persévérance. Je devins le père légal d’enfants du plus beau roux. Tante Augustine rappela que nous avions eu un ancêtre rouquin au XIX me siècle…

Je me fichais bien des gênes et autres ciments générationnels. Je peignais nuit et jour pour nourrir et éduquer notre portée de renardeaux.

Poussin ! Il faut commander du mazout ! Poussin, as-tu réglé la facture d’électricité ?

Pauline me rappelait à mes devoirs et soudain je regardais avec appréhension les canines naissantes des petits. Plus ils grandissaient, plus j’avais l’impression de rétrécir et d’être en danger.


Enfin cette époque est bien loin maintenant. J’ai trouvé le bonheur et la paix. Je peins toujours. Le directeur m’encourage. Grâce à ton talent, me dit-il, nous allons enfin pouvoir rénover le réfectoire et les chambres du premier étage. Il me tape amicalement sur l’épaule et m’apporte personnellement du café et des crêpes. Ne perds pas de temps…

Et il y a mieux… Je me suis trouvé une bien jolie poule, la plus fraîche de l’hôpital psychiatrique. Elle glousse quand je la baise dans ses draps de soie rouge commandés à la Redoute (la valeur de trois tableaux pour les payer). Elle dort nue. Je la regarde dormir nue au matin, cette lumière nacrée qui joue dans le duvet de ses joues. Elle m’appelle Son Grand Coq Génial.

Quelque fois une très belle femme, plus très jeune, un peu cassée, me rend visite.

Elle m’apporte des gâteaux au miel. Elle est bien gentille mais je ne la connais pas.

Elle me dit : c’est pour toi Robert. Je sais que tu les aimes.

Je crois qu’elle est un peu folle. Peut-être a-t-elle perdu un être cher qui se nommait Robert ? J’aime son odeur de tilleul et de cerise.


Marie Treize

 

 

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Publié par Lee Rony - dans Sans Blog Fixe
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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 05:59

Vision Marie Treizienne d'un coin de Méditerranée !

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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 06:50
Héritage - 2 
 

                               03


- Il manque un détail. Nous étions six, je suis là, quatre moururent, qu'est-ce qui reste ? Personne. J'ai causé la mort du dernier.

Nouveau silence, si dense qu’aucun ange ne trouve de passage.

- Ce n’était pas un hasard kah. Cette nuit faisant écho à une solitude venue de loin. Cet homme savait où me trouver, que je sortirai cette nuit-là, entre lui et moi un lien existait, normal, c’était mon père.

- Ton père ?

- Et je l’ai tué ! Combien de vies connurent-elles les épreuves qui jalonnèrent la mienne ? Y en eut-il une ? J’en doute. Celles qui furent dans ce cas ne purent jamais en parler, leur esprit n’y survécut pas. Le mien si ! J’ai eu l’occasion de le déplorer sans pouvoir rien y faire. Mes agressions n’étaient qu’un besoin de confirmation, comme une administration demandant x fois un même document. Parler ne fut jamais mon fort, écrire était plus facile. s'exprimer est utile. J’ai rêvé d’une vie banale, un travail routinier sans interrogation. La logique de ma vie fut la plus forte. J’ai connu une femme, non loin d’ici, pour elle j'eus l'idée de changer de voie, elle refusa, devinant que ma vie ne pouvait être ainsi, elle m’aimait. Elle fut la seule. Je te parle d’une autre vie, la mienne ! De la mort je passe à l’amour, le second me fit supporter la première, à croire qu’il n’existe que pour cela. Allons faire quelque pas, nous rafraîchir, mes souvenirs sont brulants, si je ne me refroidis pas ils vont me consumer.

Diatek s'interrompit, marre de parler dans ce décor oppressant, des mots heurtant les parois pour lui revenir avec plus de force évocatrice d’un passé terrifiant. Sortir, prendre l’air… Être ailleurs, simplement.

Il passa le premier, ce n’était pas un sursis qu’il recherchait mais un cadre différent, loin de ce contexte débordant de souvenirs. Kah ne dit rien, lentement il se faisait à ce qu’il venait d’entendre. D’un autre il aurait cru au discours d’un dément, pas du commissaire qu’il avait appris à connaître.

La réalité lui parut une photo sous laquelle est placée une flamme, d’abord rien, puis l’image se déforme, une tache brune apparaît qui noircit avant que les flammes surgissent. L'ancien monde fondait, le faux. Maudite curiosité, ce n’était pas une porte ouverte qui avait attiré son attention, l’effet ne serait pas différent.

                                        * * *

Le vent leur fit du bien, une rue tranquille entre deux boulevards. Une place sur la gauche, un pont, l’eau moqueuse les regarde passer.

- Combien de milliers de fois suis-je passé pour là pour rejoindre l’école maternelle, puis primaire. Des raisons familiales me la firent fréquenter plutôt que celle de mon quartier. Situation ayant pour effet d’accroître ma solitude, mes copains habitant de l'autre côté de la rivière, je ne connaissais pas les gamins de mon côté... Maintenant je sais quelles raisons m'y conduisirent !

Il désigna une construction récente :

- Regarde cette merde de béton, si le sol pouvait l’engloutir je serais ravi, sans que quiconque ait le temps de s’échapper pour faire un exemple. Aujourd'hui le bâtiment abrite des activités ludique et non plus studieuses. Tu me parais songeur, voir dubitatif ?

- J’attendais un récit corsé, je suis pas déçu, la mort est terrifiante.

- Regarde mieux, elle sourit, le crâne a perdu sa parure d’inutile, il sait la valeur des choses, il se gausse de nous, de nos illusions.

Ils longèrent le quai bordé de marronniers, enfant Diatek s’y amusait, courait observait l'eau sur laquelle il faisait des ricochets ; avec les marrons, il remplissait son cartable pour les distribuer sournoisement en classe provoquant une bataille qui l’amusait beaucoup.

La jeunesse est insouciante.

- Les souvenirs se ramassent à la pelle mécanique, regarde, le pont suspendu là-bas ; accoudé à la rambarde j'imaginai le voyage d'un crâne charrié par le courant. Une enfant halluciné me retint alors que je me penchais sur un vide si attirant qu’il faillit m’engloutir, un abîme intérieur… J'ignorais alors d'où elle venait. Un sujet de roman. J’y étais la nuit du premier crime.

- Un bel endroit, la nuit chasse les badauds, l’idéal pour profiter de la ville si ce raisonnement d’autres ne l’ont pas.

- L’endroit pour évoquer la mort ?

- Elle est partout chez elle, à commencer à où se trouve la vie.

- C’est juste, la mort… Mon père donc ! Officiellement je ne l’ai pas connu, lui ne m’a pas reconnu, maintenant...

- Ta voix laisse planer le doute.

- Je l’ai abandonné, vivant, dans une situation, disons, difficile.

- Un trou perdu.

- Pile poil ! Une fosse dans le sous-sol de sa propre maison. Une expérience pour lui, l’ultime qu’il pouvait connaître. Ce qu’il attendait de moi, le moyen de me confier un témoin dont j’ignore encore ce que je devrai en faire… enfer !

- Tu ne seras pas surpris que je te suive difficilement.

- Autant pour moi. Comment résumer ma vie, ses heurs et bizarreries ? Elle diffère de la norme mais ne la pouvant changer je fais avec. La raconter est malaisé puisque certains faits doivent rester secrets. Les souvenirs sont parfois des épaves flottant entre deux eaux remontant à l'occasion d'une tempête mentale. Il y a un certain temps je pris le pont que nous venons de passer, à l’autre bout un homme en fait autant, un vrai duel de western, chacun à une extrémité allant vers l'autre. J'ai senti un regard, sortant de mes pensées je l’ai vu se rapprocher, étrange trouble quand je le croisais, sans l’avoir reconnu j’eus le désir de me retourner. J’allai jusqu’au bout, traversai la route, pris la montée du jardin, mécaniquement. Je me suis arrêté, deux visages se superposèrent, non, trois, deux du même homme à vingt ans d’écart, plus le mien, comprendre fut rapide, admettre un peu moins. Précision : la différence d’âge entre mon père et moi est d’une vingtaine damnée. Moi ? Je tique sur ce mot tant ma personnalité me semble floue, à édifier, à compléter. J’habite un château immense que je crains d’explorer. Les pièces sont pleines de vampires, de raisons de refuser un objectif indistinct mais redoutable. Et je ne parle pas des oubliettes… Celles-là j’aimerais les oublier. En considérant mon existence et les obstacles qui la jalonnèrent je me reconnais une extraordinaire force de vie. Pour mon père la vie se nourrissait de la mort. Il incarne les circonstances qui me façonnèrent à mon insu. Une main de chacune. Elles me créèrent Kah, impression mal rendue par les mots, peu importe, je ne suis pas là pour faire joli mais pour me dire. Je retrouve la dualité/complémentarité vie/mort dans la chambre que nous venons de quitter, mon grand-père y mourut. J’avais sept ans a son décès, l’âge de raison, celui de ne pas la perdre. Partant de mon père, j’arrive à mon grand-père maternel, logique. Je fus façonné par un vécu in utero, ainsi ma sensibilité fut-elle sélective par la suite, plus grande pour ceci, moins pour cela, un enchaînement logique de circonstances et d’effets. Finalement il se peut que la face décharnée et souriante de la mort soit le reflet de qui la regarde, un miroir lui renvoyant sa plus intime réalité. Force de vie, folie peut-être, suis-je vraiment là, es-tu réel ? Je ne vais pas te demander de me pincer pour le prouver, cela ne signifierait rien. Je voulus affronter la folie dans son cadre : une cellule capitonnée. Une nuit j’ai attendu une rencontre qui n’eut pas lieu. Qui sait si je ne suis pas resté dans cette cage imaginant en être sorti ainsi que le déroulement de la suite jusqu’à cet instant. Ce lieu ? La réponse est en moi. J’ai espéré en la folie, en vain, tant pis, tant mieux. Je me souviens de cette nuit, des ombres croisées, des cris, comment aimer rire après avoir entendu, et vu, un dément s’esclaffer ? Je restai un moment debout, autour de moi des gens circulaient, certains me jetaient un coup d’œil, j’étais seul. Je me suis repris, les doigts de la démence allumèrent en moi un feu dont les effets furent bénéfiques et le seront dans l’avenir plus encore. Je me sens nettoyé, curieux à dire, plus encore à ressentir. Cette rencontre était un entraînement, une autre devait venir, elle ne se fit pas attendre, cette fois je ne fus pas surpris. Même motif, même punition ; même lieu, même heure ! Je l’ai reconnu de loin, m’approchant je sentis une violente agressivité m'envahir, l’envie de le détruire, de le... n’importe quoi pour me soulager, un vent de fureur qui retomba brusquement, pas de haine, l’instinct qui a envie de s’imposer sans y parvenir, la haine est différente, humaine, j’en reste à l’animalité, elle est confortable ! Un instant de calme, l’œil du cyclone. Ma réaction fut celle qu'il attendait. Moi qui percevais mes proies n’avais rien vu venir, à l’instar des voyants qui ne distinguent rien pour eux. Peut-on se voir autrement qu'en reflet ? J’effleure un secret, un côté médium que j’appris à domestiquer en lui proposant les conditions qu’il aimait, ainsi je pus mener à bien des enquêtes qui autrement eussent été insolubles. Nous connaissons si peu de cerveaux, la censure est grande, en revanche je sais sortir du sujet, digresser… Nouvelle rencontre donc, la troisième ! Il s’arrête devant moi, les grands mâles se jaugent ainsi, semblant s’interroger sur l’utilité de l’affrontement. - Viens ! - Dit-il. J’étais là pour ça. Un café sur la place, tu vois que le décor sert à tout, nous pourrions faire une pièce de théâtre de ma vie sans beaucoup d’investissements, financiers. Sa sûreté m'indiquait qu’il connaissait l’endroit, l’habitude de préparer sa fuite, on ne sait jamais. Nous nous assîmes dans le fond, près de la sortie de secours. Chacun utilisa le temps nécessaire au service pour ranger ses idées. Je pris la parole.

                                                                     Héritage - 4

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 06:42
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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