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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 06:00

Héritage - 9 
 

                                                 10

"Foutaises ! "

- Pardon ? Tu me parles ou tu penses si fort que ta bouche fuit ?

- C’était intérieur.

- Le début de la fin.

- Promesse de renouveau. Avec le printemps les bourgeons vont éclater, la sève circulera dans de vieilles branches noueuses, l’herbe ornera de jolies mottes surplombant de doux ruisseaux chantant.

- Joli.

- C’est nerveux.

- De quelles foutaises parlais-tu ?

- De vieilles idées. Je me voudrais enfant, pour une fois qu’une main prenne la mienne, qu’une volonté me libère du devoir de réflexion.

- Que l’on fasse pour toi.

- Impossible, qui ne fait pas soi-même en souffre de bien des façons.

- Attention à ce que tu dis.

- Rien de grave, tu n’es pas gastroentérologue mais il fallait que ça sorte, nous avons quitté la terre, le monde, un saut de puce loin de nos responsabilités, je lâche l’élastique, c’est bon.

- Profites-en.

- L’opportunité de dire des conneries ne reviendra pas de sitôt.

- Je sais, le meilleur des cétacés a besoin de respirer pour replonger. Je me veux implacable, avançant sans peur ni doute. Il y a un gouffre au-dessous de moi, l’air glacé en montant m’entoure, je sais sa promesse. Paix murmure-t-il, j’ai envie de le croire.

- Mais tu ne peux pas, croire n’est pas un verbe fait pour toi.

- Croire n’est pas Verbe. La maison est une étape pour apprendre en me débarrassant du superflu, de me simplifier pour aller vite et loin.

- Tu connais la destination ?

- La maison la dissimule, le principe de la chasse aux trésors, une énigme donne le lieu d’une nouvelle énigme qui donne le lieu d’une… jusqu’à l’ultime. Arriver à la fin sera hors de ma portée.

- Souhait ou constat ?

- Le premier.

- Alors il ne se vérifiera pas !

- C’est ce qui m’effraie, à chaque pensée surgit un nouveau motif de crainte, pas moyen de m’en débarrasser.

- Tes peurs disparaîtront dans l’action, c’est ce qui te manque.

- Ces jours sont lourds de réflexions, d’attente, la prise d’élan. Un seul essai avant l’inconnu dont nous parlions. Tu vois, cette discussion est vivace dans mon esprit alors qu’elle me paraît lointaine quand des souvenirs lointains me paraissent proches.

- La mémoire est mal connue, attendons l’autopsie.

- Gentil de me prévenir, tu crois que je donnerai mon corps à la science pour qu'elle le découpe en tranches ultra fines au laser. Si je meurs ce serait dans des conditions le rendant inexploitable.

- Si ? Ce n’est pas une certitude ?

- Je voulais dire, bientôt.

- C’est mieux pour rester dans les mémoires, ses mécanismes se révèlent lentement, comme si nous avions peur.

- J’en suis sûr, l’émotion terrifie. Je n’ai plus envie de rire, par instant me vient celle de pleurer comme l’enfant que j’aurais dû être.

- Le passé se comprend, se revit mais ne change pas. Ton enfance fut un calvaire, un Golgotha, sache en voir le bon côté, la résurrection.

- Comment revenir d’entre les morts et se sentir proche des vivants ? Que veulent dire ces mots, qui est mort ou ne l’est pas ? Ces gens autour de nous, ils sont animés, c’est tout ! Le supplice qui m'attend est celui de mon renoncement, pouvoir dire : « Père je te pardonne car tu ne sus pas ce que tu faisais ! ». Belle formule non ?

- En parlant, tu creuses, tu cherches, tu trouves.

- Ce n’est pas fini. L’image reste, symbolique, l’homme face à l’infini et ses interrogations. Ressusciter m'est impossible, naître, qui sait...

- Des paroles riches et nourrissantes.

- Je ne risque pas l’indigestion.

Un pantin peut-il être celui qui manipule ?

Les psychopathes savent mener les autres, dire la vérité en mentant. Il a touché la folie, l’a aimé, furieusement, et absorbée !

- Sais-tu à quoi je pense ?

- Pas encore.

- Nourri de démence, me saisissant elle se prit elle-même au piège.

Morton approuva conscient de devoir laisser son ami s'exprimer.

Un flux de pensées grandissait en son esprit, l’image du père tenant une corde traversant le temps, le lien de la vie qu’il veut saisir, qu’il empoigne… Les premiers effets se font sentir.

Un cadavre attend en souriant, figure parcheminée, corps détendu acceptant l’étreinte de la souffrance comme une délivrance.

Que restera-t-il de son expérience, comment l'utiliser ? Sous couvert de littérature, donner à ses personnages les mots qu’il ne pourrait employer officiellement. Peut-être, envisager l’avenir est distrayant.

Il sent sous ses pensées les traces de ses prédécesseurs que le temps ne put effacer si l’histoire n'en retint pas les noms. Une réflexion perdure sans affichage médiatique par les esprits en percevant l'écho. Le nom est une invention amusant les formes du néant, ces choses s’agitant sur fond de nuit éternelle redoutant qu'il ne soit cause de leur annihilation. Simple, comme tout ce qui est ardu à découvrir.

Atteindre la lumière, ranimer l’univers. L’éclair déchirera ce cocon généré par la crainte pour survivre à l’absolu glacé.

Est-ce lui qui gravira les marches d’argent ? Peu importe, la vie réussira, son existence individuelle est limitée.

- Ton sourire en dit long sur tes pensées.

- J’avance Morton, j’avance. Les images s'affinent à chaque pensée les affine, la vie sait ce qu’elle fait si elle ignore ce qu’elle va faire.

- C’est clair.

- La maison, l’action, la violence aiguise ses crocs.

- Ça n’a pas l’air de te déplaire ?

- Le jeu continu mais je comprends le sens des pièces utilisées.

- J’en accepte l’augure.

- Il n’est pas destiné à toutes les oreilles, nul habitant des cavernes n’est capable de l’entendre, même si ces grottes semblent des palais, l’extérieur seul a changé, ni l’intérieur, ni le locataire.

- Ça t’amuse ?

- Beaucoup, c’est nerveux, la tension mène au rire.

- A ressembler à la mort.

- Celle des autres !

- La plus amusante.

- J’accepte d’être leur mort, ou, plus justement, de leur dévoiler ce qu’est la vie, réalisant quelle illusion ils adulèrent, peu résisteront. Le Golgotha est une colline de souffrance et de folie. Je l’ai gravi, pas à pas. Je comprends mon père d’avoir rejeté sur autrui d'insoutenables affres. J’ai vu ses trophées, des visages arrachés, délicatement, peau préservée, traitée, des dizaines de bocaux, des yeux semblant avoir piégés un reste de vie. L’impression de ces regards est indicible, ils sont là, partout. Se répète l’idée que savoir est préférable au contraire. Imagine la réaction de parents apprenant quel supplice leur enfant endura, si on leur dit que sa face fut ôtée alors qu’il vivait encore ? L’ignorance ouvre la porte à l’imaginaire lequel ne dépasse pas le pire connu. Peu devineraient les tortures que mon père conçut. Folie et souffrance, bien sûr, mort également. Un charnier, la pourriture fait le liant et sur l’ensemble je progresse. Mes pieds glissent sur la sanie, se blessent sur des esquilles d’os, le vent soulève des lambeaux de peaux venant se coller sur moi, j’avance malgré tout. Ne pas hurler, ne pas implorer, ne jamais renoncer. M’arrêter ? Je l’ai fait plusieurs fois, reprendre mon souffle dans une atmosphère corrompue, rester debout. Autour de moi plus rien n’était solide, m'assoyant j’aurais disparu dans la fange comme d’autres qui crurent que la vitesse serait leur complice. Je ne renie rien, ne rejette rien, mon âme est souillée à jamais, rien ne la lavera. Elle absorbe, intègre, savoure le dégoût, l’abjection, pour en tirer la moelle la plus nourrissante. Admettre ces paroles est désagréable, choquant, peu importe, je vais, je vis.

- Mieux vaut pour moi entendre sans comprendre.

- Je sais. La vie est sortie d’un bouillon infâme, condition nécessaire à son apparition, la conscience n’a pas émergée de sa fange originelle, elle flotte dans un milieu amniotique difficile à imaginer, la naissance est proche Morton, je sens déjà les contractions, le fourmillement des combinaisons chimiques, des essais innombrables qui s’opèrent depuis des milliards d’années. L’œuf se fendille, le Big-bang physique eut lieu il y a longtemps, un autre se prépare, que dis-je, il a déjà commencé. La différence entre le son et la lumière, départ simultané, la seconde arrive avant alors que le premier sera plus violent.

Morton ne trouva rien à dire, les paroles du policier le heurtaient. Tenant du savoir il n’avait rien compris. Le parcours de son ami était l’inverse, le bon. Il se refusa à mettre en images les mots de Diatek. Le passé récent indiquait la véracité de ces murmures, la peur conduit au pire, à détruire pour payer un tribut à une déité floue masquant une vérité insaisissable. La force à l’œuvre ne s’achète pas, inutile de s’offrir à ce qui prend ce dont elle a besoin.

Tout !

- J’ai le trac Morton, réfléchir effraie.

Morton approuva, laissa glisser la panique, se taire. Son ami était loin devant, bientôt il serait imperceptible, alors la solitude viendrait, et avec elle…

Mourir n’est rien, rien !

                                        * * *

Le ruban d’asphalte se déroule sous la voiture de location, Ford modèle récent nanti des derniers gadgets. Ils auraient pu prendre un autre vol, gagner du temps, pourquoi se presser se demandèrent-ils avant d’opter pour un moyen de déplacement lent mais intéressant. A rouler ainsi ils se sentaient dans un parc animalier mais sans ouvrir la portière pour jeter des cacahuètes. On ne nourrit pas les bêtes qui s’en chargent elles-mêmes.

Ils traversèrent New York, les vers étaient à la mesure de la Grosse Pomme, dans quelle poubelle jeter le trognon ?

Une autoroute vers le sud, un voyage de plus de mille kilomètres plus lassant qu’excitant. Rien à découvrir d’autres que des voitures, des camions, des individus louches longeant les routes, des moins louches dont ils se méfièrent davantage, chez Diatek le policier n’était jamais loin, il se demandait si celui-ci n’était pas un tueur ou si celui-là ferait une proie facile. Ce pouvait être l’inverse.

Un motel pour la nuit, des bungalows aux jolies façades roses, un intérieur conçu pour être insupportable au bout d’une journée, une merveille de technologie. Une Bible dans un tiroir. Manquait le fusil à pompe dans un autre. Équilibre non respecté, il est vrai que ça ferait double emploi.

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 05:57
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 06:22



 À consommer sans modération, été oblige !























Une chanson "scandaleuse" puisqu'elle évoque l'adultère, crime passible de prison en Corée du Sud.

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Publié par Lee Rony - dans J'ai entendu
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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 05:58

 

Désirée, 35 ans, bibliothécaire très "classe", et veuve, ce n'est pas incompatible, se rend régulièrement sur la tombe de son défunt époux, elle croise régulièrement Le mec de la tombe d'à côté, Benny, 37 ans, célibataire et solitaire depuis le décès de sa mère, à l'exception de ses vingt-quatre vaches laitières ! À l'évidence ces deux êtres que le destin met en présence n'ont rien en commun et donc rien à faire ensemble. Bien sûr, si tel était le cas nul besoin d'en faire un livre, lequel va justement, et intelligemment, démontrer que les opposés peuvent n'être pas des contraires et se rapprocher, ce qui arrivera à l'occasion d'un simple sourire, comme le pied de l'amour dans la porte du quotidien !


Roman dual, Désirée puis Benny, à moins que ce ne soit le contraire, à son tour exprime son ressenti, ainsi découvre-t-on que ce que l'un fit pour plaire à l'autre, obtint l'effet inverse, une leçon à méditer.


Elle aime l'opéra, il s'y endort, il est spécialiste en tracteur, elle ne parvient pas à traire une vache mais le rural n'a rien d'un rustre et l'intellectuelle sait se laisser aller... Comme quoi le mari de l'un et la mère de l'autre eurent une bonne idée en mourant.




Quid de son héritage socioculturel et des contraintes qu'il pose sur le dos de chacun, dans ce texte chacun voudrait pouvoir, mais voudrait, surtout, que ce soit l'autre qui veuille.

Que leur arrivera-t-il, il ne faut pas longtemps pour parcourir les 250 pages de ce récit alors ne vous privez pas d'un bon moment !


Humour, tendresse, sans oublier une excellente traduction de Lena Grumbach et Catherine Marcus.

Gaïa éditions.

Babel Actes Sud pour l'édition de poche.


  
Katarina Mazetti est née en 1944 en Suède, auteur de livres pour la jeunesse et de romans pour adultes, Le Mec de la tombe d'à côté a rencontré un immense succès (mérité).

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu
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24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 05:20
Héritage - 8 

 

                                                 09


Le silence qui suivit bruissait de questions, de doutes et de curiosités. Morton avait beaucoup étudié, avec ce policier il découvrit que le su est parfois moins important que le ressenti. L’expérimentateur agit sur l’expérience mais que peut-il apprendre de lui même au travers de sa perception des résultats obtenus ? Il découvrit un univers de mystères, en résoudre un en révélait deux, le combat était perdu d’avance, son ami lui affirma que c’était mieux ainsi.

- J’en connais qui verraient dans ta vie une volonté à l’œuvre.

- En regrettant qu’elle ne le fut pas avec eux. Logique chaotique ! Ne me demande pas ce que je veux dire. J'esquisse ma pensée.

- C’est toi qui passas ces épreuves, un chemin riche en découvertes que tant prirent, beaucoup chutèrent au premier obstacle, d'autres au deuxième, et ainsi de suite. Tu as réussi parce qu’il est logique, ton mot, qu'une expérience réussisse si elle est répétée le nombre de fois suffisant, le chaos ignore la lassitude.

- Tes mots sont rassurants, pendant si longtemps j’ai parlé beaucoup sans rien dire que j’ai crains être incompréhensible.

- Un diapason ne crie qu'avec deux tiges.

- J'adopte la comparaison. Des obstacles pour faire le tri.

- Nous nous comprenons.

- Trop bien, c’est inquiétant.

- Avant, timidité ! Être lâches serait fuir le combat hantamé.

- Inquiétant messie vrai. Esprits parallèles, l'un artiste-scientifique, l'autre, l'inverse ; chacun prend et donne, apprend et enseigne.

- La science considérée comme un art et l’art comme une science.

- L’intuition, le rêve, l’approche du délire, l’approche seulement, la science créant la chair manquant au squelette pour incarner le réel. Ce chemin, ces empreintes, un corps, deux jambes, l’équilibre.

- Où conduit ce chemin ?

- Par-delà l’illusion voilant la peur. Où exactement, ça...

- Nous sommes ignorants, avons-nous passé l'effroi, l'image est-elle superflue ? Pouvons-nous supporter l’inconnu ?

- Les mots sont flous, limités par mon vocabulaire, Le test s'affina à force d'échecs. Apprenons !

- C’est fort ce que tu dis, troublant et émotionnellement riche.

- L’émotionnel par l’artistifique ?

- Des capacités, inutilisées génèrent une souffrance, et employées... aussi. La précocité tue, l’enfant souffre, ignore pourquoi et personne ne sait l’aider, sa situation est particulière, ignorée de ses parents et d’un système éducatif normalisateur et meurtrier. Précoce est inutile si c'est pour arriver plus tôt au niveau des autres, tu sus gérer le courant et survivre, maintenant tu peux l'utiliser.

- L'épreuve imposée par mon père lui offrit quelques dérivations opportunes, comme programmées, nous pouvons le dire puisque cela ne s’est pas passé autrement. Quelque impression de choix, de libre-arbitre que nous ayons, nous ne suivons qu’une route, les autres se perdent dans des si, cailloux spectraux jetés sur d'improbables chemins. Intelligent est un qualificatif dont on m'affubla, comme une contrainte, pas un avantage. Kah prononça celui de génie, un terme qui ne saurait s'employer avec être ! Quelqu’un dit qu’il est affaire de patience, de résistance plutôt, à ce courant intérieur, à sa violence, aux visions qu’il charrie. Sais-tu bouger les oreilles ? Non ? L’ayant appris jeune tu saurais le faire, des terminaison nerveuses se forment dans les premières années de la vie, ensuite il est trop tard. La précocité est l’aptitude à encaisser un ampérage plus grand. La question se pose parfois de la différence entre un surdoué et un génie tant celui qui part tôt finit dans la banalité. L'important est d'aller loin, même lentement.

- Je ne fus pas précoce et ne suis pas un génie.

- Je rentrai dans le rang. Le choc de cette nuit de septembre créa une liaison nouvelle, sans cela l’installation aurait sauté quelque part, cela commençait, mon attitude parfois autistique fut une protection avant cette nuit, davantage après, le système avait besoin de s’installer, un arbre ne naît pas en un jour, un arbuste peut aller plus vite et je ne parle pas du brin d’herbe.

- Ainsi peux-tu aller plus loin, c’est le lièvre et la tortue.

- Un lièvre folâtrant, prenant son temps pour une longue course mais passant l’arrivée une seconde avant la tortue pour ne plus s’arrêter.

- Et nous partîmes d’une volonté à l’œuvre, de ta vie.

- Ma vie est la Vie, je suis un essai.

- Le bon ?

- Ça...

- Nous aviserons, parlons du voyage qui nous attend.

- L’avion, la maison, du tourisme.

- Presque.

Morton avait raison, presque !

                                        * * *

Taxi ! Diatek donne le nom de l’aéroport.

- Vous prenez l’avion ? Finit par demander le chauffeur.

- En principe, répondit le policier, en ayant envie de nier pour souligner qu’ils allaient prendre le train.

- Tourisme ?

- Études.

- C’est moins bien.

- On fera les deux en même temps.

- L’idéal. Savoir ça sert mais ce sont pas les études qui aident à vivre.

" C’est l’ignorance " murmura Morton.

- Sûr, ça occupe.

- Pourquoi pas, si vous pouvez. Moi je critique pas, je suis mal placé, taxi, hein, c’est pas un métier facile.

- Je veux bien vous croire.

- Moi j’apprécie la discrétion, faire chier personne, et l’inverse.

- Surtout l’inverse.

- Si vous voulez.

" Le client a toujours raison."

- Remarquez j'me plains pas, j’en vois de toutes les couleurs, si vous saviez ce qu’on charge, ce qu’on décharge "Ce con décharge…" c’est à se taper le cul par terre. Je parle de ce que j’entends mais y’a c'que je vois. Les couples qui se tripotent, ceux qui s’enfilent discrètement, qu'ils le croient. Ça me vaut un pourboire royal. C’est le bon côté, l’autre jour un type a coulé un bronze sur ma moquette, j’ai rien vu, il a baissé son froc discrètement, a posé son affaire, au feu rouge, il s’est barré fissa, je pouvais pas laisser la bagnole au milieu de la route, ce fumier avait bien calculé, un habitué de la chose.

- Un vrai chieur.

- C’est le mot, putain, et le bon. Si je le retrouve celui-là je me sers de sa langue pour me torcher, cela dit sans vouloir vous ennuyer.

- Les gens sont sans gêne parfois.

- Je vous le fais pas dire, z’avez une tête de pas con vous.

- On ne choisit pas.

- C’est sûr, encore que… La plupart seraient content d’être cons s’ils avaient un moment de lucidité. Seriez pas prof par hasard ?

- Non.

- Ça, m’aurait plus, enseigner " En saigner… " faire le savant. La science, un truc comme ça.

- Mon ami ici présent est truc-comme-ça, je ne suis que commissaire.

- Ah bon !

- Y’a pas de mal, je ne m’occupe pas de la circulation.

- Je respecte pas toujours le code, les autres non plus, et puis moi c’est professionnel, les clients sont toujours pressés.

- Pas nous, ça va, je connais bien votre profession.

- Des fois je rencontre des fl… des policiers, on discute, copains quoi.

- Vous avez raison, mieux vaux être du côté du manche, si j’ose dire.

- Je vous approuve, à fond.

- J’en suis certain.

- Et c’était vrai, le manche, à fond, certain !

- sympa de parler, souvent c’est l’inverse, les clients parlent, comme avec une pute, en moins cher et y consomment pas, c’est la voiture, l’isolement, l’inconnu, ça fait confessionnal, comme qui dirait.

- Jolie comparaison.

- Policier aussi ça m’aurait plu, les interrogatoires, le show-biz.

- Les camés, les tueurs qui sifflent, les balles qui rôdent..

- Finalement taxi c’est mieux.

- Oui, hein ?

- Livrés dans les temps.

Diatek ne releva pas, Morton sourit.

Un signe de la main, une amitié mort-née, triste.

Diatek retrouva l’agitation des gens allant et venant, le bruit des annonces, des valises posées au milieu du chemin, un coup de pied, un regard amical au propriétaire, une distraction.

Un minimum d’attente pour le billet, rien à dire.

- Mon premier voyage pour le nouveau monde.

- Beau comme une morgue aux tiroirs béants, la chaleur en plus.

- Et les mouches, j’adore les mouches.

                                        * * *

Plus près du ciel comme pour y trouver une solution, n’importe laquelle pour peu qu’elle fasse vrai. L’ailleurs est impossible, Diatek sait qu'il est interdit de quitter le chemin.

Un voyage vers soi est le plus difficile, le seul nécessaire.

Les hôtesses, jadis… La vie ne s’épargne pas, elle s’utilise ou se perd.

Le plaisir ? il connut, empruntant maintes voies, laissant explorer les siennes à l’occasion, copulant à tour de bras, si cette expression a un sens, auquel cas il a sa place ici !

L’instinct parlait, la fuite dans l’animalité avait sa raison d’être.

Fini ! Une collection complète est fade. Le plaisir est dans la quête.

Son père collectionna les victimes jusqu’à avoir des doubles. Annonce amusante : échange petite fille égorgée contre vieillard brûlé vif.

Hilarant non ?

Non ?

Des morts ? Ses mains tuèrent, souvent, n’hésitant jamais, par besoin d’abord, sûres de leur bon droit ensuite, le plus mauvais des alibis, s’il en est un bon.

Quels plans forma-t-il dans sa jeunesse ? Tuer… L'excitant est d’aller contre soi, de savoure la honte, la culpabilité, de s’entendre hurler de souffrance mais d’agir malgré tout. S’enfoncer dans le dégoût de soi, rassuré de se découvrir le méritant, un processus psychologiquement compliqué mais évident pour celui qui le vit qu’il évite les questions.

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 05:04

 

T'es laid ! dit le plus petit des deux,

L'autre sourit, se méprenant :

" Y passe quoi sur le petit écran ? "

T'as rien compris, j'dis qu't'es hideux !

" Et alors tu crois que c'est facile pour moi ?

Je te rappelle que je suis pas tout à fait vivant. "

Moi je suis mort depuis cinq cent ans,

C'est marrant ? Tu crois que j'ai le choix !

" Tu es plaisant et séduit les femmes,

Je suis romantique mais hideux,

Toi, à l'intérieur tu es affreux,

Dissimulant tes crocs et ton côté infâme. "

La vie est ainsi faite que souvent l'aspect,

Importe plus que les élans du cœur.

Voulant aimer tu n'inspires que peur,

L'apparent seul attire le respect !


Ayant dit les deux monstres en riant,

S'en furent en quête de proies.

De l'horreur sont-ils les rois,

Ou est-ce leur gibier le plus terrifiant ?


L'atroce auquel tu crains de croire,

N'est-il pas ton reflet dans ce miroir ?

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Publié par Lee Rony - dans Fables
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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 05:49


- Tu as choisi chérie ?

- Pas encore, j'hésite, c'est toujours pareil quand il y a trop de choix, comment se décider ?

- Je comprends, nous reviendrons si tu veux autre chose.

- Ce serait bien, mais ils ne sont pas souvent ouverts.

- Les produits de qualité sont rares, mais tu sais que nous serons prévenus, ce n'est pas un lieu accessible à n'importe qui.

- Heureusement, d'ailleurs tu n'as jamais voulu me dire qui t'avait recommandé.

- Cela fait partie du jeu, ne sois pas jalouse.

- Quand même un peu, tu ne partages pas tout avec moi mais puisque c'est le règlement...

- Ce soir ton regard triste ne pourra pas m'émouvoir.

- Non ?

- Non !

- Pour cette fois je préfère que tu me fasses des cachotteries.

- N'est-ce pas ?

- Finalement je crois que je vais prendre une demi-cervelle, et toi ?

- Une tranche de foie, il paraît que c'est une splendeur, juste poêlée, à la façon du chef.

- Comme boisson, je te laisse choisir, c'est toi le connaisseur.

- AB +, ça s'impose !


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Publié par Lee Rony - dans Nouvelles
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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 06:12

 

Je viens de consulter mon dictionnaire, "sans en avoir l'air", mine de rien, aux fins de savoir exactement ce qu'on… entend (!) par "air"…

Tout un laïus :

- mélange gazeux

- air comprimé

- air liquide…

Puis un minimum d'expressions…

Et un paragraphe spécial sur "la composition de l'air"...

J'ai sans doute pris mes grands airs en ne trouvant aucune explication sur les talents du musicien qui écrit, compose un air. Il peut également lui ajouter des paroles. Sont-ce pour autant des… paroles en l'air ?

Et bien non ! à la place de ces définitions : tout un baratin sur la chimie… D'emblée, le lecteur entre dans la plus grande confusion.

Et, le pire, l'impardonnable : une impasse totale sur le monoxyde de carbone, la dioxine, les gaz d'échappement (kérosène, voitures… et autres : voir mon chapitre sur "les pets de Damocles" !). Remarquez, ça aurait fait…"pot-pourri"…on ne peut pas, ministère de l'environnement exige, imputer trop de mélanges à l'air !!! On consulterait alors les Larousse et Robert d'un "air effarouché" !

Ils ne se sont pas foulés, à mon avis "ils" ont franchement l'air con (tiens, ils ont oublié celui-là, et pour cause !)…


Encore une lourde contradiction lorsque, ne manquant pas d'air, je m'esclaffai un jour, alors que je passais en courant d'air chez quelqu'un :

- ça manque un peu d'air ici !

La personne qui ne semblait pas au courant aurait éventuellement pu m'imposer un air d'opéra ou une quelconque chanson. Pas du rap bien entendu, puisque ça manque totalement d'air ! En pareil cas, il vaut mieux ouvrir les fenêtres ou tout simplement fuir et prendre, dehors, bien qu'il soit désormais et définitivement vicié, un bon bol d'air, après en avoir humé un dé à coudre! On parle de "bon air" mais jamais du mauvais… ce pot pourri en question !

Mais je me souviens tout à coup qu'elle m'avait trouvé… l'air à plat ! Ce qui m'incita illico à foncer vers la station-service la plus proche pour y vérifier la pression de mes pneus !

Un conseil tout de même : ayez toujours un bol dans vos poches. Sortez-le régulièrement quelques secondes et buvez-le d'un trait. Cela s'appelle : "siffler un air"… ou "prendre un bol d'air". Pour qu'il s'agisse d'un bon bol d'air, n'avalez tout de même pas le récipient !!!

Mais j'ai lu sur la notice accompagnant le traitement une contre indication inquiétante :

- "risque d'aérophagie". Pour ceux qui ne savent pas ce que c'est : il s'agit du fait qu'une poche d'air se balade quelque part en vous. Si vous en avez plein les poches, pas de bol ! on dira que vous n'êtes pas dans le… besoin…même si cela vous donne un "air constipé" (pourquoi pas encore l'air cul ?) … cet aspect de l'air, malheureusement, se remarque toujours !


L'air fait partie de ces innombrables mots de notre langue qui ne sont jamais "à sens unique".

Il signifie aussi l'aspect, la mine (avoir bonne mine parce que l'on vit au "bon air"). L'exploitant d'un sous-sol, dans un régime dictatorial comme dans une république démocratique peut avoir bonne mine bien que ne travaillant pas à "l'air libre".

Le pâtissier n'a pas forcément "l'air tarte"…

Les gros n’ont pas souvent "l'air fin" !!!


Il m'est arrivé de croiser le même jour deux amis, l'un passait en courant, écouteurs aux oreilles : il devait le faire sur un "air entraînant". Il ne m'a pas vu. L'autre, déambulait lentement en ville. Je remarquai son baladeur et lui demandai :


- où vas-tu de ce pas ?

- je me balade… Voyez les innombrables interprétations possibles : se balader avec un baladeur !

Il marchait certainement sûr un airen traînant ! Encore une autre interprétation de cette expression !


J'entends souvent :

- nous sommes en pleins "courants d'air".

Se prennent-ils alors pour Gounod, Verdi, Wagner, voire Suzy Delair, et combien d'autres ?

Tout de même, aérer sa chambre n'en fait pas pour autant une chambre à air ! réfléchissez un pneu, pardon, un peu !

Et chanter ou écouter un air dans sa chambre, cela fait-il pour autant de la musique de chambre ? Non mais !

Dire qu'ils sont nombreux, ceux qui paient une fortune pour un grand air à l'opéra, alors qu'il est gratuit en montagne et, O combien moins bruyant...

Encore plus haut, c'est davantage impressionnant car l'air fait des trous. Les hôtesses de cet air-là et qui s'y envoient régulièrement (…) en savent quelque chose !

D'ailleurs, "s'envoyer en l'air" où que ce soit sur terre, ça ne veut rien dire (sauf peut-être au trampoline , au saut en hauteur ???). Quoique… on dit bien :

- sans avoir l'air d'y toucher, telle personne aurait une gueule à bien s'envoyer en l'air (a-t-elle pour autant "l'air…ottomane" ???). Mais quelle passivité : "sans y toucher" ! elle ne fait sans doute que "vous pomper l'air" ! ne nous étendons pas davantage sur le sujet…

Vous voyez que tout cela ne veut rien dire !

Mais alors, quid de la cantatrice soudain victime d'une défaillance de sa mémoire : elle a un trou dans son air ! (voir mon ancien topo sur "les trous").


On entend encore :

- le fond de l'air est frais ce matin !

j'ai souvent envie de répondre à ce lieu commun :

- Alors restez au bord, vous aurez plus chaud ! (Hi, hi !!!)

Comme bien des gens n'ont pas le sens de l'humour, je me tais pour ne pas avoir… l'air bête !


Mais il y en a, ne vous y trompez pas, de "petits" et de "faux" :

- Cet enfant a un petit air de sa grand-mère… et même un faux air de son arrière grand-père" (dire que ce dernier était un faussaire !!!)


Est-on forcément atteint de strabisme si "on a l'air louche" ?

Mais ne poussez pas le cynisme, l'inconvenance de dire à une personne aux pupilles convergentes ou divergentes qu'elle a l'air louche ou lui demander si elle est pupille de l'air ! On disait jadis : "un œil qui joue au billard et l'autre qui marque les points" !!!... ou encore : un œil qui dit merde à l’autre…

Ce fameux acteur américain, adepte d'une secte, Tom… n'est sans doute pas très fini : il faut voir quel air a Tom (erratum à mon avis !)


Nous avons noté chez Larousse la notion d'air comprimé.

Encore des confusions possibles :

- Lorsque l'on avale un médicament, a-t-on pour autant l'air comprimé ?

Peut-on également dire la même chose des usagers de la RAT P, aux heures de pointes ?


J'ai lu dans les "faits divers" :

- un malfrat a été interpellé au moment-même où il tentait de …prendre l'air. Il ne tarda pas à retourner au trou lorsqu'il voulut, après s'être travesti, jouer la fille de l'air !…


Je voyais un jour une amie agiter son éventail. Je lui demandai aussitôt :

- Vous n'avez pas l'air climatisé ?

Elle parut mal le prendre et me rétorqua :

- Ai-je l'air climatisée ?

Je lui ai sitôt posé mes conditions :

- Si vous prenez vos grands airs, je m'en vais !

Elle eut immédiatement l'air… conditionnée.


Pour ne pas avoir "l'air d'insister", je crois que je vais en rester là, vous laisser méditer sur les difficultés que doivent rencontrer les étrangers à apprendre notre langue, et… nous, à bien la comprendre et ne pas dire n'importe quoi !



                                                                    Jacques APPAR

Pour accompagner ce texte, en évoquant Les P de DAMOCLES, une fable signée Gotlib et Franquin, une paire de génies valant n'importe quel carré d'as ! 


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Publié par Jacques APPAR - dans Sans Blog Fixe
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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 06:08
Héritage - 7 
 

                                                 08


A son habitude il ne se presse pas, si pour monter il préfère être le premier pour descendre c’est l’inverse. Le quai, la foule, les cris, les odeurs, une agitation au cœur de laquelle il se fond pour trouver la sortie. Jadis supporter la promiscuité lui était intolérable, il dut parfois descendre d’un car pour retrouver son calme.

La journée touche à sa fin quand il retrouve l’air libre, petit à petit pourtant les nuits raccourcissent, en sera-t-il de même pour lui ?

Marcher sera plaisant dans ces rues qui furent longtemps son terrain de chasse. Gens et chiens, lumières et bruits, le monde réel dans lequel il ne peut plus disparaître, le fond est trop haut. Profitant de la situation son estomac se manifeste à nouveau, un sandwich sous blister l'occupera. Un vieux banc dans un petit square accueille son fessier avec indifférence, quelques arbres luttent pour se maintenir sachant qu’à leur mort il se trouvera un promoteur pour imposer à cet emplacement un étron de béton puant le pot de vin.

Avant de mordre il regarde la viande… celle du sapiens aurait un goût de porc ; logique. À titre personnel… Mais ce n’est pas le sujet.

Il est repu, pour un peu il s’allongerait sur le banc. Autant laisser la place à ceux qui n’ont de couvertures que quelques cartons. A l’instar des tueurs les SDF sont utile. Le danger que l’on nie est celui que l’on désire, le tueur et le clochard exorcisent des peurs sociales.

Dormir, un homme, allongé, pépé ? Une pièce de plus. Jeune il pensait que l'hypnose pourrait arracher son passé de sa cangue mais s'en remettre à une autre volonté le retint. Il fit confiance au temps pour éroder cette coquille.

Le père, le grand-père... chaque enfant a un géniteur, n’importe qui peut remonter jusqu’au début de la vie. Pourquoi s’y arrêter ?

Le commissaire se pose la question mettant la réponse en délibéré. Comprendre avant de savoir, ouvrir la porte en sachant ce qu’il y a derrière, constater qu’elle était ouverte en l’entendant claquer dans son dos, ce chemin est à sens unique. Les créatures du néant ne sont pas hostiles, elles promettent la paix et le silence. Renoncer est le seul péché qu’il reconnaisse.

- Vous auriez un euro, cela me dépannerait ?

Diatek quitte sans regret ses réflexions.

- Je vous réveille ?

- Non, je pensais. En quoi un euro dans ma poche vous aiderait-il ?

- Amusant, je comprends, vous l’avez mais préférez le garder.

- Je n'en fais pas l’élevage, je l'utiliserai suivant mon envie.

- Égoïsme.

- Oui, en plus vous ne savez pas demander.

- Pourtant j’ai l’habitude.

- Un ouvrier peut apprendre un mauvais geste et l’utiliser toute sa vie, laquelle vaut plus qu’une pièce. Proposer aux interpellés de participer à votre existence serait mieux.

- Je vois. Voulez-vous participer à mon existence ?

- Non ! Vous donner de l’argent achèterais mon égoïsme, il vaut plus. Tout le monde ne raisonne pas ainsi.

- Heureusement.

- Pourquoi ? Votre situation vous plaît ! L’argent que vous recevez est un achat, vous êtes un encaisseur. Tenez, asseyez-vous, pensez, ça ne vous fera pas de mal, ou alors si, au début.

Laissant le regard perplexe l’accompagner jusqu’au tournant Diatek reprit la direction de l’appartement de Morton, mentalement il se frottait les mains. La perversion est douce pour qui en connaît le bon côté. Mais y en a-t-il un mauvais ?

Les rues se suivent et se ressemblent, il arrive, immeuble bourgeois, une porte cochère qu'aucun équipage ne prit depuis... La place du cheval en ville se limite aux boucheries spécialisées.

La bignole a été remplacée par un code, il pianote, entend le système se déclencher et pousse le battant.

L’allée pavée mène à une vaste cour, de part et d’autre s’ouvrent les montées d’escaliers. Gauche, troisième, on ne frappe pas, celui qui vit là a perdu sa clé. L’appartement occupe tout l’étage, avoir des moyens ça aide, Morton n’en manque pas, dans le cas contraire il eut dû obéir à une autorité, respecter des horaires, des contraintes. Le policier referme derrière lui, tend l’oreille sans percevoir le plus petit bruit, il s’aventure dans le dédale de pièces et de couloirs en faisant attention à ne rien bousculer, partout s’entassent livres et revues, des cartons aux contenus improbables, certains portant l’inscription : À jeter ! Sans avoir rien renversé il parvient au salon principal, le lieu de vie, presque à l’abri des invasions diverses.

Il revoit ses amis, l’un occupait le fauteuil où il s’enfonçait, l'autre, la petite chaise aux pieds si fins que Diatek se demandait comment elle résistait à un derrière aussi imposant. Morton prenait un tabouret, lui restait debout. Héritier des péripatéticiens réfléchissait en marchant. Il s’attendait à des changements, à sentir le passage d’un temps immense, un an, à peine s’était écoulé, pas les siècles qu’il imaginait.

Une table ronde à pied central trônait au cœur de la pièce, une bibliothèque occupait tout un mur, des ouvrages anciens, de grande valeur. Il aimait la sérénité de cet endroit. Ici pourtant furent évoqués des sujets difficiles, la table reçut des photos insupportables, les murs frémirent, heureusement, ils n’ont pas d’oreilles, comment se les boucheraient-ils avec de si petits bras.

L’un disait ceci, un autre rajoutait cela, les opinions divergeaient avant de se coaliser pour la victoire de la vérité.

Le commissaire prenait la parole en dernier, lentement ses mots dessinaient les traits de la proie qu’ils convoitaient. Son esprit traversait les murs, entendait les pensées les plus secrètes, les souvenirs les plus confus. Des instants hors du temps, magiques.

Des rires, des insultes, des moments de rage devant certains actes, rituels confinant à l’invocation de forces étranges. Et maintenant, voit-il plus clair dans ce besoin ? Un paiement pour apaiser l’animalité et la dépasser, un os pour Cerbère afin de continuer.

Comparaison juste, à la fin la Bête, les connaissant, remuait la queue.

Les volets intérieurs sont ouverts, par la fenêtre il observe la rue, les gens qui circulent, un instant d’envie pour une sérénité inaccessible. Le verre renvoie une image déformée de lui-même en surimpression avec celle du dehors.

Avec le temps c’est celle qui se précisera.

Boire, cuisine, l’évier débordant de couverts en attente d’un jour meilleur, sur le moment lui vient l’envie de faire la vaisselle, il aimait bien, à condition de ne pas l’essuyer. Il réprima son désir pour utiliser un verre semblant propre.

Un couloir, des pièces sombres, son ami est là, quelque part, son instinct ne peut le tromper, pris par de profondes réflexions il aura oublié l’heure et le visiteur attendu. Des bruits, le plancher craque, c’est l’âge, et puis autre chose, régulier, un bruit qu’il reconnaît en souriant, celui de doigts courant sur un clavier d’ordinateur. Personne n’est à l’abri du progrès ! Laissant le chercheur chercher il part en quête d’un lieu de repos, une chambre par exemple.

Un lit vide, habillé il se laisse aller, le sommeil ne tarde pas.

Un rêve ? Bien sûr, dormir sert à cela, oublier les censures du jour, à affronter les situations mises de côté, à puiser dans la réserve de souvenirs celui qui sera utile.

Une maison, celle de son père, l’entrée de marbre blanc, les colonnes par couple, le large escalier menant à l’étage, les lambris d’un bois si doux qu’ils semblent couverts de peau humaine. Les tableaux judicieusement choisis, tous d’un peintre connus et mort, surtout mort, dans un tel lieu cette particularité s’imposait. Le silence grouille de cris affleurant le réel sans l’atteindre, il tend les mains, veut en saisir un qui explose entre les doigts, écouter, compatir, apprendre, ils glissent autour de lui emportés par un vent irrésistible.

Une belle maison à évoquer, inquiétante à fréquenter, une de ces bâtisses habitée même, et surtout, quand elle est vide, au point de choisir qui, y résidant deviendra son complice, à l’image du chat élisant celui qui croira être son maître.

Diatek aime les félins, noirs, le meilleur ami de sa jeunesse en fut un.

La mémoire est une demeure accueillante, d'abord, elle incite à l’exploration, pièces vastes, claires, sans secrets, et le sous-sol, la lumière vient difficilement jusque-là, les recoins pullulent, les ombres glissent, l’esprit sent qu’elles ne lui sont pas étrangères.

Bientôt il sera temps de descendre. L’œil sera dans la tombe. Câlin ?

Papa ? Non, ou le vrai ? Yeux à facettes, peau écailleuse, bouche sans dents et bras se terminant par des pinces. Une image venant d’anciennes lectures utilisées pour voiler une réalité pire encore.

La maison l’attend, pas elle seulement !

Une ombre viendra, plus tard… Pas maintenant, non, pas…

- Hein ?

Diatek regarde autour de lui, le rêve vibre encore quand il reconnaît le visage amusé de son ami.

- Y’en a qui font la grasse matinée à ce que je vois.

- Tu parles de moi ?

- Un peu mon neveu, sais-tu l’heure qu’il est ?

- Je vais l’apprendre de ta bouche.

- Dix heures.

- Je viens de m’allonger.

- Du matin, comique.

- Ah j’aime mieux ça.

- Pas moi, tu as pris mon lit, la prochaine fois utilise le fauteuil du salon, il ne convient plus à une personne âgée.

- C’est vrai, tu as pris un coup de vieux, tu fais presque ton âge.

- Merci ! Dire que je suis allé chercher le pain pour les tartines.

- Tu es une mère pour moi.

- L’amer de la tranquillité !

- Je note. Fais les tartines en question, je vais me repoudrer, après quoi je me tape la cloche à ta santé.

- Tu n’as pas changé.

- Je suis toujours ce jeune homme étranger ?

- Oui, bis ! Je vais œuvrer, allez Lazare, lève-toi et mâche.

Le commissaire éclate de rire, le bon temps revenait.

Presque !

Lavage, rasage, clin d’œil dans un miroir amical avant de retrouver la cuisine pour remplir un estomac trouvant le repos bien long.

- Il y a la queue devant la boulangerie, et pas pour la boulangère.

- C’est gentil. J’ai vu ton sac dans l’entrée tu vas quelque part ?

- Avec toi. Tss tss, pas de bêtise, je m’ennuie comme un rat mort, plus d’aventure, de plaisir, tu n’es pas venu me voir pour me dire bonjour, ne fais pas l’hypocrite, l’informatique, bof, Internet et les sites pour adultes, c’est amusant un moment mais je me lasse vite.

Diatek ne répondit pas, l’amitié se passe de mot ou n’est pas.

Il engouffra une nouvelle tartine.

La dernière bouchée avalée le commissaire entama son récit.

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 05:53
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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