Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 06:41


 

La Malédiction de Constantin, Mine G. Kirikkanat.

Traduit du turc par Valérie Gay Aksoy

Titre original :  Bir gün gece
Métailié
, 2006 collection NOIR (244 p.)

ISBN 9782864245902





Correspondante à Paris d'un grand journal turc Féridée a une liaison, secrète, avec un séparatiste kurde. Alors que l'on frappe à la porte de la chambre d'hôtel dans laquelle ils viennent de passer la nuit elle se précipite, avec ses affaires, dans la salle de bains, elle entend son amant ouvrir la porte puis un bruit ressemblant à l'expulsion d'un bouchon de champagne. Vous avez compris qu'il ne sera pas question de boisson ! Féridée, dissimulée derrière la porte, échappe à la curiosité du tueur avant de prendre la fuite, craignant pour sa vie, en direction de Bruxelles où elle retrouve Sinan Laforge, haut fonctionnaire de l'Union européenne, fils d'un français et d'une turque. Au téléphone elle apprend qu'Istanbul vient de subir un violent tremblement de terre et qu'un tsunami a ravagé la région mettant en cause jusqu'à l'avenir du pays et faisant vaciller son rôle dans une région où les maudifications d'influence peuvent avoir d'importants effets secondaires, comme les répliques d'un séisme !


Il ne s'agit pas d'une enquête au sens habituel du mot mais, comme le dit Sylvie Braibant (cité par Gilles Perrault dans la postface), d'un polar politique d'anticipation soulignant que derrière des apparences humanitaires peuvent se cacher des motivations plus concrètes, que la vie ne vaut rien mise en balance avec des intérêts financiers importants, la politique n'étant souvent que le masque derrière lequel ils avancent.



Dans une ambiance apocalyptique des caractères se révèlent, souvent à l'inverse de ce qu'ils se croyaient être, les personnalités elles aussi ont été secouées et parfois le masque qu'elles portaient s'est-il détaché pour exploser sur le sol de l'inattendu. Féridée et Sinan ont leurs ''doubles'' restés en Turquie, pour elle qui s'est européanisée par la force des choses, les circonstances et la facilité, pour lui par ce qu'il découvre d'une part de lui-même qu'il n'avait jamais qu'aperçu de loin. En revenant ils reculent dans le temps en quête de traces qu'ils ne retrouveront jamais.


La peste menace, l'odeur de la mort est partout mais l'auteur semble nous dire que le pire n'est pas là.

Féridée, et nous par la même occasion, apprendra la vérité. Laquelle, dans quelles circonstances, je vous laisse le découvrir.

Ce roman, lu dans le cadre du défi Littérature policière sur les 5 continents fut une bonne surprise. La malédiction de Constantin se serait, peut-être, abattue sur moi si je ne l'avais pas lu.



Mine G. Kirikkanat est née à Istanbul en 1951, elle est diplômée de l'Université d'Istanbul ; sociologue de formation elle début dans la revue humoristique Çarsaf en 1977. Elle travaille en Espagne, à Bilbao et Madrid comme correspondante de Cumhuriyet puis en France de 1991 à 2005 pour Milliyet puis comme éditorialiste de Radikal. Depuis elle est éditorialiste de Vatan et participe au programme kiosque de TV5. Par trois fois elle reçut le prix du journaliste turc le plus courageux, la police et les islamistes n'étant pas ses amis...

 

Repost 0
Publié par Lee Rony - dans J'ai lu
commenter cet article
10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 06:22

 

Acidieux(se) : Remarque donnant une première impression favorable mais laissant un arrière-goût dont il est difficile de se débarrasser.

Copilleur : Je te prends ton idée mais je garde le pognon !

Évidemmenteur : Individu capable de nier ce qu'il a été surpris en train de faire. (Inusité au féminin)

Fécable : Se dit de choses dont l'emploi, voire la lecture, amène à se précipiter aux toilettes.

Flemministe : Partisan du moindre effort.

Fouthèse : Idéologie consistant à les rejeter toutes, y compris celle-ci.

Geôlie : Femme dont les bras sont des barreaux difficiles à écarter.

Loi : Texte qui à l'odeur de la justice, l'aspect de la justice mais dont la saveur est réservée à qui sait en profiter.

Ministaire : Qui porte un joli titre, dispose d'un véhicule de fonction avec chauffeur remue la tête comme un chien à l'arrière d'une voiture.

Onanisme : Rut sans issue.

Ouineur : Chiale pour avoir ce qu'il veut.

Sangsure : Méthode expéditive pour couper la parole de ses opposants.

 

Repost 0
Publié par Lee Rony - dans Mon dictionnaire
commenter cet article
10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 06:17

Repost 0
Publié par Lee Rony - dans Photographie
commenter cet article
9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 05:56
 

Le 9 octobre 1446 est promulguée la nouvelle écriture coréenne nommée Hunmin jeongeum (훈민정음/訓民正音, les Sons corrects pour l’éducation du peuple) par le roi Sejong. Ce dernier, doté d'une vaste érudition, connaissant aussi les écritures tibétaine, mongole et japonaise, élabore le hangeul sans consulter l'académie de Sejong, ce qui lui sera reproché par nombre de ses conseillers, en effet, quel intérêt d'inventer une langue que le peuple pourrait maîtriser ?

 
Quand Sejong accède au trône seules l'aristocratie et l'administration maîtrisent les hanja (caractères chinois - la Corée étant vassale de la Chine), une écriture inadaptée à la phonétique coréenne et difficile à apprendre. Décidé à lutter contre l'illettrisme il en vient donc à l'idée de créer un nouvel alphabet qui connaîtra au fil des siècles de nombreuses difficultés avant de finalement s'imposer.


Le successeur de Sejong, Yeonsan-gun en interdit l'usage et l'apprentissage en 1504, en 1506 le roi Jungjong supprime le ministère de l'écriture vernaculaire. Si le hangeul survit c'est grâce au peuple qui n'a pas accès aux études chinoises.


Lentement, mais sûrement, le hangeul se répand et finit par devenir le symbole national de la Corée, en particulier face à la présence japonaise, en 1894 il est adopté pour les documents officiels alors que le Japon annexe la Corée. Après la défaite nippone de 1945, il devient la véritable langue du pays, l'alphabétisation se fait alors rapidement malgré la partition du pays.


Le terme hangeul est utilisé la première fois en 1912 par Ju Si-gyeong (주시경/周時經) et signifie à la fois la grande écriture en coréen archaïque, et écriture de la Corée en coréen moderne.

                                         
En Corée du Nord existe la Journée du Chosŏn'gŭl (조선글날), célébrée le 15 octobre !


L'alphabet coréen connaîtra de nombreux changements au fil du temps que vous pourrez découvrir !


Ainsi que le disait Chong Inji, doyen de l'Académie royale : Bien qu'il ne soit fait usage que de vingt-huit lettres, les combinaisons de formes en sont infinies. C'est pourquoi un homme intelligent en fait l'apprentissage en moins d'une matinée et même un imbécile n'y met pas plus de dix jours.

J'avoue ne pas, encore, avoir essayé de savoir à quelle catégorie j'appartiens (j'ai bien une idée...) !


Pour en savoir encore plus !

Une langue simple (si si !) et intelligemment conçue qui explique que l'analphabétisme ait quasiment disparu de la Corée. En 1989 l'UNESCO crée le prix d'alphabétisation Roi Sejong.



 

Repost 0
Publié par Lee Rony - dans J'ai lu
commenter cet article
8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 05:43
 

À quoi bon faire durer une torture qui ne me fait plus souffrir ?

La vie est ironique qui fait que celui que l'on veut aider à marcher finit par ne plus savoir que ramper une fois livré à lui-même.

Le vraisemblable est une île perdue sur l’océan du possible.

Seul mon nounours se souvient que je sus pleurer.

Le plaisir est plus grand pour celui qui peut le regretter, il sait quel prix il acquittera pour cela.

La vie ne s’économise pas, elle s’utilise ou se perd.

Ce qui est étrange est que la peur de savoir ne m'effraie pas, au contraire.

Bientôt il y aura un ministère des loisirs forcés.

Un tueur en série distrait la société lui faisant s’oublier, s’oublier sous elle.

Le salut est douloureux quand il est accessible !

Avoir des enfants est plus souvent se répéter que se prolonger.

L'âme lucide espère plus du dernier cri que du premier soupir.

Si la victime est sans réaction c’est qu’elle sait que sa mort lui ressemble.

La folie ne hurle pas, elle murmure...
Je sais ! Mon bon goût me perdra...

Repost 0
Publié par Lee Rony - dans Aphorismes
commenter cet article
7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 05:44

 

18, d'ordinaire c'est l'âge de la majorité, en ce qui concerne Amélie Nothomb celle-ci sera littéraire.

Ceux qui connaissent (qu'ils soient bénis) ce blog pourront se demander pourquoi j'évoque un roman à succès, pour ne pas employer un anglicisme, dont ils peuvent lire mille critiques ici, là, ou ailleurs. D'abord il se trouve que ce livre me fut prêté, heureusement, un excellent prétexte pour un de ces articles dont j'ai le secret, ensuite j'avais apprécié les premiers romans d'A.N. Puis, les textes se suivant avec une régularité marketing lassante, je n'y voyais plus que l'expression d'une d'incontinence littéraire, que je comprends d'autant mieux qu'il me semble en être atteint également. Amélie écrit, paraît-il, sans arrêt, sortant un sujet de récit d'un affect et ne propose à la curiosité des lecteurs qu'une partie de sa production, qu'en est-il du reste, le choix fait est-il le meilleur, impossible de répondre à cette dernière question bien sûr.

Je suis donc entré dans cette histoire en cherchant une raison de la reposer. Elle ne s'est pas présentée, sinon quel intérêt de le dire ? Lever la patte sur un auteur « mérdiatique » serait vain et je préfère parler de ce que j'ai apprécié, plus ou moins, la brièveté de ce texte expliquant peut-être que j'en sois venu à bout.


Le titre fait référence à Schubert, choix facile il est vrai, opter pour une « œuvre » des Musclés eut été un challenge plus méritoire à mes yeux, mais bon, on a les références qu'on peut.

Attention à ne pas me dire que je n'ai qu'à le faire, j'en serais capable ! C'est une menace à prendre au sérieux, et pourquoi pas un défi à lancer...

Je me suis éloigné du sujet, pas grave puisqu'il est difficile de parler de ce livre sans en dire trop, même si, dès le début, nous apprenons le sombre dessein du narrateur. Ainsi suivons-nous ce qui le conduisit à l'acte qu'il se prépare à perpétrer.


Roman censé conduire de A à Z, d'Astrolabe à Zoïde, il me semble être mené dans l'autre sens, le A symbolique final devant peut-être, dans l'esprit de l'auteur, signer amour j'en suis venu à la conclusion qu'il signifiait absence, le constat que le héros n'est que cela même s'il ne semble pas l'avoir compris.


Quid de l'auteur (à qui je suggère une prochaine œuvre) ?


 

Repost 0
Publié par Lee Rony - dans J'ai lu
commenter cet article
6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 06:08


 

Silence, premier témoin de la création, tu fus le commencement, tu seras la fin.

Tu es la vie, tu es la mort.

Léger, tu sais être pesant, voire lourd de sens.

J'aimerais te dédier un hymne, mais quelles paroles pourraient te louer !.

Ta discrétion n'a d'égale que ta puissance.

Ton frère, le calme, veut te ressembler.

Ta sœur, la paix, est toujours en guerre.

Tu deviens secret lorsqu'on veut te "garder". Échappant alors aux autres, tu les agaces.


On demande souvent, comme par hasard à ceux qui te méconnaissent, de te "respecter", voire de "t'observer"… ne serait-ce qu'une insupportable minute.

On ferait mieux de te prier, tel un Dieu.

Tu affectionnes les sables du désert, la haute mer, les abysses, les grandes plaines, les cimes désertes, les rivières, les forêts, le cadre choisi d'une abbaye cistercienne. Tu protèges et enveloppes, sans jamais les étouffer ceux qui croient en toi pour mieux habiter leur âme.

Tu as des amis plus modestes : les grillons, les oiseaux, le bruissement des feuilles, le clapotis des ondes, ceux qui font le chant de la Terre et qui, loin de te déranger, t'accompagnent en amis discrets, virtuoses chevronnés.

Partie intégrante de son rythme, tu fais respirer la musique, et, sans toi, aucun instrument ne saurait s'exprimer dans une parfaite plénitude.

Tu as hélas de nombreux ennemis : le verbiage, le vacarme des moteurs, les cris, les querelles, de prétendues musiques, les fusils, les canons, tous ceux qui craignent de te rencontrer… Entends-tu notre planète, cet immense théâtre d'horreurs, crier au seuil de l'apocalypse, dans le fracas des bombes : "silence, je tourne"… ?

Bienheureux les malentendants, ton royaume leur appartient !

On ne te gagne pas, on te mérite.


Ignorant ton éternelle disponibilité, certains veulent "t'acheter" sans doute parce qu'on leur a dit que tu valais de l'or !

Je me souviens de cette première nuit en Chartreuse où je venais de quitter la ville. Sans me prévenir, tu as empli ma demeure. Comme je ne te connaissais pas, un instant j'ai eu peur. Depuis, fidèle ami, mon amant, tu ne me quittes plus.

Chaque soir, je n'entendais pas venir ta petite complice, féline, délicate et soyeuse, jusqu'au moment où elle posait son doux menton sur le dos de ma main pour murmurer en ta compagnie son air favori, intarissable et lénifiant.

Lorsqu'il n'y aura plus que la nuit, ornée de sa grande lettrine, tu seras encore là, sublime pour toujours.


Jacques APPAR

Repost 0
Publié par Jacques APPAR - dans Sans Blog Fixe
commenter cet article
5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 06:29
L'Âme de l'Enfer - 06 
 

                                                         07

Comparer l’inconnu à un papillon peut faire sourire, comment ce qui s’est nourri de tant d’horreurs pourrait-il incarner la beauté ? N'en est-il pas l’inverse, une puissance obscure et destructrice. « C'est le mal » dit-on sur son passage, une notion qui ne les concerne pas, lui est en deçà, les autres sont au-delà ! Un prédateur est-il maléfique ? Ces choses dans les baraquements sont matière. Il s’éveille, les mots structurent ses pensées, le monde se précisant lui renvoie sa réalité.

Quelle différence entre gardiens et prisonniers ; lui et eux ?

Est-ce le moment de s'interroger, le lieu, et cette enfant qui l'observe. Pour lui la nuit n'existe pas, il y voit parfaitement, elle sûrement pas.

Un trouble nouveau l'envahit, le cœur qu’il n’a plus voudrait battre, trop tard pour apprendre, un sentiment inutilisé s'éteint. Sait-il ce qu’il ressent. Une attraction qu’il ne peut nommer, comme un monde espéré, enfin proche mais inaccessible. Un regard immense, des yeux lumineux qui l’obligent à baisser les paupières, pour la première fois.

L’adversité fut pour lui source de satisfactions innombrables, cette fois ce n’est pas un ennemi qu’il découvre, c’est pire. Il cherche la haine, le rejet et ne trouve que curiosité, se peut-il que dans l’océan de haine qu’est le monde se trouve une île de lumière. Sa malédiction fut de s’en approcher pour la sentir reculer, s’allier à l’horizon et disparaître, le regardant s’épuiser sans pouvoir renoncer, cherchant en soi des ressources pour se traîner où la raison voudrait qu’il renonçât ? Comment renoncer, il ne sait pas mourir, la sortie dans son dos est refermée. Continuer, désespérer, retrouver la force d’un pas de plus. Il n’en est pas là, son esprit lui montre un futur improbable, ce qu’il désire c’est cela, s’épuiser, faire d'un instant une souffrance, un échec rassurant, confirmant la supériorité du destin, lui le subit sans l’influencer. Il pourrait partir, laisser ce regard trop pur le suivre, le brûler, il pourrait… Mais il ne le fera pas, sûrement pas. La chance s’offre d’une autre voie, les horreurs passées sont impardonnables, ce n’est pas une raison pour les récupérer, pour vider les poubelles de sa conscience et rechercher des restes de restes. La compassion est inconnue au bataillon, des morts jalonnant son chemin il ne retient rien, le remord serait une chance, un signe de conscience, il ne peut se forcer, pas même face à… Que ferait-il alors ? Question vaine, ce qu’il sent est un pouvoir sans limite, non que ce dernier grandisse, en tournant son attention vers lui il le découvre, en perçoit la faiblesse. Celle du moment, d'assimiler ce qu'il dévora, éveillé il emportera tout sur son passage. Une faiblesse, une seule force également, équilibre parfait, une force tapie au cœur de chaque chose sans qu’il puisse préciser, ces mots expriment ce qu’il ressent, un moule imprécis, incapable de détailler, de s’approcher, donnant une idée générale, la réalité dense d’un pouvoir dont les limites croissent avec l’univers.

Heureusement il ne comprend pas tout ce qu’il dit.

Pour l’instant !

Les regards transpercent le temps, se cherchent, tenaillés par la peur de se trouver, angoissés de se découvrir dans les yeux de l’autre. Il ne sait plus reculer, la haine reflue. Que faire ? Aboyer un ordre, bredouiller des paroles sulfuriques ?

D’une dernière braise peut surgir le feu salvateur, non pour assurer la continuité de la vie mais pour que le néant l’accepte. Une dissolution sans absolution, le néant comme seule chance d’être différent.

Ambiance étrange d’un monde d’ombres, théâtre à l’intérieur duquel s’agitent d’informes silhouettes, voilà que deux s’arrêtent, se font face, pire, se comprennent, s’apprécient. Les opposés se rapprochent dit-on, jamais exemple plus fort n’existera que celui-ci.

Il voudrait… Mais il ne peut plus. L’odeur de la mort ne le dégoûte pas mais cela pourrait arriver, l'atroce devrait faire vaccin, repousser les pensées agréables, les promesses d’un monde meilleur. C’est un piège, il fait face au pire monstre qui soit : un masque de pureté ! l’insupportable clarté de la vérité ?

Mots qu’il découvre, dangereux par ce qu’ils dessinent, ce qu’ils esquissent, tout cela était prévu, il se croit libre, apte à ressentir… Illusion ! Qu’il fasse un pas et la laisse se tendra, qu’il ait un espoir, qu’il veuille parler et une force incoercible le tirera en arrière dans un ricanement de joie malsaine. La joie ne l’est-il pas toujours ? Ce qu’il connut fut-il différent, son plaisir quand il… Il…

Ils ?



Elle, oui… Le mot est plus joli.

                                        * * *

Où suis-je ? Qui suis-je ? Trop d’images dans ma tête, impressions qui m’envahissent, me dispersent, que m’est-il arrivé ? Comprendre ce qui s’est produit, où je me trouve viendra après. Organiser les mots, les pensées, choisir, ordonner. Je suis je. Le flot m’emporte, je le sens autour de moi, en moi, j’en fais parti, il ne me détruit pas, il me porte, me soutient et ne me détruira plus. Il aurait pu, je n’ai pas cédé, sans vouloir, je me souviens d’un choc, violent, je suis toujours là, un être sans nom ni visage, les mots manquent, cela viendra, je sais ! Patience, ne rien forcer, rester ouvert. Le temps a-t-il un sens ici ? Il est la surface sur laquelle je surnage. Je vois l’image, j’entends les mots, je perçois la violence qui m’emporte. Elle n’est pas hostile, force brute, utilisable si je parviens à l'absorber. Un pas, une marche, l’esprit sait avoir une destination bien qu’il ignore laquelle. Le temps est complice, pouvoir dont j’ai faculté d’utilisation si je l’assume sans reculer le moment venu. Les événements m’entraînent, ma mémoire est confuse mais rien n’est perdu, la connaissance est à disposition de ma volonté quand elle sera suffisamment forte pour la contrôler. Une grande puissance, une énergie à apprécier lentement pour ne pas me disloquer. Ce risque est une chance, il montre deux chemins, le plus brillant, mêlant chaleur et réussite, piège ; l’autre, sombre, tortueux… lui conduit à une vraie destination, promesse d’avenir. Prendre le bon, l’erreur ne m’emportera pas comme jadis. Je ressens les échos de chocs anciens dont les cicatrices sont autant de marques de regrets de situations que je ne voulus pas, chacune pouvant m’anéantir sans que je sois capable de les apprécier, cela valait mieux. Lucide, j’aurais renoncé au combat, le découragement prend celui qui constate qu’elle cime il veut gravir. Le chemin sera long, j’atteins au pouvoir le plus important, né de la lucidité, fille de la compréhension, les difficultés sont autant d’aliments suscitant en moi émotions et ressentis, un déferlement de forces dont je saurais me sustenter. Les mots sont jolis, doux, tentant, chaque pas à son sens, j’avance vers moi.

Moi ?

Je suis quelque chose ? Quelqu’un ? Je ne sais ni d’où je viens ni où je vais. Pas de choix, pas à moi de dire ce que je veux, de possibilité de trier, tout est à accueillir, je ne céderais plus à mes vieux démons, me laisser saisir par l’action, surtout ne plus penser ! Je me souviens de douleurs, il y a longtemps, j’étais un enfant… Maintenant ? Adulte, vieux… Pas de responsabilité du vouloir, emporté par le pouvoir de la conscience sachant sur quoi elle repose, de quelle puissance elle dispose. Je sais cela, et plus, presque trop. Ne pas me laisser subjuguer par des impressions trop vastes, des paysages si beaux que je voudrais m’y perdre, les intégrer pour toucher à un absolu dont je réaliserai trop tard qu’il n’est qu’un désert de cendres parsemé de mirages dont aucun n’est une réalité accessible, aimante.

Je suis, je pense, je sais ! Souvenir de cet enfant, loin et proche à la fois. Le temps est différent, j’en ai peu, je suis jeune par rapport à lui. Fait-il une différence entre ma naissance et maintenant ? Un espace réduit mais pour moi ce laps est immense. Je me sens comme ces poupées gigognes, mais inversées. Impossible de trouver le grand dans le petit ? Quelle importance, je ne suis pas dans le réel, je ne suis pas là pour faire cadrer mes impressions, mes souvenirs, mes pensées avec une réalité n’ayant plus de sens.

Sens ?

Que sont devenus les miens ? Combien en ai-je ? Cinq ? Non, plus, ce chiffre vient d'un symbolisme primitif, détail, regarder le réel, de ce présent, ce qui importe est ce que je sens, ce que je suis, là, maintenant. Difficultés attractives, raison de progresser, peu importe les errements, le doute. Résister à la tentation de renoncer, au découragement. Je peux faire mieux, pire.

Enfance ! la mienne : petit garçon dans la ville, des immeubles, des gens ne me regardant pas, que je ne veux pas voir. Honte, peur, refus de part et d’autre, un comportement apprécié, copié. Regrets ? Non, souffrances souvent, désir de mort, mais ce sont des impressions du passé, maintenant c’est autrement, et plus. Enfance ! petit garçon, un pont, l’eau noire, je passe souvent, la ville d’un côté, la nature de l’autre, une montagne, des arbres, des murs, traces du passé. Ruines, squelette d’un siècle que je n’ai pas connu… Souvenirs volés, entendus, des dessins, mais le pont est entre deux mondes.

Entre deux mondes ? Deux époques, deux vies, intermédiaire entre deux périodes que je peux comprendre, simultanément, retrouver le passé me donnera l’assise pour comprendre le futur. Je sais la logique de cette organisation. Comprise, la vie n’est pas hostile, à son élu d’accepter ses règles. Moi je les connais, je les apprécie, elles sont le squelette de mon existence, cette surface sur laquelle je peux tenir, sur laquelle je peux être, en méritant ce terme. Je sais l’enfance, ce petit garçon, je le revois sur une photo : hiver, manteau, un bonnet, une paire de lunettes, l’air de s’interroger sur sa présence, sur ce qu’il est et n’est pas. Je devine le rêve derrière ces yeux. Au réel hostile il abandonne un minimum et construit un palais idéal en son esprit. La perfection est un piège, vouloir l'incarner implique d'effacer les autres et leur monde fictif. Apparences aux comportements machinaux. Il aurait pu être ainsi, entrer dans son univers pour n'en plus sortir. Il faillit céder mais se retint à des images... Non ! Une seule, fillette aux cheveux noirs, si jolie… Elle l'accompagne quand il s'endort, lui permet de ne pas quitter la réalité des autres tout en vivant dans la sienne. Ainsi, fut-il longtemps sur ce pont. J’en sais l’importance et pourquoi cette photo est ce qui me revient en premier, symbole de ce que je suis toujours comme lui… Je suis lui, il est moi ! Le temps est une illusion oublier la violence de l’éternité, c’est voir un monde en deux dimensions, comme une psyché renvoyant des images sans profondeur ni perspective, un miroir de pensées refusant d’être digne de leur nature profonde.

Ces termes sont compliqués, je suis encore ce petit garçon, il est déjà moi, je vis en lui, une menace autant qu’une promesse. Entre les réalités tout est possible, la normalité n’a plus, ou pas encore, cours.

L’enfant, la nature, un parc immense, un massif montagneux, des murs, remparts d’un autre temps… Pourquoi en ai-je besoin ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Un grand travail est à faire, je suis là pour cela. J’ai eu envie de dire non, de céder quand… Quand quoi ? Le rideau d’un beau rouge, sang, tombait lentement. J’ai choisis mon côté, sachant qu’en le laissant choir il m'isolerait des autres, je serais prisonnier des ténèbres. De l’autre côté est le chemin tortueux, la lumière, les regards, la présence qui me fait souffrir peut m’apporter la vie. Mélanger serait passionnant, laisser le rideau m’ensevelir, faire guillotine s’il a ce pouvoir… Me couper en deux ! Est-ce ce qui arriva ? Un peu d’un côté, beaucoup de l’autre. Rester sur ce pont est tentant, du mauvais côté, noyant mes pensées et mes espoirs dans la surface molle d’un suaire tissé de lâcheté, de peur, de renoncement et de servilité, faisant semblant de désirer ce à quoi j’aurais renoncé, idolâtrant le mur me séparant de la vie, de moi-même.

Est venue l’heure du choix. Retrouver des images, des émotions… cet enfant ? Je n’ai plus rien à lui demander, il m’a tout dit, plus de secret entre nous et je lui dois beaucoup. Il me nourrit et je lui apporte la paix qu’il attendait. La force de l’espoir vient de la souffrance qu’il génère, de ce qu’il fait sortir de soi. Violence, torture, douleur ; j’ai voulu souffrir, me suis nourri du martyr, ai détruit, fait mal, joui du mal infligé. Retournant l’arme contre moi, le sang coula, pulsion destructrice, que reste de moi une flaque malodorante. Ma force fut insuffisante, je me mutilai pour ne pas me détruire en lacérant mon esprit. Mon corps aurait-il survécu ? Un légume attendant de pourrir, sans être ni vouloir, alors IL/JE aurait ouvert les yeux et la souffrance nous aurait emporté pour une éternelle malédiction.

Des mots, encore, une chaîne qui plonge dans un… Je le sais ! Plus de doute, l’importance est d’oser, elle plonge dans un puits !

Un puits ?

Lequel ?

Un puits est comme un pont en plus lâche. Rester où l’on est pour puiser ailleurs, le pont laisse la possibilité d’aller, soi, de l’autre côté.

Les deux peuvent ne plus faire qu’un. Là est le symbole, inutile de chercher une réalité qui serait plus qu’une illustration, donnant à une impossible réalité la puissance révélatrice dans mon esprit.

Symboles, union des contraires, accouplement à la progéniture riche et nourrissante. Quel être mythique se nourrit-il de ses enfants ? J’ai des difficultés avec les noms, encore maintenant, ici. Dire mon nom serait-ce m'éveiller ? Je sais quel puits de chair me vomit, m’expulsa couvert d’un linceul de glaire et de sang, d’un ichor délicat dont mes lèvres furent humectées, goût étrange que je n’ai pu oublier.

Plaisir des lèvres, rouge sur rouge, goût et dégoût, ai-je connu trop tôt la futilité d’un plaisir derrière lequel je n’aurais fait que courir ?

Réponse absente, dommage. Plus tard, bientôt, le temps n’a plus de sens, je puise dans le passé. La chaîne est lourde, le seau rempli d’émotions, d’images, de douleurs, chaque affect est une pièce de mon être, un peu de cette âme incomplète que je recèle, un trésor en forme de douleur, une souffrance en forme de lumière, palpitant dans mes doigts, brûlant mes chairs, dévorant mon esprit, le purifiant jusqu’à n’en laisser qu’une braise que le souffle de la vie anéantira pour une éternelle seconde.

Comprendre. Le puits est ouvert, une naissance, impossibilité de rester entre les deux, la mort pousse, la mort incite, devant c’est la vie qui sourit et son apparence est plus hideuse que celle dont c’est la raison d’être pour ces faibles esprits reclus dans leurs cavernes de rites. Autant grossir le barreau, autant mettre ses poings contre ses paupières, refuser la lumière est plus douloureux que l’accepter !

Repost 0
5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 06:16

Repost 0
Publié par Lee Rony - dans Photographie
commenter cet article
4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 21:47


 

Errant, tel Ahasverus, je découvris sur le blog de Catherine un défi : "Littérature policière sur les 5 continents", bien qu'intéressé j'avoue avoir tardé à y participer, c'était donc un défi lent (je sais, c'est nul, mais malgré une longue rééducation dans un institut spécialisé je ne peux me retenir !). J'ai lu des centaines de romans policiers il y a quelques années et ce genre était sorti de mon coeur de cible, raison de plus pour y revenir, le genre ayant évolué et de nombreux auteurs ayant fait leur apparition.

Je fréquente les bibliothèques et profite des livres que l'on me prête ; autrefois mes piles de bouquins approchaient le plafond, désormais je suis plus sélectif, peu de livres méritant, à mon sens, d'être relu, quand je reste sur une bonne impression j'ai peur qu'une seconde visite ne me déçoive.


Difficile de faire un choix dans la production des polars disponibles, celui fait ci-dessous est sous réserve qu'entre-temps je n'en découvre me concernant davantage et me paraissant plus (in)digne d'être portés à l'attention générale.


Europe : La Malédiction de Constantin - Mine G Kirikkanat (Turquie) (je sais, la Turquie est à 99,9 % en Asie ! J'en choisirai un autre, promis)

Amérique : Toute la mort devant nous - Sandra Scoppettone (USA)

Asie : La Chambre rouge - Edogawa Ranpo (Japon)

Océanie : Le Gant maudit - Ngaio Marsh (Nouvelle-Zélande)

Afrique : African psycho - Mabanckou Alain (Congo)


La curiosité me prenant qui sait si je n'en rajouterais pas d'autres...

Reste à les lire, ça ne devrait pas être trop difficile !


Repost 0
Publié par Lee Rony - dans Divers
commenter cet article

Présentation

  • : Lire au nid
  • Lire au nid
  • : Mes (ré)créations littéraires et photographiques.
  • Contact

Bienvenue...

Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

Rechercher

Pages