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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 05:55

 

                                                         01

Le temps est un sourire qui se retient, un désir qui, regardant le réel, se recule pour retrouver son monde et réintégrer l’univers où tout est possible. Un ciel gris comme une promesse sachant qu’elle ne sera pas tenue, un avertissement dont la signification est perdue depuis si longtemps que l’avenir n’est plus qu’un mot vide de sens, dénué du plus petit espoir.

Les occupants de chaque voiture se ressemblent, un modèle reproduit jusqu’à ce que le moule s’autodétruise, refusant de tenir dans le feu de la peur qui use et abuse de lui.

Imperméable, chapeau rabattu, la honte n’est, malgré tout, pas seulement un mot, ce miroir sur lequel se jette le voile pudique d’innombrables bonnes raisons, le reflet reste perceptible au travers du linceul le plus épais.

Peu d’autres véhicules, un macaron officiel est nécessaire ; quelques piétons, où se rendre dans un pays qui a fait de ce mot une raison d’état ? Des passants en quête d’un quelque chose mystérieux qu’eux même, souvent, ignorent : une occasion, une opportunité… Il est des époques où le futile devient capital, où le symbole se cache dans le plus petit objet s’il semble nécessaire pour faciliter la vie.

Derrière les fenêtres les regards se terrent, d’épais rideaux voilent une curiosité peureuse. Ainsi cette famille dont nous tairons le nom, pourquoi jeter sur elle une attention que tant méritent ?

Méritent ?

Petit sourire narquois, merci !

Le père et la mère, l’homme observe, les distractions sont rares en temps de guerre, et coûteuses, souvent, il y a bien le cinéma, le music-hall, de quoi s’amuser de temps en temps mais tous n’ont pas les moyens de se distraire tous les jours, rester debout derrière ses tentures permet de regarder défiler la vie, les autres, de se consoler en voyant plus malheureux que soi, et cela ne manque pas, et cela va manquer encore moins. Parfois des soldats passent dans la rue, le curieux se recule, par crainte que son regard ne soit perçu, alors qu’il est deviné. L'occupant, ne verrait-il que sourires, sait que si les pensées tuaient… Heureusement elles sont rares, la servilité est une qualité répandue, les exceptions sont pourchassées par une police et une milice alliées comme les sabots d’un âne, laissant la même trace dans la merde d’un chemin que le sang seul nettoiera.

Il a envie de parler quand la voiture freine, inutile, bobonne est là, leur rejeton n’est pas loin, il voudrait voir, découvrir les masques de cire servant de visages à ces êtres étranges, vomis par un cercueil de fer. Tout à l’heure, quand ils repartiront, pour l’instant mieux vaut ne pas se montrer. L’enfant se tait, muselle la curiosité qui lui ferait demander en quoi son regard est plus perceptible que celui de ses parents. Est-ce l’idée, fausse, qu’enfance rime avec innocence ? Il sait que non mais, par gentillesse, laisse ses parents dans l’ignorance de ce fait pourtant si simple. Il se fait raconter, son père murmure, un souffle, le dernier, qui dure si longtemps, si longtemps…

Le bruit des portières, hésitation, contrôle de la liste, noms, adresses, regard en hauteur jusqu’à l’étage qu’ils vont visiter, les personnages que nous suivons se reculent d’un même geste.

Quelques pas, la porte palière ouverte brusquement tape le mur, la mise en scène commence, le besoin de bruit, d’avertir, d’effrayer par une présence qui se rapproche pour jouir de la terreur inspirée par son ombre. Eux-mêmes sont inconscients des ténèbres qui les observe et les absorbe, elles dont l’appétit sans limite est en quête de proies nouvelles : les bourreaux !

Parler fort, faire durer le plaisir, s’amuser encore, plus haut l’angoisse gagne. Et pourtant : une voiture, des hommes qui en descendent, est-ce terrorisant en soi ?

À l'étage inférieur de la famille que nous venons de croiser vit un jeune couple, eux aussi ont entendu la voiture, vu les uniformes qui n’en étaient pas mais le sont devenus par l’usage et suivi les regards de ces hommes s'accrochant à leur fenêtre précisément. Dire que c'est un soulagement semblerait insupportable et pourtant... La peur du piège est angoissante, y être est source d'espoir, aussi étrange que cela puisse paraître. Déjà les regards ne les voient plus, les oreilles ne perçoivent pas leurs mots, pour leurs voisins ils sont des spectres que le temps va dissoudre. Le jeune homme et sa compagne se regardent puis s'enlacent comme ils le feraient avant de se jeter dans le vide.

Les pas se rapprochent, les lourdes semelles claquent le sol à chaque pas, deux étages, c’est peu mais si long parfois.

Ils se tiennent par la main, regardent cet appartement qu’ils habitent ensemble depuis peu, ils pensaient que leurs enfants naîtraient là. Ce sera pour plus tard, pour après, pour jamais, dans une autre vie et un ailleurs que le temps ne peut garantir.

Des meubles choisis amoureusement, chaque chose est à sa place, chaque sujet a sa signification, quelques mots, un secret, nul ne les percera jamais, ils disparaîtront… Mais non, il s’agit seulement de partir, loin, pour quelque temps, ensuite les choses iront mieux, la guerre sera terminée, les habitudes reprendront, cette fois c’est la dernière, la vraie paix universelle s’installera bientôt.

Pas encore, malheureusement. Un peu de patience un jour le désert sera la signature de la paix dans le silence de l’éternité. En attendant, quelques vies s’activent encore, petites choses cherchant à se justifier en attendant que le calme s’impose.

Les pas se rapprochent, leurs mains se serrent, à l’étage au-dessus, et dans l’immeuble, les oreilles sont tendues, qu’ils ne se trompent pas, ce serait difficile, c’est écrit en gros sur la porte.

Ceux-là savent que leurs proies sont au gîte, d’autres eurent moins de chance, quelques avertissements circulèrent, des complicités dans la population, moins rares qu’ils le pensent et qu’ils l’auraient fallu mais ces considérations pour eux sont sans signification, ils obéissent aux ordres dans l’intérêt du pays, qu’ils y prennent plaisir est un plus, pas une obligation.

Une chance ? Le zèle ne fait de mal à personne. Ils voudraient bien, quand la femme est jolie, jeune… Mais c’est interdit, il ne faut pas toucher à ça ! On le leur a bien dit, et souligné en gras d’un coup de museau frémissant projetant des gouttes de bave dans un concert de grognements se voulant mots, se voulant rires...

La main caresse le bois, derrière ils attendent. La main hésite, la bouche chantonne, grimace au judas. Le poing heurte le battant avec une vigueur inlassable et un entraînement qui en dit long.

Ne pas ouvrir prolongerait l'agonie, faire ceux qui ne comprennent ni les ordres, ni les injures, dont l’esprit glisse sur des mots qui sont autant de crachats souillant le visage de celui qui les émets.

Ils sont pressés, vite, vite !

Pas question d’attendre, promesse leur est faite d’un avenir tranquille mais ailleurs, ce n’est pas qu’ils gênent mais ils gênent ICI. Ce qu’ils feignent de croire, ils sentent le grouillement de pensées suintant des appartements, venant autour d’eux en un silence repu de satisfaction à la perspective de cet appartement, de ce qu’ils recèle, peut-être des trésors, sûrement, c’est logique non !

Non ?

Une main s’empare d’un objet vite enfoui dans une poche, ce n’est pas un vol, un paiement en nature pour un travail pénible. Levés tôt, couchés tard, et les interrogatoires, le regard réprobateur de quelques-uns, des pensées que l’on voudrait glissant sur soi… Des restes d’âmes hantent ces formes gorgées d’ombre, ils disparaitront dans l’acide de la haine et du mépris.

Une porte claque, un bruit de clef, des ordres, les pas décroissent, une pensée cherchant à s’accrocher, la faible lueur du jour dans une rue vide. S'il y avait quelqu’un, un regard, trop risqué ! La rue est déserte, quelques mouvements derrière les rideaux, des visages qui se reculent et se fondent dans le néant.

Les portières claquent, la voiture démarre et se perd sans entendre les soupirs de soulagement laissés derrière elle, comme les gaz d’un cadavre acceptant son sort et la dissolution, son ultime compagne.

Le petit garçon regarde, il voit disparaître l’arrière d’un véhicule noir, il aurait voulu les revoir, lui aimait bien ce jeune couple, il aurait bien voulu… Mais les parents disent non, dans leurs yeux la peur fait de gros trous par lesquels suppures d’inquiétants désirs, une flaque de pus absorbant les reflets et les âmes.

Le silence retombe, plus de pas, de cris, quelques échos, sensations étranges emplissant des esprits qui ne s’y attendaient pas. Remords ? Quel mot curieux ! Il a un sens, il explique cette gêne emplissant le ventre, nouant la gorge ? Pourquoi cette impression de n’être plus tout à fait comme avant, ces idées d’avoir osé, l’envie ne manquait pas, la peur fut la plus forte, l’ordre est une bonne chose, il organise refroidit et paralyse, cela fait si mal de penser, d’écouter les battements d’un cœur cherchant un rythme perdu à jamais.

Le temps et la chance sont passés. Le mur du quotidien restera gris, la route déserte et la vie aura un goût de cendres que le reniement adoucira. L’oubli, l’assaut de la volonté pour rejeter la responsabilité sur autrui, sur le chef, celui qui sait, le père.

A une lettre près !

                                        * * *

Les enfants s'observent alors qu’un camion s’arrête devant leur école, des hommes en descendent qui les regarde au travers de la grille, bizarrement il semble que ce soient ces derniers qui se trouvent du mauvais côté.

Ils se regroupent, les murmures circulent, pas de surprise, c’était logique, le directeur s’interpose, il demande aux arrivants ce qu’ils désirent, répond négativement, il n’est pas concerné, son école pas davantage, ils se sont sûrement trompés, cela arrive, il ne leur en veut pas mais ils doivent repartir, ils troublent la transmission du savoir. Une petite voix moqueuse lui fait remarquer qu’en matière de trouble il s’agit de les faire cesser en arrachant à cet établissement les éléments indésirables qui en perturbent le bon fonctionnement, le savoir ne saurait être galvaudé, transmis à n’importe qui. Pourquoi perdre son temps alors que certains élèves ne peuvent pas comprendre ce qu’on leur dit, propagandistes d’une culture étrangère et haineuse, il est bon qu’ils soient rassemblés ailleurs et laissent libre de travailler ceux qui le méritent.

Le directeur refuse mais son âge et sa faible constitution ne peuvent rien contre des hommes jeunes, décidés et armés, force donc reste au pas de loi.

Les enfants sont appelés par leur nom puis séparés. D’un côté ceux qui resteront, ils sont l’avenir du pays, de l’autre ceux qui vont rejoindre leurs semblables dans un ailleurs dont ils ne reviendront jamais. Une gifle fait taire les gamins qui interviennent, il ne saurait être question d’entraver une tâche capitale pour le destin du pays

Des regards s’affrontent, les enfants voudraient comprendre, leurs copains ne sont pas différents, ce sont ces gens qui le sont, regards bizarres, fuyants, yeux chafouins et sourires qui voudraient s’afficher mais n’osent pas, difficile de montrer sa satisfaction alors quand des mômes supplient, s’accrochent, des petites filles aux regards clairs ou sombres, cheveux dorés ou de jais qui dansent dans le vent.

Aucune résistance possible, les coups pleuvent efficacement, les spécialistes savent comment s’y prendre pour que tout se passe rapidement, c’est que la technique compte, les ordres sont précis, il importe que les enfants rejoignent vite le centre de regroupement, c’est une œuvre humanitaire. Séparer les familles ne serait pas bien, ni beau les apparences comptent tellement.

N’est-ce pas ?

Les enfants sont entassés dans le camion, peu importe ceux qui tentent de s’enfuir, ils ne peuvent rien, leur destin est scellé, marqué à l’encre rouge sur un livre étrange disposé quelque part sous les yeux d’une force mystérieuse et ricanante.

Obéir sans perdre de temps, le mot d’ordre est simple : efficacité.

Le camion roule, les gamins essaient de parler en s’accrochant à ce qu’ils peuvent tant les routes sont mauvaises, ils échangent leurs angoisses, tentent d’ébaucher un avenir plus tranquille, ce sera dur mais une fois tous ensemble il ne sera plus question de leur faire du mal, si certains ne veulent plus d’eux tant pis, ils ne peuvent que subir des ordres donnés par des individus qui ne les comprendront jamais, dommage, l’idéal est d'entrevoir le salut et de le refuser.

Le goût de la damnation seul permet d’affronter les ténèbres.

- Où on va ?

- Et nos parents ?

- Ils ont dit qu’on allait les rejoindre, bientôt on sera tous ensemble.

- Et après ?

Faut-il poser la question si la réponse est possible ?

Parfois un passant se signe à leur passage, un réflexe, l’instinct commandant un geste de compassion, de ressemblance.

D’autres camions, des soldats, des adultes qui attendent en se tordant les mains, en se soutenant, se disant que tout va s'arranger, bientôt ! Il faut abandonner ce à quoi l’on ne peut se raccrocher, le destin est cruel, autant affronter l’épreuve pour mériter un avenir digne de ce nom. Ne pas fléchir devant les regards goguenards ou honteux, toujours railleurs, ne pas céder, même si c’est difficile, et ça l’est, toujours. Que sont devenus les enfants absents, ceux qui ont pu les laisser en sécurité, les reverront-ils un jour ? Le voyage semble sans retour, l’ennemi triomphe, la force brute domine l’intelligence, rien ne l’entravera plus, pour mille ans sa marque se pose sur le monde et nul ne verra la fin de son règne.

                                                               L'Âme de l'Enfer - 02

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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 05:51
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 09:00

à Willee Ronys, pardon, Willy Ronis grand témoin du siècle dernier,
prouvant une fois de plus que la photographie est une source de longévité.


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Publié par Lee Rony - dans J'ai vu
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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 06:00




























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Publié par Lee Rony - dans J'ai entendu
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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 07:24


Mes amis... mes amis ! Je sais que vous m'entendez, que vous êtes tous là, je ne suis parmi vous que par la voix, vous étiez... pardon, vous êtes, pour encore un certain temps, mes amis. Vous me fréquentiez par intérêt ? Rassurez-vous, moi aussi, vous voyez, la richesse n'étouffe pas toujours la lucidité, en moi cette dernière fut excellente conseillère en préconisant de non seulement vous employer mais aussi de vous regarder comme un entomologiste observe des insectes qui ne se rendent compte de rien.

Y en eut-il un qui s'en rendit compte ?

Je devine vos regards, vous craignez de répondre par crainte de vous démarquez de vos semblables, en surface vous êtes quasi identiques, et en profondeur, aussi, je vous rassure ! Tous similaire dans la vulgarité, si communs que vous vous en rendez compte. J'ai reçu vos confidences, les uns à propos des autres, cela me serait si facile de semer la zizanie entre vous... Cela serait indigne de moi ! Après tout vous me fûtes utiles, me divertissant, sans le vouloir le plus souvent, car vous êtes bêtes, mais les rois acceptent les courtisans, cela fait plaisir d'être encensé, quand bien même saurait-on que ces compliments tombent de bouches à l'air d'anus tant ce qu'elles disent à l'air, et l'odeur pour certain(e)s, d'être de la... Vous me comprenez. Utiliser un vocabulaire plus précis vous gênerait et je ne veux de cela pour rien au monde, pour le moment.


Je vous ai réunis pour vous parler, une dernière fois, avec un regret, étant mort, et oui cela arrive même aux pires, c'est de ne pouvoir lire vos réactions sur vos visages bouffis par la graisse ou vos yeux embrumés par l'alcool. Je passe sous silence les conséquences de vos liftings, mesdames, mieux vaut ressembler à une poupée qu'à une morille ! Finalement je préfère mourir de mon vivant que devoir un jour découvrir que j'ai oublié ma vie et ne sais plus où. Oubliez vos masques pour quelques minutes vous les retrouverez vite. Pas de récriminations, je vous ai dit que je vous connaissais bien, ne me contraignez pas à vous le prouver ce serait facile mais déplaisant, vous savez à quoi vous en tenir sur le comportement de votre épouse monsieur, de votre mari madame, vos couples sont de ceux qui durent car l'intérêt est leur fondation, s'il est question d'amour c'est celui de l'argent.


Défunt je peux me laisser aller à quelques méchancetés sans grandes importances, vous en avez entendu, et supportés en souriant, bien d'autres de ma part.

Vous pardonnerez mes paroles, je suis mort, j'agonise au moment d'enregistrer ce message, mais la perspective de mourir avant vous me chagrine, je m'étais habitué à vous voir, à vous entendre, à vous subir. Même ceux qui me sont inutiles depuis longtemps étaient mes invités régulièrement, on ne se sépare pas d'un chien qui vous amusa parce qu'il devient vieux et fait sous lui.

Vous connaissez mon caractère mutin, cette arrogance de nouveau riche que vous dénonciez, derrière mon dos, alors que vous, pour la plupart, avez hérité vos entreprises, cela explique que j'ai pu en racheter la majorité, aucun de vous n'ayant les aptitudes pour les diriger, être un héritier rend plus facile... de tout perdre.

Mourir est inévitable n'est-ce pas, j'ai appris à savourer ce moment unique qui me conduit vers... Je l'ignore mais j'avance sans crainte ni espoir avec seulement cette curiosité qui fut, je crois, ma force principale. Vous vivrez cela aussi, je ne souhaite pas que ce soit rapidement, cela me ferait une belle jambe, profitez de la vie, de votre argent, regardez vos enfants qui déjà, eux, sont obligés de mériter les choses, et y arrivent, comme quoi, quand l'obligation est là les qualités reviennent, vous n'avez pas eu ces contraintes, tout vous était mâché, préchié pourrait-on dire, ce qui explique quel unique commentaire nous pouvons faire de vos vies et je sais que dans le fond vous serez d'accord avec moi. N'en voulez pas à vos parents, s'ils vous firent du mal c'était involontaire mais la vie est ironique qui fait que celui que l'on veut aider à marcher finit par ne plus savoir que ramper une fois livré à lui-même.

 

Le temps qui m'était imparti s'achève, j'espère que ce repas vous plût, mes dîners étaient courus, vous y fûtes pique-assiettes assez souvent. Cette fois je tenais à vous faire un dernier cadeaux. Ne cherchez pas. Il ne s'agit pas de ces apéritifs et digestifs forts dont vous raffolez, l'organique est votre plus sûre source de plaisir.

La viande était succulente n'est-ce pas, tendre et délicate, vous en avez raffolé, tous repris, j'espère, et cela me fait plaisir.

 

Parfois je vous eu sur les bras, cette fois c'est vous qui allez m'avoir, sur l'estomac...


Vous avez mangé car ceci était ma...

Amusant non ?

Oserais-je vous avouer quel liquide rouge fut incorporé aux vins ?


Il en reste ? Vous voulez en emporter, pour vos petits animaux ? Ainsi vous ne m'oublierez pas, surtout les dames, certaines me connaissaient bien...


A vous tous, comme aux vers qui nettoieront mes os, je souhaite un bon appétit mes amis, un bon appétit...



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Publié par Lee Rony - dans Nouvelles
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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 06:19
La Porte de l'Enfer - 10 
 

                                                  11

Un stylo et de la patience pour collecter des renseignements, avec de la chance cela suffit pour mener une enquête. Travail interrompu par de nécessaires récréations, respirations avant de replonger.

Cette recherche est une façon de dissiper l’énervement généré par les circonstances, paraître distant fait partie du métier, l’être réellement serait un signe d’indifférence qui nuirait à l’efficacité, le jeu consiste à rester entre les deux, à ressentir sans céder à ses pulsions.

Un art difficile, surtout quand l'enquêteur sent se rapprocher de lui-même.

La liste ne leur donnera pas grand chose, des os à ronger, des entreprises à vérifier, Diatek sait ce travail ennuyeux et inutile, il lui donne le temps nécessaire pour se stabiliser, pour rassembler ses forces, depuis quelques jours il a eu fort à faire.

Wool pense que se lever est la première erreur de la journée, il serait si bien à paresser, sa femme à ses côtés, une télévision, de quoi boire et manger. Que demander de plus, à part un remède contre l’ennui.

Morton suit son ami comme il le fait depuis des années, l'entracte leur fit le plus grand bien, la peur gagner parallèlement à l’excitation face à ce qui vient. Une prochaine aube verra le duel s'annoncer.

                                        * * *

La villa est jolie, entourée d’une surface gazonnée, les jeux d’enfants prouvent que le jeune couple céda à ses pulsions reproductrices. Un crédit sur dix ans, pourquoi se priver, monsieur gagne bien sa vie, seul problème il voyager mais c’est temporaire, il saisira l’occasion pour s’installer avec sa petite famille, il suffit d’être patient.

Éternellement.

Puisqu'il est en repos il s'occupe de la maison il y a toujours de quoi s’occuper les mains et l’esprit, pourtant il sait utiliser les unes et l’autre pour des plaisirs plus raffinés que le bricolage.

Les enfants à l’école, madame fait des courses ; la femme dehors, l’homme à la maison, un couple moderne.

Il chantonne en rabotant une planche, si seulement sa belle-mère lui fournissait l’occasion de fabriquer un cercueil… ça ne serait pas raisonnable, inutile d’attirer l’attention, on ne sait jamais ce que les flics peuvent découvrir, dans le tas il pourrait y en avoir un bon.

La porte qui claque derrière lui le fait sursauter, le vent qui… Non, il y a quelqu’un dans l’appentis, un homme qui le regarde en souriant, un visage qui lui dit quelque chose, un regard surtout. Pas question de finasser, son instinct hurle qu’il a intérêt à réagir et vite. Un marteau, il le lève en se précipitant, son coup ne rencontre que le mur de bois qui manifeste sa réprobation devant un tel traitement.

Le poing qu’il reçoit en plein cœur est, lui, bien appliqué, il ne peut se débattre, hurler même lui est impossible, sa tête est glissée de force dans l’étau judicieusement placé. On dirait que c’est fait exprès.

L’inconscient coupable peut-être.

Au dernier moment il sourit en pensant à sa belle-mère, s’il avait su…

                                        * * *

Le paysage est si beau quand le sceau de l’homme en est absent, la vie semble alors n’avoir été qu’un cauchemar. Le réveil menace et avec lui l’évidence d’un néant digne de ce nom.

Les images coulent autour de Diatek alors qu’il conduit, l’émotion est à fleur d’yeux alors qu’il se dirige vers l’Enfer. Il aurait pu se dispenser de Wool, quelque chose pourtant lui avait paru nécessaire, un moment de répit, le temps que la pression diminue, qu’il digère ce qu’il avait fait. Tuer lui était arrivé, jamais ainsi, avec l’impression de suivre un chemin tracé par une volonté extérieure… Ou intérieure ?

Pourquoi tout cela alors qu’une balle lui apporterait la paix ?

S’il en était sûr ! Son chemin n’est pas terminé mais il ne le distingue plus, il craint au dernier moment de trouver les ressources qui le feront triompher, de ressentir à nouveau cet amour diabolique qui déjà sut le guider alors qu’il se voulait dans la nuit.

L’émotion est brutale mais ne transparaît pas sur son visage signe de sa violence. Les regrets se dissolvent, s’agenouiller, refuser. Terreur et Passion se mêlent en une forme belle et hideuse.

Si seulement… Mais la peur s’éloigne, la confiance est sombre, il n’est pas seul. Elle est avec lui.

                                        * * *

Le bonhomme sifflote en sortant son chien, une laisse à enrouleur, un chien a un bout et un con à l’autre. L’idéal est de se promener avec des ciseaux pour trancher le fil, ou mieux, le cou du con en question.

Justement…

Un médiocre aura une fin digne de lui, un hasard, qui voudrait tuer un type comme ça, antipathique mais qui ne faisait rien de mal ?

Quelqu’un connaissant le plaisir qu'il prenait certaines nuits.

Un coup de poignard, les ciseaux c’est pas pratique, une caresse au toutou qui remue la queue en regardant son maître agoniser dans le caniveau, sa vraie place.

                                        * * *

Une fenêtre qui explose cela attire l’attention, pas dans tous les quartiers, suffit de monter le son de la télé ou de tendre l’oreille, pas question de se déplacer, un mauvais coup est vite arrivé, et une injonction à témoigner donc !

Ainsi le corps qui se balance passera-t-il la nuit dehors, il est vrai qu’ayant la nuque brisée il ne souffrira pas de sa position, l’autre extrémité de la corde attachée au radiateur se défait peu à peu, le cadavre s'écrasera bientôt au milieu de la rue.

Surprise pour un conducteur !

                                        * * *

Ils chantent doucement. Bientôt ils ne feront qu’un, vient celui qu’ils attendent, la réalité a perdu son nom, images et sons se mêlent, bougies soufflées la lumière pourpre est celle de l'Enfer lui-même. Leur temple est immense, les hurlements autour d’eux sont leur nourriture depuis des jours, ils seront prêts, purs, le moment venu.

Bientôt !

Ni peur ni appréhension, quiétude d’un rôle connu et répété depuis toujours. Chacun sait avoir été choisi, mieux, voulu, depuis sa naissance, leur réunion n'est pas aléatoire mais action d’une volonté en laquelle ils se retrouvent aux portes de l’infini.

Même le pire n’a pas le choix.

                                        * * *

- Ça va ?

- Diatek opine, son ami lui semble si loin, flou, impossible.

- Je suis sans mots, une force étrange passe en moi, elle m’attendait depuis longtemps, elle s’amuse, je le sens, je le sais. Elle m’a créé, je suis là pour l’aider et pourtant il me faudra lui dire non. Les chances d’en sortir seront limitées, je me les accorde pour me rassurer.

- La réalité sait être belle, tu le sais, souviens-toi.

- Le moment venu… Pour l’instant dire est fatiguant, j’attends le conflit, la rencontre ensuite… Ce mot paraît fantastique, comme avenir, plus de sens mon vieux Morton, plus qu’un goût amer dans la bouche. Je suis glacé et le temps n’y est pour rien. Le dernier m’attend, il en sait plus que mon père, beaucoup plus. Il fut son âme damnée, tout cela pour cet instant. Des milliers de vies détruites, de familles brisées, plus encore après l’autre nuit. Tout est en place, je ne serais pas étonné si les planètes s’organisaient en un plan inconnu depuis des millénaires. Tu vois je suis encore capable de délirer, c’est bon signe. Non, ne dis rien, c’est mieux, je rassemble mes forces. Le portail est ouvert, j'y vais à pied, ensuite... Je te laisse une grosse responsabilité et ma collec de disques si quelque chose m'arrivait.

Silence ! Diatek ferme les yeux, un sourire…

Il descend du véhicule, calmement, le portail est ouvert, les chiens le regardent passer en s’aplatissant au sol, surtout ne pas déplaire.

L’instinct en sait plus que la conscience, si elle osait l’écouter elle se comprendrait ! C’est bien ce qui l'effraie !

Trois marches, une porte qu’il pousse, un hall dallé noir et blanc, est-il pion ou roi ? Il traverse la pièce, le chemin est tracé.

L’escalier s’enfonce dans le sol. Combien de marches ? Cent mille ? Une profondeur improbable, il avance, la Gueule d’ombre s'ouvre, après tant d’années, de calculs et de manipulations.

Il se déshabille, ils l’attendent, prêts.

Nu il descend parmi eux.

La peur s'est écartée, seul compte l'homme devant lui et la dague d’argent qu’il tient, du moins cela y ressemble-t-il.

Quand elle viole son cœur il bascule et le puits s'emplie de flammes.

Son être n'est plus qu'une infime parcelle d'une envie qui le consume.



Amour et Mort sont les visages de Janus.



Le puits est aux dimensions de l’univers, il s’y enfonce rapidement.



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9 septembre 2009 3 09 /09 /septembre /2009 05:36


 

Je vivais, m'amusais, et le soir en prière,

Marmonnais quelques mots en baissant les paupières.

L'espoir avait un sens, l'avenir sans frontière,

S'ouvrait en souriant, mon reflet était fier.

 

Tous gorgés d'ambition, des palais aux chaumières,

La hiérarchie semblait un chemin sans barrière.

Rêver était un jeu, nul besoin de manière.

Désormais c'est fini, demain est en fourrière.

 

La camarde en riant se ferait infirmière,

Penchée sur nos berceaux, jetant sa muselière,

Remplissant à l'envi sa froide gibecière,

Dans ses orbites flamboie son âme carnassière.

 

Le réel est glaçant, j'ai peur de la lumière,

D'encore pouvoir penser ; que ne suis-je resté pierre,

Sans désir ni vouloir. L'envie, triste sorcière,

Rit de notre destin : redevenir poussière !


Musée de Cluny (Paris)

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Publié par Lee Rony - dans Poésie
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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 06:02

 

 

Notre langue est loin d’être à varier  
              
Bien qu’étant assis bien droit devant mon clavier, je me penche sur la complexité, la variété des sens que l’on peut attribuer à bon nombre de mots, ce qui me permet de jouer un tantinet avec eux !

 

Le verbe couvrir, son contraire et ses substantifs :

 

J’espère néanmoins (songez aux étrangers qui peuvent entendre : « nez en moins » !) ne pas me couvrir de ridicule… mais plutôt de lauriers !

 

Quiconque est couvert de dettes se voit bientôt à découvert à sa banque ! Que de contradictions dans nos expressions !

 

Aimés, nous pouvons être couverts de baisers. On ne dira jamais d’une chienne (je parle du canidé !) qui s’est fait couvrir : « elle s’est fait baiser » !!! On réserve en revanche cette expression à qui s’est « fait avoir »…

Mais alors, que penser d’un policier à la poursuite d’un bandit, lorsqu’il presse ses coéquipiers, armés, de le… couvrir ! Si de surcroît il est chef, appellera-t-on l’opération un couvre-chef ? Nez en plus, le malheureux risque d’être couvert de blessures.

On peut paradoxalement servir de couverture à un malfaiteur !

La guillotine a disparu après l’abolition de la peine de mort. Dieu merci, tant de non « coupables » étaient passés par là !

A ce propos, je viens de consulter mon Larousse : je voulais vérifier le sens du mot « coupable ». Il s’agit bien d’une personne qui n’est pas innocente. En revanche, jetant un œil sur son synonyme « sécable », je lis la définition :

- Que l’on peut couper.

Le terme ancestral de « non coupable » viendrait alors du fait qu’on n’avait pas à trancher la gorge ??? 

 

Le ciel est souvent « couvert »…

On ne dit jamais : « habille-toi, il fait froid », mais « couvre-toi bien ».

Si l’on revient à la saillie dont on parlait plus haut, il faut vraiment faire figure de contorsionniste !

 

Au temps où l’on donnait des leçons de courtoisie, les hommes portaient encore des chapeaux :

- Découvrez-vous lorsque vous rencontrez et saluez une dame ! (si ce discours s’adressait à certains exhibitionnistes, il valait mieux qu’ils eussent un imperméable ou… un « bonnet à poils !)
 

Quand on pense qu’un certain Christophe a découvert l’Amérique ! Encore des expressions à faire pâlir les étrangers !...

 

Un autre exemple : une femme peut être couverte de bijoux. Si l’on songe un instant que ce sont des bijoux de famille… quelle sera sa réputation !

Il en est de même pour l’expression offrir le gîte et le couvert. Pour qui passerons-nous si la proposition s’adresse à un non français !

Si l’on dit :

- Cette femme est couverte de boutons : tient-elle une mercerie ?

De même pour un prêtre en soutane !

 

Et si vous dites qu’en rentrant chez vous, vous avez découvert une femme dans votre lit, on pourra penser à mal ! Ce qui me fait songer à la blague :

- Connaissez-vous le comble du dentiste ? non ? :

- C’est rentrer chez lui et découvrir sa femme au lit avec un mâl(e) dedans !!!

 

On pense aussitôt à l’expression «  découvrir le pot aux roses »… Je vois assez mal un pot empli de roses et couvert de surcroît ! Comment donc le découvrir ???

 

Notre langue regorge de mots à double, triple, quadruple sens. Ne parlons pas des méprises dues à des consonances, comme je le mentionnais dans mon topo sur « Damocles » :

« il a tempêté sur la Bretagne »…

 

A Amiens, on ne dit pas « en quelque sorte », mais en Somme !!! En Corse, dire « en somme » ne nécessite pas d’explication…

 

Trêve de plaisanteries, je préfère être couvert de fleurs de mon vivant, plutôt que le jour où l’on m’apposera un couvercle. Doit-on pour autant appeler cela un « couvre-feu » ???

 

                                              Jacques APPAR 

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Publié par Jacques APPAR - dans Sans Blog Fixe
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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 06:21
La Porte de l'Enfer - 09

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- Un ange passe.

- Il s’enfuit, c’est par erreur qu’il s’est retrouvé parmi nous.

- L'air semble attendre, mais quoi ?

- Le sablier laisse filer un grain après l’autre, inutile de s'angoisser.

- J’étais tranquille, des tueurs en séries, des politiciens corrompus, la routine, voilà que tu arrives avec des questions, des ombres, sans toi je ne serais pas en train de serrer les fesses. Cette vague de froid aurait une explication simple et je dormirais paisiblement.

- Avec l’espoir de ne jamais te réveiller ! Je comprends ce que tu veux dire. Crois-tu que j’ai choisi ? Arrive dans la vie le moment de prendre ses responsabilités, de savoir ce que l’on veut et de mettre en œuvre ce qu’il faut pour le réaliser. Courir me fatigue, je ne peux plus le faire, je n’ai pas à vouloir comprendre, seulement à accepter.

- Je sais, ça me fait du bien de récriminer, de te faire porter le chapeau. Tu as une assez grosse tête pour cela.

- C’est gentil de me le dire, il te tomberait sur les oreilles.

- Qu’est-ce qu’elles sont mes oreilles ?

- Elles sont ravissantes, on en mangerait.

- N’essaie pas, elles sont piégées.

- Je vois, tu parles des trucs bizarres qui dépassent ?

- Voilà.

- On dirait de grosses araignées velues, je vais rester à distance.

- Parfait. Pour une fois j’ai envie que cette enquête rejoigne les dossiers recouverts de poussière.

- Ce n’est pas un bon exemple pour un policier.

- Tant pis si je n’en suis pas un. Je suis moi, c’est tout.

- C’est beaucoup, tiens, j’imagine le repas de nos amis avec toi.

- Gentil, qu’ils essaient, ils tomberaient sur un os, et même plusieurs.

- Mais sur beaucoup de chair auparavant.

- C’est habituel ici, le muscle, le gras, je cumule les qualités.

- Physique, tu dissimules les autres.

- Que suis-je en comparaison de toi ?

- Par charité je ne répondrai pas, je suis exceptionnel.

- Le pire est que c’est possible.

- Ça m’a pris tout petit, ce n’est pas si vieux mais le temps m’a paru long. La police apporte de quoi s’occuper. Le métier est mal vu, tant pis, mieux vaux être du côté du manche. Les gens qui nous détestent nous savent nécessaires. Si nous sentons la merde c’est qu’ils ne peuvent s’empêcher de chier, voilà tout.

- Formule rustique mais ayant le mérite de la clarté.

- N’est-ce pas !

- Tu me fais osciller, par moments j’ai envie que tout cesse, je mets la tête dans le sable, ensuite j’ai envie de comprendre, ce qui me fait peur et revenir à la proposition précédente, difficile.

- C’est le balancier du temps, qu’il se fige et la vie s'estomperait. L’agitation du monde vient de cette peur qu’il s'arrête. N'est-ce pas déjà fait, ne vivons-nous pas dans un monde artificiel. Une civilisation n’a pas vocation à durer toujours, ce qui naquit mourra, simple.

- Mais pénible. Si le balancier est bloqué ?

- Alors là… fiction que tout cela, fiction et imagination.

Wool opina, Morton en fit autant, ils étaient d’accord, unis par la peur.

Intérieurement Diatek pensait autrement, il cherchait un bourreau pour, à genoux, supplier d’être délivré, comme les autres.

Mais non, cela ne marche pas ainsi, la réalité n’était pas ce… Mais si ! Elle l’était, seule sa peur lui soufflait de la refuser, le désir de gagner un peu de temps, rien qu’un peu, un peu plus.

Les illusions meurent parfois quand l’esprit se retire d’elles de trop les croire, il s’en détourne, leur fait confiance, qu’il y revienne et il se découvre seul et perdu. Premier pas vers la lucidité.

- As-tu réfléchi à notre affaire ?

- Oui.

- Tu le dis comme s’il s’agissait d’un détail.

- L’habitude de garder une distance avec les faits. Qu’avons-nous, une voiture, un conducteur et un cadavre dans le coffre, ensuite…

- Oui ? Un éclair de génie ?

- Qui sait.

- Accouche !

- Est-ce un hasard ?

- Que veux-tu dire, tu veux la lampe dans les yeux ?

- Curieux qu’une organisation capable de conduire quelqu’un à s’offrir vivant ne puisse faire disparaître un cadavre.

- Le conducteur s’est affolé.

- Justement, c’est anormal, si j’ose dire. Comme s’il n’avait rien à voir avec ceux que nous recherchons, un pauvre type sachant ce qu’il trimbale sans connaître de détail, choisi pour la médiocrité dont il fait preuve, un lâche ayant besoin d’argent, il ne pouvait que faire une bêtise, après tout il aurait pu se rendre compte de quelque chose, voir le corps, se faire une idée de ce qui lui était arrivé, le tout calculé d’avance, ainsi son comportement ne pouvait qu’attirer l’attention. L’important étant que le cadavre dans le coffre soit découvert.

- Besoin de publicité ?

- Restreinte je pense.

- Pour une seule personne ?

- Disons principalement pour elle.

- Toi ?

- Moi !

- Vanité ?

- J’espère.

- Moi aussi, vraiment. C’est un piège ?

- Ils savent que je vais m’y jeter. A moi d’avoir la réaction adéquate pour les surprendre et passer au travers des mailles du filet, sans savoir où il est, ce qu’il est, et si la sortie offerte n’est pas le véritable piège. Vous devrez m’aider le moment venu.

- J’imagine un type qui se jette sur moi, dents en avant, le choc.

- Laisse venir, ce sera mieux. Donc le corps, il avait une destination logique, un endroit où cela est aisé de faire disparaître un cadavre. Une casse automobile par exemple, comprimer un corps dans une voiture, un four très puissant, n’importe quoi rendant ce service.

- Dans la direction que prenait la voiture ?

- Oui.

- Une liste facile à dresser.

- Un annuaire papier fera l’affaire.

L'américain alla en chercher un, c’était dans ses compétences.

                                        * * *

L’immeuble est ancien mais en bon état par la grâce de ses habitants. Jadis ce n’était pas comme de nos jours, tout le monde le sait.

Une large entrée donnant sur un vaste hall de marbre, des miroirs en vis à vis, des fleurs rarement volées, un tapis encastré par terre pour que les pieds s’y décrottent, une odeur d’ancien, le progrès met tout en bombe. Une odeur désuète par exemple, composition inconnu, pourvu que ça fasse penser que.

Le vieil ascenseur ressemble à une cage, pas engageant, une commission de sécurité à peine compétente exigerait son remplacement immédiat. Heureusement il y a parmi les propriétaires de l’immeuble quelques personnes bien placées, sachant préserver les objets auxquelles elles tiennent.

De vastes appartements, hauts de plafonds, difficiles à chauffer, le standing se paie cher, signe qu’il les vaut, insinuent les vendeurs.

Un tapis carmin suit l’escalier, des barres dorées lui interdisent toute liberté, il est là depuis toujours et ne supporterait pas un voyage.

L’homme monte calmement, on dirait un homme d’affaire venant rendre visite à un riche commanditaire refusant de se déplacer, tout est dans le nombre de zéros, d’ici à ce qu’un jour le besoin d’un chiffre devant ne se fasse plus sentir…

Ses yeux clairs observent calmement ce qui se passe, rien ne lui échappe, le risque est grand, le jeu est plaisant pour cela.

Le troisième étage, au travers des portes aucun son ne passe, l’insonorisation est parfaite, le montant des loyers l’impose.

Une porte de chêne, le sourire s’agrandit, un doigt appuie sur la sonnette, l’attente n’est pas longue.

Un cliquetis, une voix qui murmure une question, se satisfait de la réponse puisque l'huis s’ouvre, un peu.

L’homme âgé qui apparaît est d’un modèle courant dans sa tenue d’intérieur, un visage curieux, de grands yeux, une bouche sans lèvres qui n’a pas souri depuis la guerre de cent ans.

Le regard s’agrandit, déjà le vieillard se recule mais le coup violent l’atteint en plein front, une exclamation qui disparaît dans le couloir, le battant est refermé, le vieil homme saisi par le collet pour être porté plus loin dans l’appartement, dans un grand fauteuil de salon.

Un véritable musée, épais tapis, meubles massifs, vitrines regorgeant d’objets anciens qui rendraient fou n’importe quel amateur d’art précolombien. La richesse permet tout, sinon à quoi servirait-elle. Hein ?

L’arrivant ne perd pas son temps à contempler les merveilles offertes, il ouvre la bouche de sa victime, glisse une pince entre les lèvres, croche une fausse dent et l’arrache d’un coup sec. Le poison qu'elle contenait est désormais une sortie inaccessible.

Cela va mieux, la situation se détend, le faux expert financier, mais qui a dit qu’il l’était ? regarde autour de lui. Le plafond à disparu afin que les merveilles s’exposent sur deux niveaux, plus haut le toit a été remplacé par une verrière, pour contempler des merveilles rien ne vaut la lumière du jour. Il voudrait prendre son temps, s’intéresser à tout, quel dommage qu’il soit venu pour autre chose.

Tuer un vieux collectionneur, pour ne pas dire un vieillard maniaque.

Jeu de mots !

Le vieux ne l’est pas tant, il sait le simuler, accentuer les traits le faisant paraître plus âgé, plus fragile, les excès qu’il commit sont également responsables de ce visage ridé, de cette attitude courbée et sournoise, seul le regard parfois se révèle.

- Vous êtes son fils n’est-ce pas ? Le doute n’est pas permis, vous ne seriez pas là autrement, l’enfant veut effacer les crimes du père. Peu importe que vous restiez muet, je vous devine, je vous connais. Il parlait de vous parfois, j’ai dû être un de ses rares confidents, votre visite ne me surprend pas. Je suppose que vous vous êtes occupé de lui ? Il pensait que cela finirait ainsi, les rôles étaient écrits, le contrat signé de cette encre qui interdit le refus. Il ne m’étonnerait pas que vous ayez tué beaucoup des nôtres. Pourquoi pas, qui tue le fait pour exorciser sa peur de la mort. En ce qui me concerne je ne la crains pas, je ne regrette rien, ma vie fut longue, riche, malsaine et plaisante. Je peux être cynique, ma position permet tout. La ressemblance est immense, votre père pensait que vous pourriez être pire que lui, c’était un compliment. Je pense que vous êtes seulement plus, avec la capacité de réfléchir, de prendre du recul pour saisir la situation. Il ne l’avait pas, sinon dans l’action, pas quand le temps se présentait de comprendre. Il n’y aurait pas résisté. C’est un signe de sagesse que de se contenter de ce que l’on peut posséder, inutile d’aller au-delà de ses moyens, n’est-ce pas ? Belle collection n’est-ce pas ? J’en suis fier, sans moi nombre de ces merveilles auraient été perdues, elles finiront dans un musée, l’état ne les rendra pas, je le connais, et vous aussi. Vous n’êtes pas du genre à torturer, la rage qui a pu vous habiter s’est éteinte, elle a fait place au devoir que vous devez accomplir, mais le savez-vous, le comprenez-vous ? Nous sommes des pions entre les mains… Je ne sais lesquelles, dieu ou diable je m’en fiche, le moment venu je ferai face à la situation, pourquoi me ferais-je du souci alors que le temps n’est pas venu ? En tant que français vous comprenez cela. Pour vous aider… Mais je suis bête, vous connaissez mes goûts, savez tout de moi. Parfait, vous savez que mon plaisir était de frapper les enfants, de les détruire, par morceau, un os, un autre, une plaie, une autre… Je ne vous effraie ni ne vous écœure ? C’est bon signe. Pas de question, j’aurais pu vous en apprendre. Vous êtes fier, c’est souvent un défaut, pas chez vous. Si vous voulez me frapper, je peux vous indiquer où trouver mon arme. Non ? Combien encore à éliminer ? Pour chacun une mort différente. Je ne m’intéresse pas à l’actualité, je connais celui qui sera le dernier, logique. Vous avez une corde, je fais le commentaire puisque vous ne dites rien. Je déteste les films muets, auriez-vous l’idée de me pendre ? Une dernière érection serait inespéré pour ne pas dire miraculeux. Un poignard ? Je suis gâté, je ne vous vois pas venir, ça promet, vous…

Un cri, si léger qu’une souris n’en eût pas été inquiète, un craquement, écho, briser une colonne vertébrale est difficile quand on ne veut pas tuer. Le poignard sert pour la langue et les yeux, une tige d’acier, on dirait un James Bond, pour percer les tympans, la mort viendra doucement. Qu’il en profite, face à lui même, ce qui reste de son esprit aura de quoi s’amuser.

Et de huit ! Le compte n’est pas encore bon, ça vient doucement.

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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 06:09
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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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