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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 05:09
La Porte de l'Enfer - 04

                                                  05

Des chants courent le long des murs, y puisent la force du passé avant de revenir vers les créatures unies par la voix, la nudité, la pensée et la foi. Quelques chandeliers dispensent une lumière faible mais suffisante. Les corps oscillent, la peau se couvre de sueur alors que cœurs et souffles s’accélèrent. La transe les rassemble en un seul être, un seul gémissement d’espoir et de désir mêlés. Les esprits se vident pour que vienne ce qu’ils attendent depuis si longtemps. Tous savent le temps de la délivrance proche, quelques jours à peine, tenir, tout donner pour que s’ouvre la Porte. Ils ne sont que matière en quête du pouvoir qui lui donnera forme.

Le temps n’a plus de sens, l’individu, plus de réalité, bientôt chacun sera en tous et tous seront en chacun, alors la force circulera et le temps renaîtra. Ils s'offrent. Nus ils guettent le réveil du passé.

Les corps oscillent alors que les visages se parent de larmes, un unique rythme pour tous les cœurs, une unique pensée pour chaque âme, l’extérieur… Ce mot ne signifie plus rien, par l’intérieur va se révéler leur espoir, ils savent ce que signifie sacrifice : Devenir sacré.

La chaleur caresse les corps, lèche le sel sur la peau, les dents se montrent, grande est la faim de goûter à l’offrande magnifique.

Qui se sent prêt(e) le sait et montre l’exemple, chacun suivra.

Le chant se fait plus profond, venant d’un monde de mystères et de terreur, de souffrances et d’indicible. Les visages expriment la sérénité, si les yeux brillent c’est qu’il contemplent l’évidence, une lumière naissante qu’eux seuls discerneront.

Un jeune homme se détache, nimbé de joie, l’amour l’entoure, le soutient, un soupir de satisfaction grandit quand, extasié, il plante ses dents au plus profond de son avant-bras droit.

Qu'offrir de mieux que sa vie ?

                                        * * *

Les clochards cherchent le sommeil, entre couvertures et cartons ils cherchent la position permettant le sommeil. Ils ont envie de quitter cette réalité, de se payer un rêve, ils ont ce qu’il faut. Pourtant ils devraient être à l’abri, un hangar désaffecté, en attente de démolition depuis des années, ils seront morts que les murs seront encore debout. Sur ce point ils ont raison.

Quelques mots circulent, un sabir par eux seuls compréhensible. Il est question de ce temps bizarre, d'une rumeur annonçant un danger imprécis, comme si l'angoisse était le héraut annonçant sa venue.

Ils décident de bouger, leurs protections sont insuffisantes, marcher sera… Mais ils ne peuvent pas, de seconde en seconde le thermomètre descend, implacable. Leurs muscles ne répondent plus, leur peau se fendille, leurs poumons gèlent, mourir de froid n’est pas douloureux dit-on, ils pourraient en témoigner.

Ce rire ? Sans doute le vent s’amusant comme il peut.

Des enfants jouent sur le toit de leur immeuble, endroit magnifique d'où ils contemplent le quartier, les lumières. Un poste d’observation idéal. Le froid ne les effraie pas, ils ne savent ce que c’est que pour en avoir entendu parler, pour avoir vu des images à la télévision sur ce qui se passait ailleurs. Rien de dramatique, des voitures qui dérapent, des personnes qui glissent, un copain.

Le plus grand, et le plus con, frime sur le muret de protection, large, sans danger pour qui n’a pas le vertige. Il écarte les bras, se penche, fait l’avion, feint de tomber, il domine et les autres se sentent bien bêtes de refuser le défi.

Éviter les moqueries à venir, s’assurer une place dans sa propre estime. Tous montent sur la balustrade, rient du vent faisant danser leurs cheveux. Ils crient pour se faire entendre, le jeu est fantastique, et puis le vent se fait plus violent, le froid plus vif. Le vantard veut se retenir, l’angoisse est plus forte que l’image qu’il veut imposer, son corps est tétanisé, une rafale le fait basculer, sa bouche gelée ne laisse échapper aucun son, ses copains ont juste le temps de le voir s'écraser avant qu'un hurlement les emporte tous.



Dans le salon un jeune couple regarde la télé quand les émissions cessent brusquement, puis c’est au tour de l’électricité, leur moyen de chauffage, à l’abri ils s'attendent à un bref refroidissement, bien vite ils déchantent, leur position en hauteur n’est pas un avantage et quand la baie vitrée explose ils doivent en convenir.

Le froid s’impose dans les rues, pénètre les maisons, les corps, les records sibériens sont dépassés. Un cyclone glacé qui ne laisse rien au hasard, qui choisit, frappe, tue et détruit à loisir. Un gros porteurs, système électronique bloqué, s’écrase sur un bloc d'immeubles surpeuplés, les ordinateurs s’éteignent, les groupes électrogènes des hôpitaux rendent l'âme, essence gelée. La catastrophe qui s’abat sur (HEL)L. A. et sa région n’était pas annoncée, ni même prévisible, un cataclysme météorologique inconnu à ce jour. Une incroyable conjonction de facteurs sera invoquée pour expliquer ce qui s’est passé, un expert dira ceci, un autre démontrera le contraire. Les explications ne manquent jamais, mis à part la vraie, bien sûr.

Les cadavres gênent la circulation, voulant appeler au secours des personnages âgées ouvrent leurs fenêtres, et sont saisies sur-le-champ. Les voitures s’encastrent les unes dans les autres, la ville sombre dans l’obscurité et la folie. Pas de pillage, pour cela il faudrait sortir, or le danger est dehors, mais il sait entrer, en frappant.

Dans le bureau de Wool les hommes se protègent comme ils peuvent, Diatek est celui qui paraît le plus à l'aise, habitude d'enfance. Faire circuler le sang, lutter contre l’engourdissement et un étrange sentiment de panique puisque rien n’est visible, pas d’agresseur armé, de fou utilisant une tronçonneuse, le froid est invisible mais s’insinue jusque dans les pensées. Une impression de fin du monde. L’obscurité, un silence grandissant et un ciel se moquant de ces êtres évolués mais sans défense contre un phénomène naturel.

Pas de télévision ni de radio, le mutisme d’une société apprenant la mort. Les mémoires électroniques s’effacent, le froid est purificateur autant que le feu, en plus sournois.

Trois ou quatre heures, pas davantage. Des milliers de victimes et trois hommes que le changement de température effraie.

Wool le premier arrive à murmurer quand revient le soleil.

- Diatek, il y a quelque chose que je voudrais ne pas te demander.

- Je ne voudrais pas te faire la réponse que tu ne veux pas entendre.

- C’est mieux, nous avons du travail, allons voir.

Dont acte.

Vision sidérante, débris, carcasses de voitures, morts éparpillés, les vivants circulant sans paraître savoir où ils sont. Sur les marches ils découvrent un décor de film catastrophe auquel le soleil donne un air irréel, une aube nouvelle sur un monde constatant sa fragilité.

Diatek et Morton échangent un regard, Wool fait mine de ne pas le remarquer. Les deux premiers savent quel le pire est à venir, le troisième feint de l'ignorer. Ce froid prouve que la Porte de l’Enfer s'entrouvre. Bientôt la vie reprendra, chacun trouvera une raison, les prophètes arpenteront rues et télévisions pour expliquer qu’il s’agit d’un message divin dont il n’existe qu’un moyen de comprendre la signification. Obéir, s’agenouiller devant le très-haut et ne pas oublier le chèque au nom du prédicateur, pour ses œuvres.

- À ton avis, la suite ?

- Si je le savais ! Je n’attendais pas un tel déchaînement.

Morton opina, sa curiosité de scientifique s’aiguisait tout en sachant ses connaissances inutiles.

- Ne cherche pas à comprendre pour le moment, il y a autour de nous des mystères que la science préfère éviter.

- Tu veux dire les scientifiques ?

- Oui.

- Tu penses à un ensemble de phénomènes naturels ?

- Que savons-nous du possible ? En tant que français nous rejetons le mot impossible, à titre personnel aussi.

- Tu pourrais m’en dire davantage. C’est intrigant, passionnant, que donnerais-je pour en savoir plus.

- Il se pourrait que tu n’aies rien à donner mais que tout te soit pris. L'imagination nous maintiens en terrain connu, le savoir, lui...

- Le nôtre est vaste.

- Infime en réalité, question de comparaison.

- Crois-tu que Wool comprendra ?

- Il ne le souhaite pas, il nous aidera en espérant que les choses passent vite, qu’il n’ait pas trop de blancs dans son rapport, il l’apprendra et ce sera la vérité. Pour quelque temps du moins.

- Tu crains autre chose ?

- Craindre ? Non, j'attends. Nous vivons dans un monde gorgée de technologie mais où la science est rare, la première suffit à l'usage, la seconde permettrait de comprendre. La communication est une idole rémunératrice basée sur la résurgence de l'instinct grégaire causée par l'angoisse du monde qui s'approche, comme la religion finalement, ce qui arrive est une force primaire que nous pressentons par les bases physiques plus que physiologiques de nos êtres. L’heure n’est pas à ce genre de discussion, notre ami américain revient.

- C’est le bordel, plus de communication, il faudra des jours pour tout remettre en place, il y a des cadavres partout, heureusement, si j’ose dire, le froid les conserve. Incroyable qu'un refroidissement, même violent, nous mette à genoux. Enfin, tout ça n’est pas de mon ressort, je ne suis qu’un policier parmi d’autres.

- Tu dis cela pour te faire du mal.

Les policiers échangèrent un regard, le grand américain frémit, il voyait dans l’œil du français une lueur étrange qu’il hésitait à qualifier d’inquiétante.

A tort !


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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 05:06
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 05:44

 

Monsieur le secrétaire !

 

Je vous appelle ainsi car je sais que ce courrier tombera entre vos mains, le niveau premier d'une hiérarchie bureaucratique, n'y voyez pas d'agressivité, c'est un simple constat basé sur l'expérience. Bref, ces lignes n'ont pas pour but de vous faire perdre votre temps mais de vous rapporter un simple fait qui, j'en suis sûr, retiendra votre attention.

 

Autrefois, probablement n'étiez-vous pas né, j'ai écrit à votre, lointain, prédécesseur pour attirer son attention sur des personnes d'une obédience que notre gouvernement, et celui d'un pays ami, voyaient d'un mauvais œil, il ne m'appartient pas de dire s'il avaient ou non raison en cela, je ne suis qu'un individu lambda soucieux de respecter les lois de son pays sans moyen de pouvoir les remettre en cause et sans motif aucun pour cela.

 

Un peu plus tard je me suis fait fort de rapporter les comportements d'individus, pourtant ressortissants de notre beau pays, mais s'opposant violemment aux représentants de l'état ami auquel je fis allusion plus haut. Les années passant je dus me soumettre aux modifications apportées par les circonstances et soumis à la sagacité de fonctionnaires bien placés des listes de gens qui durant la période sombre que nous connûmes s'étaient enrichis bien plus que moi, je veux dire, d'une manière malhonnête, j'en fus là encore récompensé. Je n'ai pas cessé depuis de noter et de rapporter mais, l'âge venant, et les opinions de mes descendants aidant j'en suis venu à m'interroger sur moi-même, ainsi naquît l'idée de cette missive qui a pour but de soulager en mes derniers instants la conscience qui me reste, car n'en doutez pas, j'en eu toujours une, certes rigide mais toujours encadrée par les préceptes que mon éducation et la ceinture de mon père m'inculquèrent.

 

J'en arrive à l'objet de ce pli, l'évocation de mon comportement au long de ces années, ayant tant observé, épié diraient les mauvaises langues, autour de moi n'est-il pas logique qu'en mon grand-âge j'en arrive à me regarder, pire, à me voir ?



 

Il m'est possible d'admettre avoir parfois causé des tracas à des personnes que d'aucuns considéreraient comme innocentes, encore que ce mot soit un peu flou, néanmoins, ayant une grande famille qui ne sait rien des sources de sa prospérité, et je gage qu'elle préfère l'ignorance, vous ne vous étonnerez pas que je signe simplement :

 

                                                                    A. Nonyme

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Publié par Lee Rony - dans Lettres
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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 05:38

Sur fond de soleil levant les têtes d'ogives nucléaires semblaient des crocs destinés à mordre le ciel, un vent doux les effleura sans qu'elles semblent le remarquer, elles patientaient comme des enfants sages attendant sans regarder l'heure le retour de leur mère.





Quelques cris d'oiseaux résonnèrent accompagnés de bruits d'ailes battant dans un ciel d'un bleu soutenu, rien ne semblait pouvoir perturber une nature sereine et souriante, et surtout pas ces flèches d'acier couvertes de rouille et de fientes dont aucune forme de vie n'aurait pu dire l'utilité.

 

Et moi non plus !

 

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Publié par Lee Rony - dans Nouvelles
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18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 06:05

 

 

Je venais de m'installer au volant de ma voiture quand il me prit l'envie de jeter un œil sur mon visage.


J'aperçus tout d'abord mes yeux.

En redressant un peu l'objet, je vis alors mon front. En le rabaissant, je contemplai mon menton. En l'orientant carrément à la verticale : je n'eus d'yeux que pour mon nez !

Pendant que le petit miroir réfléchissait, je me posai une question fondamentale :

Comment peut-on réussir à « jeter un œil » sur ses propres yeux, puisqu’on n’en a que deux  ??? Et pourquoi, lorsque l'on jette précisément un œil sur ses deux yeux, on ne peut jamais en observer qu'un ?

J'opérai une légère contorsion pour jeter encore un œil sur le rétroviseur extérieur gauche : je vis mon œil gauche. J'en jetai un autre sur le rétroviseur droit : je vis mon œil droit. Mes yeux se trouvaient donc cernés de toutes parts. Ils prirent une expression tellement ahurie que je crus voir un instant l'inspecteur Derrick !

Je réfléchis encore pour constater cette incroyable invraisemblance : je venais de jeter trois yeux : un premier au centre, un second à gauche et un troisième à droite…

Tracassé par ce que je venais d’observer, j'appelai une passante …apparemment sans souci (elle ressemblait d'ailleurs à Romy Schneider !). Je la priai gentiment de s'asseoir sur mes genoux et de jeter à son tour un œil dans le rétroviseur !

Que voyez-vous ?

Elle s'esclaffa :

- Je vois mon décolleté ! Nous étions en hiver : étaient-ce les "seins de glace" ?

J'interpellai une autre personne, beaucoup plus grande, et lui demandai d'effectuer la même opération. Croyez-moi, et ce n'est pas du bidon, elle s'écria :

- J'aperçois mon nombril !

La première était encore ébaubie sur le trottoir. J'en profitai pour lui demander de se réinstaller.

- Madame, veuillez avoir la bonté de regarder dans le rétroviseur gauche. Qu'y voyez-vous ?

- Mon sein gauche, Monsieur!

- Veuillez à présent vous mirer dans le rétroviseur droit. Qu'y voyez-vous ?

- Mon sein droit.

Je redoublai de réflexion, ne sachant plus à quel saint me vouer, persuadé que tout cela n'avait pas de sens. Pourtant, les sens, en voiture, c'est essentiel !!!

 

Si les miroirs prenaient la peine de réfléchir correctement, ils auraient l'honnêteté de nous renvoyer l'œil qu'on y jette et la délicate complaisance d'égayer une moue, gommer ça et là quelques rides. Certains poussent le cynisme jusqu'à être déformants ! Ne devraient-ils pas, sans nous prévenir, être plutôt flatteurs et rectifier d'emblée notre portrait ? C'eût un jour dispensé l'un d'eux de répondre à la question légendaire et candide :

- Miroir, mon beau miroir, dites-moi que…

Si j'étais à leur place, irrité par d’interminables séances de maquillage, je deviendrais subitement pervers et démolirais sournoisement le portrait en question !

 

Le peintre s'attardait autrefois sur la toile, sachant mettre élégamment en valeur chaque détail de la personnalité, jouant sur la lumière, l'harmonie des couleurs. Observant le résultat d'une pose aussi longue, on ne pouvait pas se trouver laid, tout au plus éprouver de l'indulgence et un grand respect pour l'artiste.

 

Pour en revenir à mon "auto…portrait", je tentai un dernier essai et pris du recul en manœuvrant le siège. Mon visage finit par apparaître entièrement mais assez éloigné pour estomper les défauts accumulés durant toutes ces années que je n'avais pas vu passer. J'avais roulé beaucoup trop vite !

A ce moment précis, j'eusse volontiers effectué une fulgurante marche-arrière pour voir à quoi ressemblaient autrefois ce front, ces yeux, ce nez, ce menton. C'est alors que j'aurais définitivement stoppé le véhicule pour entreprendre, à pied cette fois, une longue marche tranquille, ne craignant aucun détour, aucun égarement, contemplant chaque petit détail de la nature, des personnes rencontrées, n'écartant aucun plaisir, sans jamais chercher à me regarder, fût-ce à la simple surface d'une onde calme.

 

Détestant aujourd'hui la vitesse et les chauffards, je ne crains pas de foncer n'importe où pour découvrir, une seconde après, c'est à dire vingt ans plus tard un visage méconnaissable, car à cet instant, jeter un œil sur mes yeux me ferait à coup sûr très mal !

Je quittai brutalement mon auto pour me rappeler Lamartine, lui qui s'adressa au temps comme personne ne l'avait jamais fait, le priant si élégamment de bien vouloir suspendre son vol !

                                                              Jacques APPAR

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Publié par Jacques APPAR - dans Sans Blog Fixe
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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 05:54
La Porte de l'Enfer - 03

                                                 04

Les deux français patientant dans le bureau du capitaine Wool discutent sereinement. Que le plus jeune soit commissaire de police a aidé, que l’autre soit un savant réputé, dit-il, également, une fouille rapide, pas d’arme, le temps de prévenir le susnommé qui devait se trouver quelque part dans la ruche policière.

- Décor de cinéma.

- Le cinéma s’empare de la réalité, la différence s’amoindrit, un décorateur dut s'inspirer de ce bureau, les coupures de presse sur le mur, le classeur, la machine à café, les papiers épars, les photos sur le bureau, madame et les enfants, il n’y a que nous qui tranchions.

- C’est le mot ! Avec nous un scénariste écrirait cent films.

- Interdit aux moins de trente ans, bilan cardiaque obligatoire.

- Qui sait si nous ne sommes pas surveillés et nos dossiers consultés.

- C’est quand l’élection de monsieur paranoïa ?

- Tous les jours.

Ils échangèrent un regard qui en disait long sur leur complicité, une amitié forgée dans la difficulté dure une vie...

- Crois-tu qu’il nous aidera, je veux dire, qu’il acceptera notre aide ?

- Bonne question, je ne me la suis pas posée, ça me paraît évident mais tu as raison, il pourrait trouver notre présence saugrenue.

- Elle l’est. J’entends venir un éléphant, c’est lui.

La porte s’ouvrit brusquement avant de prendre la direction du mur, une âme charitable et prévoyante, Wool probablement, ayant posé une boîte en plastique sur le sol la porte rebondit et se referma seule.

Un petit progrès pas cher.

L’arrivant ne ressemblait pas exactement à un éléphant, d’abord il avait de très petites oreilles, ensuite il restait continuellement sur ses pattes arrières ce qu’un pachyderme ne peut faire, et puis il souriait, chose rare chez les policiers étasuniens.

Le géant marqua un temps d’arrêt, sa mémoire fit un retour rapide en arrière, dossier : France ; Nom : Diatek ; Qualité : Commissaire.

- Tiens donc.

Une déclaration qui n'engageait à rien ! Les mains se serrèrent, le capitaine dosait sa force afin de laisser à ses vis-à-vis l’usage de leurs doigts. Quelques pas, le grand corps se laissa choir dans un fauteuil entraîné à cet exercice depuis longtemps, une merveille de bricolage puisque fait à partir d’un train d’atterrissage de Stuka, un véritable pachyderme aurait pu s’asseoir dessus.

- Deux français dans mon bureau, j’étais sûr que tu en faisais partie.

- Voici le professeur Morton, savant multicarte et curieux.

- Je m’en doute puisque vous êtes là, ce n’est pas le genre de visite que l’on rend fortuitement. Je me souviens de toi.

- C’est un compliment ?

- En partie, je sais que tu aimes prendre les autres pour des cons, les français sont souvent comme ça mais peu y parviennent.

- Je suis exceptionnel.

- Je n’en doute pas. Quelque chose à boire ?

Les français déclinèrent l’offre, pas de risque, merci.

- Tu parles toujours parfaitement le français.

- Ma femme, d’origine française, est chatouilleuse à ce sujet.

- C’est le meilleur moyen de communication, elle nous fédère.

- Pas de mots compliqués, j’ai un petit vocabulaire.

- Un vrai américain.

- Tu n’as pas changé. Tu vois je ne manque pas d’occupation et ça ne fait que croître sans embellir, le mieux serait que tu sois direct.

- Facile, nous étions sur la côte Est, un article attira notre attention.

- Vous avez traversé le pays pour cela ?

- Oui.

- Le pire est que tu semble sincère. Il y a dans ton regard cette étincelle de malice qui énerve les anglo-saxons.

- Mais tu n’en es pas un.

- Juste, aucune irritation donc, et puis j’ai toutes les crèmes possibles et imaginables au cas où. Dans ce milieu les raisons ne manquent pas de prendre sur soi pour sourire quand on voudrait mordre.

- Je comprends. Mieux, je partage. Tu veux en savoir davantage ?

- Tu me sous-estimes. Laisse fonctionner mon cerveau. J’en ai un ! Je ne vois qu’une affaire qui aurait pu t’attirer ici. Un cadavre dans une voiture portant des marques de morsures ayant entraîné la mort. Le genre d’histoire qui te convient.

- Oui.

- Pourquoi ?

- Je pensais bien que tu me poserais cette question.

- Tu voudrais que je la retire ?

- Pour l’instant. Je n’aurais pas fait un si long voyage uniquement pour me pencher sur un cadavre dévoré par ses congénères.

- L’autre raison m’intrigue. Déformation professionnelle.

- À ta place je ferais de même.

- Mais tu reporterais la question.

- Voilà.

- Et si je le fais ?

- Nous resterons dans un coin, pour suivre l’enquête avec toi, peut-être pourrons-nous t’aider, sans apparaître officiellement.

- Tirer les marrons du feu pour moi ?

- On peut le voir comme ça.

- Tu as une enquête se superposant à la mienne.

- Voilà.

- Officieuse je parie.

- Tu es doué, tu feras carrière dans la police.

- Attention, pas d'enfant dans le dos.

- La question sera dans ton camp, seras-tu curieux ou non ?

- Qu’est-ce qui m’empêcherait ?

- Nous sommes loin du but, une fois celui-ci atteint...

- Je vois... Jouons, que veux-tu savoir ?

- Les circonstances de la découverte.

- Banale, une voiture roule, survient un véhicule de la police, rien de suspect, les policiers doublent, tu sais ce que c’est, le regard fouille partout. Celui qui ne conduit pas observe le conducteur de la voiture dépassée, celui-ci se tourne en ayant l’air terrifié. Il pense les flics là pour lui et accélère. Calme il serait passé inaperçu. Poursuite, nos voitures sont rapides, nos policiers émérites, le fuyard sent qu’il n’ira pas loin, un camion surgit, solution de facilité. Tu vois les dégâts.

- Sans problème.

- Bien, l’avant de la voiture pourchassée n’était plus qu’un souvenir, le conducteur a été retrouvé grâce à un aspirateur, en revanche l’arrière était en bon état, logique de voir dans le coffre. La découverte d’un cadavre ne fut pas une surprise, la curiosité survint en l'observant de plus près. Il ne portait que des traces de morsures, attention, pas de petites marques de dents comme certains amoureux aiment à s’en faire. Non, les dents avaient arraché le morceau. Bref cet homme avait été dévoré, vivant, à en mourir. C’est une première pour moi, Le cannibalisme est fréquent dans certains troubles psychotiques. Mais comme ornement, garniture, si j’ose dire. Là non, il n’y a que ça, c’est l’unique cause du décès.

- Je peux te poser une question qui te surprendra ?

- Venant de toi je m’attends à tout.

- Nous allons voir. Es-tu sûr qu’il s’agisse d’un crime ?

- ???

- Des traces de liens ont-elles été retrouvées, de drogues découvertes dans son sang, son estomac ?

- Je n’avais pas pensé à cela.

- L'impensable est ma spécialité.

- Tu dis que la victime était consentante ?

- Oui. Avez-vous vérifié s’il s'était mordu lui aussi ?

- Non ! Là, j’ai des regrets d’avoir accepté ta proposition.

- Trop tard. Nous allons nous aider mutuellement. Nous sommes solidaires dans cette affaire. Des raisons différentes, un but unique.

- Il a été mordu par une quinzaine de personnes, nous n’avons pas vérifié sa dentition, pas de chair humaine dans son estomac. Il a pu la recracher, montrer l’exemple pour inviter les autres.

- Voilà.

- Une Cène revisitée.

- Oui.

- Nous avons affaire à une bande de dingues, c’était évident bien sûr mais pas à ce point. Ou est la victime dans cette histoire ?

- Certaines circonstances rapprochent victime et coupable.

- Je subodore du pas net, c’est peu de le dire. Tu as compris trop vite.

- L’expérience d'enquêtes qui m’ont prouvé que tout est possible, surtout ce que l’on refuse de prendre pour la vérité, cette histoire a un sens Wool, une raison d’être qui dépasse le cadre d’une bande de fous dont vous avez le secret. Ne me demande rien pour l’instant, scannons les faits, nous verrons ensuite.

- Facile à dire, putain c’est pas vrai ça. Il y a des types prêts à se faire bouffer et tu voudrais que je reste sans rien faire ?

- La loi l’interdit ?

- Non, mais ce n’est pas un comportement normal.

- La norme est affaire d’habitude, un type qui en tue cent a droit à dix lignes maintenant, c’est normal ?

- Non ! Il n’y a qu’un français pour s’interroger comme ça, pour couper les cheveux en quatre, et même les recouper plusieurs fois.

- Flatteur.

- Imagine la presse, les médias, quand cela se saura, car ça arrivera, un type qui se bouffe et se laisse bouffer, de quoi donner des idées.

- Pourquoi ne pas rester discret ? C’est plus facile qu’on le pense, certes ici la télévision a tous les droits, les journalistes sont des héros mais cette fois c’est différent, il ne m’étonnerait pas que même les plus pourris, je veux dire les plus aguerris, préfèrent regarder ailleurs. Les sujets d’intérêt ne manqueront pas dans l’avenir. Tout va aller vite désormais. Comment le sais-je ? Intuition

- Admettons. Que cherches-tu qui soit pire ?

- Pire ? Je l’ai découvert avant de comprendre que c’était un masque.

- Tu veux regarder dessous ?

- Sans envie, aussi sûr que deux et deux font quatre. Me préparer à ce qui m’attend est plus intelligent, et efficace, que de geindre en disant que je ne veux pas.

- Je saisis une phrase sur deux, c’est encore trop. Tu as raison, cette affaire conclue je ne te demanderai rien du tout.

- Sinon de repartir ?

- J’ai le sens de l’hospitalité mais oui. La folie est donc notre avenir ?

- Le jeu consiste à le savoir, à la comprendre. Lutter sera perdre, l’utiliser sera… Est, un masque protecteur dans notre monde délirant. Combien en sortiront vivant, debout… Peut-être aucun. Refuser la réalité lui rend service.

- D’accord ! j’étais tranquille, tout est gâché.

- Tu oublieras.

- Stop ! Je m’écrase mais j’attends d’être mis devant le fait accompli.

- Il y a une logique là-dessous, une réalité affleurant ici et là, bientôt elle sera cohérente et l’effet dépassera nos imaginations.

- Même la tienne ?

Diatek ne répondit pas, les trois hommes étaient d’accord.

 

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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 05:50

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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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16 août 2009 7 16 /08 /août /2009 05:44







Bae In Soon et Bae In Sook connurent un grand succès à la fin des années 60 et au début des 70s grâce aux compositions de Shin Jung-Hyun, elles se séparèrent au milieu des seventies, la plus jeune, Bae In Sook, continua en solo jusqu'en 1984, elle tenta un come-back en 2004 avec "A Cup of Coffee with My Song". 









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Publié par Lee Rony - dans J'ai entendu
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15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 06:38

Attendant dans l'entrée, emplie de cris d'enfants,

Rejetée dans un coin tout au fond d'un placard,

Compagne du passé mais aussi du plus tard,

Usée par tant de mains, par la pluie et le vent.

 

Vois-tu sur ma peau par où je suis passée ?

Tant de pays lointains aux noms imprononçables,

Des régions oubliées et des plages de sable,

Sans oublier non plus des palaces glacés !

 

Un linceul de poussière, je dors dans un grenier,

Des pas résonneront et la curiosité,

Saura enfin en moi trouver la satiété,

Quand les crânes chenus m'auront déjà reniés.

 

En attendant cela, l'autrefois je révise,

L'ennui ? Ce n'est qu'un mot, absent du dictionnaire,

Feuilleté si souvent que j'en sais chaque mystère.

Et l'auteur de ces vers, pour ne rien oublier,

N'emporte que des airs par sa muse soufflés,

Quoi de plus nécessaire pour emplir sa valise ?



 

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Publié par Lee Rony - dans Poésie
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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 06:32
La Porte de l'Enfer - 02

                                                  03

Le petit garçon regarde la télé, pour ne pas gêner il porte un casque, mais le son reste audible à plusieurs mètres. Les images bougent, les couleurs chavirent ; Merveille que cette fenêtre toujours ouverte sur un monde maîtrisable. Il est bien, assis sur la moquette, des jouets à portée de main, un paquet de biscuits à moitié vide, une bouteille de soda encore pleine, la télécommande facile à saisir est une clé magique pour voyager entre des univers peu différents, les publicités, elles, sont identiques, et efficaces. C'est leur raison d'être.

Fluidité dans l’enchaînement des séquences, rythme rapide, haché, produire moins cher, plus vite, l’important est dans la suggestion, l’efficacité des couleurs et de la musique, ainsi l’effet choc arrive-t-il… après une page de pub si bien inscrite dans l’histoire qu’il est parfois difficile de noter la différence.

Parfois il zappe sur un canal d’information, des images "vraies", les morts sont flous, le sang déjà sec, un dessin animé ne dissimule rien, le beau liquide rouge que perd le héros est inépuisable, qu’importe les coups les blessures, il revient de chaque piège, de tous les voyages. Sauf de la réalité, le moins attirant des mondes.

Parfois l’un influe sur l’autre, un enfant veut jouer, son père possède un beau revolver brillant, des balles aussi grandes qu’un doigt, facile à soulever, à pointer, pour s’amuser. Le doigt glisse sur la détente, appuie, juste un peu, le mécanisme sensible prend cette caresse pour une invite, la gâchette actionne le percuteur, l’effet est assourdissant, l’enfant qui tenait l’arme sent le choc dans son bras, son épaule, son corps entier, à la télé c’est pas ça, tout se passe facilement, l’enfant tient un flingue énorme et ne reçoit pas de contrecoup, et puis la victime se relève, reprend son rôle, sauf si elle est méchante, mais là non, c’est un copain qui est par terre avec un trou dans le crâne par lequel fuit un mélange de sang et de cervelle, à la télévision il n’y a pas cette odeur de poudre et de mort, tout est propre, parfait.

Tout est faux.

Faux… Un sifflement, un courant d’air glacé…

Le garçonnet connaît, c’est vieux, sur la moquette il est tranquille, dans sa maison rien ne peut lui arriver, il n’est pas seul, papa travaille dans son bureau, le casque, c’est pour ne pas le déranger. Il travaille tout le temps ! Pas pour le plaisir, c’est pour la maison, pour un tas de chose nécessaire à la vie de famille, maman le lui dit, comme le joli manteau qu’elle vient de s’offrir, mais c’est un exemple au hasard.

C’est pratique un ordinateur, les doigts courent sur les touches, le monde est accessible, comme la télévision, bientôt ce sera mieux, un véritable autre monde, l’ordinateur connaît son destin, il sourit dans son cœur de silicium, l’électronique engloutit un homo sapiens qui fait tout pour cela. Que demander de plus ?

Le paquet de biscuit est vide maintenant, il aurait dû en prendre trois, il faut se lever, c’est pénible, il était si bien, et son corps est si lourd, ses jambes épaisses, son ventre volumineux, son visage bouffi dans lequel brillent deux yeux qui seront bientôt rectangulaires.

En marchant il ne regarde pas les livres de sa mère, comment peut-elle rester assise en regardant des formes noires sur papier blanc. La télévision c’est tellement mieux, ça bouge, ça crie, c’est un appel qu’il entend, qu’il aime. Un vampire rigolard mais lassé de son rôle.

Des tableaux aux murs, formes étranges, abstraites, il paraît que ça vaut de l’argent, comment peut-on payer cher pour de la peinture jetée n’importe comment sur une toile ? Quel gâchis !

Une statue de la liberté trône sur un meuble, il la connaît mais n’a jamais remarqué qu’elle fait face aux arrivants pour leur montrer son derrière quand il sont là. Seul un Français pouvait avoir une idée aussi vicieuse. Heureusement il ignore la perversité, il sait si peu de chose, quand à la France il connaît, une île dans le nord, mais ça ne l’intéresse pas, il s’en bat l’œil et le flanc droit, au travers de sa protection naturelle il ne risque rien.

Le placard, sans lumière sa main se repère, habitude, merveille du dressage basé sur le principe de plaisir, encore que la pulsion de mort ne soit pas loin. Quel imbécile soutint qu'ils étaient antagonistes ?

Manger est une façon de mourir en valant d’autres. Celle-là évite le petit écran, les dessins animés, seulement dans une matérialité à laquelle il doute appartenir.

Aucun bruit, prodige d’un casque sans fil permettant d’entendre son programme chéri n’importe où, même aux toilettes, ainsi échappe-t-il à ce qu’il fait, le progrès est partout.

Hait partout !

Il revient à sa place, le son c’est bien mais l’image c’est mieux, vivement le casque à porter sur les yeux, ce sera le fin du fin.

La fin, plus simplement.

Oui, vivement !

Passant dans le hall il n’entend pas le bruit derrière la porte, ne la voit pas s’ouvrir, ne distingue pas une ombre se glissant dans la maison. Elle connaît les lieux et les habitudes de chacun, même s’il s’en fallut de peu qu’elle n'entre devant l’enfant. Aurait-il tiqué ?

Le bureau paternel, la silhouette marque un temps d’arrêt, bloque sa respiration, ses doigts se referment autour de quelque chose. Main sur la poignée, coordination parfaite, ouvrir, faire un pas en tendant un bras en arrière à demi plié avant de le projeter vers l’avant. La bille d’acier frappe l’homme en plein front.

Il aurait pu crier, son fils n’aurait rien entendu, bientôt il n’entendra plus rien, bientôt il n’y aura plus rien à entendre.

La porte du bureau refermée, l’ombre sourit de satisfaction vaniteuse.

Du sang coule sur le visage le blessé se redresse, au milieu du front il porte une marque qui le désespérerait s’il devait vivre avec.

Le poignard sourit de nouveau, ravi de retrouver l’air libre, avide d’une nouvelle vie à dévorer. L’ombre arrache les vêtements dissimulant le ventre, derrière le voile la bouche murmure quelque mots, évoque des souvenirs, le blessé voudrait parler, s’expliquer, il doit s’agir d’une méprise, ce n’est pas lui. Si ? Alors ce n’était pas de sa faute, il fut contraint il faut le croire, il en a tant besoin.

Tss tss tss ! La lame caresse le ventre avant de s’enfoncer où il faut afin que le sang se perde à l’intérieur. Quelques secondes d’attente, ouvrir l’abdomen, regards indifférents sur les viscères exposés, arrachés à leur nid douillet, dispersés, la victime cherche à hurler alors que sur son visage se lisent l’étonnement et la douleur, l’effarement devant sa lucidité alors qu’elle devrait être morte. A moins que sa vie n’ait jamais été qu’une illusion.

L’ombre laisse un profond silence derrière elle, retraversant le hall elle observe l’enfant, hausse les épaules, et l’enfant se retourne.

Les regards se croisent, l’enfant sourit, c’est un jeu.

Un claquement de porte, le garçon contemple, dépité, son paquet de biscuits vide.

Interrogé il aura gardé un parfait souvenir de la télé, le reste…

Le quoi?

Sa mère crie moins bien que les personnages de ses jeux.


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